‹ Le diabète sucré et son traitement hydrologiqueChapitre 16 sur 49 · APR · texte numérisé non relu

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^,^£^j»pj5^^i^,^urtout dans les cas de tuberculose, où Ton a à craindre des hémorrhagies.

D'après le D^Durand-Fardel, qui a manifesté ce sentiment dans le Bullelin de thérapeutique^ dès 18o4, « il ne faut pas voir dans les eaux de Vichy une médication chimique, spécifique du diabète, puisque par d'autres médications, de nature différente, on peut obtenir des effets thérapeutiques analogues, et parfois aussi prononcés, bien qu'aucune n'approche de celle de Vichy pour la sûreté et la régularité de ses résultats chez la grande majorité des malades. Il faut remarquer surtout qu'une telle médication, agissant dans le sens de la théorie de la médication alcaline, devrait posséder quelques vertus curatives, dans les cas légers au moins ; tandis qu'elle ne nous montre qu'une action purement palliative, fort supérieure par le degré qu'elle atteint, mais fort semblable par la marche et la physionomie qu'elle aflfecte, à la médication purement diabétique. »

Le professeur P. Brouardel conclut que dans le diabète,, les eaux de Vichy, les alcalins intus et extra sont nettement indiqués, et que leur emploi répond à toutes les théories de -t'état diabétique : diabète gastrique de Bouchardat, — diminution de l'alcalinité du sang (Mialhe), — insuffisance de l'oxygénation (AlvaroReynoso), — diabète hépatique, de Cl. Bernard et Pavy, — maladie générale, de Jaccoud, etc..

Avant lui, les auteurs du Dictionnaire des eaux minérales avaient formulé ainsi le résultat de leur expérience et leur jugement sur l'action des eaux de Vichy dans le diabète : « Nous avons rencontré un grand nombre de fois des diabétiques qui, s'étant maintenus dans un état tolérable, grâce à la régularité du régime et à la bonne entente des soins hygiéniques et thérapeutiques, ne retrouvaient que dans la répétition annuelle du traitement de Vichy un certain degré de force, d'appétit, d'activité musculaire, cérébrale et génésique, que le reste de leur traitement- était impuissant à leur procurer. Mais nous devons déclarer que nous ne connaissons pas un seul fait de diabète bien carac-

térisé, ayant duré un certain temps et ayant guéri radicalement sous Tinfluence des eaux de Vichy.

« En résumé, les eaux de Vichy n'offrent au diabète qu'un traitement palliatif, mais qui s'adresse très directement aux caractères lesplus essentiels de la maladie, et qui vient seconder à un très haut degré les ressources imparfaites que l'hygiène et la the'rapeutique peuvent lui fournir. Cette action des eaux de Vichy, si incomplète qu'elle soit, est cependant assez formelle pour que l'on place leur usage parmi les indications les plus constantes du traitement du diabète. » Après le long résumé que nous avons donné de V Etude du professeur Brouardel, dont les éléments lui avaient été fournis, en ce qui touchait les eaux de Vichy, par les médecins de Vichy même, et plus particulièrement par leD'Durand-Fardel, il n'y aurait plus grand intérêt à rappeler ce qu'a écrit ce maître de l'hydrologie à propos du traitement hydrobalnéaire du diabète, soit dans ses Lettres médicales sur Vichy (1860), soit dans son Traité thérapeutique des eaux minérales [i^^'i], dont nous avons transcrit plus haut la substance. Nous utiliserons ces données dans une autre partie de ce travail.

Nous ne pouvons songer davantage à nous étendre sur tous les ouvrages particuliers qui sont sortis, depuis lors, de la plume féconde des médecins de Vichy, et où il est parlé du diabète.

Nous donnerons du moins une mention méritée aux Recherches cliniques sur le diabète^ du D"" J. Barudel, qui constituent une excellente monographie, très bien ordonnée et fournie de nombreuses observations ; les préceptes de la médication thermale et les effets du traitement de Vichy y sont surtout nettement exposés.

Nous signalerons de même la Nouvelle théorie du diabète^ du Dr Barbier, le magistral Traité du diabète, du D"" Durand- Fardel, dant le nom seul suffît à dire la valeur, les travaux des D''^ Aurillac, Cornillon, Sénac, Cyr, Souligoux, où sont décrits avec un talent toujours varié lesprocédés et les effets

o2 ÉTUDE SUR Lli) TRAITEMENT

de la médication thermale à Vichy. Nombreux seraient les articles de journaux traitant de la matière et signés de médecins vichyssois des plus honorablement connus et estimés, tels que les D" Cyr, Grellety, Brétet, Audhoui et autres.

Nous voulons cependant donner ime mention spéciale à un article publié en 1838, dans la Revue d'hydrologie médicale française et étrangère, par le D'' Willemin, dont le nom est si honorablement connu. Dans cet article, où il étudie l'action des eaux de Vichy dans le diabète, le savant médecin établit une distinction entre la glycosurie et le diabète confirmé. 11 déclare que contre la glycosurie passagère les eaux de Vichy réussissent avec une extrême rapidité ; — contre le diabète confirmé, leur action est encore évidente, mais il faut en même temps retrancher de Talimentation les s ibstances qui entretiennent la production anormale de la glycose. Le traitement par les eaux de Vichy est plutôt palliatif que curalif, surtout quand la maladie est ancienne. Enfin, ajoute t-il, cette médication est contre-indiquée à la dernière période du diabète, surtout lorsqu'il existe de la fièvre, une fonte tuberculeuse des poumons, ou une irritation gastro-intestinale aiguë. Ce sont là des contre-indications propres à toutes les eaux minérales ; mais il paraîtrait difficile de contredire aujourd'hui ce qu'écrivait, il y a près de quarante ans, un médecin des plus expérimentés de la station.

Il serait curieux de mettre à côté de ces affirmations des médecins de Vichy l'opinion d'autres médecins de stations rivales, jusqu'à un certain point, de notre grande station de l'Allier. Nous croyons devoir reproduire plutôt ici les jugements qu'ont porté nos maîtres des écoles sur la cure du diabète à Vichy, et les conseils donnés par eux à ce sujet.

L'utilité des eaux de Vichy est indubitable pour Lecorché, dont on connaît la compétence en matière de diabète : leur action sera d'autant plus salutaire qu'on les emploiera avec

Bains et source de l'Hôpital, à Vichy,

Buvette des Célestins, à Vichy.

ie traitement diététique ; mais il ne faut pas en abuser, ni trop, ni trop longtemps, car cet abus pourrait aggraver la situation, débiliter Findividu et faciliter le développement de la cachexie diabétique.

Bouchard partage cet avis ; il considère que les sources à préférer sont les plus chaudes, Glax ayant démontré que l'ingestion d'eau pure à 40" ou 43° c. diminue le sucre chez les glycosuriques. Nous rapprocherons de ces expériences de Glax les résultats cliniques qu'a fait connaître le D"" Ambroise Ranney à l'Académie de médecine de New- York, dans une instructive communication sur les effets thérapeutiques de Feau chaude administrée à l'intérieur contre les maladies nerveuses, dont nous trouvons le ■compte rendu dans la Revue médicale d'hydrologie pyrénéenne [i. I, p. 721). Après avoir développé les règles de €e traitement par l'eau chaude simple, et décrit ses effets, le savant professeur américain dit que, dans le diabète, il modifie heureusement la densité de l'urine et en réduit la quantité; il agit comme diurétique puissant et produit les plus heureux effets.

Plus tard, le D'' Joffroy a établi, expérimentalement et <îliniquement, ce pouvoir de l'eau pure chaude de diminuer la glycosurie.

Il a été si bien reconnu que c'est même par leur chaleur native que le professeur Jaccoud semble expliquer la proférence accordée aux eaux de Vichy dans la cure de cette affection, quand il dit, dans sa dernière leçon clinique sur le diabète : « c'est probablement à cause de la température qu'on ordonne généralement Vichy. »

Péter a déclaré maintes fois aussi dans ses leçons que les eaux de Vichy sont très salutaires aux diabétiques. « On a assimilé aux eaux de Vichy, disait-il, les eaux de Carlsbad, en Bohême ; pour ce qui me concerne, je préfère de beaucoup la cure de Vichy, »

D'après E. Monin, les eaux minérales naturelles alcalines doivent tenir la tête dans la thérapeutique hydrologique du

diabète. Elles ne sont pas de simples palliatifs. Au bout de deuxou trois semaines passées à Yichy, le diabétique change complètement d'aspect. Les statistiques publiées sur Vichy à ce sujet sont fort éloquentes. L'une des plus récentes à l'époque où Monin écrivait son Mémoire, et Tune des mieux établies, celle de Souligoux, porte que sur 66 diabétiques, le sucre a disparu 17 fois d'une façon définitive. Toutes les sources de Vichy peuvent être utilisées selon les cas. Mais il n'est pas prudent de dépasser quatre à six verres d'eau : « la cachexie alcaline n'est pas un leurre, et elle existe pour tous ceux qui ont pu apprécier de visu Vichy et Carlsbad» leurs bienfaits et leurs méfaits. »

Pour le Dr Mœller qui, en 1892, croyait pouvoir le répéter après Durand-Fardel, c'est presque exclusivement à Vichy que le traitement du diabète aété effectué jusqu'ici en France. L'eau de Vichy réussit d'autant mieux que le diabète est plus simple, c'est-à-dire plus dépourvu d'accidents ou de complications. Les diabétiques obèses sont ceux auxquels elle convient. Son appropriation tend à s'amoindrir à mesure que la constitution du malade s'écarte d'un pareil type et que se dessine la tendance cachectique.

Aux yeux du D"" Dreyfus-Brisac, dans le diabète arthritique, deux stations, Vichy et Carlsbad, sont sans rivales; mais Vichy s'adresse à la généralité de ces diabétiques, étant beaucoup moins perturbatrice et employée avec plus de ménagements que son émule de Bohème.

D'après le D'' A. Robin, 1 action de Vichy est incontestable. Ses eaux diminuent le sucre, la soif, la polyurie, le volume du foie, arrêtent l'amaigrissement quand celui-ci ne fait que commencer, et bien des malades quittent la station avec les apparences de la santé. Mais pas plus à Vichy qu'ailleurs il ne faut s'attendre à une guérison définitive. L'on peut poser cette formule que certaines eaux minérales sont suspensives ou modératrices du diabète, quand elles sont judicieusement appliquées, mais qu'aucune d'elles ne jouit de propriétés absolument curatives.

Ne pouvant prétendre résumer ici tout ce qui a été écrit sur le traitement du diabète à Vichy, nous essaierons au moins de donner une idée complète de la cure de cette dystrophie, en condensant ce qu'en a dit un des médecins les plus distingués de lalocalité, le D^^V. Frémont, qui, dans son livre intitulé : Vichy, indications et conh-e-indications, et surtout dans la partie parue de son Essai de thérapeutique physiologique sur le diabète, a tracé un cadre fort net des effets et des indications de l'eau de Vichy.

Les médecins les plus instruits et les plus éminents de tous les pays ont reconnu l'efficacité de cette eau dans le traitement du diabète, que démontrent d'ailleurs les résultats obtenus chaque année sur des milliers de diabétiques. Il est cependant des circonstances où la cure de Vichy n'est pas favorable.

Ses effets se traduisent par la disparition de la soif, des mictions moins fréquentes, surtout la nuit, la diminution ou la cessation de la glycosurie, le relèvement des forces, la guérison des diabétides, surtout de l'eczéma.

Les changements dans l'urine montrent une meilleure nutrition cellulaire. L'urine devient en effet moins acide. Après avoir cru d'abord qu'elle s'alcalinisait, Frémont a conclu, de 300 analyses, qu'elle était quelquefois neutre, mais une seule fois alcaline; ce dernier état coïncide, d'après Bouchard, avec une certaine faiblesse,

La quantité totale des urines des 24 heures est habiiuellement augmentée ; mais lapolyurie nocturne disparaît, ce qui permet au malade de dormir.

Cette augmentation du volume de l'urine excrétée tient à l'ingestion de l'eau minérale ; car, après la cure, ce volume tombe beaucoup au-dessous du chiffre qu'il atteignait avant l'arrivée du malade à Vichy.

La densité de l'urine baisse ; pendant ce temps, le sucre diminue ou disparaît. Sur 130 malades qui rendaient une moyenne quotidienne de 60 grammes de sucre, il est tombé à zéro chez 37. Les autres n'en rendaient

plus qu'une moyenne de 21 gr. après la cure, sans avoir modifié leur régime. De grands écarts dans Talimentation Font fait réaugmenter chez quatre malades. Un cinquième diabétique, héréditaire, aigu, le voit augmenter aussi, malgré qu'il voie s'accroître ses forces et son poids.

L'urée augmente de 4 grammes en moyenne par malade €t par jour; exceptionnellement elle a un peu diminué. L'acide phosphorique est aussi un peu augmenté. L'albumine, modifiée favorablement, diminue, ainsi que l'acide urique, qui ne dépose jamais.

On sait que chez le diabétique la désassimilation se fait surtout aux dépens des matériaux azotés ; et que pour les substances albuminoïdes à l'état normal le coefficient d'oxydation est de 800 à 820 pour mille : c'est-à-dire qu'un aliment renfermant 1000 grammes d'azote subit dans l'économie des oxydations qui transforment 800 à 820 gr. de cet azote à l'état d'urée, et 180 à 200 gr. à l'état moins oxydé d'acides urique, hippurique, etc.. Chez les 48 diabétiques dont le Dr V. Frémont a pu examiner ce coefficient avant et après la cure, la moyenne qui, avant, était de 840 pour mille, est descendue, après, à 790, soit une diminution de 50 pour mille.

Trente malades ayant un coefficient moyen de 883, audessus de la normale, l'ont vu descendre à 797. Ces malades rendaient en moyenne 52 gr. de sucre par jour ; ils n'en rendaient plus, après la cure, que 32 gr. Treize d'entre eux partirent sans trace de sucre.

Chez treize malades ayant un coefficient moyen audessous de la normale, de 726 pour mille, ce coefficient est remonté à 800. La moyenne journalière du sucre était de 16 gr. 27 ; elle a baissé à 2 gr. 64, et chez sept d'entre eux, à zéro.

