‹ Le diabète sucré et son traitement hydrologiqueChapitre 17 sur 49 · SUCRE TOTAL · texte numérisé non relu

SUCRE TOTAL

l'RÉE TOTALE

Ire analyse

16 juillet

25 gr. 00

46 gr.

11 gr. 33

36 gr.

8 gr. 80

37 gr.

repos

6 août

9 gr. 30 reprise du trait.

42 gr.

6 gr. 00

33 gr.

6 gr. 23

33 gr.

3 gr. 00

36 gr.

4 septembre

3 gr. 55

28 gr

Ces exemples corroborent ce que je disais au Congrès de Biarritz, et ce que d'autres médecins distingués ont constaté, en France et à l'étranger, avec des eaux analogues à celles de Gauterets, à savoir que les eaux sulfureuses faibles, silicatées et arséniées, sont réellement utiles, non seulement contre les affections qui les font conseiller chez les glycosuriques, mais contre le diabète sucré lui-même.]

Nous ne sachons pas que d'autres eaux sulfureuses pyrénéennes aient été conseillées contre le diabète. Dans bien des monographies de ces stations, signées de noms fort respectables, et remontant encore à peu d'années en arrière, le mot de diabète n'est même pas prononcé.

Le D"" E. Monin dit de Saint- Honoré, dans la Nièvre, où le D' M. Odin a dosé l'arsenic, que cette eau sulfo-arsenicale est excellente pour les diabétiques à poitrine faible et délicate. C'est la seule eau sulfurée dont il cite le nom.

Quant au D'' Dreyfus-Brisac, il n'en indique pas une seule.

Aix en Savoie.

Il en existe d'autres cependant que celles nommées par nous, où les diabétiques pourraient faire une cure utile, à condition que celle-ci soit bien dirigée. Ainsi, dans son livre sur les malades qui guérissent aux eaux d'Aix-les- Ba'ins, le D"" E. Monard, après avoir écrit que le traitement

habituellement suivi à Aix est plus nuisible qu'utile aux diabétiques, parce que ceux-ci, s'imaginant que l'eau minérale doit sutrire à tout, s'affranchissent de tout régime, ajoute : « nous devons guérir à Aix les diabétiques à cause de nos admirables ressources, si nous voulons nous inspirer des remarquables observations publiées par Martineau... Que ne pourrait-on faire en transportant cette thérapeutique dans notre belle cité thermale, complétée par des stations d'altitude à 800, 1000 et 1600 mètres, où nous réaliserons toutes les conditions favorables pour le relèvement des forces et une meilleure oxygénation du sang ? » Mais du traitement thermal du diabète à Aix, il n'est pas dit un mot !

Serait-ce que les médecins d'Aix refusent à leurs eaux toute vertu antidiabétique?

(Car qui voudra trouver ce que le D"" Monard réclame, le rencontrera dans toute station thermale d'une certaine importance.) — On serait tenté

de le croire, en lisant la notice qu'un autre médecin d'Aix, le D"" H. Forestier, a publiée, en avril 1890, dans les Archives générales d'hydrologie, sur la douche chaude et le massage combinés dans le irsiilemeni hygiénique du diabète essentiel. Le titre seul dit que l'auteur s'est peu préoccupé de l'action de Feau minérale d'Aix sur ses diabétiques. Il s'agit en effetde l'action de la ûJoitc/ie-massa^g, procédé hydriatique qui constitue ce que le mode d'administration des eaux d'Aix a d'original et de caractéristique, beaucoup plus que des propriétés de l'eau elle-même. Il est vrai que celle-ci a été appliquée sans régime alimentaire spécial, sous une pres-

Douclie-Massage.

sion de quatorze mètres, avec une eau au degré utile (35° à 40°), le massage sous Teau durant dix minutes. La douche a été donnée une fois par jour, pendant dix-huit à vingt jours. Deux observations précises et détaillées renseignent complètement ; mais nous y voyons, résultat auquel on ne devrait pas s'attendre, que, dans un cas, le sucre urinaire a augmenté entre la cinquième et la neuvième douche, et dans le second de même après les premières douches. Cependant le résultat final a été favorable. L'auteur a bien soin d'écrire que, laissant de côté les propriétés spécifiques de l'eau thermale hydro-sulfurée, il ne voit dans la réduction de la glycosurie que le fait du mode d'administration, de la douche-massage, c'est-à-dire une action sur la nutrition élémentaire. Cette étude serait donc plutôt du ressort de l'hydrothérapie pure et simple.

Toujours est-il qu'on ne saurait nier, après les considérations développées dans ce paragraphe, les bons effets sur le diabète des eaux sulfureuses en 2;énéral.

Eaux étrangères.

Dans les pages qui précèdent, nous avons fait connaître du mieux qu'il nous a été possible, selon les ressources bibliographiques dont nous avons pu disposer, les eaux minérales de la France qui ont été recommandées contre le diabète. Nous avons étudié les eaux antidiabétiques d'Autriche ou de Prusse, et nous avons signalé quelques eaux de la Belgique pouvant rendre certains services dans le traitement de cette maladie. Nous allons passer rapidement en revue les eaux de même nature des autres pays voisins, de l'Espagne, du Portugal et de l'Italie, espérant ainsi arriver à compléter notre étude de ce que nous appellerons la matière médicale fournie par l'hydrologie à la cure du diabète. Comme nous l'avons fait pour les eaux minérales de la France, nous emprunterons surtout nos

DU DIABETE SUCRÉ 159

documents a\ix Annales de la Société d'hydrologie espagnole ou aux seules œuvres de médecins hydrologues dignes d'estime et de confiance.

Espagne. — Mondariz.

En Espagne, les eaux bi-carbonatées sodiques ferrugineuses, froides, de Mondariz, jouissent d'une réputation méritée contre le diabète. On y compte deux sources. Au mois de novembre 1879, le D'' I, Fondai, médecin directeur de ces eaux, lut à la Société d'hydrologie de Madrid un Mémoire très bien compris, où il démontre, à l'aide d'observations cliniques détaillées et bien ordonnées, la valeur de sa station, qu'il place au-dessus même de Vichy, Nous croyons utile d'en donner un rapide aperçu.

