Le dévouement
Un philosophe moderne, M. P. A. Vieillard, définit ainsi le dévouement : « On désigne par ce mot la disposition morale qui nous porte à subordonner les intérêts de notre être à des intérêts de choses ou de personnes , placés en dehors de nous. L'acte qui résulte de cette disposition prend aussi le nom de dévouement : ainsi ce mot exprime à la fois une cause et un effet. » — Il est encore employé dans un sens historique que nous indiquerons plus tard. Le dévouement emportant toujours avec lui l'idée d'un sacrifice, a pour principe, selon la nature de son objet, l'enthousiasme ou l'affection. Quand la religion en est le mobile, il fait des martyrs; si c'est l'amour de la gloire qui l'inspire, il fait des héros ; il est fondé sur le sentiment du devoir, s'il fait les hommes vertueux et les grands citoyens. Ainsi la consécration morale du dé-
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vouement, c'est sa conformité avec le devoir. L'antiquité nous en a laissé de nombreux .exemples. On sait que des cérémonies religieuses accompagnaient la consommation d'un acte par lequel un ou plusieurs citoyens, et quelquefois un roi, s'offraient aux divinités infernales pour détourner sur leurs têtes les dangers dont la patrie était menacée. Dans la Grèce, le dévouement de Codrus, roi d'Athènes, celui de Léonidas et des trois cents Spartiates aux Thermopyles ; à Rome, celui des deux Décius père et fils, et de Curtius, sont au nombre des plus célèbres dans l'histoire ancienne.
Le courage civil est l'une des plus nobles formes du dévouement; l'antiquité en fournit des modèles, qui, dans les temps modernes, ont été égalés par Eustache de Saint-Pierre, Thomas Morus et tant d'autres, qui sont restés inébranlables devant l'échafaud ; par de Harlay et Mole, bravant, l'un les fureurs de la Ligue , l'autre les clameurs de la Fronde.
« Le dévouement fondé sur l'amour du prochain place à la tète de ses héros, Las Casas, Charles Borromée, Vincent de Paul et Howard. Lorsqu'il prend sa source dans les affections de famille, il compte plus d'héroïnes que de héros ; au dévouement fabuleux d'Alceste l'histoire ajoute celui d'Éponine et de madame de La Valette. Après avoir guidé Antigone comme fille et comme sœur, c'est cette vertu qui inspire madame Elisabeth s'offrant aux poignards qui menacent la reine Marie-Antoinette;
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c'est elle encore qui, à travers mille dangers, amène du fond de la Sibérie à Pétersbourg la jeune Prascovie allant demander au czar la grâce de son père. »
Afin d'établir une sorte d'ordre dans le nombre des exemples de dévouement que nous avons cru devoir rappeler au souvenir de nos lecteurs, nous les avons classés sous les titres suivants :
1° La Famille. — Nous y avons joint la série des serviteurs auxiliaires, parfois si utiles et si généreux qu'ils ont acquis le droit d'être comptés parmi les membres les plus dévoués de la famille.
2e Les Amis. — Exemples : dans l'antiquité, Damon et Pythias; dans les temps modernes, Louis Bosc, l'ami de madame Roland, etc.
5° Le Devoir. — Dans l'antiquité, Régulus ; dans les temps modernes, le caporal Bellet, etc.
4° L'humanité. — Dans les temps anciens, le moine Alymache; dans les temps modernes, la sœur Marthe, etc.
Si nous avons omis de parler du dévouement, à la Patrie, c'est que par son importance, ce noble sujet mérite d'être réservé pour un traité spécial.