Chez presque tous l'urée était peu élevée. Le Dr V. Frémont a signalé le premier ces abaissements momentanés des oxydations chez les diabétiques. Or l'examen des oxy-

DU DIABÈTE SUCRÉ o9

dations peut guider le médecin sur le choix et la durée de la médication à conseiller. Ainsi chez 13 de ses diabétiques à oxydations abaissées, dont les apparences étaient superbes, il a eu soin de prescrire les sources ferrugineuses, les douches tièdes terminées par l'eau froide sur les pieds, le massage ; et ces malades s'en sont très bien trouvés.

Cinq malades avaient, avant la cure, un coefficient normal, de 806 en moyenne : après la cure, il est de 793. En même temps lamoyenne de 14 gr.de sucre parjourtombeàO.

Le poids des diabétiques augmente, à Yichy, d'un kilogramme en moyenne dans les 20 jours, et cela en été. Les obèses ont de la tendance à maigrir.

Donc la cure de Vichy appliquée chez les diabétiques, en tenant compte des oxydations, leur est très utile.

Une urine riche en urée, avec oxydation élevée, indique un traitement énergique (exercice, bains tièdes courts, Grande-Grille, Puits-Chomel).

Une urine avec oxydations abaissées indique les sources ferrugineuses (Lardy, Mesdames), douches tièdes, terminées par l'eau froide, courtes, jets froids sur les pieds, massage.

Une urine neutre, pauvre en urée, avec oxydations abaissées chez un diabétique afïaibli, cachectique, contre-indique l'usage des eaux de Vichy.

Ces dernières considérations s'appliquent à tous les traitements proposés contre le diabète. La supériorité de la cure de Vichy consiste en ce que le médecin a là deux types de sources, alcalines pures, alcalines ferrugineuses, parmi lesquelles il peut et doit choisir.

Il est bon que les diabétiques à oxydations exagérées qui se sont bien trouvés à Vichy, suivent toujours un régime et prennent, trois ou quatre fois par an, de leau de Vichy chez eux ; une bouteille par jour en moyenne, et vingt-cinq à chaque cure.

Après ces excellents conseils, le D'' Frémont donne une série de tableaux des plus complets et des plus instructifs,

montrant avec quel soin ce distingué médecin de Vichy examine et soigne ses malades ; les renseignements les plus circonstanciés s'y trouvent réunis, et ce sont eux qui l'ont autorisé à déduire les longues explications cliniques et curatives que nous venons de détailler en les résumant.

Ces effets de la cure de Vichy se maintiennent pendant plusieurs mois. Pour les diabétiques qui peuvent le faire, il est bon de recourir à deux cures dans la même année ; bien conduites, elles sont sans danger. Le bénéfice de la cure est considérable. Mais il faut revenir à Vichy plusieurs saisons de suite pour ramener toujours le diabète en arrière, et le maintenir dans des limites compatibles avec la santé.

Les effets du traitement de Vichy sont bien dus à Veau minérale, et le D"" Frémont en fournit des preuves. Ces résultats sont toujours bons au début du diabète, lorsque le malade est encore vigoureux, et la maladie pas trop ancienne. Quand il commence à maigrir, le traitement de Vichy peut lui être encore utile : la bascule sera un bon moyen de juger toujours des résultats.

Il faut combattre l'amaigrissement, et pour cela Vichy peut être insuffisant.

Vichy est indiqué quand le diabète est lié à la diathèse goutteuse ; il n'est pas rare de voir ce diabète guérir et être remplacé par une autre manifestation uricémique.

Dans le diabète à marche aiguë de l'adulte, l'amaigrissement survient vite et la banqueroute est fatale, ainsi que le Dr Frémont en cite trois exemples. Dans ces cas, la Bourboule, des eaux sulfureuses, arsenicales, rendraient peutêtre plus de services, pensons-nous !

D'après le D"" Senut, médecin militaire à l'hôpilal de Vichy, ces eaux aggravent le diabète essentiel, traumatique, ou d'origine complexe ; elles font disparaître ou diminuent la glycose chez les diabétiques d'origine arthritique.

Dans son article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, le D'' Démange avait formulé des conclu-

sions analogues : le traitement alcalin et celui de Vichy sont surtout utiles dans le diabète gras et dans les formes goutteuses ; ils peuvent être dangereux dans le diabète maigre et dans les périodes consomptives.

Dans tout ce que nous avons dit de la cure de Vichy. nous n'avons eu en vue spécialement aucune source de la célèbre station ; chacune d'elles peut avoir cependant des indications plus particulières qu'il serait trop long et oiseux de développer ici. Parmi ces sources, le professeur Brouardel avait signalé celles de Cusset, qui, si elles sont à quelque distance de Vichy même, n'en ont pas moins une composition analogue et des effets semblables. Nous les citerons à notre tour comme étant peut-être un peu plus ferrugineuses que leurs voisines, et dans un point plus tranquille où certains diabétiques trouveront un plus grand calme dont ils ont besoin.

Puisque nous parlons ici de sources ferrugineuses, c'està-dire de sources renfermant un métal actif en plus de leurs sels alcalins, nous sera-t-il permis de rappeler le rôle qu'a fait jouer, à Vichy même, le D"" Burq, l'inventeur de la métalloscopie et de la métallothérapie, aux métaux que ces eaux peuvent tenir en solution? C'est à Vichy, en 1881, qu'il fut amené à reconnaître l'importance de la métallothérapie ajoutée au traitement thermal du diabète. 11 y avait vu un diabétique, son père, « terrassé d'abord, comme il disait, par les eaux presque exclusivement alcalines de la Grande-Grille ou de IHôpital prises en excès, relevé ensuite et grandement amélioré par les eaux ferrugineuses du puits Lardy ». H le trouva précisément sensible au fer.

L'idée lui vint alors d'adjoindre à l'usage des sources de Vichy chez les diabétiques, lorsque besoin serait, l'administration interne et externe du métal auquel il les aurait trouvés sensibles, et qui par conséquent leur était approprié. C'est ainsi qu'il recueillit les très intéressantes observations qui lui ont servi de base pour écrire sa brochure intitulée : la Métallothérapie à Vichy contre le diabète,

avec ce sous-titre : « association des métaux à la médication alcaline pour en augmenter et en corriger les effets ». La méthode du Dr Burq a rendu de réels services, et elle a fait des adeptes en hydrologie, où elle peut expliquer l'intérêt qu'il y a à rechercher les métaux qui entrent dans la composition d'une eau minérale.

Partisan déclaré de la métallothérapie, le Dr F. Garrigou estime que les expériences de Burq sont d'une netteté parfaite au point de vue de la cure des diabétiques ; les ayant répétées souvent, il affirme leur exactitude, et conséquemment l'importance du service rendu par Burq à l'hydrologie. Autant que possible il soumet ses malades à la métalloscopie, et, suivant ses indications, il les envoie à Vichy ou ailleurs, leur donnant à suivre un traitement métallothérapique spécial pour accompagner l'usage de l'eau appropriée à leur état.

Quand les eauxde Vichy leur conviennent, les diabétiques supportent bien le traitement, voient disparaître leurs accidents nerveux et leur sucre, quelquefois pour toujours.

D'après les idées du Dr Albert Robin, qu'il adopte, disant que « tout médicament qui ralentit la nutrition générale et celle du système nerveux, diminue la glycosurie », F. Garrigou affirme que lorsque le malade se soigne dans une station où l'appareil métallique lui convient, il y a sédation du système nerveux, et, par suite, amélioration dans les phénomènes biologiques chimiques, en même temps que l'action des alcalis des eaux mises en usage sature partiellement l'alcalinité du sang et celle des urines.

Tout ce que nous venons de dire de la valeur des eaux de Vichy contre le diabète a trait à la cure faite sur place. Cette cure doit être complétée souvent par l'usage à domicile des eaux de Vichy transportées ; il vaut mieux alors s'adresser aux sources froides, comme celle des Célestins, qui conservent plus sûrement et plus complètement leurs qualités et leurs vertus thérapeutiques.

Ce traitement à la maison est parfois le seul que puissent

se permettre certains diabétiques empêchés par des considérations extra-médicales d'aller boire à la source.

Il en est d'autres à qui même ce moyen n'est pas accessible. A ceux-là il reste la possibilité de recourir plus économiquement aux comprimés de Vichy ^ que l'Etat, depuis plusieurs années, a eu l'heureuse idée de faire préparer avec les sels complets extraits de ses sources, et qui dégagent, en se dissolvant dans l'eau potable, que le malade devra toujours choisir bonne, de l'acide carbonique, grâce auquel la boisson, rendue gazeuse, devient presque aussi agréable que l'eau naturelle même.

Vais

A côté des eaux de Vichy, nous avons vu maintes fois mentionnées comme utiles dans la cure du diabète les eaux de Vais, dans l'Ardèche. Durand-Fardel les cite souvent.

Bouchardat les prescrivait volontiers et il les a recommandées dans ses différentes publications, particulièrement dans les articles qu'il a consacrés pendant plusieurs années à cette affection, dans son Annuaire de thérapeutique.

Elles figurent à une place des plus honorables dans le magistral Traité du diabète de Lecofchér-

Jaccoud, dans son article du Nouveau Dictionnaire de médecine publié sous son nom, et dans ses diverses leçons cliniques, les professeurs de clinique médicale de nos Facultés, le savant praticien de l'hôpital Cochin dans son enseignement de clinique thérapeutique, le professeur Picot dans son grand ouvrage, les ont citées très avantageusement comme un des agents profitables aux glycosuriques et aux diabétiques vrais.

Dans son petit, mais précieux livre sur l'Hygiène et le Traitement du diabète, qui n'est autre que son mémoire couronné par la Société de médecine d'Anvers, le docteur E. Monin, en les signalant avec éloge, les distingue sous

(t4 ÉTUDE SUR LE TRAITEMENT

rappellation particulière d'eaux carbo-sodiques-gazeuses. Au cours des séances du Congrès d'hydrologie de Biarritz, elles ont été mentionnées souvent, dans les conférences du D"" Garrigou et du D'' L. Massot, au Boulou, entre autres.

Le D'' Mœller les met en bonne place dans son Traité pratique des eaux minérales, et leur attribue d'heureux effets dans la cure antidiabétique.

Enfin, pour le D'^ A. Robin, elles peuvent être employées dans les mêmes conditions que les eaux de Vichy : ces eaux atténuent l'excès de désassimilation qui épuise les diabétiques.

C'est dire assez leur valeur à ce point de vue. Mais nous tenons à leur consacrer quelques lignes plus spéciales, qu'elles méritent à tous égards. Nous pourrions répéter à leur sujet tout ce que nous avons dit des sources de Vichy : nous ne nous laisserons pas aller à des redites superflues, et nous mentionnerons plutôt les particularités qui, au dire de fort honorablesmédecins de la station, à même par conséquent de les bien connaître, les distinguent de leurs similaires de Vichy. Le D"" Tourrette a publié, en 1863, un Parallèle entre les eaux de Vais et les eaux de Vichy, fourni de citations bien choisies et de considérations appropriées, qui placent les eaux de la vallée de la Volane au moins à la hauteur de celles des bords de l'Allier. Le D^Chabannes a également tenté de mettre en un juste relief les sources très nombreuses et très variées en composition de la station qu'il dirigeait. C'est aux travaux de ces distingués confrères que nous emprunterons les données qui vont suivre. Une longue pratique leur avait appris que les eaux de Vais, tout en possédant, d'une manière générale, les mêmes applications thérapeutiques que celles de Vichy, donnent parleur emploi bien combiné des résultats plus satisfaisants que ces dernières dans plusieurs maladies tributaires des eaux alcalines et parmi lesquelles figure le diabète sucré. Ces sources, bicarbonatées sodiques, riches en acide carbonique, varient depuis

un gramme de principes fixes jusqu'à neuf grammes, en passant par tous les degrés intermédiaires. La minéralisation des eaux de Vichy est plus uniforme, et si parmi ces dernières il manque des sources faiblement minéralisées, Vais en possède qui le sontmoitié moins que la moins minéralisée de Vichy. Les eaux de Vais seraient plus riches en acide carbonique, plus ferrugineuses, et par suite plus avantageuses dans les maladies d'appauvrissement, de déglobulisation du sang, entre lesquelles on peut faire figurer le diabète. Elles doivent donc, même d'après Durand- Fardel, prendre une place à part, à côté des eaux de Vichy, dans le traitement de cette dyscrasie. Leur variété de minéralisation, qui permet de les classer, selon le D"^ Chabannes, en eaux faibles (Saint-Jean), — moyennes (Désirée), — fortes et alcalines (Précieuse), permet aussi de leur demander depuis l'effet hygiénique le moins prononcé jusqu'au résultat médicamenteux le plus énergique (D^ Chauvin). Elles seraient plus agréables à boire, et plus digestives parce qu'elles sont plus fortement gazeuses; — plus ferrugineuses enfin que les sources de Vichy les plus usitées.

Leur richesse en substances toniques prévient les inconvénients de la médication alcaline, ce qui constituerait pour elles un autre avantage. Enfin il y a à Vais des sources nettement arsenicales, et même une source ferro-arsenicale (la Dominique). Aujourd'hui donc qu'il est acquis que les eaux bicarbonatées sodiques possèdent une action, sinon curative, du moins très sérieuse contre le diabète, quand il faudra recourir, comme dans la majorité des cas, aux eaux alcalines fortes et froides, chargées en fer, et arsenicales, les eaux de Vais se trouveront éminemment indiquées et appropriées à ce traitement. Le D"^ Tourrette a pu s'assurer que les eaux de la Désirée, de la Rigolette, et surtout de la Madeleine avaient, entre autres, une grande efficacité contre le diabète. « Sous leur influence, dit-il, le sucre disparaît peu à peu, puis complètement des urines, la soif s'apaise, la vision reprend son intégrité, les

forces générales renaissent, la constipation fait place à des selles bilieuses d'abord, puis régulières ; le calme succède au malaise, le sommeil à l'insomnie. Ces faits sont constants, authentiques et incontestables. »

Il faut donc définitivement inscrire les eaux de Vais parmi les ressources hydro-minérales à employer avec fruit dans la cure du diabète. Certaines d'entre elles, comme les sources Saint-Jean, l'Impératrice, la Perle, Carmen, La Favorite, La Reine, sont d'excellentes eaux de table (D"" E. Monin et autres), et elles permettent de parfaire à domicile une cure commencée près d'elles ou ailleurs. Elles excitent le système nerveux, m^aintiennent l'intégrité des voies digestives, empêchent la congestion du foie, et font en somme, comme l'a écrit le D"" Clermonl, que les diabétiques vivent presque comme des gens bien portants.