Après quelques pages consacrées à la palhogénie du diabète, après avoir exposé, comme il dit, les tristes résultats obtenus par les moyens diététiques et pharmacologiques, l'auteur en vient aux effets que produisent les eaux minérales.

Exception faite des observations recueillies à Carlsbad et à Vichy, le D' Fondai croit que les histoires cliniques du diabète sucré publiées avec les résultats obtenus par la médication hydrominérale sont peu nombreuses. Il est vrai que, depuis quinze ans, ces observations se sont multipliées, en France surtout. Les eaux de Carlsbad et de Vichy ont pour résultat de diminuer la quantité de sucre en améliorant notablement les autres symptômes. Durand-Fardel convient que la disparition complète du sucre est très rarement obtenue, pour si régulier et prolongé qu'ait été l'usage des eaux minérales. Il en est de même à Mondariz.

Toutes ces eaux, comme le dit fort bien le D-- Velasco dans son livre écrit en espagnol {Guia medico-practica de las aguas de Vichi), paraissent atténuer les effets du mal bien plus que s'attaquer à sa cause.

Dans les deu.x seules observations types que produit le

D' Fondai, nous voyons, sous Taclion de la boisson seule de l'eau de celte station, allant de 1500 gr. à 2500 gr., le sucre rester d'abord stationnaire pendant les huit premiers jours, la polyurie persister, mais la sensation de la soif s'apaiser. A partir de ce jour, l'amélioration s'accuse, l'état général devient meilleur, les forces augmentent, et le sucre tombe successivement, chez le premier malade, un chanoine obèse et âgé, de 195 gr.,dans les vingt-quatre heures, à 112 gr,, au bout de six jours, puis à 83 gr., puis à 57 gr. , au vingtième jour de la cure. Quelques bains de mer durant l'été et un régime convenable permirent au malade de se maintenir. Revenu au mois de septembre, avec 55gr.de sucre perdu dans les vingt-quatre heures, dans environ trois litres d'urine, ce même malade, en suivant le même traitement limité à la boisson de 2 litres à 2 1, 1/2 d'eau de Mondariz, qu'il dut, à la fin, réduire de moitié, puis suspendre trois jours à cause d'une diarrhée assez forte, en arrive à voir le sucre disparaître complètement de ses urines, où ni la potasse, ni le réactif de Trommer n'en laissaient constater de traces. — Mais cette guérison s'est-elle maintenue? Le D'" Fondai ne le dit pas.

Sa seconde observation n'est pas moins intéressante. Il s'agit d'un jeune homme qui avait eu, quelques années auparavant, une hémorrhagie broncho- pulmonaire, jugée sans gravité par Fidoux qui en avait soigné les suites aux Eaux-Bonnes. Une première analyse faite, le 16 février, par un chimiste habile de Madrid, dénote, au commencement de 1877, 14 gr. par litre, 30 gr. en 12 heures, soit environ 60 gr. par jour. Mais, chose singulière, deux jours après, le 28 février, le sucre arrive à la dose énorme de 298 gr. en vingt-quatre heures. Le 22 février, il est àla dose de 62 gr. 90 par litre. Le malade se met alors à l'usage de l'eau de Mondariz qu'il boit mêlée au vin, et parfois pure. Le 5 mars, il n'y a plus que 45 gr. de sucre par litre ; — le 12 mars, 38 grammes ; — le 9 mai, 35 gr. 5, — et à la fin juin, 37 gr. par litre. Sous l'action des eaux de Mondariz transportées,

le sucre avait donc baissé de 69 gr. à 37 gr., soiL de près de moitié. Venu à Mondariz, en juillet, le malade y boit 2 litres d'eau par jour, en plusieurs prises, et pendant vingt-deux jours. Après une semaine de traitement, il commença à sentir une amélioration qui s'accusa jusqu'à la fin, dans tous les symptômes, parallèlement à la diminution de la glycosurie, qui, le 31 juillet, était à peine de 3 gr. par litre, et de 1 gr. en 24 heures. — Le 16 novembre, le chimiste Saenz Diez ne dosait plus que 4 gr. 743 de glycose dans les urines émises en vingt-quatre heures. Le malade se disait tout à fait bien guéri.

Depuis lors, les eaux de Mondariz ont acquis une réputation croissante, et le D' Fondai a vu le nombre des diabétiques y augmenter : de 4 seulement qu'il était en 1877, — à o en 1878, — et à 21 en 1879. De ces 30 cas qu'il a pu étudier, dont quelques-uns pendant ces trois saisons, il conclut que :

1° Les eaux bicarbonatées sodiques de Mondariz ont une ■efficacité réelle dans le diabète sucré;

2" Le symptôme qui disparaît le plus promptement dans leur action est la soif immodérée, qui se calme dès le troisième ou quatrième jour ;

3° Le sucre ne diminue pas d'une façon sensible durant les six premiers jours de la cure ; il se réduit à la moitié, au bout des huit jours suivants, et la diminution est beaucoup plus marquée quand, à l'usage de la boisson, on ajoute les bains généraux ;

4° Avec deux saisons de vingt jours chacune, on peut obtenir la disparition complète du sucre, bien que, en règle générale, il en reste une petite quantité, assez insignifiante ;

5° A mesure que le malade perd moins de sucre, il se sent plus de forces, la nutrition devient plus régulière, et les chairs reprennent une partie de leur embonpoint ;

6° Enfin, dans les cas où le sucre a complètement disparu, le diabète a une certaine tendance à la récidive, ce que Ton constate par les agents chimiques, à l'aide desquels on

découvre une très petite proporlion de sucre dans l'urine. Ce dernier point répond à la question que nous nous sommes posée plus haut, au sujet de la guérison supposée du premier malade du D' Fondai.

Gomment agissent les eaux de Mondariz dans le diabète?

