CONCLUSION GÉNÉRALE
Qnand la science aux abois eut montré que toutes ses prévisions ne pouvaient rien contre le terrible fléau qui, dans le cours de Tannée 18^9 . a causé tant de ravages, plongé dans le deuil tant de familles , fait couler tant de larmes, une seule ressource resta aux infortunés que l'épidémie attaquait....
Cette ressource , on le comprend , se trouva dans l'abnégation des ministres du Pieu d'amour, aussi bien que dans le zèle et le dévouement des simples laïques: et l'on a pu se convaincre , par le récit qui précède , que si cette abnégation , ce zèle et ce dévouement eussent fait défaut, les malheurs qu'on a eus à déplorer auraient été bien plus grands encore et les victimes plus nombreuses.
Or ces vertus que le choléra a contribué à mettre davantage eu lumière, tous ces actes si admirables qui viennent de passer sous nos yeux, se résument en un seul mot , CHARITÉ ; ct ils ne sont pour nous qu'un nouveau triomphe de la charité, à laquelle tout se termine , qui est l'unique trésor du christianisme . clirisdani iioniinis ihesaurvx , comme parle un père', et qui, ne devant jamais unir: charitas mimqiiam ejcidit'^, pourvoit à tout , non-seulement aux besoins des âmes, mais encore aux douleurs corporelles.
En effet, «si la charité , dit très-bien un illustre auteur*, est une vertu chrétienne, directement émanée de l'Eternel et de son Verbe, elle est aussi une étroite alliance avec la nature. C'est à cette harmonie continuelle du Ciel et de la
» Tertullien , a'e Patient, n" 12. M Cor. x. 8.
* .M. de Chateaubriand, Génie du Christian., part.i. I. u- c. 3.
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terre , de Dieu et de l'humanité, qu'on reconnaît le caractère de la vraie religion. Souvent les institutions morales cl politiques de l'antiquité sont en contradiction avec les sentiments de l'âme. Le christianisme , au contraire , toujours d'accord avec les cœurs , ne commande point des vertus abstraites et solitaires , mais des vertus tirées de nos besoins et utiles à tous. Il a placé la charité comme un puits d'abondance dans les déserts de la vie.... »
Au surplus , les livres saints nous apprennent , à toutes leurs pages, que c'est à l'amour que nous aurons pour nos frères, au bien que nous leur ferons sous tous les rapports ' , que l'on reconnaîtra si nous sommes véritablement les enfants de Dieu. Ce fut par le charité , à l'exemple de leur divin Maître , que les apôtres gagnèrent si rapidement les cœurs et séduisirent sainiemenl les hommes. De nos jours, encore , n'est-il pas certain que toutes les fois que les successeurs des apôtres fout sentir aux populations les bienfaits du christianisme , ils les attirent plus facilement à la religion et les trouvent plus disposés à pratiquer ses préceptes ? C'est que , comme le fait assez entendre saint Paul, le moyen temporel est un puissant moyen pour arriver au bien spirituel, car il veut que chacun « ayant toujours tout ce qui suffit en toutes choses, ait abondamment ainsi de quoi pratiquer toutes sortes de bonnes œuvres 2. n
Nous l'avons vu , d'ailleurs , durant les ravages du choléra ; le bien matériel a aidé à produire dans beaucoup d'âmes le bien spirituel, les actes de dévouement du^clergé et des fidèles laïques ont parlé puissamment au cœur des peuples ; ils ont dès lors jugé Carbre par ses fruits'^, et la lumière des bonnes œuvres ayant lui à leurs yeux , ils ont glorifié notre Père qui est;dans le ciel \ Ils se sont dit qu'une religion qui inspire et qui féconde un dévouement si désintéressé et une conduite si généreuse ne peut être que bonne , sainte , divine , par conséquent digne de tous nos hommages ; de là, comme nous en avons cité quelques preuves , leurs pieuses manifestations , de là le retour d'un
' On peut lire . entre autres endroits de rEcritiirp , VËpitre de S. Jacques. - Il Cor. ix. 8.
8 Luc. V. 44. * .Matth. v. 16.
grand nombre et ces marques non équivoques de la foi la plus vive et la plus sincère....