Mais le choix de ces sources et leur emploi doit varier avec leur richesse en sels alcalins. Les eaux faibles pourront être utilisées aux repas; les eaux fortes, au contraire, seront prises en dehors de ceux-ci, à moins, comme l'a fait observer le D"" Gilbert, que le malade ne souffre d'hyperpepsie assez accentuée. Dans les cas d'hypopepsie, au contraire, mieux vaudra prendre l'eau alcaline avantle repas, et en quantité minime. Il faudra se souvenir que la richesse des eaux de Vais en bicarbonate de soude varie d'un gramme à huit grammes par litre d'eau, et se guider en conséquence pour la désignation de la source à préférer. La Précieuse est la plus riche en sel de fer et autres principes reconstituants. D'après le D'" A. Robin, dans les cures faites à la maison, la richesse en arsenic de la source Dominique assure à celle-ci une certaine prééminence, à la condition qu'on l'emploie avec toutes les précautions nécessaires.

Le Boulon.

A l'extrémité orientale de la chaîne des Pyrénées, au pied d'un contrefort des Albères, jaillissent les eaux du Boulou,

peu abondantes, froides, que les analyses successives d'Anglada, de Bérard, de Béchamp et de Wilm ont montré être de la même famille que les eaux de Vichy, si bien que Béchamp, et beaucoup d'autres après lui, ont pu les appeler le Vichy du Midi. Remarquables entre toutes les eaux bicarbonatées sodiques, elles se rapprochent surtout, •d'après Durand-Fardel, des sources ferrugineuses de Vichy, à côté desquelles elles ont leur place marquée comme eaux alcalines de premier ordre (C. James). Cependant elles sont rarement mentionnées par les auteurs à propos du diabète, dans la cure duquel elles auront un rôle important à jouer.

Les eaux du Boulou contiennent, en effet, à ce qu'affirme Béchamp, les mêmes principes que les sources les plus en renom du bassin de Vichy, sensiblement dans le même rapport, et de fait, en égale quantité pour quelques-unes, comme la nouvelle source des Célestins ou celle de Hauterive, ou peu différente pour la plupart des autres. Les trois sources du Boulou, dont l'une porte ce nom spécial, ont une saveur aigrelette et minérale particulière ; elles renferment, sur près de 9 gr. de matériaux, 2 gr. 34 d'acide carbonique, plus que Vichy. Leur richesse en bi-carbonate de soude se chiffre par 3 gr. 74 pour le Boulou, 6 gr. pour la source de Saint-Martin, et près de 6 gr. 50 pour la source Clémentine. Elles sont arsenicales aussi, mais moins que les eaux de Vichy. Elles sont parfaitement supportées par l'estomac, et elles donnent les meilleurs résultats dans toutes les affections oîi leurs similaires réussissent. La littérature hydrologique les concernant n'est pas riche, mais leur réputation est faite dans le Midi, à la Faculté de Montpellier notamment, et de l'autre côté des Pyrénées.

Le D'' Souligoux, dans son remarquable article sur Vichy, du Guide aux villes d'eaux, compare, au point de vue de leur conservation et de l'exportation, les eaux du Boulou à celle des Célestins. Leur similitude chimique autorise à conclure à leur analogie d'action, et à répéter, avec

Béchamp, que l'histoire clinique du Boulou sera celle de Vichy.

Il existe peu d'écrits médicaux sur ses eaux, uniques de leur espèce dans les Pyrénées, et c'est à peine si l'on voit mentionner le diabète parmi leurs indications. La conférence que donna, au Boulou même, le D'^ J. Massot, au Congrès d'hydrologie de Biarritz, rappelle que Bouchardat, dans son nouveau formulaire magistral, édition de 1875, les indique comme rendant des services dans cette maladie.

Comme leurs congénères, elles s'administrent en boisson, en bains et en douches, à doses modérées. Quand on voit leur installation, convenable mais sans luxe, on ne doit pas oublier que le Boulou est une des plus jeunes slations thermales de la France, et qui ne demande qu'à conquérir ses parchemins. En envoyant ses diabétiques passer l'hiver à Amélie, Bouchardat leur ordonnait Teau du Boulou 5 il devait lui trouver de bonnes qualités pour cela, et les médecins de la région savent bien que ses vertus sont efficaces ailleurs qu'à Amélie. A Montpellier, à Perpignan elle est couramment conseillée, mais il n'existe pas d'observations rigoureusement prises, pour étayer la bonne opinion que l'expérience en a donnée aux médecins et qu'elle leur confirme chaque jour.

Pour en finir avec les eaux alcalines à base sodique, nous mentionnerons ici les eaux froides de Rohitsch, en Styrie, les plus minéralisées connues de cette classe; puis, tenant le milieu, ou à peu près, les eaux de Passug en Suisse, et celles de Bilin en Bohême. Durand-Fardel a cité aussi celles de Montbrison dans la Loire, et de Sauxillange dans le Puyde-Dôme, auxquelles nous joindrons les eaux de Châteauneuf et d'Andabre, qui ne seraient assurément pas sans action contre le diabète.

Buvette et parc du Boulou,

Buvette du Sprùdel à Garlsbad.

Eaux bicarbonatées, sulfatées et chlorurées.

Carlsbad.

Ce nom est revenu déjà bien des fois sous notre plume dans ces premières pages de notre étude ; c'est que les eaux de Carlsbad, ou bain de l'empereur Charles, jouent un grand rôle dans la cure hydrologique du diabète sucré. Cette célèbre station est une jolie ville autrichienne de la Bohême, située dans une gorge pittoresque, et entourée de montagnes verdoyantes et boisées. Son climat est assez rude, ce qui n'empêche pas qu'elle soit fréquentée par plus de quarante mille malades chaque année. Ses sources très nombreuses, de composition à peu près identique, ne diffèrent guère que par leur température, la plus chaude et la plus fameuse, le Sprûdel, ayant près de 73° C, et la moins chaude n'en ayant que 22° ou 23°.

Les eaux de Carlsbad sont bicarbonatées, chlorurées et sulfatées, n'ayant guère d'analogues en France que dans les sources de Saint-Gervais. On les a cependant beaucoup comparées aux eaux de Vichy, bien plus à cause de leur similitude d'action sur certaines maladies que par suite de leur composition chimique. Elles jouissent d'une réputation universelle contre le diabète, et à ce titre nous allons les étudier ici.

Dans son Traité thérapeutique des eaux minérales, Durand- Fardel mentionne le D'' Helfft comme ayant le premier signalé les effets des eaux alcalines de Carlsbad, à cette époque encore peu employées, contre le diabète, auquel il opposait quelquefois aussi les eaux ferrugineuses de Pyrmont. De communications personnelles qu'il devait à l'obligeance du D"" Gans, de Carlsbad, le médecin de Vichy avait conclu que les résultats obtenus dans la station autrichienne étaient fort semblables à ceux qu'il constatait lui-même près de ses sources.

Il analyse les quatorze cas de diabète dont le professeur Seegen venait, à ce moment, de publier le détail, en relation avec leur traitement par les eaux de Carlsbad. Ces détails ont été confirmés par une pratique plus longue, et nous les résumons ci-après. C'était depuis peu d'années, en 1860, que Seegen observait le diabète. Il trouvait alors que, même dans les cas où le sucre avait disparu durant la cure, il revenait ensuite ; néanmoins sa quantité restait considérablement amoindrie, les malades gagnaient en poids, et leur santé se rétablissait presque complètement.

Le professeur Brouardel, dans sa thèse d'agrégation, le D*" L. Desnos, dans son article du Dictionnaire de Jaccoud, en ont signalé les effets d'après le D"" Seegen. Avant lui cependant, le D"" Fleckles père avait, en 1842, publié, le premier, ses observations sur l'usage des eaux de Carlsbad dans le diabète. Zimmer, Em. Schnée, Fleckles fils, Frerichs , Ebsiein , Eichorst , Naunyn et Kulz ont consacré d'intéressants travaux à cette question.

D'après P. Brouardel, Carlsbad agit comme Vichy, ne guérissant pas radicalement les diabétiques, quoique faisant souvent disparaître le sucre ; mais celui-ci reparaît deux ou trois mois après la cure, dont l'effet habituel est de relever l'état général, de rétablir les forces, de ramener à Téial normal les fonctions génésiques. Seegen, en 1867, communiquait ses résultats observés sur plus de cent cas de diabète constitutionnel, sur lesquels la guérison complète n'avait pas été obtenue une seule fois. Constamment, il y a eu une amélioration momentanée. Il n'y a eu que dix ou douze cas> environ dix pour cent, dans lesquels la diminution du sucre n'ait été que faible ou nulle; dans les autres cas, le sucre disparut à peu près complètement de l'urine . Même dans les formes les plus graves, l'eau de Carlsbad domine les symptômes les plus pénibles, tels que la sécheresse delà bouche^ la soif brûlante et les envies d'uriner. Son action peut se résumer dans la diminution de la formation du sucre, quand

les troubles de la nutrition ne sont pas trop avancés et qu'il est possible de remplacer par une nourriture animale appropriée les éléments organiques employés à la formation du glucose. On peut par l'usage annuel et continu de ces eaux maintenir le bien-être relatif des diabétiques et prolonger leur existence de plusieurs années. Les résultats obtenus par Seegen no lui ont pas paru en rapport avec les causes de la maladie, mais plutôt avec son intensité et la période à laquelle elle était arrivée. Le professeur Picot affirme, d'après Kulz, que les résultats donnés par Carlsbad ne sont pas toujours aussi favorables. Dans les cas graves, en effet, la glycosurie ne diminuerait ni pendant, ni après la cure ; on ne constaterait pas d'autre amélioration que celle procurée par un régime convenable. Dans les cas légers, l'eau, accompagnée d'une alimentation peu hydrocarbonée, supprime le sucrej il est vrai, mais seulement pendant qu'on en fait usage.

Le D"" Souligoux, qui a publié, dans sa Revue de thérapeutique générale et thermale, d'excellents articles sur le traitement du diabète, nous a laissé aussi une Etude comparative sur les eaux de Carlsbad et les eaux de Vichy , que nous voulons mettre à contribution pour ce sujet qu'elle nous servira à éclairer.

Après avoir rappelé les différences chimiques des eaux des deux stations (plus de bicarbonates de soude et de potasse à Vichy, quantité sensiblement la même de bicarbonate de chaux ou de carbonate de lithine, moins de bicarbonate de fer à Carlsbad, mais prédominance, dans celles-ci, de sulfate de soude et de potasse, de chlorure de sodium), notre savant et regretté confrère passe en revue les diverses maladies justiciables de la cure carlsbadoise, et il arrive au diabète, qui, dit-il, n'est pas une maladie une; reconnaissant au contraire des causes et des formes variées, le diabète peut aussi être amélioré par divers traitements. Et le D"" Souligoux rapporte tout au long les opinions sur ce sujet de Jaccoud, de Bouchard, de Cantani, de Lecorché,

que nous nous contenterons de résumer en ce qui a trait aux eaux de Carlsbad.

Pour Jaccoud, si la constitution est vigoureuse et de force moyenne, si le diabète est sans complications, si les poumons et le cœur sont intacts, il faut recourir aux eaux les plus énergiques, en tenant compte non seulement de leur composition, mais de leur thermalité qui, dans ces circonstances, est un élément incontestable d'action : au degré le plus élevé de cette échelle, il y a, à Carlsbad, le Sprudel, et à Vichy, la source de la Grande-Grille... « Toutes les fois que le malade en a la possibilité, je prescris les eaux thermales, notamment les eaux fortes de Carlsbad et de Vichy, suivant une méthode que je recommande expressément, car je lui dois de remarquables succès. Au lieu d'une cure annuelle unique, je prescris deux cures courtes, de quinze jours chacune en moyenne, au commencement et à la fin de la saison thermale. Les résultais sont plus durables et ils sont acquis au prix d'une moindre fatigue organique. »

Le professeur Bouchard, dans son livre sur les maladies par ralentissement de la nutrition, a exposé les mêmes sentiments ; il conseille, nous l'avons déjà vu, les eaux de Vichy, de Vais ou de Carlsbad, dont il explique l'heureuse action parleur influence sur la nutrition et la combustion du sucre augmentée dans un milieu devenu plus alcalin.

D'après M. Lecorché, l'efficacité des eaux alcalines dans le diabète se réduirait en grande partie à leur action sur le foie, et c'est l'opinion que le Dr Souligoux a soutenue dans son étude sur le traitement du diabète. En conséquence, si l'on a aflfaire à un diabète caractérisé par une perte considérable de sucre et d'urée, on ordonnera Vichy, Vais ou Carlsbad ; on fera de même si le diabète est léger, mais compliqué d'une azoturie excessive. Dans les cas, au contraire, où l'azoturie est peu marquée, l'usage de ces eaux exposerait à dépasser la mesure et à voir se produire ditïérentes complications, en particulier l'anémie. Royat, la Bourboule, Ems devront alors être préférés. Le diabétique

en état de supporter les eaux sodiqiies fortes, sera de préférence envoyé à Carlsbad, s'il présente des troubles dyspeptiques liés à un catarrhe intestinal. Vichy et Vais seront préférables, si ces troubles font défaut.

C'est là également l'opinion de Cantani, et c'était aussi celle de Trousseau. Nous avons rapporté le sentiment du D"" Monin à propos des indications respectives de Vichy et de Carlsbad. Il nous reste à citer, pour être aussi complet que possible, un autre parallèle abrégé qu'a établi M. Durand-Fardel, dans son Rapport sur les eaux minérales de France en regard des eaux minérales d'Allemagne, que nous avons déjà cité. « Jusqu'à présent, disait-il en 187'2, l'expérience clinique a circonscrit à peu près le traitement thermal du diabète entre Vichy, bicarbonatée forte (dont il est naturel de rapprocher Vais), et Carlsbad, bicarbonatée en même temps que sulfatée et chlorurée sodique. L'action directe de ces eaux sur les phénomènes glycosuriques est incontestable; et nous devons ajouter que, si l'on s'en rapporte aux documents publiés, il est difficile de reconnaître quelque différence appréciable entre l'efficacité relative de Vichy et celle de Carlsbad. Leur action reconstituante est non moins manifeste que celle qu'elles exercent sur les phénomènes glycosuriques eux-mêmes.