— Est-ce par les conditions climatologiques du pays, par leur composition chimique, ou par ces deux circonstances réunies?

A ces demandes, le D"" Fondai répond que, à juger des effets produits par ces eaux embouteillées, le pays joue un rôle insignifiant, pour ne pas dire nul, dans la cure du diabète.

Flusieurs diabétiques qui avaient usé de ces eaux à domicile, et même des eaux de Vichy, ont ressenti dans la station une amélioration qu'ils n'avaient pas éprouvée jusque-là, et le D^" Fondai en donne la preuve par une lettre d'un de ses clients, qui, venu à Faris pour quelque temps, y demande des eaux de Mondariz et s'en fait adresser une caisse pour remplacer Contrexéville et Yichy qui, dit-il, ne lui réussissent pas aussi bien. Mais mieux vaut encore prendre toutes ces eaux à leur source.

L'eau de Mondariz se distingue de celle de Vichy principalement en ce qu'elle renferme moitié moins de bicarbonates alcalins, mais dix à douze fois plus de bicarbonate ferreux.

Est-ce à cela que les eaux de la station espagnole devraient une action remarquable? — Avec beaucoup de sens clinique, le D" Fondai est loin de l'affirmer, et il attend, dans l'avenir, des explications chimiques ou physiologiques qui le satisfassent plus complètement. Four le moment, il se contente des résultats que l'expérience lui a dévoilés,

— qu'elle confirme chaque année — et dont il tire la conclusion que les eaux de Mondariz sont le remède le plus puissant et le plus efficace contre le diabète sucré.

Toujours est-il qu'elles ont vu, depuis lors, leur clientèle de diabétiques s'accroître d'année en année, et leur repu-

talion s'étendre dans la péninsule, jusqu'au centre du Portugal. Dans V Annuaire des Eaux minérales d'Espagne pour 1889, que nous avons eu l'occasion de consulter, le D"^ J. Fondai, qui est resté directeur des eaux de Mondariz, accuse, pour l'année 1888, — 122 cas de diabète qu'il a eus à soigner, et sur lesquels il a compté 56 guérisons, 60 améliorations, et seulement 6 insuccès : ces résultats sont évidemment fort beaux et font honneur à la station de Mondariz.

31armolejo.

Après elle, vient, en seconde ligne, la station de Marmolejo, dans la province de Jaen. Ses quatre sources, froides, à 21° c, sont aussi bicarbonatées sodiques.

A la fin de janvier 1881, le D"" Fernandez Flores, directeur de ces eaux, fît à la Société espagnole d'hydrologie une communication intéressante, où il étudia longuement l'étiologie pathologique dans ses relations avec le diabète et ses formes, avec son pronostic et avec son traitement. Il divise les causes du diabète en fondamentales et accidentelles. Nous n'avons pas à nous étendre sur ce travail, dispensé que nous en sommes par le résumé que nous avons donné de l'étude générale du diabète dans la première partie de ce travail. Qu'il nous suffise de dire que les eaux de Marmolejo ont aussi fait leurs preuves, et que, en 1888, le même médecin directeur accusait une statistique des plus favorables : sur 52 diabétiques qu'il y avait soignés dans le cours de cette année, il comptait 4 guérisons (chiffre plus modeste que celui enregistré sous cette rubrique à Mondariz), 45 améliorations, et 3 résultats nuls.

Avant lui, le D' Manzaneque avait communiqué à la Société d'hydrologie de Madrid une intéressante observation de diabète traité par ces mêmes eaux, qui avait donné lieu à une discussion instructive à laquelle avait pris part le D'' M. Taboada, une des autorités hydrologiques de l'Espagne, qui exposa alors son sentiment à ce sujet.

Fiiente Agria de Villaharta.

V Annuawe des Faux mlnéraUs d'Espagne, de 1889, nouS' fournit des statistiques précieuses établissant la valeur de quelques autres stations du pays réellement utiles dans lacure du diabète. C'est ainsi que les chiffres relevés et publiéspar le D"^ J. Vasquez Pulido, pour la station de Fuente Agria de Villaharta, dans la province de Gordoue, placeraient ces eaux bicarbonatées mixtes, ferrugineuses et froides, avant la station de Mormolejo. Sur 72 diabétiques observés par lui, le directeur de Fuente Agria a compté 19 guérisons, 50 améliorations et 3 insuccès seulement. Cette statistique est des plus consolantes, et place la station en un rang fort honorable parmi ses similaires.

Autres stations.

Après elle, nous signalerons comme ayant donné des résultats dans la cure du diabète, et par ordre décroissant, parmi les eaux bicarbonatées, - - les eaux bicarbonatées sodiques faibles et froides de Sobron y Soportilla, dans la province d'Alava, où le D'' Gurucherri a relevé, en 1888, — neuf améliorations sur neuf diabétiques soignés par lui ; les eaux de môme nature de Sousa y Caldeliûas, province d'Orense, où le D"" Fuentes a signalé une guérison et un insuccès dans la même année, — celles de Burlada, en Navarre, qui ont produit une amélioration.

Parmi les eaux bicarbonatées calcaires, celles d'Urberuaga de Alzola, en Guipuzcoa, qui ont une température de 30^ 5 c, ont donné au D>' Lopez Fernandez une amélioration seule sur quatre diabétiques qui y sont venus.

Les eaux de Segura, d'Aragon, de Larr-aim, en Biscaye, figurent comme ayant amélioré chacune le seul diabétique que leurs médecins directeurs y aient observé.

En dehors de ces eaux alcalines, l'Espagne compl'e d'autres eaux de natures diverses, où les diabétiques indi^

gènes vont quelquefois chercher du soulagement. Ainsi, parmi les eaux sulfurées, nous voyons figurer avantageusement les stations de Montemayoi\ où le D'' Benito Crespo, avec ses deux sources sulfhydriquées et chaudes, a obtenu quatre améliorations sur dix malades traités.

