‹ Le Diabète Sucré Chez l'EnfantChapitre 13 sur 18 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation Première

Due à M. le professeur Baumel et présentée par lui au Congrès international de Médecine, section de pédiatrie, 29 août 1900, Paris.

A. B..., née le 4 juin 1898, entre à l'Hôpital Suburbain (service de M. le professeur Baumel), salle des nourrissons, lit n° 2, le 20 décembre 1898.

Antécédents héréditaires. — Père bien portant, nous affirme

la mère (fille-mère).

Celle-ci a eu la chorée à 15 ans. Elle a avorté au quatrième mois de sa précédente grossesse, il y a trois ans.

Antécédents personnels. — Née à terme; éruption généralisée de nature inconnue le quatrième jour après la naissance.

Histoire de la maladie actuelle. — Cette enfant nous fut présentée par sa mère, à la consultation externe, quinze jours avant son entrée à l'hôpital.

On nous raconta que la fillette avait, depuis une vingtaine de jours environ, les paupières enflées ainsi que les mains et les jambes ; il fut facile de constater, à ce moment-là, qu’il en était encore ainsi.

On ajouta que la petite malade urinait souvent et beaucoup plus que ne le font, d'ordinaire, les enfants de cet âge ; que les urines étaient totalement décolorées et semblables à de l’eau ;

| — 30 — que la fillette désirait constamment le sein et qu’elle n’était jamais rassasiée ; qu'elle vomissait parfois ; qu'elle se démangeait.

La mère avait déjà montré sa fille à deux médecins de la ville ; le premier lui avait dit qu'il s’agissait d'un refroidissement (néphrité) ; le second avait demandé à faire l'analyse des urines, qui fut pour lui négative.

Ce dernier, comme les urines étaient äbsolument décolorées, demanda à la mère si elle ne lui avait pas apporté tout simplement de l’eau de fontaine.

Après ce récit, nous examinâmes, à notre tour, la Loi malade.

Nous fûmes tout de suite frappé par l’&ædème très accusé dont les paupières, les jambes, le dos, les mains étaient le siège. |

Nous ne trouvâmes rien au poumon, rien au Cœur.

Le pouls était plutôt rare pour un enfant de six mois. Il ne

donnait que 75 à 80 pulsations à la minute.

Le ventre était volumineux, légèrement méteorisé.

Cet examen terminé, nous procédâmes à l'analyse des urines que la mère avait eu la bonne idée de nous apporter.

Comme coloration,elles ressemblaient à de l’eau de fontaine.

Nous en fimes une analyse qualitative au point de vue albumine d’abord, elle fut négative.

Nous regardâmes ensuite au point de vue sucre. Sur-lechamp nous n’obtinmes rien. Notre embarras était grand et nous avions conclu à l'existence d’une néphrite aigue sans albumine (?)

La petite malade et sa mère étaient parties et déjà loin de nous, lorsque nous nous aperçûmes que le tube dans lequel nous avions mis en présence et chauffé la liqueur de Fehling

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et l’urine, contenait un précipité peu abondant, il est vrai, mais couleur rouge-brique caractéristique, qui s'était formé insensiblement et, pour ainsi dire, après coup.

Heureusement, cette femme et sa fille vinrent se présenter à la consultation une seconde fois, huit jours après, ce qui nous permit de procéder à un nouvel examen des urines au point de vue du sucre. Le précipité rouge-brique ne se montra de nouveau que deux où trois minutes après que l’urine et la liqueur de Fehling eurent été mélangées et chauffées.

Nous conseillâmes à la mère d'entrer à l'hôpital avec sa fille pour nous livrer à de nouvelles et plus précises recherches. Elle accepta, mais elle n’entra que huit jours plus tard. Ce même jour, nous pûmes encore nous rendre compte que l’æœdème des paupières, du dos, des mains, des jambes et des pieds était stationnaire.

La polyurie, la polydipsie, les démangeaisons cutanées, persistaient, d’après la mère, avec la même intensité qu'auparavant.

Le 20 décembre 1898, la mère et l'enfant entrent à l'hôpital.

Poids de la filiette, 4 kil. 210 grammes.

Paupières, dos, mains, jambes, toujours œdématiés ; urines aqueuses, pas de diarrhée, ventre ballonné.

