‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 36 sur 38 · CONCLUSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GÉNÉRALE

Qnand la science aux abois eut montré que toutes ses prévisions ne pouvaient rien contre le terrible fléau qui, dans le cours de Tannée 18^9 . a causé tant de ravages, plongé dans le deuil tant de familles , fait couler tant de larmes, une seule ressource resta aux infortunés que l'épidémie attaquait....

Cette ressource , on le comprend , se trouva dans l'abnégation des ministres du Pieu d'amour, aussi bien que dans le zèle et le dévouement des simples laïques: et l'on a pu se convaincre , par le récit qui précède , que si cette abnégation , ce zèle et ce dévouement eussent fait défaut, les malheurs qu'on a eus à déplorer auraient été bien plus grands encore et les victimes plus nombreuses.

Or ces vertus que le choléra a contribué à mettre davantage eu lumière, tous ces actes si admirables qui viennent de passer sous nos yeux, se résument en un seul mot , CHARITÉ ; ct ils ne sont pour nous qu'un nouveau triomphe de la charité, à laquelle tout se termine , qui est l'unique trésor du christianisme . clirisdani iioniinis ihesaurvx , comme parle un père', et qui, ne devant jamais unir: charitas mimqiiam ejcidit'^, pourvoit à tout , non-seulement aux besoins des âmes, mais encore aux douleurs corporelles.

En effet, «si la charité , dit très-bien un illustre auteur*, est une vertu chrétienne, directement émanée de l'Eternel et de son Verbe, elle est aussi une étroite alliance avec la nature. C'est à cette harmonie continuelle du Ciel et de la

» Tertullien , a'e Patient, n" 12. M Cor. x. 8.

* .M. de Chateaubriand, Génie du Christian., part.i. I. u- c. 3.

204 Ll DÉVOL'EMKM «;ATHOM0»'t:

terre , de Dieu et de l'humanité, qu'on reconnaît le caractère de la vraie religion. Souvent les institutions morales cl politiques de l'antiquité sont en contradiction avec les sentiments de l'âme. Le christianisme , au contraire , toujours d'accord avec les cœurs , ne commande point des vertus abstraites et solitaires , mais des vertus tirées de nos besoins et utiles à tous. Il a placé la charité comme un puits d'abondance dans les déserts de la vie.... »

Au surplus , les livres saints nous apprennent , à toutes leurs pages, que c'est à l'amour que nous aurons pour nos frères, au bien que nous leur ferons sous tous les rapports ' , que l'on reconnaîtra si nous sommes véritablement les enfants de Dieu. Ce fut par le charité , à l'exemple de leur divin Maître , que les apôtres gagnèrent si rapidement les cœurs et séduisirent sainiemenl les hommes. De nos jours, encore , n'est-il pas certain que toutes les fois que les successeurs des apôtres fout sentir aux populations les bienfaits du christianisme , ils les attirent plus facilement à la religion et les trouvent plus disposés à pratiquer ses préceptes ? C'est que , comme le fait assez entendre saint Paul, le moyen temporel est un puissant moyen pour arriver au bien spirituel, car il veut que chacun « ayant toujours tout ce qui suffit en toutes choses, ait abondamment ainsi de quoi pratiquer toutes sortes de bonnes œuvres 2. n

Nous l'avons vu , d'ailleurs , durant les ravages du choléra ; le bien matériel a aidé à produire dans beaucoup d'âmes le bien spirituel, les actes de dévouement du^clergé et des fidèles laïques ont parlé puissamment au cœur des peuples ; ils ont dès lors jugé Carbre par ses fruits'^, et la lumière des bonnes œuvres ayant lui à leurs yeux , ils ont glorifié notre Père qui est;dans le ciel \ Ils se sont dit qu'une religion qui inspire et qui féconde un dévouement si désintéressé et une conduite si généreuse ne peut être que bonne , sainte , divine , par conséquent digne de tous nos hommages ; de là, comme nous en avons cité quelques preuves , leurs pieuses manifestations , de là le retour d'un

' On peut lire . entre autres endroits de rEcritiirp , VËpitre de S. Jacques. - Il Cor. ix. 8.

8 Luc. V. 44. * .Matth. v. 16.

grand nombre et ces marques non équivoques de la foi la plus vive et la plus sincère....

