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quatre heures toutes les places étaient prises. Le nombre des personnes qui accompagnaient la procession s'éleva à deux raille. Ce fut un admirable spectacle que ces deux bateaux descendant le fleuve et portant cette foule de fidèles dont la voix envoyait aux échos le chant des Psaumes.
Sur le premier se trouvait le clergé, entouré des orphelines de la Providence , qui par intervalles chantaient, en l'honneur de la sainte Vieige , des cantiques dont le refrain fut répété en chœur par les assistants. Arrivé à Rouen vers neuf heures, le cortège s'est mis en DJarche pour le lieu du pèlerinage ; immédiatement après la célébration de la messe , il est redescendu à Rouen et a opéié son retour h Elbeuf par la même voie et avec le même ordre qu'il en était parti.
Huit jours après, la paroisse Saint-Etienne de la même ville a fait un pèleiinage semblable : une foule recueillie et confiante y prit part également.
C'est aussi le touchant spectacle d'un pieux pèlerinage qu'a donné , au commencement de juillet , la paroisse de Saint-Taurin de la ville d'Evreux. Elle s'est rendue processionnellement au village de Saint-Sébastien, afin d'y prier Dieu de faire cesser l'épidémie. Le pèlerinage de Saint-Sébastien fut fondé dans le xv^ siècle , à l'occasion dune peste noire. Une grande partie des habitants de la paroisse de Saint-Taurin , et même d'autres parties de la ville, ont suivi la procession, et plusieurs pai'oisses voisines se sont rendues à ce pèlerinage dans le même but.
A Troyes, nous voyons des chrétiens des divei"ses paroisses de la ville et de la banlieue se rendre spontanément en très-grand nombre , le dimanche 10 juin , auprès de Mgr l'évêque , afin de le prier d'ordonner des prières publiques pour la cessation du fléau qui venait d'envahir la ville et quelques autres points du diocèse. Inutile de dire que io prélat a été louché de cette
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démarche , dont la pensée avait été inspii-ée à des hommes graves par un vif sctiliment de foi et de piété, et qu'il s est rendu à leur vœu.
Nous vuici arrivé aux pieuses démonstrations des habitants de la ville de Kcims , démonstrations dont nous avons déjà dit un mot ' , et que nous avons promis de faire connaître en cet endroit.
Après la neuvaine solennelle qui eut lieu dans cette ville, une sorte de sollicitnrje se manifesta parmi les bahitants : on semblait s'inquiétei de voir que les prières publiques pour implorer la clémence divine allaient cesser. Les ouvriers de la paroisse Saint-Remi s'en préoc4:upaieiit surtout beaucoup, car Tamour pour leur saint patron et le souvenir des vieilles traditions de leurs ancêtres sont toujours vivants dans leurs ccfeurs. Ils savent tous , et ils se répétaient alors Tun à l'autre , que dans toutes les circonstances critiques et importantes le peuple de Reims a toujours eu recours à saint Rémi , et imploré son assistance en portant processionnellemenl par la ville ses précieuses reliques; aussi appelaient-ils de tous leurs vœux une semblable procession.
Depuis quatorze siècles , en effet , toutes les fois que la peste , la famine, la guerre ont menacé la ville , la ville a eu recours à saint Rémi , et des traditions au thentiques attestent que les fléaux se sont arrêtés en dehors du cercle ti-acé par les processions qui portaient soit la châsse , soit le simple voile du tombeau du grand évêque -. Ne pourrait-on donc pas aujourd'hui imiter ces exemples et suivre ces précieuses traditions? Voilà ce que disaient les ouvriers. Aussi n'hésitèrent-ils
» Pdrt. I. cliap. V.
- Voir Histoire de saint Rémi, pour servir à l'étude des origines de la mona-'c/iie française, in-1>5. 1849, chap. ix, page 95 et suiv. ; ouvrage écrit avec lucidité et raélliode par un jeune et intelligent ecclésiastique , M. l'abbé P. A. AuberL
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pas à en faire eux-mcmes la demande à M. le curé de Saint-Remi ; et quand ce pasteur leur eut fait comprendre qu'il appartenait à l'administration municipale de consentir à la réalisation de leur vœu, ils s'empressèrent de s'adresser à cette administration.
A la vue de cet empressement, les magistiats adhérèrent facilement à la demande qui leur était adressée, et le mercredi 29 août , la procession tant désirée eut lieu. Le corps du grand apôtre de la France fut solennellement porté de l'antique église abbatiale, où il lepose depuis l'an oô"> , jusqu'à la cathédrale, puis ramené avec la même pompe dans son tombeau , en parcouiant dans ce trajet la plus grande partie de la ville et des principales rues.
Nous ne décrirons pas la majesté de cette pompe religieuse , les bannières des cinq paroisses flottant joyeusement dans les airs . les longues files des pieuses enfants de Marie , des fidèles et du clergé, les chants unanimes de tout le peuple ; ce spectacle nouveau pour Reims, qui en était privé depuis longtemps, se retrouve dans toutes les processions catholiques. Mais ce qui était vraiment extraordinaire, ce qu'on ne retrouve que rarement ailleurs, c'est le calme, le recueillement , la foi , la piété de cette foule immense , abandonnée à elie-m<'me, et où n'apparut ni un gendarme ni un uniforme ; c'est l'empressement des braves ouvriers de la ville , et surtout de la paroisse Saint-Remi, venant s'offrir en foule pour poitcr la châsse sur leurs épaules, et se retirant heureux et fiers d'avoir pu être admis six fois, huit fois à ce bonheur. Ce qui est vraiment extraordinaire, c'est l'enthousiasme de ces niasses de plus de vingt mille personnes se pressant durant plus de cinq heures à la suite de la procession , et se retirant satisfaites d'avoir assisté à une fêle dont le souvenir ne s'effacera pas; se féliclant hautement d'avoir pour ainsi dire, reconquis par leur
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piété la jouissance d'un dmil et d'une liberté précieuse dont elles surent, en réalité, par leur esprit d'ordre, se montrer véritablement dignes.