L'examen qualitatif des urines ne donne rien pour l’albumine, mais révèle, au moyen de la liqueur de Fehling, la présence du sucre.

Pas de dents. Signes d'évolution dentaire (salivation, mâchonnements, etc.).

Traitement. — Eau de lactophosphate de chaux à 5 p. 0/0, 20 grammes. Tétées toutes les 3 heures.

Le 22, les œdèmes ont légèrement diminué ; un peu de bronchite, quelques vomissements.

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Looch blanc 120 gram., benzoate de soude 60 centigram.

Le 25, vomissements, muguet, diarrhée verte. OEdèmes diminuent. «

Collutoire au borate de soude et miel rosat ââ p. é, potion du muguet (à l’eau de chaux, 60 gram. pour 150).

Précipité rouge-brique dans les urines chauffées avec la liqueur de Fehling.

Le 27, œædèmes à peu près disparus. Toujours précipité rouge brique. Poids, 4 k. 110. L'enfant a perdu 100 gram. Cette diminution de poids, coïncidant avec la disparition des œdèmes, lui est attribuée.

2 janvier 1899, toujours précipité rouge-brique avec la liqueur de Fehling.

3, poids 4 k. 165. Augmentation sur la précédente pesée de 5 gram. soit 8 gram. par jour.

5, envoi d’un échantillon d'urine à M. le D' Moitessier, professeur-agrégé de chimie, chef du laboratoire des cliniques. qui répond le lendemain : « L’urine envoyée jeudi, 5 janvier, du service de M. Baumel contient 1 gr. 80 de glycose par litre ».

10, l’œdème des paupières reparaît. Toujours réaction caractéristique du glycose avec la liqueur de Fehling.

Poids, 4k. 270, Augmentation sur la pesée précédente de 105 gram., soit 15 gr. par jour. La polyurie et la polydipsie persistent.

12, œdème des paupières, des jambes et léger œdème du dos des mains.

M. Moitessier, à qui des urines ont été envoyées à nouveau, nous adresse une note ainsi conçue : « L’urine envoyée le ÎT janvier au laboratoire contient 1 gram. de glycose par litre ».

13, œdèmes continuent ; foie douloureux et augmenté de volume ; gros ventre. La percussion de l'estomac est tympanique. Get organe est dilaté. La percussion profonde est doulourouse suivant une ligne transversale et pancréatique.

15, œdèmes diminuent. Les deux incisives médianes inférieures sont sur le point de percer la gencive ; elles se voient par transparence.

17, presque plus d’œdèmes aux paupières supérieures ; encore un peu au dos, aux mains et aux Jambes.

Poids, 4 k. 390. Augmentation de 120 gr. sur la pesée précédente malgré la diminution des œdèmes, soit 17 gram. environ par jour.

La liqueur de Fehling est légèrement réduite.

21, disparition à peu près complète des œdèmes. Des urines sont envoyées ce jour-là au laboratoire des cliniques.

24, note.de M. Moitessier ainsi conçue : «L’urine qui a été envoyée, au laboratoire, samedi 21 janvier, avec l'indication : Crèche n° 3, AÀ..., réduit très légèrement la liqueur de Fehling et la liqueur d’Almen (sous-nitrate de bismuth en solution alcaline). Les essais en vue d'obtenir des cristaux de glucosazone, pour l'identification de la substance réductrice avec le glycose, n’ont pas donné de résultat positif ».

26, œdèmes complètement disparus. Plus de précipité rouge brique des urines traitées par la liqueur cupro-potassique.

30, plus de sucre dans les urines. Les démangeaisons continuent, tandis qu'il se fait surtout le corps une desquamation fur furacée.

La mère de notre petite malade demande qu'on lui signe son billet. Elle sort ce jour-là de l'hôpital.

Depuis lors, nous avons eu l’occasion de revoir la petite A.B... et de la soigner à plusieurs reprises, d’abord pour une

se

broncho-pneumonie, puis pour une varicelle, enfin tout récemment pour une rougeole dont elle est complètement guérie depuis fin juin 1900. Elle a en ce moment la coqueluche.

La guérison de son diabète est restée définitive jusqu'à ce jour (23 juillet 1900).

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