Les eaux sulfureuses sodiques et iodées de Lugo ont amélioré les deux diabétiques qui y sont venus en 1888.

Parmi les eaux chlorurées, les sept sources tempérées de Lànjaron, dans la province de Grenade, qui sont aussi ferrugineuses et bicarbonatées, ont donné au D' Gomes Torres une guérison et quatre améliorations, sur sept diabétiques.

Les eaux de Cestona, en Guipuzcoa, ont amélioré les quatre malades de diabète que le D"" Amos Calderon a observés en 1888.

Nous ajouterons à ces eaux, comme ayant été recommandées contre le diabète, les eaux d'Ibero, Argeniona et Nuesira Senora de las Mercedes.

Deces constatations il résulte que, en Espagne comme en France, les diabétiques sont adressés à des eaux bicarbonatées, sodiques de préférence, mais que d'autres sources, chlorurées sodiques, et sulfureuses surtout, leur procurent également de sensibles avantages. C'est ce que confirment le Dr An. Garcia Lopez dans son ouvrage Hidrologia medica et les D'''^ Doz et Builla dans leur Tratado de hidrologia medica, livres qui font autorité en Espagne, comme le montrent les récompenses dont tous deux ont été honorés à l'Exposition universelle de Barcelone.

Voici d'ailleurs comment le premier de ces écrivains résume, à tous les points de vue, la question du traitement hydrologique du diabète sucré :

« Quant aux eaux minérales, on a préconisé d'une façon presque exclusive les eaux alcalines, mais en se fondant sur une fausse théorie, ce qui ne veut pas dire que ces eaux ne sont pas applicables à la cure du diabète.

« Il ne faut pas, dans le traitement du diabète par les eaux minérales, se limiter à diminuer la quantité de sucre

des urines ; car l'objet principal du traitement doit être de donner du ton, de la tonicité au système nerveux et à l'organisme entier, pour changer les actes de nutrition qui sont pervertis. De là la recommandation des bains de mer à titre de médication tonique et reconstituante, mais simplement auxiliaire, comme l'hydrothérapie.

« Le diabète dans ses relations avec les eaux minérales est si peu étudié que l'on ne peut encore formuler de règles à ce sujet, ni recommander des eaux, sinon à titre empirique et avec un succès douteux. »

A côté des eaux de France signalées dans les Annales de la Société d'hydrologie de Paris, eaux de Vichy, de Vais, d'Aile vard, de Balaruc, etc., le D' A. Garcia Lopez cite, parmi les eaux minérales d'Espagne, « dont l'influence arrive à détruire temporairement la glycosurie, à retarder le développement de certains phénomènes morbides, et parmi lesquelles quelques-unes enregistrent des guérisons complètes, ou des améliorations notables du diabète, les eaux d'Ibero, Segura, Sobron, Sousa, Argentona, Marmolejo, N. S. de las Mercedes, toutes eaux acidulées ou alcalines bicarbonatées sodiques. L'usage interne de ces eaux à dose assimilable, ou bien comme eau de table quand la minéralisation le permet, est le meilleur moyen de les administrer. Les bains généraux, les douches, les irrigations froides peuvent aussi convenir, comme tout autre procédé servant à tonifier l'organisme et à activer les fonctions nutritives. — Outre ces eaux, celles qui contiennent de l'arsenic et des phosphates en proportions régulières, et OLine dominent pas trop les autres éléments minéralisateurs, peuvent fort bien convenir. Au besoin, on peut associer aux eaux (ici nous faisons nos réserves, en traduisant ce passage) un traitement pharmaceutique basé sur l'arséniate de soude, l'azotate d'urane, qu'on mêlera, si les réactions chimiques ne s'y opposent pas, à l'eau minérale elle-même.

« Mais, pour conseiller les eaux à un diabétique, il ne faut

pas qu'il ait alleint une période extrême de son mal, cachexie, phtisie, etc., oii la thérapeutique a perdu presque toute sa puissance et son action. »

Comme nous n'aurions pu mieux dire pour résumer le traitement hydrologique du diabète sucré^ nous avons tenu à traduire intégralement, malgré sa longueur, ce passage où un maître de l'hydrologie espagnole expose les préceptes de la meilleure pratique. On connaîtra mieux aussi de cette façon quelles idées régnent en Espagne sur la cure hydrominérale du diabète.

Foriugal.

Passons maintenant au Portugal, où nous allons trouver à cueillir beaucoup plus qu'on ne l'aurait supposé tout d'abord.

C'est au magistral Traité des Eaux minéro-médicinales du Portugal, duD'' kUreào Luiz Lopes, et à quelques bonnes monographies que nous empruntons les renseignements suivants.

Il y a, en Portugal, de nombreuses sources utilisées avec avantage dans le traitement du diabète sucré.

Le D' A. L. Lopes, dans la partie théorique, si nous pouvons dire ainsi, de son remarquable livre, admet une classe d'eaux siliceuses et silicatées ; et comme le professeur Picot a préconisé l'emploi du silicate de soude à l'intérieur pour modérer la transformation de la matière glycogènedu foie en glycose, il en déduit son indication, et aussi celle des eaux silicatées, dans la cure des maladies du foie et du diabète.

Disons tout de suite qu'il existe dans une des îles Açores, à San Miguel, de nombreuses sources fortement silicatées, bicarbonatées et gazeuses, quelques-unes même sulfureuses et hyperthermales, dont l'emploi dans le diabète est, d'après le médecin portugais, assez naturellement indiqué. Ces

dernières sources se rapprocheraient assez de l'eau de Mauhoarat, de Cauterets, que nous avons étudiée plus haut.

Parmi les eaux silicatées simples, le D' A. L. Lopes signale celles de Monchique, à 215 kilomètres au sud de Lisbonne, que nous classerions, en France, parmi les indéterminées ou inermes ; elles ont une action réelle dans les affections gastriques et rénales, si souvent concomitantes du diabète.

