CHAPITRE M
Charité, zèle et dévouement du clergé et de divers ordres religieux dans les diocèses de Sens, d'Amiens, de Soissons, de Beauvais, de Quiraper, du Mans, de Metz, d'Avigaon, de Poitiers, d'Angers et de Nantes.
11 nous serait difficile de dire avec quel bonheur nou? récoltons, àan? nos notes, ces doux fruits de l'Evangile pour les offrir à nos lecteurs. Ce nous est , au milieu des angoisses et des scandales de cette vie , une bien grande consolation de voir tant de pieux ministres des autels mettre en pratique, avec foi et générosité, les sublimes exemples que leur a laissés un Dieu d'amour et de charité. Ah! qu'un tel spectacle est bien fait pour rasséréner l'àme chrétienne et la dédommager de tant de misères qui souvent Tattristent et la découragent!....
Nous allons tourner les regards vers d'autres diocèse>, et c'est pour y rencontrer encore de ces traits de piété , de charité , d'abnégation dont nous avons déjà recueilli jusqu'ici un si grand nombre.
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A Sens le premier pasteur veille sur son troupeau. Au premier cri de douleur paîti d'une petite ville de son diocèse , à Molesme- la-Fosse , près Tonnerre, le pieux archevêque s'empresse de venir relever le moral des pauvres habitants eiïravés. Dieu couronna ses efforts, car plusieurs malades déclarèrent qu'ils avaient éprouvé un mieux sensible depuis la visite du prélat.
Les sœurs de Saint-Vincent de Paul , qui volaient partout où le fléau portait l'eflroi et la mort , ne purent rester indifTérentes aux maux des habitants de Molesme : il en vint de Paris à leur secours , el trois de ces saintes tilles payèrent de leur vie les efforts qu'elles firent pour soulager les malades.
11 en est de même à Tonnerre. Celles de l'hospice étaient à bout de leurs forces et réclamaient de nouvelles sœurs. 11 leur en vint de l'hôtel -Dieu d'Auxerre. Le Seigneur, qui inspirait leur dévouement, les avait sans doute jugées mûres pour le ciel , car plusieurs d'entre elles trouvèrent la mort sur le théâtre de leurs saints combats. On cite encore , pour le diocèse de Sens, M. le curé de la paroisse de Maligny, qui n"a cessé de veillei" au service des cholériques.
Comme Mgr l'archevêque de Sens, l'évèque d'Amiens, Mgr de Salinis, donna à son clergé l'exemple du dévouement. Au mois de septembre . le choléra enlevait, dans Tun des faubouigs d'Amiens, une pauvje mère chargée d'une nombreuse famille dont elle était presque le seul soutien. Mgr l'évèque, en ayant été informé, se rendit dans cet asile de la douleur. 11 ne se contenta pas d'apporter à cette famille les bénédictions et les consolations spirituelles , il se chargea des plus jeunes enfants que la mère infortunée avait laissées sur la ten-e ! . . .
Dès les mois de juillet el d'août , deux prêtres de ce diocèse avaient donné des preuves d'une charité vive. Le premier, M. l'abbé Froidure, curé delà commune
PENDANT I.E CHOLÉRA 6r>
de Saint- Sauveur , ne cessa , depuis le moment de l'invasion du choléra , auquel s'était joint la suoltc miliaire, de porter secours aux malades de sa paroisse : la nuit comme le jour il fut à leur service, et , non content de les soigner, il mit à la disposition des indigents son linge, jusqu'aux couvertures de son lit. Le second prêtre dont nous avons à parler, est M. l'abbé Duval, curé -doyen d'Ailly- le- Haut -Clocher. Cet ecclésiastique se distingua par la plus chrétienne conduite. Aussi , à la suite d'incroyables fatigues , de voyages faits de jour et de nuit pour consoler les malades , les changer de linge , pour ensevelir de ses propres mains ceux que tuait la maladie, il fut luimême atteint par elle , et il mourut , emportant les regrets universels...
Au diocèse de Soissons, nous trouvons une conduite à peu près identique dans la personne de M. l'abbé Parquin, curé de la paroisse de Cugny. Toutefois cet ecclésiastique put résister à ses fatigues et soigner plus longtemps ses paroissiens affligés. Ceux de la commune de Villenauxe, au diocèse de Ti-oyes, trouvèrent également , dans leur pasleur, un père rempli de sollicitude, de dévouement et d'abnégation.
Beauvais nous montre son premier pasteur allant visiter les malades de deux paroisses de ce diocèse , où le choléra fit de grands ravages ; ce sont celles de Cires-les-Mello et de Montataire. Nous reviendrons sur cette dernière.