« Ces eaux ne paraissent contre-indiquées que chez les diabétiques névropathiques, tuberculeux, ou à un degré très avancé de cachexie. »

Nous en avons assez dit pour faire comprendre la similitude d'action, mais aussi les indications différentes des deux stations les plus recommandées comme anlidiabétiques. Nous ne finirons pas toutefois sans donner à ce sujet un sentiment que nous tenons en haute estime, celui qu'exprime le D'" Dreyfus-Brisac dans son livre récent sur la Thérapeutique du diabète sucré : nous en avons déjà dit quelques mots. D'après lui, dans le diabète arthritique pur, deux stations thermales, Vichy et Carlsbad, sont sans rivales; et cependant, fait-il remarquer, Vichy et Carlsbad

appartiennent à deux catégories distinctes. Peuvent-ils être employés indifFéremment? Doit-on surtout, avec certains auteurs allemands, accorder la prééminence à la station de Bohême, si fîère de ses douze sources puissamment minéralisées, et particulièrement de la majestueuse gerbe d'eau hyperthermale du Sprildel ?

A ces deux questions, le médecin de l'hôpital Lariboisière n'hésite pas à répondre par la négative, en s'appuyant sur l'observation de malades successivement envoyés à Vichy et àCarlsbad. Pour lui. Vichy s'applique à la généralité des diabétiques arthritiques, et Carlsbad ne doit être préféré que dans des cas spéciaux, bien déterminés.

Faisant appel à son expérience clinique personnelle, il définit nettement les indications et les effets des deux stations fameuses, que nous allons tâcher de résumer ici, non sans enlever de leur valeur à ces pages. A Carlsbad reviennent les diabétiques obèses, hémorrhoïdaires, avec dyspepsie intestinale, constipation rebelle ou diarrhée tenace, dont le foie, la rate et les reins sont congestionnés ou altérés, ceux en un mot qui sont atteints de stase veineuse ou pléthore abdominale. Dans ces cas, l'action altérante et déplétive de ces eaux trouve son indication, pourvu que l'organisme ait assez de vitalité pour résister à leur influence perturbatrice. Dreyfus-Brisac a en effet constaté maintes fois que beaucoup de malades, ceux d'un certain âge surtout, sont éprouvés d'abord par cette cure, et que s'ils en reviennent améliorés au point de vue de leur glycosurie, c'est avec une dépression marquée des forces, de l'anémie, des sensations vertigineuses, etc.. Une cure d'air dans les montagnes à altitude modérée est alors à recommander.

La réserve dont l'auteur fait preuve à propos de Carlsbad s'impose surtout à la clientèle française, à tempérament plus nerveux et moins congestif que la race anglo-saxonne, celle-ci étant, par suite, plus tributaire de ces eaux à cause de sa constitution et de son genre de vie.

DU DIABÈTK SUCRÉ 81

Les diabétiques français, dit-il, trouvent plus de bénéfice à recourir aux eaux de Vichy, de Vais, du Boulou, toutes moins perturbatrices que celles de Garlsbad, mieux employées aussi, et n'amenant guère l'asthénie qui a pu faire naître la légende de la cachexie alcaline.

Mais toutes sont contre-indiquées chez les individus afFaiblis ou neurasthéniques, ou déprimés et présentant de l'hypoazoturie.

Marienbad.

Dans ces cas, Marienbad vaut mieux. Peu éloignée de Garlsbad, dont elle se distingue par la température peu élevée de ses sources, qui sont également fort nombreuses et variées, cette station convient surtout aux diabétiques gras et pléthoriques, qu'il faut cependant éviter de trop affaiblir par le régime local spécialement dirigé contre l'obésité, pour laquelle la réputation de Marienbad est considérable.

Tarasp-Schulz.

A côté de ces deux stations autrichiennes, Dreyfus- Brisac recommande, comme répondant aux mêmes indications, la station alpestre suisse de Tarasp-Schulz, dont les nombreuses sources alcalines et ferrugineuses, combinées avec l'action de l'altitude (1200 m.) et d'un climat tonique et régulier, amélioreront les diabétiques épuisés.

Neuenahr.

En Prusse, la station de Neuenahr, que signale aussi le docteur Mœller, avec ses eaux alcalines gazeuses, chaudes, et son climat doux, qui la rapprochent de Vichy, a acquis la réputation d'être spéciale contre le diabète.

Ems.

Il en est une autre, connue depuis longtemps sur le terrain qui nous occupe, à laquelle nous devons consacrer quelques lignes : nous voulons parler de la station d'Ems, dans le comté de Nassau.

Avec ses vingt sources d'eaux alcalines et chlorurées, qui sont peut-être les plus célèbres de TAllemagne, elle répond à bien des indications, dont la plupart ont trait aux afifections des voies respiratoires ; mais depuis longtemps aussi elle est réputée pour la cure du diabète. Dans son Examen comparatif des principales eaux de V Allemagne et de la France^ le savant D" Rotureau ne parle du diabète qu'à propos d'Ems, dans un passage où il dit que : « sont traités avec succès à ces sources,... tous ceux qui ont un diabète sucré, principalement quand ils ont un tempérament lymphatique ou qu'ils sont tombés dans une anémie ou une cachexie consécutives, dues au progrès ou au traitement de leur maladie. » Il est vrai qu'à la fin de son travail, dans ses conclusions, il fait figurer le diabète sucré parmi les affections relevant des eaux bicarbonatées et chlorurées sodiques d'Ems, de Royat et de Saint-Nectaire. Ces deux stations françaises seraient donc, d'après Rotureau, indiquées depuis plus de vingt ans contre le diabète ! Cependant, un autre maître en hydrologie, le D' Labat, dans un Parallèle entre Ems et Royat, qu'il a communiqué à la Société d'hydrologie, en 1878, ne mentionne pas le diabète parmi les maladies soignées à ces stations ; c'est à peine s'il écrit, en passant, cette phrase : « J'ai entendu dire au D' Laugaudin qu'il avait traité avec succès quelques cas de diabète (à Royat). »

Quoi qu'il en soit, la réputation des eaux d'Ems dans le traitement du diabète est des mieux établies, et nous ne pouvons que répéter avec le D"" Dreyfus-Brisac, pour en bien déterminer les applications, qu'Ems possède une

Vue générale de Ghâtel-Guyon.

Établissement thermal et parc de Royat,

indéniable efficacité contre les manifestations arthritiques portant sur les voies respiratoires, à type catarrhal, et peut à cet égard être préférée à sa congénère française, Royat ; par contre, le Mont-Dore reste la station de choix lorsqu'il existe surtout des phénomènes congestifs du côté des bronches, ou des troubles asthmatiformes. Nous verrons, en traitant des complications du diabète, qu'il existe une autre classe d'eaux minérales capables de rendre les mêmes services dans les maladies broncho-pulmonaires qui atteignent si souvent les diabétiques.

Comptant consacrer plus loin une étude séparée aux eaux minérales des pays latins du sud de l'Europe qui sont recommandées contre le diabète, nous arrêterons là notre excursion sur les eaux étrangères de l'est de la France, en dehors de laquelle nous avait entraîné la réputation de Carlsbad et de ses similaires dans la cure de cette maladie dystrophique.

Toutefois, en revenant à nos eaux françaises, nous signalerons d'abord celles qui se rapprochent le plus, par leur composition et leurs effets, des eaux antidiabétiques allemandes.

Chdtel-Guyon.

A Châtel-Guyon, dans le Puy-de-Dôme, existent plus de vingt sources alcalines et salines, à température variant de 24o à 38o, dont deux, les sources Duval et Sopinet, peuvent être classées, ainsi que l'a fait le D' Mœller, à côté des eaux d'Ems, de Tarasp et de Carlsbad. Le D"" Albert Deschamps y a observé plusieurs diabétiques anémiques et torpides, qui ont retiré de ces sources des bénéfices sérieux au point de vue tonique général et au point de vue de la glycosurie. Chez l'un d'eux, pendant trois ans, le sucre qui variait, à, l'arrivée, entre 30 à 35 grammes par jour, descendait à 2 ou 4 grammes au départ.

De son côté, le D' Voury y a obtenu des améliorations

sensibles chez des diabétiques venus exprès pour soigner leurs accidents, ou pour tout autre motif.

Plus récemment, une substantielle Etude sur les eaux minérales de Châtel-Guyon, due au D"" L, Vibert, est venue nous rappeler que Gubler préconisait ces eaux dans le diabète, comme régulatrices des fonctions digestives et adjuvantes de la transformation du sucre en acide carbonique : elles remédient aussi à la constipation. Le professeur de thérapeutique de Paris a déclaré, devant la Société d'hydrologie, qu'il en avait retiré de très bons effets, non seulement dans la cure du diabète sucré, mais même de l'albuminurie.

Il rapprochait pratiquement de ces eaux celles de Saint- Nectaire que le D' Danjoy recommandait à priori, ainsi que leurs voisines de Châteauneuf, contre le diabète, par analogie de composition avec celles de Royat etdela Bourboule.

Ce serait peut-être ici le lieu de parler de ces stations ; mais nous aimons mieux les étudier à titre d'eaux chlorurées ou arsenicales, avec les autres eaux d'Auvergne, et nous revenons aux eaux simplement bicarbonatées, et d'abord aux eaux bicarbonatées calciques.

Eaux bicarbonatées calciques.

Fougues.

Après les eaux alcalines sodiques, auxquelles nous venons de consacrer quelques pages concises, nous examinerons celles qui s'en rapprochent le plus à tous égards, les bicarbonatées à sels de chaux, à la tête desquelles se placent les eaux de Pougues, dans la Nièvre . Il y a trois sources froides renfermant plus de 5 grammes de sels minéralisateurs par litre.

Bouchardat, Trousseau, Hardy, Jaccoud, Lecorché, Durand-Fardel, tous ceux en un mot qui se sont occupés spécialement du diabète, les ont citées avantageusement comme utiles dans la cure de cette maladie.

En 1865, dans un Mémoire présenté àTInstitut de France et où il soutenait Fidentité d'origine de la gravelle, de la goutte et du diabète, le D' Félix Roubaud, inspecteur de la station, prônait ses eaux dans le même sens.

Son successeur, le U"" Logerais fit paraître, huit ans après, une brochure spéciale au traitement du diabète sucré par l'eau minérale de Fougues (source Saint-Léger). Après avoir consacré une quinzaine de pages à létude du diabète en général, il envisage l'action que produisent sur lui les alcalins et particulièrement l'eau de Vichy. Les eaux de Fougues, dit-il ensuite, sont alcalines, mais à moindre degré que celles de Yichy ; par leur composition où la chaux domine, et la quantité de fer qu'elles contiennent, elles sont plus reconstituantes, et auront une action à la fois alcaline et tonique qui, dans certains cas de diabète, pourrait mieux convenir et produire peut-être un effet plus durable. Il rapporte à la suite seize observations très circonstanciées, pleines de détails instructifs, de diabètes graves, quelquesuns compliqués d'albuminurie, d'où il résulte que nombre de ces malades qui, par le régime seul, étaient parvenus à une réduction assez grande de sucre, n'ont dû qu'au traitement suivi à Fougues de le voir disparaître complètement. Ces eaux agissent surtout en améliorant les troubles digestifs qui, le plus souvent, accompagnent le diabète. Comme le D"" Logerais, le D'' Janicot et le D' Bovet, dans leurs travaux sur Fougues, ont constaté l'heureuse influence que ces eaux exercentsur la marche du diabète et même de l'albuminurie, en portant leur action, ainsi qu'elles le font dans la gravelle et la goutte, sur le principe même de ces états morbides, sur l'acide urique. C'est à la période d'amaigrissement, de troubles de nutrition, de cachexie diabétique imminente que ces eaux conviennent plus spécialement, bien qu'elles s'approprient aussi à la période qu'on pourrait appeler florissante du diabète. Dans la période dangereuse où la nutrition baisse, les eaux alcalines à base de soude constituent, de l'avis des auteurs les plus autorisés,

un danger pour le diabétique en raison de raffaiblissement qu'elles entraînent. Sous l'action de l'eau de Fougues, bicarbonatée calcaire et ferrugineuse, on voit, dit le D'' Janicot, les phénomènes dyspeptiques diminuer ou disparaître, l'appétit revenir, et les forces se relever. Ce sont là d'ailleurs les effets bienfaisants que Ton constate un peu partout avec les eaux qui ont une réelle action sur le diabète ; mais grâce à eux, comme le disent le D"" E. Monin et le D'' Dreyfus- Brisac, le traitement doux de Fougues permet d'utiliser ces eaux dans les diabètes arthritiques légers (1), et dans les diabètes malins, de nature douteuse, où la tendance à l'asthénie et la dénutrition se manifestent.

Dans une monographie consacrée à Fougues, le Df E. Monin insiste sur les vertus de ces eaux, et rappelle que le Df Lecorché les place au premier rang, dans les cas de diabète à azoturie un peu marquée, comme eupeptiques et toniques, enrayant le travail de dissociation organique, faisant rapidement disparaître la polyurie, la glycosurie, la soif, arrêtant Tautophagie et produisantun constant ?'e/raï/ du foie qui coïncide avec la fin de la désassimilation du tissu à glycogène et le remontement évident de l'assimilation perturbée. Le professeur Hardy déclarait ces eaux supérieures aux bicarbonatées sodiqiies. C'est aussi l'avis, pour certains cas déterminés, des D" E. Bouchut, Gouraud,Ch. Talamon, G.Lyon, Albert Robin, quilesordonnent, comme dit ce dernier, quand l'affaiblissement du diabétique frise la cachexie et qu'il n'existe pas d'ailleurs de complications particulières.