Le savant hydrologue portugais donne comme nettement actives dans ces maladies, dans celles du foie, et dans le diabète, les eaux faiblement minéralisées, alcalines et lithinées, de Felgueira (district de Vizeu), à 223 kilomètres au nord de Lisbonne. « Chez les diabétiques, dit-il, ces eaux augmentent l'appétit^ diminuent la soif et le pourcentage du sucre dans l'urine ; elles activent la nutrition et développent les forces ; ces améliorations sont durables et même définitives dans bien des cas. »

On peut rapprocher de ces eaux celles de Moiira, bicarbonatées calciques, dont on extrait des sels utilisés contre les affections arthritiques et la lithiase; — les eaux analogues de Caldas de Chaves, — celles de Pezo de Melgaço, dans le Haut-Minho, toutes formellement recommandées contre le diabète.

Gérez.

D'après le D' A. L. Lopes, une mention spéciale est due aux eaux de Gérez, bicarbonatées sodiques, silicatées et surtout lluorurées, qui ont été le sujet d'un livre remarquable du D' Ricardo Jorge, sous le titre modeste de Guia thermal de Gérez. La formule hydrologique de Gérez, nous dit l'auteur de ce Guide., est celle-ci : « Eau hyperthermale, hyposaline, bicarbonatée sodique, silicatée et fluorurée... Cette eau est quatre fois plus riche en fluor que la fameuse X Reine des Sources », le Sprûdel, de Carlsbad ; l'eau de

DU DIABETE SUCRE 171

Gérez est, de fait, la plus fluorurée de l'Europe. » Sous son action, le Dr R. Jorge a vu le chiffre de glycose baisser rapidement chez les nombreux diabétiques qu'il a observés. Chez presque tous ce chiffre baissa énormément ou se réduisit à zéro; ce qui démontre que l'eau de Gérez agit utilement sur la formation et la destruction du sucre : le diabète lié à des désordres du foie, et le diabète commun, dit diabète gras, relèvent donc nettement de ses indications.

Thérapeutiquement le foie est le point de mire et le but de la médication; stimuler l'activité du foie est un des plus sérieux avantages du traitement : or Gérez est une des stations qui répond le mieux à cette donnée. Le diabète gras peut être considéré comme une suite de l'hépatose ; ces diabètes gras, ou hépatiques, sont précisément ceux dans lesquels Gérez, comme Garlsbad, donne les résultats les meilleurs, quelquefois même curatifs.

Dans les diabètes graves, ou maigres, termes avancés des précédents, l'orbite des perversions dépasse le foie et intéresse tous les éléments organiques importants pour l'utilisation et la destruction du sucre; il provoque même des lésions nerveuses, ou pancréatiques, inguérissables. Ce diabète vrai, attribué par beaucoup d'auteurs au pancréas, trouve, d'après le D'' R. Jorge, dans les eaux minérales un palliatif. Avec les eaux de Gérez, il prescrit une diète de réduction, ou diète sèche, qui se supporte bien à Gérez. Il attribue une part des résultats de la cure de Gérez dans le diabète aux silicates des eaux, qui, comme l'a montré Byasson pour l'eau de Mauhourat, agissent, à titre d'excilant trophique, contre les manifestations arthritiques; c'est ce qu'ont admis, ajoute l'auteur, Gigot-Suard et Garrigou. Enfin Picot a découvert que les silicates avaient une action élective sur le foie, et modifiaient la fonction glycogénique.

En 1857, le D'' A. M. Dias Jordao, qui a été un des professeurs distingués de l'Ecole médico-chirurgicale de Lis-

bonne, avait développé dans sa thèse, devant la Faculté de médecine de Paris, des considérations sur un cas de diabète observé par lui. En décrivant le traitement de cette maladie, il indiqua quelques eaux minérales du Portugal comme pouvant être appropriées à cette cure. Il donna l'analyse de six de ces eaux ferrugineuses et de l'eau sulfurée de V Arsenal. ]] citait en outre une dizaine d'autres sources jaillissant sur diverses terres portugaises. D'après le D"" A. V. Lourenço qui les a analysées, les eaux froides d\A.rsenal de Marinha^ voisines de Lisbonne, seraient chlorurées sodiques, magnésiennes (près de 20 gr. de sel par litre) et en même temps sulfureuses. Le D"" A. L. Lopes dit qu'elles sont surtout employées contrôle rhumatisme, comme altérantes et dépuratives, à la dose, en boisson, de 100 à 200 grammes par jour ; pour qu'elles deviennent purgatives, il faut en boire 700 à 800 gr., le matin à jeun. De là découle leur utilisation contre le diabète sucré.

Après elles, et près d'elles, on peut citer les eaux du même district, mais moins minéralisées, de Cucos, simplement chlorurées, à 3 gr. de sel par litre ; — celles de Fervença, à 2 gr. de minéralisation totale et 1 gr. 50 de sel ; — les eaux faiblement chlorurées, mais lithinées et sulfureuses, de S. Jorge, près de Porto ; — les eaux assez mal déterminées de Valle da Ursa, qui, au dire du D'A. L. Lopes, étant alumineuses, diminuent la polyurie et le pourcentage du sucre chez les diabétiques. Nommons enfin les eaux inermes de Caldellas, réputées antirhumatismales et utiles contre le diabète.

Pedras Salgadas.

Des eaux qui paraissent devoir être plus efficaces et que le D'' A. L. Lopes indique nettement contre le diabète sucré, sont les eaux assez fortement bicarbonatées sodiques de Pedras Salgadas, à composition assez complexe, contenant bien des éléments utiles contre le diabète. Ces eaux,

jaillissant par six grififons différents, situées tout à fait au nord du Portugal, à 383 kilomètres de Lisbonne, présentent une minéralisation totale de 4 gr. 30 à 5 gr. 30 par litre. Elles ont été l'objet de deux intéressantes monographies publiées, l'une en 1886, par le D^ Ant. Teixeira de Souza, l'autre, trois ans plus tard, par le D'" A. dos Santos Junior.