Voilà des faits évidents, certains; ils se sont passés aa milieu de nous.... Or , qu'en conclure? sinon que, puisque la charité ciirétienne exerce une si puissante influence sur les âmes , il importe que nous tous , prêtres et chrétiens , nous fassions de plus en plus sentir son action sur la terre ; c'est à dire que nous 7i'aimioîis pas seulement nos frères en paroles , mais par les œuvres et en vérité * , afin que, voyant que nous sommes réellement les disciples de Jésus- Christ , ils soient portés à embrasser la doctrine dévie.
Il en est qui, on présence de tout ce qui se passe à cette heure dans Tordre social . s'inquiètent , se troublent et ne voient l'avenir qu'à travers les nuages les plus sombres.... Eh bien ! qu'ils nous permettent de le leur dire :« Faites, chacun dans votre sphère , que les préceptes évangéliques de liberté, d'égalité, de solidarité, qui se résument dans la charité , cette vertu par excellence - qui a pris naissance dans Jésus-Chrisi ^ , faites , disons-nous , que ces saints préceptes apportés au monde par le divin Rédempteur, reçoivent leur complète application au milieu de nos sociétés agitées ; et bientôt vos terreurs cesseront; vous verrez les hommes se réconcilier entre eux et vivre en paix , « sans aucune crainte, chacun sous sa vigne et sous son figuier^» parce que, selon la pensée de l'Ecriture dans cette parole . les peuples qui possèdent leur nécessaire demeurent tranquilles et n'aiment pas les troubles. »
Oui, soyons-en bien convaincus, ce n'est que paria charité que notre société peut être sauvée. « La religion , dit un orateur chrétien que nous avons déjà cité ^ , en détachant l'homme de son individualité, en lui prescrivant d'aimer son frère comme lui-même , l'appelle sans cesse à l'union. Tout dans la religion travaille à la convergence des cœurs. La religion réprime , conserve , étend ; mais
• I Joan. ni. 18. 2 I Cor. xai. 13.
' Diiectiû et i'i> binorum apud ipston. Eccli. i 13- » m Rep. IV. 2.^.
* M. l'abbé Degueny. diaiVAilocution. citée plus liaut, c. de cette 3» partie.
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parmi lous les moyens qu'elle emploie, elle donne toujours la première place à la charité. A la passion de l'amour de 5oi elle substitue la passion du bien de son frère , et entraînés par cet amour réciproque , les hommes se cherchent, se réunissent, s'embrassent dans une véritable et sainte fraternité.
« ... Aimer Dieu comme un père, et son semblable comme soi-même , voilà le vrai secret du bonheur du monde! 0 homme , tu aimes et tu cherches la primauté. Eh bienl je te donBe celle qui réalisera la plus grande somme de bien possible , la primauté de la charité , la primauté de celui qui fera le plus , qui se dévouera le plus pour ses frères , que ceiui-là soit le premier entre tous ! Oh 1 noble ambition, quand seras-tu la seule sur la terre ?
« Le bonheur, nous le savons bien , ne sera jamais complet ici-bas. Noire-Seigneur en nous apportant la rédemption pour Tàme et pour l'éternité ne nous l'a pas apportée r.orapiète , absolue pour le temps el pour le corps; la souffrance ne peut disparaître de la société. Mais au moins, en commandant aux hommes de s"aimer comme des frères , le Seigneurnous a délivrés d'une grande partie des calamités et des misères de cette vie : « il nous a , ajouteronsnous , mis à même, par la charité, de faire disparaître les maux et les luttes résuUant de l'esprit de caste et de séparation . esprit d'orgueil et païen , opposé à l'esprit d'union et de solidarité qui est tout clirélien; enfin il a voulu, «lui qui étant riche s'est fait pauvre pour l'amour de nous, afiu que nous devinssions riches par sa pauvreté ' , » il a voulu « pour ûter l'inégalité , que l'abondance des uns suppléât a la pauvreté des autres, aCiu que la pauvreté iùt suppléée par l'abondance, et qu'ainsi tout fut réduit à l'égalité-. •
Encore une fois donc « aimons-nous les uns les autres , comme Jésus-Christ nous a aimés" , <> et , puisque « c'est la gloire du Père céleste que nous portions beaucoup de fruits ♦ t que nous devenions les disciples du Sauveur ' , » faisons en sorte que la charité brille .toujours et partout, de toute sa splendeur divine , et nous verrons certainement luire sur notre patrie des jours meilleurs 1...
' Il Cnr. viu. 9. * S. Joan. xv 12.
^ Id. ibid. 14. » Id. ibid. 8.