(1) Cette même opinion a été soutenue devant la Société d'hydrologie médicale, dans une de ses discussions, par le D' Bouloumié (de Vittelj, quand il a dit que Pougues devait en réalité être conseillée de préférence à toute autre station, lorsqu'il existe des troubles digestifs chez un diabétique arthritique.

DU DIABÈTli; SUCRÉ 91

Contrexeville.

A côté de Fougues doit figurer, comme eau bicarbonatée et sulfatée calcaire, l'eau de Contrexeville. Située dans les Vosges, cette jolie station compte six ou sept sources froides, différentes, dont la plus connue est la source du Pavillon. Sa grande spécialité est le traitement de la gravelle ; c'est dire assez que les diabétiques doivent trouver à s'y soigner. Et de fait, plusieurs travaux importants ont été publiés sur le traitement du diabète à Contrexeville.

Nous allons analyser, par ordre chronologique, ceux que renferment les Annales de la Socité d'hydrologie de Paris.

Au moisde février 1876, le regretté D'" Brongniarta publié, dans le t. XX, un travail remarquable su7^ la Glycosurie arthritique, a.\ec six observations des plus intéressantes à l'appui.

Il rappelle d'abord que plusieurs auteurs ont signalé la coïncidence plus ou moins fréquente du diabète et de la goutte. Stosch (de Berlin), en 18^8, puis Neumann, Bouchardat, Prout, Rayer, Contour ont insisté sur l'excès d'acide urique observé dans quelques urines diabétiques. Claude Bernard, Marchai de Calvi, Durand-Fardel, Charcot, ont établi cette vérité, que Brouardel a traduite dans sa thèse d'agrégation, en disant que, s'il ne faut pas faire une forme clinique du diabète goutteux, le diabète chez un goutteux doit donner lieu à des indications thérapeutiques spéciales. Après avoir rapporté longuement l'histoire de six de ses malades, le D' Brongniart croit pouvoir rattacher aux mêmes causes générales l'uricémie et la glycoémie, la première amenant la goutte et la gravelle, la seconde amenant la glycosurie passagère comme dans ses observations III, IV et V, ou le diabète vrai comme dans les cas I, II et VI. Malgré tout l'intérêt qu'elles présentent ot tout le plaisir que nous aurions b. résumer ici ces observations, les limites de ce mémoire ne nous permettent pas d'entrer dans ces détails. Voici du moins la conclusion que

le distingué médecin de Contrexeville a cru pouvoir en tirer. De l'examen des rapports existant entre les conditions qui amènent l'uricémie premier terme de la goutte et celles qui produisent la glycoémie, d'où procède la glycosurie, passagère ou durable, des considérations ctiimicophysiologiques auxquelles il s'est livré, il conclut à l'existence d'un état normal d'uricémie par digestion desaliments azotés, d'un état normal de glycoémie par digestion des aliments amylacés, et enfin d'un état normal de piarrhémie par digestion des matières grasses. Si l'on suppose l'équilibre rompu, pour une cause ou pour une autre, dans la digestion physiologique ou l'oxydation complète des résidus de l'alimentation amylacée, il y aura glycosurie ou diabète ; s'il s'agit des résidus de l'alimentation azotée, il y aura la goutte ou la gravelle. D'après ses six observations, le D"" Brongniart est convaincu que la glycosurie peut avoir une origine goutteuse. Il peut arriver aussi que le diabète soit méconnu, comme il le fut dans un cas observé par Marchai de Calvi, et que le D''Brongniart relate avec détails en terminant sa communication.

Ce compte rendu eût été mieux à sa place peut-être au chapitre de la pathogénie du diabète ; mais comme il s'agit d'observations prises à Contrexeville, nous avons jugé préférable de les résumer ici, et de montrer de la sorte que l'hydrologie sait parfois sortir du cadre étroit des observations locales et s'élever à des conceptions d'ordre général et de pathogénie plus étendue.

Ce même sujet a été repris, huit ans plus tard, devant la même Société, par le D"" Debout d'Estrées, qui est venu fournir quelques nouveaux faits observés par lui, et l'occasion de les discuter. Durand-Fardel, dans un article du Progrès médical que nous avons examiné en traitant de la théorie du diabète, et qui répondait à un travail du D"^ Cornillon sur les rapports du diabète avec Tarthritis, a nié ses relations avec la gravelle urique et la goutte. Aux arguments du médecin de Vichy, le D"" Debout oppose la clinique de

Conlrexeville, dont les résultats dans le diabète ne s'expliqueraient, d'après lui, que par une communauté d'origine du diabète avec la diathèse urique.

Pas plus que pour les observations cliniques que nous avons rencontrées au cours de ce travail, etque, malgrénoire désir, nous n'avons pu songer à résumer, nous ne pouvons donner un aperçu, qui aurait été cependant des plus instructifs et intéressants, des dix cas de diabète traités à Contrexeville; que le D' Debout rapporte avec des détails précis, des analyses multipliées et concluantes. Force nous est de nous contenter de dire, avec notre érudit confrère, que de ces faits résulte la preuve de la coïncidence constante de l'expulsion de l'acide urique avec la diminution du sucre dans les urines diabétiques. Il y a donc lieu de conclure que : 1° l'efTicacité des eaux de Contrexeville dans le diabète est indéniable ; 2° cette action s'explique par l'élimination de l'acide urique ; 3» ces faits donnent raison à la théorie de Marchai de Calvi sur l'identité de nature de la goutte et du diabète, subordonnés tous deux à la même unité morbide, la diathèse urique.

Nous avons vu plus haut, au sujet des théories du diabète, quelle réponse le D'^ Durand-FardeL avait opposée à ces conclusions.

Dans un travail posthume du docteur Brongniart, inséré dans le t. XXXII des Amiales de la Société d'hydrologie^ en 1887, et relatif aux indications et contre-indications du traitement hydro-minéral de Contrexeville, nous trouvons pour ainsi dire un résumé excellent des opinions émises dans son premier mémoire, et que douze années de pratique avaient consolidées. En voici la substance : « Les malades atteints de diabète vrai, cachectiques, émaciés, dont la langue est sèche, dont l'haleine exhale cette odeur pénétrante due à l'acélonémie, dont les forces sont abolies, ne tirent aucun bénéfice de la cure minérale qu'ils font pourtant avec plaisir ; car, si leur soif se trouve momentanément calmée quand ils boivent l'eau minérale, leurs

urines restent pâles, denses et fortement sucrées. Dans la journée et pendant la nuit,la solfies tourmente de nouveau, et ils nous quittent aussi malades qu'ils étaient arrivés ; heureux si l'épuisement cachectique ne les tue pas au moment où ils se préparent à rentrer chez eux... Au contraire, les glycosuriques ou diabétiques goutteux, chez lesquels la glycosurie n'est qu'un symptôme de leur diathèse, se comportent tout différemment avec le traitement thermal. Nous avons vu le sucre diminuer rapidement, ou disparaître de leurs urines pendant la cure, sans qu'ils dussent s'astreindre à un régime particulier, mais en ayant soin d'éviter les excès de sucreries et de farineux. En même temps leur état général souvent très déprimé se remonte, leur appétit devient plus franc, la soif et la sécheresse de la bouche disparaissent, l'énergie renaît, et le sommeil n'étant plus troublé par la polyurie devient réparateur. La densité des urines s'abaisse ; en outre, sous l'influence du traitement minéral, on voit s'y produire les dépôts uri-

ques abondants et de bon aloi

« En un mot, autant les diabétiques vrais ont peu à espérer du traitement de Contrexeville, autant les glycosuriques ou diabétiques goutteux sont certains d'en tirer les meilleurs effets, et de rentrer chez eux guéris de leur manifestation goutteuse anormale. »

Le D' Debout d'Estrées a encore une fois confirmé les assertions du D'" Brongniart, lorsque, dans sa causerie-conférence faite, le 27 août 1888, devant la caravane hydrologique organisée parla Société française d'hygiène, il disait à propos du diabète : « C'est dans le diabète goutteux, que l'on rencontre d'ailleurs 90 fois sur cent, que Contrexeville est nettement indiqué. On ne connaît pas assez celte application pourtant si rationnelle de l'eau de la source du Pavillon... La clinique montre que tout diabétique qui rend de l'acide urique voit son sucre disparaître sous l'influence de la cure de Contrexeville. — Les diabétiques qui n'expulsent pas d'acide urique, et ils sont

fort rares, voient leur sucre diminuer et jamais dispa raître... L'opinion de Marchai de Calvi, sur la communauté d'origine du diabète et de la diathèse urique, n'a pas de meilleur critérium... »

Deux ans auparavant, le D'' Boichox avait défendu les mêmes idées dans son travail sur la diathèse urique et le diabète goutteux, travail imprimé à Bruxelles.

En somme, Futilité et les indications de la cure de Contrexeville dans le diabète se trouvent aujourd'hui nettement définies, et elles se limitent au diabète goutteux ou, si Ton veut, au diabète chez les goutteux.

Eaux sulfatées.

Capvern.

Bien que située dans une tout autre région que Contrexeville et fort éloignée d'elle, la station de Capvern lui ressemble assez dans ses applications thérapeutiques et par la nature de ses eaux, pour qu'elle ait été appelée le Contrexeville du Midi. Il est donc assez naturel que nous Tétudiions de suite après cette dernière. Placée au fond d'un ravin, sur les flancs du plateau de Lannemezan, en face et à petite distance des Pyrénées, Capvern possède deux sources alimentant deux établissements différents, séparés par un assez grand espace, la Hount-Caoute et leBouridé, ayant 24 à 20" de température, toutes deux sulfatées mixtes, à bases de chaux, de soude et de magnésie. Le D^ Ticier présenta, en décembre d874, à la Société d'hydrologie, un mémoire sur le traitement du diabète sucré à Capvern ; le compte rendu en fut fait par le D'" Caulet, et nous ne connaissons ce travail que par ce qu'en a dit son rapporteur dans les Annales de la Société. Partant de l'idée théorique que toute médication tonique, reconstituante, et en même temps stimulante de l'innervation, devait agir efficacement contre le diabète^ le D»" Ticier a considéré comme très in-

diquée la cure de Capvern. Le succès a répondu à son attente, et après quatre années de pratique thermale, i] a pu recueillir neuf observations lui permettant de conclure que Capvern offre au médecin des ressources palliatives, sinon curatives du diabète. Tous ses malades furent soumis à la boisson, aux bains et douches de Hount-Caoute, et, sauf un, au régime classique de la glycosurie. Dans les trois premières observations, la cure a dissipé tous les malaises et fait disparaître à peu près complètement le sucre de l'urine. Dans les deux suivantes, elle aeu peu d'effet, diminuant seulement le sucre de 11 à 8 grammes et de 33 à 28 grammes par litre, en dix jours. Les quatre autres fois enfin, la cure a produit une amélioration notable, un amoindrissement sensible de tous les symptômes, faisanttomber les quantités de sucre de l'urine de 68 grammes à 36, — de 40 à 18, — de 75 à S8, — de 89 à 41. Ces observations intéressantes prouvent assurément que Capvern peut être fort utile aux diabétiques ; mais elles ont paru incomplètes eten nombre insuffisant au D'' Caulet pour légitimer une assimilation de Capvern à Vichy et Carlsbad dans la cure du diabète.

Dans un travail publié par la Revue médicale d'hydrologie pyrénéenne^ en 1886 (tome III), le D'' Delfau, dont la compétence spéciale en matière d'uropathologie est bien connue, a donné le diabète comme une des indications formelles et particulière de Capvern, et il a soutenu que, moins par sa composition chimique que par ses propriétés physiologiques et ses vertus curatives, la station sulfatée calcique des Hautes-Pyrénées mérite mieux le nom de Carlsbad français que celui de Contrexeville du Midi, ou de Vichy des Pyrénées. Pour lui, ces eaux agissent sur le diabète comme celles de Contrexeville et de Vittel, en modifiant heureusement la diathèse arthritique et relevant la nutrition générale, qui ont leur part d'influence dans la production de la glycosurie.

Le D"^ Sancery a publié de son côté une bonne étude du diabète sucré aux eaux de Capvern: il fait reposer sur la

DU DIABETE SUCRÉ 99

théorie de Claude Bernard la base de son traitement thermal pour l'amélioration ou la guérison de la maladie diabétique. Admettant que cette maladie est produite par une lésion nerveuse qui entraîne un affaiblissement nerveux, une usure nerveuse, ou tout au moins une fatigue ou une espèce de paralysie des plexus fournis par le grand sympathique, il range le diabète à côté de la chlorose, et, à l'exemple de Burq, il le considère comme une maladie nerveuse. Pour le guérir, il faut donc vivifier le malade, redonner au système nerveux la force qu'il a perdue, et rétablir les fonctions languissantes en améliorant la respiration ; aussi le Dr Sancery fait-il jouer un grand rôle à l'air oxygéné de Capvern qui vient en aide à l'action de ses eaux. Il pourrait citer des observations, qui se ressembleraient toutes : elles lui permettent d'affirmer que la cure du diabète à Capvern produit des effets analogues à ceux observés par Durand-Fardel à Vichy.

Dans son mémoire couronné par la Société de médecine d'Anvers, le D"" E. Monin faisait une mention hors pair pour l'eau de Capvern , justement fameuse, disait-il, dans les fastes de la diabétothérapie. Résumant les effets de la Hount-Caoute signalés par Ticier, il déclarait que cette eau s'applique notamment aux anémiques, aux diabètes par épuisement. Les contre-indications résident surtout dans les lésions cardio-pulmonaires. Il comparait son action à <;elle de Salins, qui, d'après les travaux du D"" Dumoulin, agit principalement en favorisant la nutrition interstitielle.

Le D"" Dreyfus-Brisac place Capvern à côté de Contrexeville, de Vittel, de Martigny, et réclame pour ces eaux les diabètes associés à la goutte et à la gravelle urique. De son côté, le D^A. Robin recommande Capvern dans le diabète des goutteux et des graveleux francs et dans celui qui alterne avec des manifestations uricémiques.

Bagnères-de-Bigorre.