La population de la ville d'Albert, au diocèse d'Amiens . ne se montra pus moins religieuse que celle de Reims '. En présence du danger, les pieux Albertins ont redoublé de zèle envers l'auguste Marie. Réunis eu foule, tous les soirs, au pied de son autel , ils récitèrent en commun le chapelet. Une procession eut lieu le dimanche 7 octobre , avec la statue de Notre-Dame et les saintes rehques , au milieu d'un concours immense, malgré une pluie battante. Le Seigneur n'a pas été indiflérent à ces prières ; du moins il est permis de croire qu'il y a eu quelque chose de providentiel dans la cessation immédiate des ravages du fléau dans cette ville ; car le lendemain même de l'octave de la fête du saint Rosaire , il n'est mort que deux enfants , qui ont formé comme l'arrière-garde de quatre-vingtdouze décès.
Les jeunes gens de la paroisse de Boves, même diocèse , non contents , ainsi que nous l'avons vu * , d'avoir prodigué leurs soins aux malades , ont donné des marques de la plus touchante sollicitude chrétienne. Animés des plus saints et des plus généreux sentiments , ils ont voulu faire prier , et prier euxmêmes , la justice divine d'être propice aux âmes de leurs camarades qui ont succombé dans Tépidémie. C'est pourquoi ils ont fait célébrer , le 29 octobre , un service solennel ; tous sont venus , pendant cette pieuse cérémonie, se prosterner au pied des autels, prier avec recueillement pour leurs cht-rs défunts et donner ainsi à la société le bel exemple de la charité et de la
' C'est ce que noua apprend le Courrier de la Summe , par une leltie du curé de cette paroisse , insérée dans le n" du 20 octobre 1849.
' Part. II. cbap. m.
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fraternité chrétienne que saint Paul recommande aux fidèles «.
C'est , dit l'Ecriture , < c'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts , afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés ^ ; » c'est la marque la plus touchante et la plus réelle que les parents puissent donner des regrels que leur occasionne la perte de ceux qui leur sont chers ; c'est le dernier acte de fraternité que puissent accomplir les vivants envers ceux qui ne sont plus ! Eh hicn ! ces sentiments de sainte solidarité ont été compris dans la paroisse de Montataire , comme nous venons de voir qu'ils lont été dans celle de Boves.
On sait tout ce que les habitants de Montataire , diocèse de Beauvais, ont souffert , et l'on connaît le dévouement des jeunes gens de Saint-Vincent de Paul envers ces frères infortunés -^ Après tant de douleurs , cette malheureuse paroisse avait besoin de consolations qu'on ne trouse qu'auprès de Dieu. A cet effet, une retraite générale fut donnée à Montataire. Elle s'est ouverte par un service solennel pour les fidèles décédés. Chaque jour, une messe des morts fut célébrée, les parents de ceux qui avaient succombé à l'épidémie se réuniient avec un pieux empressement autour de l'autel où coule, depuis bientôt dix-neuf siècles, le sang de la sainte Victime. Plusieurs instructions furent données tous les jours , soit pai- M. l'abbé Boulanger , prêtre de la société du Saint-Esprit , soit par M. l'abbé Depuille , prêtre du diocèse de Beauvais , et une foule nombreuse suivit ces exercices.
La clôture de cette retraite a eu lieu le dimanche 8 juillet. Près de trois cents personnes , parmi lesquelles un grand nombre de pères de famille se sont approchés de la sainte table. La communion a été portée à vingt convalescents retenus encore dans leur demeure.
' Rom. XII. 10 et alibi. ^ II. M«li. xii 46.
' Voir part ii, cbap. lu.
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Le soii-, après les vêpres , une, procession solennelle a été faite au cimetière. Oh ! que ce fut un spectacle émouvant et plein de grandeur que celui de cette multitude recueillie, attendrie, agenouillée sur la tombe des morts qu'elle arrosait de ses larmes !...
Mais ce ne furent pas là les seuls résultats que produisirent à Montalaire , et les épreuves dont les habitants furent affligés, et les actes de dévouement qu'on exerça en\ers eux. Partout dans celte commune, la foi revint sur les pas de la charité , tant est puissante son action sur les âmes ! et afin de perpétuel' l'exercice de cette charité tendre et vraiment fjalernelle , on y fonda une conférence de la Société de Saint-Vincent de Paul , pour le soulagement des pauvres et des malades ; conférence , dit dans son rapport M. Ozanarn , « que nous aimerons d'un amour de prédilection, comme Jacob aima Benjamin , parce qu'il était né dans le deuil et dans les larmes '. "
Cette conférence s'est trouvée,, dès les premiers jours de sa formation, composée d'environ trente membres, et le maire de la commune en a accepté la présidence. La première quête faite entre les nouveaux membres a produit une somme de trois cent quatre-vingt-cinq francs ; c'est là un précieux résultat , et nous ne doutons pas que ces pieux confrères, ayant sans cesse présente à l'esprit cette parole vi\ifiante : « Ne nous lassons point de faire le bien, puisque si nous ne perdons point courage , nous en recueillerons le fruit en son temps '. » ne fassent tout pour consohder leur œuvre précieuse et pour lui faire produire toutes soites d'heureux fruits.
' Bulletin de la Société de Saint-Vincent de Paul, etc. ubc supin , page 25î.
î Gai. V!. 9.