CHAPITRE VII
Foi et pieux élans des populations en Belgique. — Mi*6inn providentielle des calamilés publique*.
Les Belges ont eu aussi la foi et le bon sens de recourir à Dieu dans leurs afflictions pour obtenir la cessation de l'épidémie qui , comme Ton sait , leur a occasionné de cruels ravages. Nous avons plusieurs preuves de la manifestation de leur piété dans ces pénibles circonstances.
A Bruxelles, dès les commencements de l'invasion, c'est-à-dire l'un des premiers dimanches du mois de juin , le clergé de Mulenbeck-Saint-Jean , suivi d'un grand concours de peuple , s'est reiidu en procession à l'église de Laeken , où se trouvent les reliques de saint Roch, en chantant des hymnes en l'honneur de ce saint. Le même jour on a commencé une neuvaine à Notre- Dame-de- Bon- Secours.
La veille de la fête de ce saint , qu'on invoque contre les maladies épidémiques, les habitants de quelques quartiers, environnant la rue des Flandres, qui s'étaient cotises pour élever une statue au saint, procédèrent à cette cérémonie avec beaucoup de recueillement. L'image ,
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portée processionnellemenl à l'église Sainte-Catherine , fat bénie par le clergé , puis posée dans la niche qui lui avait été destinée. .N'oublions pas aussi de dire que dans Bruxelles , saint Roch a été invoqué tous les soirs par de nombreux fidèles dans les petites rues où son image existe de temps immémorial.
C'est encore saint Roch que nous voyons invoqué (l'une manière spéciale à Namur. La piété traditionnelle des habitants de celte ville .s'est de nouveau manifestée d'une manière extraordinaire , à l'occasion de la procession en l'honneur do ce saint , qui eut lieu le dimanche Hl août.
Plusieurs rues ont été littéralement transformées en berceaux do verdure; des couronnes élégantes y furent suspendues de distance en distance ; des draperies somptueuses et des panonceaux aux nuances variées décorèrent les arcs de triomphe qui ont été placés à l'entrée et à l'issue des divers quartiers. Les paroissiens de Saint-Nicolas ont surtout voulu célébrer la fêle de saint Roch avec un éclat qui fait honneur à leurs sentiments religieux. On ne pourrait dire les peines inouies et les fatigues auxquelles ils se sont assujettis pour élever de majestueux leposoirs, tresser des guirlandes et orner de fleui's les facjades de leurs maisons. Au reste , ce zèle a été partagé par la ville tout entière ; les confréries de ?aint Joseph ef de sainte Barbe se sont associées à cotte manifestation solonnelle. Mgr l'évoque de Xamur a assisté à la procession.
Passons à d'autres contrées de la Belgique. Vers la fin de septembre une cérémonie fort touchante a eu lieu dans la paroisse de Boight sous Grimbcrghe : la disparition de l'épidémie , qui a si horriblement sévi dans cette localité, en fut le motif.
Les habitants de Boight , quoique généralement peu aisés, se sont entendus pour faire célébrer une messe d'actions de grâces. De grand malin, le curé s'est rendu
à l'hôpital dos cholériques , qui avait été improvisé au milieu d'un champ , dans un endroit écarté , et , de là , les convalescents , les religieuses et tout le personnel de l'intirmerie se sont rendus processionnellement à régiise en chantant le Te Deum. Le plus jeune des malades en convalescence ouvrit la marche.
En 1832 , la population de la ville de Hal, hahitant la partie agglomérée, et abstraction faite des hameaux, a été littéralement décimée par le choléra. En 1849, au moment où l'épidémie sévissait à Bruxelles et dans bcs faubourgs; au moment où les bateaux , remontant le canal de Bruxelles à Charleroi , avaient à bord des malades et des mourants auxquels les médecins de Hal donnaient des soins, le doyen de cette ville exhorta ses paroissiens à recourir à la prière.
Inutile de dire que son appel fut entendu sur-Iecharap et que tous les cœurs accueillirent avec empressement ce remède souveiain. Le pieux prêtre leur recommanda surtout d'avoir conûance en la Mère de Dieu et de lui adresser chaque jour quelque prière spéciale. De plus , il annonça qu'une messe solennelle serait chantée en l'honneur de l'Immaculée- Conception , afin de placer la ville sous la protection de Afarie conçue sans péché. Les habitants se rendirent en foule à cette messe ; et la ville fut préservée du fléau : du moins les journaux le constataient encore dans les commencements du mois de septembre.
La ville de Liège a également offert le spectacle de tout un peuple recourant à la religion dans sa détresse et donnant des marques d'une grande ferveur. C'est par le simple récit de ces faits que nous terminerons cet opuscule.
Des processions spéciales , remarquables par la piété qui y a régné , ont en lieu , à la demande de la population , dans bon nombre de paroisses de cette ville. Une neuvaine a été célébrée à l'église de Saint-Servais
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par les soins de la confrérie placée sous rinvocation du patron de cette paroisse, un des apôtres les plus vénérés de la catholique Fielgique.