La première est un rapport bien étudié résumant quatre années de pratique de l'auteur dans cette station. Relativement au diabète, après avoir exposé sa pathogénie, les expériences et les théories de Mialhe, Magendie et Cl. Bernard, puis les opinions de Picot et de Jaccoud sur son traitement hydro-minéral, il ajoute : « Certains diabétiques ont besoin d'eaux ferrugineuses ; ce sont les anémiques, à qui le distingué D'' Dujardin-Baumetz les recommande. Pour eux, l'eau de la grotte Maria Pia est indiquée ; nous l'employons à doses élevées et répétées, 1000 à 1300 gr. par jour, et nous conseillons des bains d'immersion dans le but de faciliter la transpiration cutanée, ne pouvant pas décider nos malades à faire usage des bains de vapeur. Dans les dernières saisons, nous avons obtenu des guérisons complètes, comme le montre le relevé statistique placé à la fin du livre (de 1882 à 1885, — 10 guéris, — 7 améliorés, - 4 dans le même état). Le D" A. Teixeira n'hésite pas à mettre les eaux de Pedras Salgadas au-dessus des eaux espagnoles de Mondariz, dont il donne l'analyse comparative, et qui passent, en Portugal, pour avoir des qualités spéciales contre le diabète: il publia deux observations détaillées à l'appui de son assertion. Le premier patient fut traité par la boisson de la source de Penedo, à doses élevées et répétées, et par des douches froides: dès la deuxième saison, il était guéri. L'autre malade, malgré un découragement complet, soigné par la même boisson et des bains d'immersion alcalins, recouvra, après vingt et un jours, l'état normal de sa santé.

Plus tard, le D^ A. dos Santos, dans son livre édité en 1889, a relevé à son tour, pour 1887 et 1888, 15 diabétiques guéris, 12 améliorés, et pas de résultats nuls. Ces statistiques

sont vraiment très favorables et tout à l'honneur des eaux de Pedras Salgadas, qui se montrent réellement efficaces et en sérieux progrès. Après avoir consacré quelques pages ù l'étude générale du diabète, donné quelquesconseils sur le régime à suivre, le D^dosSantos écrit : « Il est pratiquement démontré que dans l'alimentation et dans les eaux minérales alcalines repose la base du traitement du diabète. L'alimentation doit avoir pour but d'administrer au diabétique la moindre quantité possible de sucre ou de substances productrices de sucre. Les alcalins, en régularisant les fonctions digestives et la nutrition, ont une action probablement directe sur la fonction glycogénique du foie. L'arsenic a aussi donné quelques résultats. Les choses étant ainsi^ les eaux de Pedras Salgadas, par leurs alcalis, par leur arseniate,et aussi par leur fer, rendent de grands services, ainsi que le montrent les statistiques. Le traitement consistera dans l'usage interne des eaux, en bains d'immersion, hydrothérapie, gymnastique et autres moyens accessoires ; c'est, en tout cas, un traitement compliqué et que le malade doit suivre rigoureusement. — Les cas de diabète léger sont promptement guéris, en une ou deux saisons à Pedras Salgadas ; mais ce sont ceux que l'on y voit le moins . Au contraire, les cas moyens ou graves y prédominent. Dans ceux-ci le traitement doit être beaucoup plus long, parce que, même dans le cas où le sucre arrive à disparaître à la fin d'une saison, le vice nutritif tend toujours à le faire revenir, et avec lui les autres symptômes. Le malade ne doit pas pourtant se décourager, s'il voit réapparaître le sucre trois ou quatre mois après la cure hydrominérale. Il doit d'abord suivre une hygiène convenable et retourner au traitement balnéaire, autant de fois qu'il le faudra pour obtenir le meilleur résultat possible. Il convient que les diabétiques légèrement attaqués viennent dans cette période, et ne laissent pas leur mal passer à l'état moyen, parce qu'ils obtiendront un meilleur et plus rapide résultat. » — Nous ne saurions dire mieux I

A côté des eaux: de Pedras Salgadas se placent, à tous égards, celles de Vidago, dans la fertile vallée d'Oura, dont trois sources sont moyennement bicarbonatées sodiques, avec près de trois grammes de minéralisation totale, mais dont la principale, qui porte ce même nom plus spécialement, renferme exceptionnellement près de six grammes de bicarbonates divers, parmi lesquels ont été dosés ceux de lithine et de strontiane, et est par conséquent Teau alcaline la plus minéralisée de la Lusitanie, le Vichy du Portugal. Aussi est-ce cette source que le plus ordinairement on utilise pour la boisson, mais à doses très modérées, prises pures ou étendues de lait.

Un peuplas au nord encore, se trouve la source de Villarelho de Raia, similaire des eaux moyennes de Vidago, recommandée, comme elles, dans la cure du diabète.

Vidago.

Le D*^ A. L. Lopes, à qui nous empruntons ces derniers détails, a publié. Tan passé, une excellente brochure sur « les eaux minéro-médicinales de Vidago ». L'étude du diabète, brièvement exposée, y tient une bonne place ; et nous ne saurions en donner une meilleure idée qu'en en reproduisant les principaux passages plus directement en rapport avec notre sujet.

« Quelles que soient l'origine et la forme du diabète, dit-il, les eaux de Vidago produisent les résultats les plus avantageux et les plus remarquables, pourvu toutefois que le mal ne soit pas parvenu à ses périodes les plus avancées, et par cela même incurables. Par leur usage, la quantité de sucre rendu par les urines baisse régulièrement etprogressivement jusque, parfois, à une absence complète; en même temps l'état général s'améliore, et l'on voit reparaître les anciennes forces dans toute leur énergie. De si beaux résultats, loin •d'être éphémères, se prolongent longtemps après l'adminis-

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tration de ces eaux, ils se consolident avec de petites cures semblables, faites de temps àaulre, même loin de la source. C'est là l'opinion de tous les médecins qui ont présidé à ce traitement, considéré aujourd'hui comme un des plus profitables, spécialement chez les diabétiques souffrant de congestions répétées du foie, chez les diabétiques obèses, goutteux ou graveleux, et chez ceux qui, faisant peu d'exercice, éliminent beaucoup d'acide urique (Huchard).