Disons seulement maintenant , puisque c'en est le lieu , que M. l'abbé Heu , vicaire- général et supérieur du séminaire de Beauvais , s'est aussi empiessé d'allei" au milieu de ces populations désolées, afin de venir en aide aux curés et d'oi'ganiser des secours. 11 fut accompagné par deux missionnaires, l'un membre do la Compagnie de Jésus, et l'autre de la société du Saint- Esprit. Disons encore que les religieuses de différents
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ordres , de Saint Vincent de Paul , de Bon-Secours , de Saint-Aubin et de Saint-Joseph, ont fait preuve d'une sainte émulation pour porter dans toutes les familles, avec les secours matéiiels , le baume de la foi et de la douce espérance. Ajoutons enlin qu'à Bondivilliers , au même diocèse , M. le curé a proposé et le maire a secondé une collecœ en faveur des orphelins du choléra. Cette cûUecle a été abondante.
Dans le diocèse de Quiraper, ce sont d'humbles religieuses qui ûxeront notre attention. Pendant toute la durée du choléra , à l'hôpital de la .Marine , les Hamen de la Sagesse ont fait preuve d'une abnégation et d'un dévouement absolus. Ces religieuses ont reçu , tout dernièrement , la seule récompense nationale que la modestie de leur caractère leur permettait d'accepter. Conformément à une dépèche du ministre de la marine, en date du 50 janvier 18j0, M. le préfet maritime s'est empressé d'exprimer à madame la supérieure , ainsi qu'à ses pieuses et dévouées compagnes, la reconnaissance de toutes les personnes qui ont connu leur belle conduite; et, au nom de l'humanité, comme en celui de l'administration supérieure du pays , M. l'amiral Leblanc a adressé à ces dignes sœurs hospitalières les plus vives et les plus honoiables félicitations.
Signalons encore à la reconnaissance publique les sœurs de la Charité, de la congrégation d'Evron , à Bazongers, au diocèse du Mans. Ces religieuses n'ont manqué au chevet d'aucun malade. Rien n'a refroidi leur zèle ; ni les fatigues , ni la mort qui ne les a pas épargnées. Au Mans même , ce soni les sœurs de la Miséricorde qui ont soigné lés victimes, heureusement peu nombreuses, qui s'y sont trouvées. Nous venons de nommer Bazongers ; mais nous n'avons pas dit qu'on a vu constamment auprès des malades , outre les sœurs de la Charité , M. le curé , ou son vicaire,
pour les secourir et leur donner les consolations religieuses.
Le diocèse de Metz apporte aussi sa part dans ce concert d'œuvres de dévouement. Il en est de même de celui d'Avignon. Mgr l'évêqiie de Metz s'est montré plein do sollicitude pour les paroisses de son diocèse , où répidémie exerçait ses ravages. Le 51 juillet, il choisit celle qui était la plus maltraitée. Arrivé à Goin, vers une heure de l'après-midi , il visita toutes les familles, sans exception aucune, et il ne s'est retiré qu'après avoir laissé aux malheureux des marques de sa générosité.
Mais le prélat ne se contenta pas d'avoir donné des recours sur ce point ; il fit remettre trois cents francs à M. le curé de Pournoy-la- Grasse , pour être distribués aux cholériques du canton. Dans la paroisse de Sailly, le curé, M. Hisette , a fait , comme le maire , preuve du plus grand zèle ; tous deux se sont sans cesse montres près des malades et des mourants , pour leur procurer les secours de la religion et leur prodiguer des soins.
Quant à ce qui est du diocèse d'Avignon , nous constaterons que le choléra , qui ravagea la ville épiscopale, eut pour effet de faire réhabiliter dans l'hospice les sœurs de Saint-Joseph , qui en avaient été brutalement et inintelligiblement expulsées depuis quelque temps ^ En présence du danger, une administration plus éclairée et plus juste que la précédente, comprit tout ce qu'on pouvait attendre du zèle et de la charité de ces religieuses. Nous n'avons pas besoin de dire que dans ces temps de calamité et de deuil , ces dignes hospitalières n'ont point trompé les espérances qu'on avait fondées en elles.
> On peut consulter sur celte affaire notre Mémorial catholique, tome IV, page 495 ; tome v, page 333 , 376 ; et tome vi , page 195.
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Joignons à ces religieuses les sœurs dites de VEspéiatice , qu\, elles aussi uni correspondu à leur AOcation au milieu de la douleur publique. Deux d'entre elles sont restées ;i Coulonges, diocèse de Poitiers, depuis l'invasion du choléia, et ont piodigué leurs soins aux malades a\ec une charité et uu dévouement entiers.
