ACIDE OXYBDTTHIQDE
Gœtghens(3), en dosant les acides et les bases de l'urine d'un diabétique, arriva à la conclusion qu'il y avait un acide inconnu dans cette urine. Trois années plus lard, Stadelmann (4), en suivant la même méthode, découvrit l'acide crotonique. Mais les recherches ultérieures, faites à
Feu près en même temps et indépendamment un de l'autre par E. Kùlz (.'il et par Minkowski (fi), ont montré que l'acide crolonique
(1) Rupstein, FeeseniusS Zeittchrift, tomo XIV.— Oeichiiullkh, Aii'iulen .1er Ckemie, tome CCIX. — Tollensi (id). — Jaisch, Zeitsrlir. f. p/iy.t. l'hernie, ISS:!, VII, p. 4S7, et Zeitaekrifi f.ki Medirin, i.>'m,< VI. — (■'.bstei:x. Otntx.-.tie.i Arehiv f. IL Uni., ISS-', lomo XXX, p LIN. — Mi.M-.Knot SiBAsaBB, Arehiv fur exper. Vntholouie. IS'U. tmne XXXII. p. 372.
(2) Phivost ol Uinet, Hevue médicale de tu Suisse Romande, mai 18S1, n° 5
(3) GusTiiiiEKs, Zeitsrhrift fur pays. Chemie, ISS", tome IV,
p. 3fi.
(tj Si* DELA
(S) KoLifl 6) Mjhkow
K, ArchiofUr txper. l'athol., 1BS3, tome XVH,
ZeUtchrift fur BioUgit lHHt, totwe XX. p. 16:i. :, Arcttiv /ilr e.qi. Patfl.WIH, tomeXVIIl. p. 3!i.
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74 DKSGBASIE TOXIQUE
ne préexiste pas flans l'urine et se forme aux dépens d'un aulre acide, l'acide (3 oxybulyrique. Kiïlz est parli du l'ait que l'urine dans certains cas de diabète grave, si elle est privée de son sucre par la fermentation, dévie à gauche la lumière polarisée. Peu après, Minkowski isolait de l'urine l'acide jî oxybutyrique (1).
La quantité maxima de cet acide qui puisse être journellement excrétée dans les cas les plus graves, paraît considérable. E. Kulz, en l'évaluant d'après le pouvoir rotatoire à gauche, après fermentation, l'a estimée, dans un cas. à 200 grammes. C'est là, sans doute, un chiffre extrême.
L'acide g oxybulyrique, l'acide diacélique et l'acétone ont des relations très étroites : le premier de ces corps, en absorbant une molécule d'oxygène et en perdant une molécule d'eau, se transforme en acide diacélique ; celui-ci se dédoubleen acétone et en acide carboniquc(2).
Jaksch a supposé que l'acétone, au lieu de provenir de l'acide jî oxybulyrique, lui donne naissance en se combinant avec l'acide formique, qui pourrait également se rencontrer dans l'urine diabétique ; mais celte synthèse n'est pas prouvée, tandis que la production d'acétone et d'acide diacétique aux dépens de l'acide fl oxy-
, ZïQMAssKiel Tourna [Annalen der Chemie, l«s:;, tome 2-JS; ont cunlirmé la découverte de Kûlz ei de Minkowski.
[2| D'après v. IS'oorden, a'il y a peu d'aci'le aiélo-^.Ttiijuo dans le sanir, loin mi transforme pu ;n i-ione: sinon une tiarlie <■*( éliminée à l'état i's
lieu sanguin, mais pi:u guvaiui, niiu d'acétone que peut exhaler l'Iialeine.
ACIDE 3 00 BUTYRIQUE 15
butyrique a élé expérimentalement démontrée par Mînkowski.
Ce savant a ingéré à un chien de 7 kilos, privé de pancréas, 9 grammes environ d'oxybutyrate de soude dissous dans 100 centimètres cubes d'eau. Or l'urine excrétée pendant les 24 heures suivantes renfermait de l'acétone et de l'acide diacélique (1). L'animal n'a pas éprouvé de symptômes toxiques.
Presque en même temps, Araki (2) obtenait le môme résultat : à un lapin il pratiquait une injection sous-cutanée de Ti grammes d'oxybutyrate de soude et retrouvait dans l'urine île l'acétone et de l'acide diacélique. Il est à noter que chez d'autres lapins soumis en môme temps à la même injection et à l'inhalation prolongée d'oxydede carbone (pour empêcher I oxydation de l'acide oxy bu lyrique), il a retrouvé dans l'urine une partie de ce dernier, mais, naturellement, ni acétone, ni acide diacélique.