« En France, non seulement Teau de Vichy est le remède classique conseillé à beaucoup de diabétiques, mais le traitement recommandé par Martineau — (eau gazeuse lithinée arsenicale) — jouit d'une grande et légitime renommée. Or notre eau de Vidago étant en tout semblable à celle de Vichy, et contenant le gaz carbonique, le lithium et l'arsenic de la formule de Martineau, en plus du bi-carbonate de soude et des phosphates également recommandés contre le diabète, il était permis d'espérer qu'elle produirait les bienfaits de ces traitements. La pratique confirme cette opinion, amassant par les archives scientifiques de Vidago de nombreux cas de guérison, ou d'améliorations manifestes, dont j'ai eu moi-même Foccasion d'observer quelques-uns.

« A. l'usage interne de grandes doses quotidiennes (600 à 800 gr. par jour) de ces eaux, dont on varie la source selon le cas, préférant, par exemple, la source ferrée de Oura pour les anémiques, etc...., il convient souvent d'allier le traitement hydrothérapique par les douches, soit froides et très rapides quand il existe de l'atonie nerveuse, soit chaudes à 34° c, quand il s'agit d'activer la circulation, etc., et même d'ajouter un traitement pharmaceutique éprouvé, en prenant toujours le plus grand soin de l'alimentation, condition indispensable pour obtenir un bon résultat.

'( Bien des fois on voit venir dans les stations d'eaux bicarbonatées arsenicales des diabétiques chez lesquels la cachexie, la tuberculose, des lésions encéphaliques, des œdèmes, des artério-scléroses, des cardiopathies, l'épui-

sèment nerveux et d'autres troubles graves qui accompagnent la dernière période de leur maladie sont plus que suffisants pour contre-indiquer le traitement hydrominéral et même les fatigues du voyage. Cette conduite, qu'il faut évitera tout prix, outre le danger souvent fatal au patient, nuit aussi à la juste renommée de ce traitement, dont s'éloignent d'autres malades qui auraient dû en recueillir les plus grands avantages. »

Ces citations paraîtront bien longues et peut-être oiseuses pour ce travail ! Le Portugal est si peu connu en France, surtout au point de vue de ses eaux minérales, que nous avons cru pouA-oir nous étendre davantage, afin de faire mieux connaître les stations utiles au diabète que ce pays possède, et les savants médecins qui les dirigent.

Nous ajouterons, au sujet de Vidago, le souvenir d'un article en français^ paru en 1884, dans le journal Colmhra medica, dans lequel le D"" Richard Mortimer, médecin à Londres, recommandait contre le diabète ces eaux alcalineS; qu'il comparait aux eaux de Yichy.

D'après Jaccoud (article du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques), \eD''iorda.o, dans sesEstudos sobre a diabètes, publiées à Lisbonne en 1864, recommande les eaux de Caleço de Viole (sic), situées dans la province d'Alentejo Ces eaux sont limpides, d'une saveur alcaline ; elles marquent 78 à 80° Fahr. (soit 26 à 27° c.) et contiennent dans 128 gr. d'eau, Ogr. 05 de soude, et un peu de magnésie. Nous avons vainement cherché une station de ce nom, écrit de la sorte du moins, parmi celles mentionnées dans le remarquable livre du D"" A. L. Lopes. Mais nous ne doutons pas qu'il s'agisse ici des eaux de Cabeco de Vide, dont la température correspond exactement au degré ci-dessus mentionné, qui sont légèrement alcalines et magnésiennes, et en même temps un peu sulfhydriquées. Ces eaux, connues des Romains, sont, à ce que nous apprend le D'' A. L. Lopes, assez renommées en Portugal, dans la gravelle, les

calculs rénaux et les névroses gastro-intestinales. Rien d'étonnant, dès lors, qu elles puissent donner de bons résultats dans le diabète.

Italie.

Nous n'aurons pas à nous étendre autant, et de beaucoup, sur les eaux d'Italie recommandées contre le diabète, que nous l'avons fait pour les eaux de la péninsule ibérique. Malgré nos recherches dans les ouvrages et brochures concernant les eaux minérales italiennes que nous possédons, quoique nous ayons compulsé la collection des dix dernières années du journal Vldrologia e la Clhnaiologia itatiane, nous avons trouvé peu de chose à glaner sur ce terrain un peu neuf peut-être et trop spécial.

Le D'' Cav. Luigi Chiminelli, aujourd'hui professeur d'hydrologie à l'Université de Rome, et fondateur du journal que nous venons de citer, a publié, en 1880, un livre assez considérable sur « le acque ininerali dVtalia », et lew thérapeutique. Il y a consacré un article de trois pages au diabète, et il cite comme employées à le combattre, les eaux de Vichy, de Vais, de Carisbad, de la Bourboule, sans aucune autre. Des eaux antidiabétiques d'Italie, pas un mot !

Dans son Annuario di climalologia e idrologia medica, édité en collaboration avec le D'' G. Faralli, une page est consacrée aux indications particulières des eaux minérales dans le diabète ; nous y voyons figurer, en 1886, les mêmes eaux que ci-dessus, et en plus, le Boulon, Royat, et c'est tout ! II n'y avait donc pas, du moins jusqu'à l'époque du premier Congrès d'hydrologie, de station balnéaire ilalienne à pouvoir être recommandée dans la cure du diabète. Cependant, l'Italie possède, d'après un relevé dressé à cette époque par le D' G. Faralli, plus de 1600 sources minérales, dont 527 salines, 376 ferrugineuses, 110 acidulés bicarbonatées, et 600 sulfureuses, exploitées dans 134 établissements.

Force nous a donc été de chercher des renseignements dans des publications isolées, dans les monograghies que nous avons eues à notre disposition.