A côté de Capvern doit prendre place à tous égards, topographiquement et médicalement, la station d'eaux sulfatées calciques magnésiennes et ferrugineuses de Bagnèresde-Bigorre. La découverte et le dosage de l'arsenic, dus à MM. les D""^ de la Garde, achèvent de la désigner comme devant servir au traitement de certains diabétiques. Jolie petite ville, située à l'entrée de la belle vallée de Campan, Bagnères, avec ses nombreuses sources thermales, très abondantes et variées, leur offre toutes les conditions désirables pour une cure efficace et complète. L'analogie de composition de ses sources salines avec celles de Capvern et de Contrexeville explique la similitude d'action. Aussi ne sommes-nous pas surpris de trouver dans le Manuel médical de Bagnères-de-Bigorre^ édité en 1873 par le D'' Alban de la Garde, un tableau clinique comportant une période de sept ans, où nous relevons onze cas de diabète soignés pendant ce temps dans cette station, et parmi lesquels figurent avec honneur deux malades guéris, huit très améliorés, et un amélioré simplement. Pas d'insuccès! Nous regrettons de ne pas avoir d'autres détails. Mais nous trouvons dans un autre ouvrage tout récent sur Bagnères, dû à la plume sobre et élégante duD'' Gandy, une excellente page sur le diabète et sa cure par les eaux de la localité. Nous ne résistons pas au plaisir de citer presque en entier ce passage du livre intitulé « les Névropathes à Bagnères-de- Bigorre ». qui relie cliniquement, pouvons-nous dire, cette station à Capvern dont nous venons d'esquisser les titres comme les vertus antidiabétiques.

« Le diabète sucré, écrit le D' Gandy, adroit à une mention dans cette étude ; il confine, par certains côtés, au domaine des maladies nerveuses, et il donne lieu à des accidents nerveux qui ont été décrits : névralgies symétriques (Worms),perte du réflexe rotulien (Bouchard), vertiges, etc.

Les bains calmants et toniques, les douches tempérées, et, de préférence, froides, quand le malade peut les supporter, produisent de bons effets sur les diabétiques, — il nous est donné de le constater tous les ans. Nos eaux sulfatées calciques, prises en boisson, agissent d'ailleurs comme les eaux de Contrexeville et de Capvern, dans les cas oii les eaux alcalines sont contre-indiquées. Nos eaux ferrugineuses apportent leurs propriétés reconstituantes, et le principe arsenical intervient de son côté avec l'action spéciale qui lui a été attribuée, dans le traitement du diabète. »

Ces assertions, logiquement déduites des faits, sont confirmées par la pratique et les écrits des autres médecins de la station, D' Conzier, D"" Dejeanne, etc., et c'est avec raison que les livres spéciaux, comme celui du D'' E. Monin, ou généraux^ comme celui du professeur F. Garrigou, font figurer Bagnères dans la nomenclature des eaux anti-diabétiques.

La présence de l'arsenic dans ces eaux avait porté M. le Bret à les faire figurer à côté des eaux de la Bourboule, en leur attribuant une quantité erronée de ce principe {Manuel des eaux minérales, 1874). Devant le Congrès d'hydrologie de Biarritz, le Dr A. de la Garde rectifia cette erreur, en confirmant ses premiers dosages, qui fixent la quantité d'arsenic contenue dans l'eau de Salies, par exemple, à 0 gr. 0013 d'arséniate de chaux; et il profita delà circonstance pour affirmer, avec plus de conviction pratique encore, les indications et les vertus des eaux de Bagnères contre le diabète.

Le D"" F. Garrigou les recommande comme antianémiques et antinerveuses grâce aux divers métaux dont elles sont particulièrement riches.

Dax.

Une station qui mérite d'être citée après la précédente, oarce qu'elle lui ressemble à tous les points de vue : nature

et abondance d'eaux thermales sulfatées, importance balnéaire, etc., est celle de Dax. Bâtie sur l'Adour également, Dax, avec ses richesses thermales, auxquelles sont venues s'adjoindre les eaux salées et les eaux mères que lui procure l'exploitation d'un riche banc de sel gemme découvert dans son sous-sol, peut prétendre à la cure du diabète. Ce n'est pas qu'elle s'en soit beaucoup réclamée jusqu'à ce jour, mais ses eaux sulfatées, ses eaux chlorurées, et même ses boues lui en fournissent les moyens. La seule statistique que nous connaissions à ce sujet, empruntée à l'ouvrage du D'' Barthe de Sandfort, Dax pittoresque et' thermal^ p. 367, porte que sur cinq diabètes soignés aux Thermes de Dax, il y eut une forte amélioration, deux améliorations, et un résultat nul. Ce n'est pas fort brillant, mais Dax peut faire et fera mieux, surtout dans le diabète arthritique Aussi le Dr F. Garrigou a-t-il signalé, à ce point de vue, ses eaux comme antianémiques et métallifères antinerveuses.

Aulus.

Sans sortir de la région pyrénéenne on rencontre, dans l'Ariège, une autre station d'eaux sulfatées calciques, chaudes, qui s'est acquis une réputation spéciale pour d'autres maladies, où néanmoins les diabétiques peuvent se traiter avec profit. Aulus n'est pas bien renommé dans la cure du diabète ; mais nous trouvons, dans une communication intéressante du D"" Borde Pages au Congrès d'hydrologie de Biarritz, la preuve de l'action de ses eaux dans cette affection. En cherchant à expliquer pourquoi les mêmes eaux minérales peuvent être utiles pour la cure de maladies très diverses, l'ancien inspecteur d'Aulus cite le cas d'une dame diabétique qui, venue en 1886, dans la station, se tenant difficilement sur ses jambes, énervée, affaiblie, attristée par des chagrins, but jusqu'à vingt-cinq verres d'eau par jour, et se retira forte, refaite, ayant repris l'appétit, /ev vnnes étant à feu pirs dans Vétat normal.

Nous pourrions citer, dans le bassin sous-pyrénéen, les eaux d'Audinac (Âriège) et d'Encausse (Haute -Garonne) analogues aux eaux d'Aulus ou de Capvern, et capables, comme elles, de rendre à l'occasion des services aux diabétiques.

Barbazan.

Nous insisterons plus particulièrement sur les eaux de Barbazan, dans la Haute-Garonne, voisines par conséquent des dernières que nous venons de citer, au sujet desquelles M. le D'" Forment a publié, en 1891, une assez importante brochure. Il y a là trois sources sulfatées calciques, dont la minéralisation totale varie de 0 gr. 893 à 1 gr. 795 et 3 gr. 458.

Ces eaux purgatives ont produit d'excellents effets contre le diabète, et M. le D'- Forment en cite plusieurs observations, dont les résultats sont des plus encourageants. Il a vu que le diabétique répare là les désordres occasionnés par suite d'une production exagérée et insolite de sucre, lors même que le sucre ne disparaît pas totalement des urines. De même l'albuminurique voit son état s'améliorer, sans cesser de faire de l'albumine. Cependant il a été constaté quelques cas de diabète complètement guéris après un petit nombre de jours de cure. L'eau de la station s'attaquerait donc à l'état général en le relevant, et non au signe même qui sert à caractériser la maladie.

« Au reste, ajoute le D^ Forment, nous ne connaissons pas d'eaux minérales parmi celles réputées célèbres dans la cure de cette affection, qui agissent d'une autre manière. Aucune n'a sur l'élément de la maladie une action directe ; aucune ne peut donc être regardée comme l'antagoniste de la maladie. »

Vilte.L

Avec Vittel, nous revenons dans les Vosges, nous rapprochant de Plombières dont nous comptons parler ensuite.

104 ÉTUDE SUR LE ÏRAITEMENtJ

Classées par Durand-Fardel comme sulfatées mixtes, les eaux de Vittel doivent être assimilées, à tous égards, à celles de Contrexeville dont elles partagent les indications. Jusqu'en 1886, il n'avait été guère question du traitement du diabète à Vittel. Cependant avec ses quatre sources, dont l'une est dite salée parce qu'elle renferme un peu de chlorure de sodium, cette station est appelée à contribuer à ce traitement pour sa part. C'est ce qui résulte avec évidence des communications du D"^ Bouloumié à la Société d'hydrologie de Paris. Pendant longtemps il a vu peu de diabétiques à Vittel, parce que, convaincu de l'efficacité de Vichy, de Vais, de Pougues, et n'ayant pas obtenu des résultats éclatants sur les premiers diabétiques qu'il a eus à soigner, il a tout d'abord déconseillé Vittel dans le diabète. Ses observations ont plus tard modifié sa manière de voir, tant sur la valeur absolue des eaux de Vichy et de Vais que sur celle de Vittel. En 1886, il affirmait que : i o les goutteux devenus glycosuriques et même diabétiques peuvent obtenir de Vittel un effet incontestablement favorable; — 2° de même les goutteux qui présentent à ce titre des contre-indications à l'emploi des eaux alcalines fortes et au contraire des indications pour les eaux sulfatées bicarbonatées calciques ; — 3° il en est de même des diabétiques ou glycosuriques présentant des troubles de la glande hépatique, de la constipation, de la pléthore abdominale ; — 4° chez les diabétiques anciens on n'obtient que des résultats médiocres, qui cependant peuvent être considérés comme favorables en raison del'insuccès des autres médications; — o° les résultats cliniques s'expliquent parla régularisation des fonctions de nutrition, des fonctions hépatiques et gastro-intestinales, et aussi par l'épuration de l'organisme par la voie rénale directement soumise à l'action du traitement hydro-minéral. Pour confirmer son dire, le D"" Bouloumié a publié huit observatiims fort bien présentées, avec des analyses d'urine très détaillées que nous nous voyons forcé, à regret, de ne pas résumer ici.

Le Dr Patézon qui, lui aussi, n'avait jamais parlé, jusqu'en 1887, du traitement possible du diabète par les eaux de Vittel, et qui n'y avait vu que par hasard des goutteux ou graveleux diabétiques, a annoncé les mêmes résultats. Depuis lors, Vittel a continué à faire ses preuves ; d'autres médecins, comme le Dr P. Rodet, l'ont affirmé aussi, et aujourd'hui ses eaux sont citées avantageusement par les spécialistes comme le D^" Monin, le D'" Dreyfus-Brisac, ou le D"" A. Robin, pour leurs vertus antidiabétiques. Au dire de ces derniers, Vittel se range entre Contrexeville et Capvern pour le traitement du diabète associé à la goutte ou à la gravelle.

Remoncourt.

Dans cette même région de l'Est se rencontrent également les eaux de Remoncourt, dont l'une, la Bienfaisante du Rey, a, depuis plusieurs années, fait ses preuves contre le diabète.

Marligny.

Nous en rapprocherons les eaux do Martigny, au sujet desquelles ont été publiées, notamment par le D^" Dedet, quelques observations de glycosuriques qui se sont bien trouvés de leur usage.

Eaux indéterminées.

Après ces stations, il est une classe d'eaux sur lesquelles notre esprit se porte, et dont les représentants les plus connus sont Plombières et Néris. On les appelle des eaux indéterminées, inermes, parce qu'il n'y a guère dans leur composition d'élément prédominant, et que leur action elle-même n'est pas des plus nettes. C'est pour cela sans doute qu'elles sont peu utilisées contre le diabète, quoique leurs applications à la cure des rhumatismes et des mala-

dies urinaires soient des plus fréquentes. Nous n'avons rien trouvé dans la littérature hydrologique qui signalât les deux stations que nous venons de nommer à notre point de vue. Ainsi le diabète n'est même pas cité dans le livre assez important que le D'' Morice a consacré, il y a quelques années à peine, aux eaux do Néris.

Le Neuhourg .

Mais nous croyons pouvoir faire figurer à cette place une eau dont les vertus antidiabétiques ont été annoncées au Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences, dans sa session tenue à Pau, au mois de septembre 1892. M. Ed. Ferray, d'Evreux, a fait connaître à la fois l'existence de l'eau oxygénée du Neubourg, et son action contre le diabète. La petite ville du Neubourg est située sur un plateau élevé du département de l'Eure. La source jaillit au fond d'un puits d'une trentaine de mètres de profondeur. L'analyse de l'eau a montré la présence de l'oxygène en quantité anormale, 11 ce. 25 par litre, celle de carbonate de chaux, de nitrate de magnésie, de sulfate et de phosphate de chaux, etc., la totalité des principes salins n'atteignant pas tout à fait un gramme. C'est l'eau la plus riche connue en oxygène dissous. Des diabétiques ont fait usage de cette eau. Certains, qui avaient déjà suivi les médications ordinaires sans en avoir éprouvé d'effet, ont vu leur situation améliorée. Deux sont arrivés à la disparition complète du sucre des urines. Chez les aulres, on a pu constater une amélioration considérable : l'un, de 76 grammes de sucre dans les 24 heures, est passé à 20 gr. ; d'autres, de 155 à 73 gr., — de 69 gr. 75 à 47 gr. 25, L'explication du mode d'action est plus difficile à trouver. M. Ferray attribue ces effets en partie au volume exceptionnel d'oxygène dissous.

Dans la discussion de ce mémoire, le D"" Meunier et le D" Duhourcau ont songé, l'un à mettre en cause le régime

des malades, l'autre à s'enquérir s'il existait dans l'eau du Neubourg de la lithine et de l'arsenic : quelques centigrammes de ces substances pourraient, en effet, expliquer, tout aussi bien que l'oxygène, l'action spéciale de cette eau. L'analyse n'en fait pas mention. Nous retrouverons plus loin l'influence de ces deux composants dans les eaux antidiabéliques.

Evian.

De cette nouvelle venue dans l'art de guérir, nous rapprocherons les eaux moins minéralisées, mais plus connues, d'Evian. Faiblement bicarbonatées calciques, laissant à peine 31 centigr. de résidu salin, ces eaux, situées sur le bord méridional du lac de Genève, ont fait leurs preuves contre le diabète, et elles sont signalées par les auteurs. Le Dr E. Monin les indique spécialement dans le diabète avec polydipsie marquée qui a résisté aux cures alcalines. Avec celles de Fougues, ou de Sail-les-Bains, le D"" Dreyfus- Brisac les conseille surtout pour déterminer une sorte de nettoyage à grande eau de l'organisme, et comme convenant particulièrement aux arthritiques hypoazoturiques. Dans un livre qu'il leur a consacré, en 1886, le Dr Taberlet a étudié avec soin leur action sur le diabète. Ces eaux conviennent dans les cas où il faut, d'une part, activer la polyurie, d'autre part demander leur concours aux mutations fonctionnelles et aux mutations respiratoires, pour hâter la combustion du sucre excédant. « Ce triple résultat est précisément le triomphe de la station éviannaise. » On y trouve heureusement réunis les leviers principaux de la cure du diabète : l'entraînement facile du sucre non utilisé, l'accélération des actes de la désassimilation, produits par l'eau minérale, une hématose active dans un air pur, richement oxygéné et sédatif, et enfin les pratiques de l'hydrothérapie les mieux adaptées au but poursuivi. Par une série d'expériences très bien conduites

sur le mode d'action de la source Cachât, le D"" G. Bordet est venu expliquer en partie ces bons résultats de la cure d'Evian.