Sternberg (3) a fait ingérer pendant cinq
i "ours ;i grammes d'acide |î oxybutyrique à une emme neurasthénique. Aucun symptôme n'a été remarqué et on n'a pu le déceler dans l'urine. La môme expérience a été faite chezun diabétique, avec la différence qu'il a pris deux fois 10 grammes de cet acide. Le malade n'a éprouvé aucun malaise, el son urine, qui renfermait déjà de l'acélone et de l'acide diacélique,
(Il Mînkowski, Arahio/tti- esper. Pathologie, 1893,tome XXXI,
tl S'2. Cette cxiii'rii.'iii.'e avuii èli failf aiitiTiuiirument pi"" Alrtoni (i,!.. IKN4, Lomé XVIII, ]>. SlSl. Mais la dose d'ucida OitImi lyrique (non 1 r ■ ■ I i 1 1 u h ■ . .- et.iji jiem-i'irt 1 trop faible.
(3) Ahaki. ZW(iWm// fit,- /ihys. Che.mir, IH'Ji, lome XVIII, p. 10.
(3) 3tiïb.î»hbho, Vircltow's Arehiv, 18S8, (orne CLH, p.Si J.
76 DYSCRAS1E TOXIQUE
il en a pas présenté davantage. Il est en conséquence probable que l'acide £ oxybutyrique a été brûlé dans l'organisme, Sternberg admet que cet acide «si moins toxique que l'acide butyrique.
Waldvogel (4). assistant à la clinique du professein' Kbslein, a relire l'acide g oxybulvrique de l'urine d'un diabétique (par le procédé de Tollens). Il en a ingéré une certaine quantité (non indiquée) H un lapin pendant plusieurs jours conséciilifs el a obtenu une fois, dans le produit de la distillation de l'urine, la réaction de l'acétone, de Légal, sans aulre symptôme d'ailleurs. Ce qui donne de l'intérêt à ce fait, c'est qu'on n'obtient jamais cette réaction dans I rine du lapin, même après une inanition prolongée. Ainsi chez le lapin, comme chez chien, la production d'acétone dans l'organisme aux dépens de l'acide oxybutyrique est expérimentalement prouvée,
Waldvogel a injecté, également chez le lapin, de l'oxybutyrate de soude dans la veine de l'oreille, sous la peau et dans le péritoine. L'introduclion de ce sel par la voie sous-cutanée et par la voie péritonéale a amené une néphrite hémorragique. Chez des grenouilles et des souris, l'oxybulyrate de soude produit un état Iransitoire d'affaissement tel que ces animaux devenaient incapables de s'échapper quand on cessait de les maintenir.
Les faits précédents nous donnent une idée de l'effet produit par des doses, d'ailleurs énormes, d'acide oxybutyrique. Il est certain que la toxicité de ce corps est faible : Noorden cite le cas
(1) Waliivoubl, Cenlriilblall far
AMM0NIKM1E ET EXCRETION D'AMMONIAQUE 77
d'un diabétique dont l'urine en renfermait au moins 20 grammes par litre, et qui néanmoins paraissait en bonne santé. De tels eus s'expliquent sans doute par l'intégrité du rein.
De même que l'acétone et l'acide diacétique, l'acide |S oxybutyrique ne se rencontre pas seulement chez les diabétiques : on a constaté son existence dans l'urine des malades atteints d'all'eclions les plus diverses, et même dans la simple inanition [Nebelthau(l). Vergeiy (2)].
D'autre part, il n'existe pas dans Ions les cas du coma [Wolpe (3),Rumpf (4), Munzer et Strasser ('i,, Hugounciiq, Hoque et Devic fi)]. On comprend, dit Naunyn \7), que l'acide oxybutyrique n'existe pas dans l'urine dans tous les cas de dyscrasie acide, car il peut être dédoublé entièrement dans le sang en acide diacélique et en acétone. Il se pourrait aussi que les matières protéiques donnassent directement naissance à l'acide diacélique sans passer par l'intermédiaire de l'acide fi oxybutyrique (Minkowski).
*. - àMMONIËMIE ET EXCRÉTION DAMMONIAQOE
A l'état normal, l'urine renferme une petite quantité de sels ammoniacaux correspondant à
, diai'éturie et iiciilt: iisybulvrii|iic
i des enfanls el des jeunes gens
(Archives <-l-i,„,,i,:n de Hwdeiiar . ImH, ,.. i\l et 40:»).
131 Wui.tt:, Archw f.exper. l'atholoyie, ISKii. i..nir XXI. (*) Uumpf, Ver/iandl. des Con<ti-ensts f. inuere Med. Wieskaiteii. 1896.)
(!il Mha/mi i'l Sui»i:i, Are lui} f-.r r.rpci imenlelle t'atliol., 18'li. loitiL- X.XX1N, p. J12.
(fi) Huhounfki}, llmji l .-i ]>Evn:. Revue de méd-, IW1, p. 93-".