Voilà des faits évidents, certains; ils se sont passés aa milieu de nous.... Or , qu'en conclure? sinon que, puisque la charité ciirétienne exerce une si puissante influence sur les âmes , il importe que nous tous , prêtres et chrétiens , nous fassions de plus en plus sentir son action sur la terre ; c'est à dire que nous 7i'aimioîis pas seulement nos frères en paroles , mais par les œuvres et en vérité * , afin que, voyant que nous sommes réellement les disciples de Jésus- Christ , ils soient portés à embrasser la doctrine dévie.

Il en est qui, on présence de tout ce qui se passe à cette heure dans Tordre social . s'inquiètent , se troublent et ne voient l'avenir qu'à travers les nuages les plus sombres.... Eh bien ! qu'ils nous permettent de le leur dire :« Faites, chacun dans votre sphère , que les préceptes évangéliques de liberté, d'égalité, de solidarité, qui se résument dans la charité , cette vertu par excellence - qui a pris naissance dans Jésus-Chrisi ^ , faites , disons-nous , que ces saints préceptes apportés au monde par le divin Rédempteur, reçoivent leur complète application au milieu de nos sociétés agitées ; et bientôt vos terreurs cesseront; vous verrez les hommes se réconcilier entre eux et vivre en paix , « sans aucune crainte, chacun sous sa vigne et sous son figuier^» parce que, selon la pensée de l'Ecriture dans cette parole . les peuples qui possèdent leur nécessaire demeurent tranquilles et n'aiment pas les troubles. »

Oui, soyons-en bien convaincus, ce n'est que paria charité que notre société peut être sauvée. « La religion , dit un orateur chrétien que nous avons déjà cité ^ , en détachant l'homme de son individualité, en lui prescrivant d'aimer son frère comme lui-même , l'appelle sans cesse à l'union. Tout dans la religion travaille à la convergence des cœurs. La religion réprime , conserve , étend ; mais

• I Joan. ni. 18. 2 I Cor. xai. 13.

' Diiectiû et i'i> binorum apud ipston. Eccli. i 13- » m Rep. IV. 2.^.

* M. l'abbé Degueny. diaiVAilocution. citée plus liaut, c. de cette 3» partie.

206 I.E DÉVOUEMENT CATHOLtQl E

parmi lous les moyens qu'elle emploie, elle donne toujours la première place à la charité. A la passion de l'amour de 5oi elle substitue la passion du bien de son frère , et entraînés par cet amour réciproque , les hommes se cherchent, se réunissent, s'embrassent dans une véritable et sainte fraternité.

« ... Aimer Dieu comme un père, et son semblable comme soi-même , voilà le vrai secret du bonheur du monde! 0 homme , tu aimes et tu cherches la primauté. Eh bienl je te donBe celle qui réalisera la plus grande somme de bien possible , la primauté de la charité , la primauté de celui qui fera le plus , qui se dévouera le plus pour ses frères , que ceiui-là soit le premier entre tous ! Oh 1 noble ambition, quand seras-tu la seule sur la terre ?

« Le bonheur, nous le savons bien , ne sera jamais complet ici-bas. Noire-Seigneur en nous apportant la rédemption pour Tàme et pour l'éternité ne nous l'a pas apportée r.orapiète , absolue pour le temps el pour le corps; la souffrance ne peut disparaître de la société. Mais au moins, en commandant aux hommes de s"aimer comme des frères , le Seigneurnous a délivrés d'une grande partie des calamités et des misères de cette vie : « il nous a , ajouteronsnous , mis à même, par la charité, de faire disparaître les maux et les luttes résuUant de l'esprit de caste et de séparation . esprit d'orgueil et païen , opposé à l'esprit d'union et de solidarité qui est tout clirélien; enfin il a voulu, «lui qui étant riche s'est fait pauvre pour l'amour de nous, afiu que nous devinssions riches par sa pauvreté ' , » il a voulu « pour ûter l'inégalité , que l'abondance des uns suppléât a la pauvreté des autres, aCiu que la pauvreté iùt suppléée par l'abondance, et qu'ainsi tout fut réduit à l'égalité-. •

Encore une fois donc « aimons-nous les uns les autres , comme Jésus-Christ nous a aimés" , <> et , puisque « c'est la gloire du Père céleste que nous portions beaucoup de fruits ♦ t que nous devenions les disciples du Sauveur ' , » faisons en sorte que la charité brille .toujours et partout, de toute sa splendeur divine , et nous verrons certainement luire sur notre patrie des jours meilleurs 1...

' Il Cnr. viu. 9. * S. Joan. xv 12.

^ Id. ibid. 14. » Id. ibid. 8.

Page 1