CHAPITRE lY
Toaohanles démonstratioGs religitiiseî parmi les populations des diocèses de Tours , de Nantes . d'Angers , de Rennes , de Saiat- Brieuc. etc.
En parcourant d autres diocèses, nous retrouverons sans doute les mêmes démonstrations de foi et de piété' , que celles dont nous avons été témoins jusqu'ici; mais ces démonsliations emprunteront , ce semble , un degré de plus de vivacité et d'araeur, selon qu'elles éclateront dans des contrées où la religion est plus habituellement honorée et où elle compte un plus grand nombre de disciples fidèles. Toutefois, nous ne prétendons pas assigner ce caractère à tel ou tel diocèse en particulier : nos lecteurs ferons eux-mêmes l'application de cette remarque générale que nous nous contentons de consigner.
Commençons ce chapitre par la ville de Tours qui s'est souvent présentée sous notre plume. Une procession solennelle y eut lieu le 18 juillet pour demander à Dieu la cessation du choléra. Cette procession, dans
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laquelle on a porté , comme dans tous les temps de calamité publique , les reliques de saint Martin et de saint Gatien, est sortie à six heures du matin de l'église métropolitaine. Elle a parcouru les rues principales de la cité et s'est rendue à l'église de Notrel)ame-la-Riiho . où une messe a été dite par Mgr l'archevêque.
Après s'être airêtée à lendi'oit où a été longtemps déposé le corps de saint Gatien , la pi'ocession a repris le chemin de la cathédrale. Des témoins oculaires disent qu'on n"a jamais vu à Tours une procession plus nombreuse ; on évalue à quatre mille le nombre des personnes qui la suivirent. Les autorités de la ville ont assisté à la messe de Nntie-Dame-la-Riche ; parmi celles-ci on cite le préfet d'Indre et-Loire qui, aussitôt après l'ofiice , s'est empressé d'aller visiter les ambulances de cholériques.
Dans beaucoup de localités où de semblables processions ont eu lieu , on en a ressenti les plus heureui eiïets. Déjà nous en avons rapporté quelques exemples. En voici un nouveau qui nous est offert par la. ville d'Ancenis, diocèse de Nante.s.
Là , le choléra exerçait d(? tels ravages qu'en quinze jours plus de soixante personnes moururent , et cela dans une ville qui ne compte que 0,200 habitants. On y fit une procession à laquelle presqu*^ tous les hommes assistèrent ; c'était au momenî où l'épidémie sévissait le plus cruellement : le lendemain , pas un seul cas nouveau ne se montia, ainsi que le rappoit des médecins en fait foi.... Il est vrai que trois jouis après, il y eut quelques cas. Mais celte reciudescence fut peu sensible ; puis le fléau disparu! complètement pendant huit jours.
A Nantes mên)e , une pétition couverte de nombreuses signatuies fut adressée auv viraire.N-généraux câpitulaires . elle avait pour objet de demander qu'une
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piocession générale fut oidoiinoe , afin d'obtenir du Ciel la cessation du choléra. Le clergé , ayant considéré qu'alors le fléau avait beaucoup diminué d'intensité à la suite des prières faites dans tout le diocèse pendant l'octave de la Fête Dieu , décida qu'il n'y avait pas lieu de recourir à une manifestation aussi éclatante et aussi solennelle ; quuiiju'il en îoit , la démarche des habitants de Nantes ne témoigne pas moins de leur foi, et elle méritait , à ce titre , d'être signalée.
Angers eut aussi sa neu'-aine, sa procession solennelle, ses démonstrations populaires. La procession surtout a été admirable de lui vive, de piété tendre : le peuple s'y est porté en foule et a donné partout des preuves non équivoques de la sincérité de ses sentiments et de l'émotion religieuse dont il fut profondément pénétré. La mémuire de cette cérémonie égalera, dans cette ville, tous les plus beaux souvenirs trautrefois. Si , dit une leftie ' qui en rend compte , « si la foi dont les autels sont dépouillés venat à reverdir sur les tombes, nous n'aurions point peut-être payé de trop de morts les enseignements de la Piovidence ; et ce que nous appelons aujourd'hui châtiment , nous l'appellerions demain miséricoide. »
Le recours public à Celui qui lient en sa main tous les fléaux , mais qui est aussi le Dieu de miséricoide et d'amour , n'est propre qu'a ranimer la coufiance et à entretenir la paix de l'espjit , si nécessaires dans les grandes calamités. On a pu se convaincre de cette mérité dans la ville de Rennes , oij l'élan populaire a surtout pris nn caractère de touchante et plus \i\e piété envers la Mère du divin Sauveur.