Eaux ferrugineuses.

Nous placerons ici la classe des eaux ferrugineuses, dans laquelle nous ne trouverons pas des eaux à proprement parler antidiabétiques, mais dont la plupart sont cependant utiles pour combattre l'anémie, rafTaiblissement et la cachexie qui accompagnent si souvent le diabète. Il ne faut pas oublier que, dans cette maladie, elles peuvent rencontrer leurs contre-indications comme dans toute autre, et que l'existence de lésions tuberculeuses, surtout dans les poumons, doit rendre très circonspect et réservé dans leur emploi. En revanche, quand le diabétique aura été amélioré par une autre médication, soit pharmaceutique, soit hydrobalnéaire, les eaux ferrugineuses aideront à compléter son remontement, comme disait Bordeu, à le ramener à l'état normal, que le sucre ait disparu ou non complètement de ses urines. Sous l'influence de ces eaux on peut même voir les dernières traces de la glycosurie se dissiper, à mesure que l'organisme achève de se rétablir.

Il est rare qu'on dirige spécialement les diabétiques sur une station ferrugineuse ; aussi la littérature de ces stations sur le diabète est-elle pauvre. Mais ces eaux sont plus souvent utilisées au domicile du malade, comme eau de table plus particulièrement, à titre d'adjuvant ou de complément de la médication et du régime appropriés. Nous ne croyons pas devoir, dans ces conditions, nous étendre beaucoup sur chacune de ces eaux, ni leur consacrer des considérations spéciales. Qu'il nous suffise de signaler comme très recommandables aux diabétiques, les eaux ferrugineuses françaises d'Orezza, de Forges, de la Reine du Fer, d'Andabre, de Sylvanès, de Bussang, de Rennes dans TAude, et quelques autres, qui sont disséminées sur

tous les points du pays, depuis la Corse jusqu'en Normandie et les Vosges, aussi bien que dans le centre ou dans la région pyrénéenne de la France.

A l'étranger on utilise avec avantage les eaux de Spa ou de Court-Saint-Etienne, en Belgique, les eauxdeGastein, de Pyrmont, d'Antogast, de Hombourg, en Allemagne, où elles ont été vantées par bien des médecins, par le DrHelff't, notamment, à ce que nous a appris M. Durand-Fardel.

Nous verrons que les eaux ferrugineuses sont aussi recommandées contre le diabète, en Espagne et en Portugal.

Le D" Dreyfus-Brisac fait jouer un rôle spécial à cette classe d'eaux dans le traitement des diabètes nerveux et pseudo-arthritiques avec excitation ou anémie, et dans celui qu'il appelle malin, qui est le diabète maigre d'autres auteurs, ou la période cachectique du diabète ordinaire. Quand, dit-il, les symptômes cachectiques commencent à apparaître, les eaux antidiabétiques proprement dites sont plus dangereuses qu'utiles, et l'on doit se borner à soutenir les forces, à relever l'état général du malade. Souvent d'ailleurs on arrive de la sorte, par voie indirecte, à diminuer la glycosurie, et ce qui importe plus, à atténuer les divers phénomènes morbides connexes à l'hyperglycémie. Les eaux ferrugineuses possèdent alors une réelle efficacité. Mais à Faction de la cure hydrominérale il faut, dans ce cas, joindre celle tout aussi importante de l'altitude, et tenir compte, dans le choix à faire, autant des conditions climatériques que de la richesse de telle ou telle source en principes ferrugineux.

Or, ce sont les altitudes moyennes, de 500 à 1000 mètres, qui conviennent le mieux aux diabétiques. A ce titre, Bussang, dans les Vosges, les sources du massif de Kniebis, dans le grand-duché de Bade, dont Rippoldsau est la plus fréquentée, sont préférables à Forges, à Spa, et même à Schwalbach. Quant à Saint-Moritz, situé dans la Haute-Engadine, en Suisse, à 1800 mètres d'altitude, il offre

à la fois aux diabétiques ses eaux vraiment actives et son climat alpestre par excellence qui, pendant l'été, convient mieux, comme d'ailleurs celui des montagnes en général, que le séjour aux bords de la mer, aux diabétiques fatigués et affaiblis. Quelques-uns cependant se trouvent incommodés à ces hauteurs.

Le Df" Dreyfus-Brisac signale encore, en fait d'eaux ferrugineuses aux hautes altitudes, la station de Morgins, au val d'Illiez, en Suisse, dont l'exposition est suffisamment abritée et qui jouit d'un climat tonique.

Il ne serait pas difficile de trouver en France, dans les Pyrénées, les Alpes, ou même dans le plateau central, des stations de montagne ayant à leur portée des eaux ferrugineuses, et qui viendraient augmenter les ressources de ce genre qu'offre Bussang aux diabétiques.

L'étude des cures d'air dans le diabète n'entre pas évidemmentdans le programme de ce travail. Il nousserabien permis néanmoins de rappeler ce que le professeur Jaccoud a dit dans ses cliniques du séjour des hautes altitudes : d'après lui, les conditions sont tellement modifiées dès ISOO mètres, dans l'Europe centrale, que toute la modalité de la nutrition est changée. Il a vu plusieurs fois de pareilles résidences, sans autre chose que des promenades, amener la disparition du sucre chez des diabétiques qui n'étaient plus à la période amylacée.

En hiver, il y aura, dit aussi le D' Dreyfus-Brisac, grand avantage à envoyer ces malades dans certaines stations méridionales, où ils sont moins exposés aux refroidissements que dans les régions froides et même tempérées, et où en outre ils peuvent mener plus facilement la vie en plein air et l'existence active qui leur sont si utiles.

C'estlà, ajouterons-nous, le grand avantage que présentent les stations du midi de la France, soit dans la région de l'Océan et des Pyrénées, soit dans la région méditerranéenne ; mais il faut que les diabétiques trouvent dans ces résidences des conditions matérielles et morales qui ne leur

fassent pas regretter leurs foyers. Les conditions accessoires de l'état des malades devront entrer en ligne de compte pour le choix à établir de ce séjour hivernal. Le séjour au bord de la mer, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que les bains de mer, a été recommandé par Jaccoud aux diabétiques, comme étant moins fatigant pour eux que le séjour dans les hautes altitudes. L'exercice, la vie au grand air, la gymnastique au besoin, même la simple gymnastique en chambre, et en tout cas la gymnastique pulmonaire, c'est-à-dire une respiration convenablement et intelligemment faite, aideront puissamment l'action reconstituante de l'air marin. 11 y a cependant des malades auxquels ce séjour trop prolongé sur les bords de la mer, même en été, finit par être incommode et pénible : cela tient sans doute à leur état névrosthénique habituel qui les rend plus sensibles aux influences de l'atmosphère salée et agitée, plus particulièrement sur les plages trop découvertes. A ceux-là,le séjour des montagnesoudes stations d'eauxmoyennement élevées sera préférable : il appartient au médecin de combiner pour le mieux l'action de l'air pur et revivifiant avec celui d'une eau minérale rationnellement indiquée.

Eaux arsenicales. — Eaux lithinées et chlorurées d'Auvergne.

Ces considérations sur le séjour des montagnes à conseiller aux diabétiques nous serviront de transition naturelle pour arriver aux eaux d'Auvergne, dont certaines ont une physionomie propre, qu'on a classées à part sous le nom d'eaux arsenicales, qui ont une action reconnue sur le diabète, et pour ce motif, méritent une attention sérieuse et d'assez longs développements. Nous nous arrêterons en particulier sur trois d'entre elles, le Mont-Dore, la Bourboule et Royat.

Un des premiers médecins qui ont attiré la faveur de leurs

confrères sur les eaux d'Auvergne en vue de soigner le dia bète, est le regretté Danjoy qui, dans ses travaux ou dans les discussions auxquelles il a pris part, au sein de la Société d'hydrologie, a cru pouvoir établir comme une loi. disait-il, l'efficacilé des eaux du plateau central de la France dans les anomalies de nutrition causées par la glycémie. Cette action serait due, d'après lui, à la minéralisation qui leur est commune, et surtout au bicarbonate de soude, au chlorure de sodium, à l'arsenic et à la lithine, dont le D'' Martineau, après le professeur Rouget, a tant prôné l'association. La lithine a été dosée dans ces diverses sources par M. Truchot, qui l'a traduite en chlorure de lithium, dont la quantité y varierait entre 8 et 35 milligrammes. Il y en a moins dans les eaux de Vichy et de Vais (de 15 à 22 milligr . ) L'arsenic a été retrouvé, en quantité variable, dans toutes les eaux minérales d'Auvergne: il en est peu d'ailleurs dans lesquelles la chimie de nos jours ne retrouve pas une trace de ce corps, auquel la médecine hydrologique fait jouer un si grand rôle. Après le D'' Danjoy, le D'' Fredet a confirmé de son côté Faction de toutes les eaux d'Auvergne contre le diabète sucré: chacune d'elles ayant été Fobjet de travaux particuliers à ce sujet, nous allons les passer en revue.

Mont-Dore.

La plus élevée des stations du Puy-de-Dôme, le Monl- Dore, outre son air pur et vif, offre aux diabétiques ses neuf sources, dont la thermalité varie de 12° à 4o° c, et dont la composition (bicarbonate de soude Ogr. 50, chlorure de sodium Ogr. 35, et arsenic 1 milligramme environ) leur donneune activité participant des eaux alcalines, chlorurées et arsenicales. C'est surtout contre les affections laryngopulmonaires que les eaux du Mont-Dore sont employées. Et c'est parmi les malades de celte catégorie venus là pour y soigner un asthme, une phtisie, ou une dermatose même, que les premiers cas de diabète ont été observés dans la

station. Bien rarement d'ailleurs un diabétique y sera envoyé pour sa seule dyscrasie. Quelques complications bronchitiques y faisaient adresser par Bouchardat ses malades, chez lesquels le D"" Brochin a vu, un des premiers, le diabète s'améliorer.

Le D"" Boudant a cité le cas d'une de ses clientes, âgée de 60 ans, qui après trois saisons à Vichy pour une glycosurie que ces eaux firent disparaître, eut à venir au Mont-Dore pour unelaryngo-bronchite et une diarrhée. Boisson, bains, inhalations et pulvérisations améliorèrent les voies respiratoires. L'année suivante, le Mont-Dore seul, sans Vichy, la guérit complètement sans laisser trace du diabète.

En 1886, le D' Schlemmer a présenté à la Société d'hydrologie une observation des plus intéressantes de bronchopneumonie aiguë soignée chez un diabétique. Il s'agissait d'un employé d'hôtel de 40 ans, surmené, que, devant Finsuccès des médications ordinaires, l'auteur eut l'idée de soumettre au traitement thermal ; au bout de quelques jours, non seulement les signes pulmonaires s'étaient amendés, mais la glycosurie avait baissé considérablement. Nous n'avons pas à suivre notre confrère dans les réflexions par lesquelles il cherche à justifier son diagnostic de pneumonie catarrhale secondaire ; du moins nous examinerons les détails relatifs au diabète de son malade, dont malheureusement le début et les causes de la glycosurie ne sont pas connus. M. Schlemmer n'a pas dosé le sucre, ce qui est regrettable, mais les déductions de son observation n'en sont pas moins instructives en ceci, que la glycosurie, qui avait persisté pendant toute la période consomptive du mal, a cessé complètement alors que la fièvre diminuait et que l'amélioration générale et locale commençait à se manifester.

Ce n'est pas là le seul cas de ce genre que le D"" Schlemmer a observé au Mont-Dore: chez un diabétique gras, venu pour y soigner une bronchite chronique avec emphysème, il a vu, pendant quatre ans, les phénomènes bronchitiques

s'améliorer, et la glycosurie diminuer dans le cours de chaque saison thermale, pour disparaître à la fin de la troisième cure et se maintenir ainsi durant l'hiver suivant; une quatrième cure n'eut pas de moins bons résultats, sous l'influence combinée de la boisson, de quelques courtes séances d'inhalation , de bains tempérés courts , et de quelques douches en pluie.

Le D"" Geay a vu disparaître, sous la seule influence de l'eau en boisson et en bains tempérés, une dyspepsie douloureuse chez un diabétique, dont le sucre descendit, en même temps, de 37 grammes à 7 grammes. Tous ces faits prouvent l'action des eaux du Mont-Dore contre la glycosurie, et si Ton songe qu'elles sont douées aussi d'une action décongestionnante sur la poitrine, on comprendra que le D"" Dreyfus-Brisacaitpu dire que le Mont-Dore reste la station de choix lorsqu'il existe surtout des phénomènes congestif's du côté des bronches ou des troubles asthmatiformes. Ces eaux sont également utiles dans la tuberculose à son début, et peuvent concurremment améliorer alors le diabète. Mais si l'évolution tuberculeuse est déjà avancée, ou présente une certaine intensité, mieux vaut s'abstenir de tout traitement hydrominéral chez ces diabétiques, au Mont- Dore comme partout ailleurs.

La Bourboule.

A peu de distance du Mont-Dore jaillissent les eaux de même nature, mais plus minéralisées et plus chaudes, de la Bourboule. Sept sources, dont la plus haute thermalité atteint 60"", et qui renferment jusqu'à près de 2 gr. de bicarbonate de soude et 4 gr. de chlorure de sodium, avec 2 à 3 centigrammes d'arséniate de soude par litre, y alimentent trois établissements. Leurs indications sont les mêmes que celles du Mont-Dore, au degré d'activité près; elles sont éminemment reconstituantes, et elles ont été recommandées des premières en Auvergne contre le diabète.