Durant le cours de la neu vaine , Téglise a été constamment ouverte, et à toutes les heures de la journée, elle a été visitée par un grand concours de peuple. La clôture de la neuvaine a été faite avec une solennité digne des jours de ferveur qui Ta valent embellie; le lendemain, une messe a été célébrée pour les paroissiens qui ont été victimes du fléau : TEglise, comme une tendre mère , ne sépare jamais , dans ses pi'ières , le pieux souvenir des morts d'avec la sollicitude pour les vivants....
Ainsi , au milieu des ravages innombrables produits par le choléra , Dieu , dont il faut , à chaque pas de notre chétive existence, proclamer la miséricorde infinie, a su tirer le bien du mal. Cette immense aftliction qui a pesé sur notre patrie et qui a plongé dans la douleur tant de nos frères, a servi d'avertissement solennel aux populations ; elle a ravivé en elles la vie spirituelle; elle les a fait sortir de leur meurtrière indifférence , et Ton a vu partout se produire les fruits les plus précieux de salut.
Celte manifestation s'est traduite par des prières publiques , par de pieuses neuvaines , par des processions, par la lestauration d'anciennes chapelles oubliées, par rérection de nouvelles, par des actes publics de reconnaissance et, ce qui vaut mieux encore, par la pratique sincère des sublimes préceptes de solidarité et de fiaternilé recommandés ans hommes par le christianisme
Les calamités publiques servent donc , dans les plans divins , à rétablir rharnionie que nos imperfections , suite de la déviation originelle , troublent sans cesse ' ;
' ^"(»ir en lète d*' cet ouvrage nos réflexions préiiminaires.
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elles font rentrer nos âmes dans leur état normal; elle^? engendrent cette crainte salutaire qui fait que Thomme reconnaît sa dépendance , cette crainte qui est le principe de la sagesse^ Timor Dotnim principnnn sapientiœ ', et qui donne l'inlelligence des choses divines. Alors les hommes les plus indifférents se retournent vers leur Créateur ; ils sont plus accessibles aux enseignement* de la foi et plus disposés à les observei".
Saint Jean Chrysostôme n'assigne pas une autre mission aux aîïlictions de cette terre d'exil : « L'affliction , disait-il aux fidèles de son temps , nous découvre tout le néant des choses humaines et nous élève à la plus haute vertu... Voulez-vous vous convaincre de ce que je dis par des exemples ; je puis vous montrer des peuples qui ont éprouvé tour à tour l'adversité et la prospérité ; je puis vous faire voir les grands avantages qu'ils ont retirés de l'une , et la négligence dans laquelle les a jetés l'autre.
« Voyez les Hébreux. Lorsqu'ils étalant persécutés et accablés de travaux , ils gémissaient , ils invoquaient Dieu, ils attiraient d'en haut un puissant secours. Mais dès quils furent comblés de toutes sortes de satisfaction , ils regimbèrent contre l'aiguillon. Voyez aussi les habitants de Niniv^, lorsqu'ils jouissaient d'un bonheur paisible , ils irritèrent Dieu de telle sorte qu'il le^ menaça de détruire entièrement leur ville. Mais après que la prédication de Jonas les eut portés à s'humilier devant le Seigneur, ils renoncèrent au vice et se signalèrent par toutes les vertus
» Mais qu'est-il besoin de recourir à des exemples si éloignés de nous? 11 ne faut que considérer l'état présent de l'Eglise pour \oir le bien que produit l'affliction. Maintenant que nous jouissons de la paix , nous sommes tombés dans le relâchement et dans la mollesse, nous rempUssons l'Eglise d'un déluge de vices et de
« Prov. 1 7.
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crimes. Loisque nous étions persécutés , nous étions plus sages, plus humbles, plus *igilants, plus assidus aux sociétés saintes et plus appliqués à entendre la parole de Dieu '. Ce que le feu est à l'or , rafilictioii Test à l'âme. Elle la puritie, consume toutes ses souillures, la rend plus brillante et plus éclatante'.... »
Mais les calamités publiques n'opèrent pas seulement dans les àraes un travail de conversion : elles déterminent encore , et nous l'avons vu dans les deux premières parties de cet opuscule , de belles et généreuses actions, des actes de courage , d'abnégation , de charité ; de telle sojte que , par un enchaînement providentiel bien admirable, les afilictions et les épreuves procurant une manifestation plus grande de la charité , les merveilles de celle-ci touchent , à leiu- tour , des hommes jusque-là étrangers à la vie de la foi et les ramènent dans la voie véritable... Uni pourrait, en effet , ne pas se laisser gagner à la vue des bienfaits de la charité? Rarement on résiste à l'action du christianisme, et, dans quelque égarement qu'on ait eu le malheur de tomber , tôt ou tard ou revient à lui, répétant avec joie cette parole inscrite au berceau de l'Evangile : Viilimus stellam ejus et venimus^l
I C'est sans doute sur celte remarque du saint docteur que Bossuet, tirant la conséquence , s'est écriée : «Ah! s'il en est ainsi , Seigneur ! rendez-nous les Domitien et les Néron , » dans ce fameux passage que nous avons rappelé plus haut , réflex. pr'ilii/i. de notre Ire partie.
'Jean Chrysost('me , Hom. ixvi, in Epcst. 2 Cor.
3 Mattb. u. i.