Coml)ien ces pieuses lîUes vouées au Seigneur se sont encoi-e distinguées dans d'autres contrées! Dans le diocèse d'Angei-s , par exemple, elles ont excité Tadniiration de tous. Un journal de cette ville ' leur a l'endu ce témoignage : « Les associations charitables , les congrégations religieuses se sont, comme toujours, signalées dans ces œuvres sublimes et touchantes de miséricorde et de charité. .Nous pourrions en citer de nombreux et éclatants exemples ; mais nous nous bornerons à signaler, tout près de nous, les saintes Filles de Saint-Vincent de Paul , dont plusieurs ont payé de leur vie leur héroïque dévouement , et les respectables sœurs gardes-malades dites de VEspérance. M. le préfet de Maine-el-Loire les avait demandées au plus fort de l'invasion qui désolait alors la commune de Saint-Georges-sui-Loire ; l'une d'elles a failli rester victime de la démence d"un malheureux qu'égarait son désespoir. Ces bonnes sœurs ont été appelées ensuite sur la rive opposée , pour soigner les ouvriers des mines, et là, comme à Saint-Georges, elles ont su inspirer à tous le respect et la profonde reconnaissance dus à leurs soins pieux et à leur invariable dévouement... » Plusieurs de ces sœurs ont aussi été envoyées à Epinard , commune voisine d'Angers : celles-ci n'ont pas été moins précieuses aux pauvres malades que leui's dignes énmles.
A Angers même, les sœurs gardes-malades de l'établissement de cette ville ont multiplié leurs secours :
» L'L'ir'on Je l'Oued. M" du. 22 juillet 1849.
peSd.ot t.ï choléra 69
elles ont donné de prodigieux exemples de zèle , jusque-là que, voyant qu'où nouriissait en certains endroits d'mjusles préventions contre elles , elles supplièrent le Seigneni- de frapper Fune d'entre elles , afin de rendre leurs soins plus elficaces auprès des cholériques en dissipant ces préventions. Merveilleux cfFels de la charité catholique , qui pousse de faibles femmes à s'olfrir en sacriiice puui- le salut de plusieurs î
Le dévouement du clergé de la ville et des RR. F^P. Jésuites a été digne aussi du ministère sacré dont ils sont revêtus. Nous citerons particulièrement dans ces JJiptyqucs de la charité, M. le curé de la paroisse de Saint-Joseph , qui a recueilli chez lui deux petits orphelins. Nous nommerons ensuite, pour la paroisse de Beaulieu , dans le môme diocèse, M. l'abbé Mercier, ancien curé de cette paroisse . maintenant chanoine d'Angers, qui se mit à la dii-posilion de son zélé confrère , le curé actuel, pour soulager son ancien et infortuné troupeau.
Mais nous manqueiions à notre devoir si nous oubliions de dire que le premier pasteur du diocèse avait lui-même donné l'exemple à ses prêtres et aux religieuses placées sous sa dépendance. Mgr l'évêijue d'Angers fit effectivement tout ce qui était en son pouvoir pum- adoucir les rudes épreuves dont ses ouailles étaient accablées.
La soUicilude dont ce prélat a fait preuve en ces douloureuses circonstances, s'est trouvée également dans le cœur du nouvel évêque de Nantes, Mgr Jaquemet. Ce pieux pontife a, comme Mgr l'évèque d'Angers , distribué d'abondants secours. Affligé des ravages que faisait le choléra dans la commune de la Chapelle-des-Marais, dunt les habitants eurent le malheur de voir la dyssenterie se joindre à l'épidémie régnante , le prélat leur envoya des Sœurs de l'Espérance qui leur prodiguèrent
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les soins de la charité. Dans la ville épiscopale , nous voyons le premier pasteur et les religieuses rivaliser en quelque sorte de zèle et de piété.
En effet , une religieuse de THôtel-Dieu , mortellement atteinte de répidémie , exprime avec instance le saint désir de recevoir , avant de rendre son àme à Dieu , la bénédiction du prélat. Aussitùl Mgr levèque de Nantes se rend auprès du lit de cette pieuse fille. Après avoir dit à la mourante , avec toute Téloquencc des cieux , ce qui pouvait le plus remplir de joie et de consolatian cette àme pleine de courage et de foi, Mgr Jaquemet n'a pas voulu s'éloigner de l'hôpital sans visiter toutes les salles et principalement celles des cholériques. La religieuse qu'il était venu bénir et fortifier est morte dans la pai.x du Seigneur. Mais avant elle , sept autres sœurs de la Sagesse , emportées par le fléau , l'avaient précédée dans le ciel : une huitième fut atteinte du choléra, et c'est ainsi que pasteur et religieuses firent éclater la vertu du christianisme aux yeux des hommes.
Mais arrêtons-nous pour cette fois. Nous aurons encore d'autres œuvres à admirer et à bénir, ou plutôt nous aurons à bénir Dieu , qui en est l'auteur et qui , pai" le bienfait de sa grâce, comme le dit, après saint Paul ', un Père de l'Eglise -, les a préparées avant tous les siècles pour nous y faire marcher.
' Eplies. cap. n. 10.
* S. .\ug\istiD. Epit. ccxiv. Arl Valent, num. i.
cO^jO.