Le Docteur Labat a consacré deux courtes mais bonnes études aux eaux de Monte Calmi, et aux eaux de Lucques, en Toscane ; il n'y est pas question du diabète. Cependant, les eaux de cette dernière station, chlorurées et sulfatées, sodiques et calciques, sembleraient pouvoir être utilisées contre le diabète, puisqu'elles sont comparables aux eaux de Tœplitz, d'après Rotureau, et mieux encore, d'après Labat, aux eaux de Louèche en Suisse, ou de Bagnères-de- Bigorre et Capvern, que nous savons recommandées avec avantage dans le traitement de la glycosurie.

Quant aux eaux de Monte Catini, elles sont chlorurées, salines, sulfatées, calciques et thermales. Par leurs effets laxatifs et diurétiques, elles exercent une heureuse action sur les affections gastro-intestinales, l'obésité, les maladies du foie ou des voies urinaires : cela donne à penser qu'elles pourraient agir de même contre le diabète.

Dans le numéro d'octobre 1887, deV Jdrologia medica^ nous trouvons un compte rendu bibliographique sur l'eau lithinée de San Marco^ dans la province de Grosseto. Cette eau qualifiée d'antilithiasique^ est essentiellement alcaline, légèrement acidulé et ferrugineuse, et aussi une des plus riches en lithine qui existe. Sa minéralisation totale est de 5 gr. 2i, dont 1 gr. 20 de bicarbonate de soude, 1 gr. 62 de bicarbonate de magnésie, et 0 gr. 267 de bicarbonate de lithine. Voici ce qu'en a dit le professeur de Renzi : « Cette eau agit sur quelques affections constitutionnelles. Par son emploi chez les diabétiques, on note la diminution de la soif à un degré remarquable et constant. Les malades qui en usent commencentdès le second jour à ne plus avoir besoin d'une aussi grande quantité d'eau commune à boire (2 à 4 litres), leur seule bouteille d'eau de S. Marc leur suffisant. La digestion s'améliore, la polyurie commence à diminuer. Et bien qu'on n'ait pas noté, avec la seule eau de S. Marc, la dimi-

nution du glycose,il devient évident que les pertes en sont mieux compensées dans les processus nutritifs » (E. de Renzi). Cette analyse est signée L. Chiminelli, et l'on comprend qu'avec des résultats de ce genre, le digne professeur d'hydrologie n'ait pas cru devoir mentionner des eaux italiennes dans sa thérapeutique hydrobalnéaire du diabète sucré. C'est lui qui a avoué aussi que, malgré sa grande richesse en eaux minérales, l'Italie ne possède pas des sources alcalines d'une efficacité incontestable contre le diabète, comme le sont Vichy, Vais et Carlsbad.

Les ediUxde Fuggidi Anticoli di Campag7ia, près de Rome, ^ qui renferment des bicarbonates de chaux et de fer, du sulfate de chaux, du chlorure de sodium, de la silice, etc.,. passent pour dissoudre les calculs rénaux et agir sur les urines ; à ce titre elles sont indiquées dans le diabète.

Nous en dirons autant des eaux d'Acquarossa dans le Tessin, acidulés, ferrugineuses, et renfermant de l'arsenic et de la lithine.

A Valdieri^ on trouve trois sources différentes : une sulfureuse chaude à 69" c, une magnésienne ayant 37"c., et une dite vitriolée etferrugineuse, à 28'^ c. , toutes peu minéralisées, dont l'emploi passe pour convenir dans les affections chirurgicales, même dans celles qui sont sous la dépendance du diabète.

La station de San Marina Volgarmeta possède aussi troissources de nature distincte, une saline, une ferrugineuse et une sulfureuse : le D"" G. Badaloni , dans son Guida medica à ces eaux, signale le diabète comme en étant justiciable.

Le D"" Tassinari a publié une étude sur les eaux minérales et le climat de Ceresole reale en Piémont : ces eaux sont bicarbonatées mixtes, calciques, lithinées, avec de l'arsenic, des phosphates, quelques sulfates et du fer, et une température très froide, de 3" c. Le climat de la station, élevée à 1500 ou 1600 mètres, est un climat d'altitude. Eaux et climat sont utiles dan? la cure du diabète.

Le Terme di Porto dVschia ont été, de la part du D"" Alfredo Tlubiao, l'objet d'un important travail, dans lequel le diabètes mellitus est indiqué comme relevant de ces eaux thermales alcalines, qui, assure l'auteur, améliorent l'état général, en accroissant la résistance de l'organisme à l'ennemi implacable qui y est enfermé, littéralement a qui y a son nid ». On voit que si c'est poétique, c'est peu précis.

A coté de ces sources de Fornello e Fontana, étudiées par le D"" A. Rubino, il faut signaler les eaux de Gorgitello^ à Casamicciola, qui sont de même nature, c'est-à-dire moyennement bicarbonatées, chlorurées et siliceuses, ayant une température d'environ 55° c.

Nous trouvons un dernier renseignement dans le numéro de novembre 1892 de VIdrologia medica, relatif aux eaux de Levico, dans le Trentin, que le D'' Elia Sartori a vu améliorer un diabétique avec disposition nerveuse, mais ■sans autre manifestation morbide.

A ce propos nous dirons qu'une source de Levico, dite Acqu2 de bagno, et analysée par Manetti, passe pour être une des plus arsenicales connues, car elle renfermerait, d'après ce chimiste, 0 gr. 061 d'acide arsénieux, c'est-à-dire trois à quatre fois plus que notre eau de la Bourboule. Est-ce un avantage ? — Au point de vue du diabète, il ne le paraît pas.

En somme, nous constatons que l'Italie n'est pas, sous le rapport d'eaux minérales vraiment antidiabétiques, de beaucoup aussi bien partagée que notre autre voisine, la péninsule ibérique.

Angleten'e.

Le Royaume-Uni d'Angleterre, Ecosse et Irlande l'est encore infiniment moins.

Le D' Labat a consacré deux intéressantes études, ■devant la Société d'hydrologie de Paris, en 1872 et 1873, aux eaux minérales des Iles Britanniques, et fait voir que

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