7 NAumrn, toc. eu., p. ans.
78 DYSCRASIE TOXIQUE
0,05 ou au plus à 1 gramme d'ammoniaque par jour (1), sauf le cas d'alimentation carnée exagérée, auquel cas la quantité d'ammoniaque quotidiennement excrétée par l'urine peut s'élever à \ gr. 5. Dans la fièvre, elle augmente beaucoup: Rumpf a trouvé jusqu'à 3 çr. d'ammoniaque par jour dans l'urine defébricitants (2). Or, dans certains cas de diabète, la quantité d'ammoniaque journellement excrétée par l'urine
Êeut s'élever, ainsi que l'a le premier constaté oussingault, à un chiffre très élevé, 4 grammes et davantage. Stadelmann aurait même observé un cas où l'excrétion de l'ammoniaque aurait atteint 12 grammes par jour. Ces hauts chiffres se rapportent tous à des cas graves, en imminence de coma (3).
L'hyperammoniémie révélée par l'abondance des sels ammoniacaux dans l'urine peut- elle devenir chez le diabétique une source particulière d'accidents? Je ne le pense pas, car, d'après les recherches de Marfori (4), un chien supporte l'injection dans les veines, en Y espace d'une heure
(1) Quant à la quantité d'ammoniaque existant normalement dans le sang, on sait par Winterberg (Wiener kl. Wochenschrift, 1897, n° 14) que, sur douze sujets sains qu'ily aurait en moyenne gr. 0096 d'ammoniaque pour 1000 grammes de sang. Dans la fièvre, les écarts seraient assez notables, mais la moyenne resterait sensiblement la même.
(2) Rumpf, Virchow's Archiv, 1896, tome CXLIII, p. 1. Voir aussi Rumpf et Klein, Zeitschrift fur Biologie, 1896, tome XXXIV, p. 65. — Saleskin, Zeilschrifl filr phys. Çhemie, 1898, tome XXV, p. 449.
<3) Voir Hallervorden, Archiv fur exp. Pathologie, 1880, tome XII, p. 237. — Stadelmann, ici., 1883, tome XVII. p. 419, — Wolpe, id., 1886, tome XXI, p. 138. — MuENZERet Strasser, id , 1894, tome XXXII, p. 372. — Klemperer, Deutsche med. Woch. t 1895. — Vereins Beitrâge, p, 122. — Schmoll, Dissert. Basel, 1896.
(4) Marfori, Archiv f. exp. Pathol. % 1893, tome XXXIII, p. 71.
AMMONIEMIE ET EXCRETION D'AMMONIAQUE 79
de 29 milligr. de carbonate d'ammoniaque. Si l'on admet que la loxicilé des sels ammoniacaux est la même chez l'homme, ce dernier pourrait excréter, par heure, sans être incommodé, plus d'un gramme de carbonate d'ammoniaque, c'est à-dire une quantité bien supérieure à celle que l'on peut trouver dans l'urine d'un diabétique.
Quelle est la cause de l'hyperammoniémie chez les diabétiques?
On sait, depuis les expériences de Walter, élève du professeur Sehmiedeberg, que chez les carnivores l'ingestion d'acides minéraux qui ne se détruisent pas dans l'économie, comme font les acides végétaux, est suivie de l'augmentation delà production d'ammoniaque. Une des expériences deWalter i !)nous montre qu'un cbien de 8 k. îiOO excrétait à l'état normal gr. 57 d'ammoniaque et 1 gr. 3, les jours où il recevait de i gr. 2à3gr. otî d'acide chlorhydrique dans un demi-litre d'eau.
En conséquence, d'après le professeur Sehmiedeberg, l'ammoniaque a, éventuellement, pour fonction, chez le carnivore.de neutraliser les acides. Les recherches de Coranda(2ïet celles de Hallcrvorden (3) nous ont appris qu'il en est de même chez l'homme. Mais ce sérail une erreur de croire que le chiffre de l'ammoniaque indique exactement le taux de l'acidité des humeurs de l'économie; car il résulte de recherches 1res précises, dans le détail des-
(1) Walteb, Arc lome VIT, |>. 148.
(^i Cohandà, Archiu filr e.vper. Palhntogi p. li>.
13) llAt.LEHVOHDEN, ûi., 1880, ll.'llIO XII, p.
txperimentelte Palholoi/ic.
l»B, ton
80 DYSGRASIE TOXIQUE
quelles je ne puis entrer ici, que souvent une certaine quantité de bases alcalino- terreuses contribuent avec l'ammoniaque à neutraliser les acides de l'urine (1).
Quoi qu'il en soit, il n'est pas contestable que la diathèse toxique, que, pour abréger, on désigne par le mot d'acélonémie, ne soit une diathèse acide. Mais il ne semble pas prouvé que le coma soit produit par Yacidité des humeurs. Nous avons déjà insisté sur le peu de toxicité djjJ'acide oxybutyrique. Aussi comprend-on queKlemperer attribue les accidents dits acétonémiques à une toxine inconnue. Le peu de succès de la médication alcaline témoignerait jusqu'à un certain degré en faveur de cette opinion (2).