Obéissant à un setUiment qui atteste leur foi et leur piété , quelques fidèles de cette ville se sont d'abord cotisés pour placer dans leur rue une statue de la trèssainte Vierge , et mettre ainsi sous sa garde leurs habi-
> Ditee du i6 juiu 1843.
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tations pendant le temps que durerait répidémie. Le 24 juin la douce image fut portée à l'église Saint- Sam eur par un groupe de jeunes filles xctues de blanc: elle y a été bénite , et la procession , à laquelle s'était jointe une foule empressée , est i-evenue en chantant des cantiques à la maison devant laquelle on dressa l'image tutélaire.
Mais bientôt cet exemple fut suivi par la plus grande partie de la population , et Ton vi( s'élever de semblables statues. Partout la dévotion à la Mère de Dieu s'est manifestée par un éclatant témoignage de la confiance qu'ont en son intercession les fidèles de Rennes. U n'y eut pas une rue , nous pounions presque dire pas une maison , qui ne portât sur ses murs une statue de Marie. Une véiitable émulation s'est emparée de chacun pour la construction des niches nécessaires pour placer l'image sacrée , et toutes ont rivalisé de bon goût et d'élégance.
Cependant cet élan eût été bien stérile encore , s'il se fut borné à ces marques extérieures. Les cérémonies publiques ne sont belles, entraînantes, qu'autant que les sentiments intérieurs se font jour par des actes non équivoques de foi et de charité. Aussi la pieuse population de Rennes fit-elle voir que son cœur était à l'unisson des démonstratiuus quelle donnait ; chaque soir des ras-^eujbiements avaient Ueu devant les statues de la sainte Vierge, et là on la pliait avec ferveur d'intercéder auprès de son divin Fils pour qu'il prît en pitié son peuple aflligé.
Ces lassemblements devinrent tels que quelques médecins de Rennes prièrent M. l'évèque de les empêcher, par la raison , dirent-ils , qu'ils pouvaient etlrayer la population. Mais c'était une erreur; lien ne put arrêter ces religieux élans de tout un peuple , et l'on a pu se convaincre combien les consolations de la piété pouvaient , au contraire, contribuer puissaujment à dorai-
ner les inquiétudes exagéiées et ranimer les courages qui auraient été tentés de faiblii'.
Dans la ville de iJol , aussi du diocèse de Rennes , on a remarqué les mêmes effets. Les habitants ont célébré vme neii\ aine en Ihoimeur de Marie , alin d'obtenir la cessation du choléra. Or, avec cette neu vaine, qui a rappelé la tranquillité et la sainte confiance dans les esprits, ont fini aussi les coups du terrible fléau.
Pour perpétuer le souvenir de celte faveur insigne, et pour témoigner leur gratitude envers Marie leur généreuse bienfaitrice, les pieux habitants ont érigé , à la gloire de celte Heine des anges, des statues monumentales à l'entrée de leurs demeures respectives. Cette démonstration religieuses est d'autant plus significative que l'initiative en est exclusivement due au simple peuple, qui ne s'est inspii'é que de sa foi dans cette circonstance.
La reconnaissance pour ries bienfliits reçus est aussi un acte de foi ; quand une population l'exerce , elle montre que la religion a fructifié dans son cœur. C'est pourquoi nous consignons ici que les habitants de la commune de Plérin , diocèse de Saint-IJricuc, si horriblement ravagée comme tant d'autres , ont fait élever, dans le cimetière communal, un monument à la mémoire de trois religieuses qui ont succombé à l'épidémie par siute de veilles , de fatigues , de privations de toutes sortes : Tune d'elles avait à peine trente-deux ans.
Nous devions d'autant plus mentionner ce fait . qu'il «e rattache à notre première partie , puisqu'il forme un témoignage de plus en faveur du dévouement des ordres religieux pendant le choléra , el qu'il est aussi , pour cette troisième partie , une preuve du réveil général de la foi dans les cœurs.