Dès 1877, le D'" Danjoy publiait des observations sur leur utilité dans cette maladie, et après un heureux début, il poursuivait chaque année ses recherches et ses travaux dans ce sens. Le succès répondant à ses efforts, les diabétiques sont venus depuis en nombre à la Bourboule, si bien que dix ans plus tard, il pouvait affirmer que le diabète est une des maladies qui s'y voient fréquemment.

Les résultats obtenus par lui ont été, sinon éclatants, du moins très favorables. Sur quinze cas relevés, il a observé neuf améliorations très notables, cinq améliorations moins prononcées, et un seul insuccès.

11 a vu en général diminuer la polyurie et Télimination de Furée. Aussi conseille-t-il le traitement de la Bourboule aux diabétiques amaigris et à ceux chez lesquels Tazoturie contre -indique le traitement alcalin.

11 est à remarquer que ses conclusions au point de vue de l'azoturie contre-indiquant les eaux de Vichy ne sont pas d'accord avec celles données par Lecorché,

Gubler avait comparé l'eau de la Bourboule, à cause de sa composition chimique, à une vraie lymphe minérale, et il l'avait recommandée dans le traitement du diabète. A ce sujet, Durand-Fardel a fait remarquer que le bicarbonate de soude tient une place notable dans la minéralisation de la Bourboule, et il explique en partie par là ses effets antidiabétiques. Le D'' E. Monin a rappelé tout cela dans son mémoire.

Quant au D' Dreyfus-Brisac, il attribue à la Bourboule et à sa congénère et voisine, Royat, les diabétiques arthritiques qui sont assez anémiés pour qu'on hésite à les envoyer aux eaux de Vichy... Etant donnée la composition de ses eaux, où, comme nous l'avons vu, figurent, à côté du bicarbonate de soude, le chlorure de sodium, lalithine et l'arsenic, dont ces deux derniers sont maintenant fort employés dans la cure pharmaceutique du diabète, il n'est pas surprenant que la Bourboule ait été choisie comme station antidiabétique. Cependant Vichy et Carlsbad diminuent la quantité

de sucre urinaire bien plus vile et en plus grande proportion. Mais s'il est nécessaire de prolonger davantage la cure de laBourboule, jusqu'à un mois au minimum, en revanche celle-ci possède des propriétés reconstituantes précieuses pour les diabétiques affaiblis, et pour ceux qui dépérissent. Malgré qu'elle enraie la dénutrition, il ne faut pas néanmoins la conseiller, pas plus que la cure alcaline, chez les diabétiques arrivés à la période de marasme. C'est alors aux eaux ferrugineuses qu'il faut avoir recours.

Le D"" Huchard, considérant le traitement arsenical comme le meilleur dans le diabète, a écrit que les eaux de la Bourboule, très puissantes contre le diabète azoturique, répondent pour le mieux à la plupart des indications de cette maladie.

LeD'"Eymerya vu qu'à la Bourboule les plaies diabétiques sont assez vite cicatrisées, et les lésions pulmonaires retirent un très bon effet de l'action curative de ses eaux.

Le D"" Heulz a communiqué à la Société d'hydrologie un cas de diabète compliqué de tuberculose pulmonaire qui en a éprouvé une amélioration remarquable. Dans ses Essais de chimie biologique, publiés en collaboration avec le D"" Cathelineau, il a fait voir que l'eau prise en boisson diminue les échanges azotés et phosphores, et réduit en même temps les oxydations; au contraire, l'eau administrée en bains augmente les mutations azotées, relève le coefficient d'oxydation, tout en diminuant le rapport de l'acide phosphorique à l'azote total. Il en conclut donc que ces deux médications, agissant en sens contraire, ne devront pas être prescrites en même temps : l'eau en boisson sera ordonnée aux diabétiques sans polyphagie ; les bains au contraire conviendront uniquement aux diabétiques dont l'urée diminue et le coefficient d'oxydation s'abaisse. Le D' Meneau a adopté cette même pratique.

D'après le D^ A. Robin, le traitement de la Bourboule convient aux diabétiques affaiblis, anémiés, bronchitiques

suspects, mais non encore convaincus de tuberculose, alors que l'excès d'urée prend les caractères d'une azoturie de dénutrition et qu'il faut modérer l'action glycogénique du foie, tout en remontant l'élat général.

Royat.

Egalement située dans le Puy-de-Dôme, pas bien loin des deux stations précédentes, celle de Royat est surtout remarquable par un climat plus doux et par des eaux de composition analogue, arsenicales par conséc£uent, mais plus lithinées et plus ferrugineuses. Elle compte quatre sources, dont l'une, peu minéralisée, y sert, pour ainsi dire, d'eau de table.

Partageant les vertus médicinales de ses deux voisines, Royat a été, comme elles, utilisée contre le diabète. Elle a été comparée, par Rotureau, à Ems qui est fameux depuis longtemps comme station antidiabétique, et peut-être bien son surnom d'Ems français l'a-t-il aidée dans sa renommée pour la même maladie. Quoi qu'il en soit, Royat a été l'objet de travaux plus nombreux et plus remarquables sur le diabète que la Bourboule et le Mont-Dore, et nous ne pouvons nous dispenser de nous y arrêter un instant.

Dans une savante et consciencieuseétude intitulée Royat dans Varthritisme, présentée, en 1886, à la Société d'hydrologie de Paris, le D" Boucomont a examiné l'influence de ces eaux sur le diabète et la glycosurie. A cette époque, disait-il, il y avait quelques années seulement que, grâce au travail du D"" Danjoy sur les eaux d'Auvergne, et aux leçons du professeur Bouchard, un petit nombre de diabétiques venaient à Royat. Boucomont en avait soigné six en 188.3, et neuf ou dix en 1886. Ses observations, fort claires et précises, montrent que chez presque tous, en une dizaine de jours, le chiffre du sucre a baissé de moitié, sans que pour cela l'urée ait notablement augmenté. La plupart de ces malades n'ont pas été soumis à un régime alimentaire

sévère, et tous ont accusé promptement le relèvement de leurs forces. Au bout de 21 à 23 jours, les uns sont partis avec un tiers, les autres avec un cinquième de la glycose constatée à leur arrivée. Deux n'avaient plus que trois grammes de sucre, et un confrère de Marseille n'en présentait plus de trace.

M. Boucomont n'attribue pas ces heureux efl'ets aux principes alcalins, à la lithine, à l'arsenic, que les eaux de Royat renferment à assez haute dose , mais bien aux bains animés, gazeux, qui stimulent les nerfs périphériques, réveillent et activent la circulation cutanée et favorisent ainsi les combustions. Les diabétiques, dit-il, n'ont pas, à Royat comme à Vichy, besoin de l'analyse pour apprécier l'amélioration acquise : ils la sentent. L'état général est meilleur, la soif moins vive, les forces et la gaîlé reviennent. Ils se promènent avec plaisir, font bientôt des courses sans faligue, et trouvent dans cet entraînement de la promenade, dans cette atmosphère oxygénée qui les environne, dans cette excitation de chaque jour, le traitement le plus rationnel du diabète, et l'adjuvant le plus puissant de la médication alcaline.

Quant à mieux spécifier les formes du diabète auxquelles Royat convient, comme on lui avait reproché de ne pas le faire au Congrès de Biarritz, où il avait communiqué son travail, le D'' Boucomont, qui ne base pas exclusivement le traitement du diabète, à Royat, sur les bains et la minéralisation de l'eau, a essayé de combler ce desideratum en publiant les quinze observations insérées dans les Annales de la Société dliydrologie.

On ne s'attend pas à nous voir résumer ici ces observations, si intéressantes et probantes qu'elles soient : obligé que nous avons été de renoncer à donner lespremières qui se sont présentées à notre examen, nous ne saurions nous départir, sans injustice, de cette réserve. Toutes démontrent que l'eau lithinée arsenicale et les bains à eau courante de Royat donnent d'excellents résultats dans

la cure du diabète, même compliqué d'albuminurie, comme le prouve une seizième observation.

Le D"" Boucomont attribue ces bons effets à l'alcalinité des eaux de Royat, représentée par 3 gr. 50 de carbonate de soude, — à l'excitation cutanée des bains, — à la vie au grand air, — au fer et à l'arsenic, — qui à eux tous activent les fonctions de combustion et l'hématose.

A tout cela, après la communication du ly Martineau sur les effets remarquables contre le diabète d'une eau lithinée arsenicale artificielle dont nous parlerons tout à l'heure, il ajoute comme agents curateurs, les vingt milligrammes d'arséniate de soude et les trente-cinq milligrammes de carbonate de lithine par litre de ces eaux ; la réunion de ces divers principes formant le meilleur traitement du diabète, et ayant l'avantage de constituer un traitement naturel.

Le D^Fredet, dans un travail sur Quelques indications thérapeutiques de Royat^ dit, en parlant du diabète et des diabétides traitées dans cette station, que la cure y est d'autant plus efficace que les malades sont débilités, goutteux, ou anémiés, et ont plus besoin d'un traitement reconstituant. Il déclare notamment que les diabétides sont guéries ou améliorées par la cure interne ou externe de Royat, laquelle possède aussi une action réductrice de la quantité de glycose contenue dans les urines.

Des douze observations très détaillées qu'il a données dans cette brochure, le D^ Fredet conclut aussi : 1° que le sucre ayant diminué chez tous ses malades, et en notable proportion chez quelques-uns, l'eau de Royat agit efficacement sur le diabète, même sans qu'il soit suivi, pendant la cure, un régime spécial; 2" que l'urée n'augmente pas; 3° lorsque le malade est en même temps diabétique et albuminurique, l'efficacité du traitement est beaucoup moindre, et même nulle quelquefois, parce qu'à ce moment les modifications organiques sont telles que la restauration devient presque impossible.

Les eaux de Royat agissent dans le diabète à titre d'al-

câlins analeptiques ou reconstituants. Aux alcalins contenus à la dose de près de deux grammes par litre dans ces eaux, il faut ajouter, dit-il, l'action du chlorure de sodium et de l'arséniate de soude (4 milligrammes 1/2 parlitre). N'est-ce pas là le traitement du D"" Martineau contre le diabète (11- Ihine et arsenic) ? — Nous trouvons donc dans Teau de Royat, et préparée par la nature, cette association de médicaments si recommandée en ces derniers temps. Ces deux médicaments, d'après le D'' Fredet, agissent d'autant mieux comme reconstituants qu'ils sont employés à petites doses ; ;i dose massive, c'est l'effet contraire qui se produirait.

Dans une Note sur deux observations de diabétiques qu'il a soignés à Royat, note présentée à la Société d'hydrologie comme travail de candidature, le D"^ Laussedat a fait voir aussi la valeur de ces eaux dans le diabète.

Le premier cas est celui d'une dame de 63 ans, glycosurique depuis dix ans, malgré cinq ou six saisons à Vichy. Elle arrive à Royat avec 95 grammes de glycose, le voit tomber après quelques jours à 75 grammes, mais plus tard, malgré la boisson, ilremonteà 85 grammes et s'y maintient : Royat du moins avait relevé les forces de la malade, tandis que Vichy l'avait affaiblie d'une façon extrême.

Dans le second cas, il s'agit d"un homme glycosurique (80 grammes en vingt-quatre heures] et albuminurique (0 gr, 40), dont le sucre était tombé définitivement à 25 grammes après trois mois du traitement de Martineau. La boisson seule des sources Eugénie et Saint-Mart fait descendre le sucre à 16 grammes après cinq jours, et à 12 grammes le dixième jour. Dix jours plus tard, le malade ayant prisune douche froide quotidienne, le sucre est tombé à 8 grammes. Durant l'hiver d'après, le sucre remonte à 30 grammes ; une nouvelle cure de Royat le fait redescendre à 10 grammes. L'albumine ne subit pas de modification.

Le Dr Laussedat attribue à l'alcalinité des eaux de Vichy une action anémiante produite sur sa première malade : ce n'est point l'opinion du Dr fiottey, rapporteur de son mé-

moire, qui croit que les eaux de Vichy sont assimilatrices et reconstituantes à leur manière. Ce n'est point non plus celle du D' Durand-Fardel, qui, dans la discussion du rapport, reproche au médecin de Royat d'avoir incorrectement relaté les effets de Vichy sur sa cliente. On ne peut pas savoir pourquoi Vichy, qui a eu des avantages pendant cinq ou six ans de suite, n'e,n a plus la dernière année. Les eaux de Vichy, dit M. Durand-Fardel, sont à iorï appelées encore alcalines, car toutes les eaux le sont, et les sulfurées sodiques plus même que les bicarbonatées. En tout cas, le premier résultat obtenu par de Laussedat n'est pas brillant : Royat peut faire beaucoup mieux.

A ce sujet, le D' Fredet signale trois observations de sa saison dernière, très concluantes, prouvant l'action réductrice vraie de l'eau de Royat sur le sucre.

Nous retrouvons ces observations du D"" Fredet détaillées dans un de ses mémoires, et reproduites, accompagnées de quelques autres, au milieu d'un travail fort instructif du D'' Chauvet, inséré dans les Archives générales dliydrologie de novembre 1891. Force nous est de ne pas nous appesantir sur elles. Nous dirons simplement que dans ces observations et dans huit autres fournies aussi par le D"" Fredet, le sucre a diminué constamment, mais sans jamais arriver à disparaître : la diminution a été en moyenne de 38 pour cent. Neuf relevés d'analyses fournis au D"^ Chauvet par M. Rocher, pharmacien à Royat, présentent une diminution moyenne du sucre de 64 pour cent. Dans huit autres, elle a été de 77 pour cent.

Mais les détails les plus intéressants sont naturellement fournis par les observations propres de l'auteur.

Comme les D^' Danjoy et Boucomont, le D"" Chauvet ne connaissait pas au début de sa pratique la valeur des eaux de Royat contre le diabète, et il renvoyait ses diabétiques à Vichy et à Vais. Plus tard, encouragé par quelques bons résultats et par la communication de Martineau, il a soigné à Royat maint glycosurique, et il a vu que Royat a une

place justifiée à côté d'autres stations dans la cure du diabète, et que ses eaux répondent à certaines indications.

Dans ses six observations personnelles, on voit, en résumé, écrit-il lui-même, surtout une grande amélioration de Fétat général : la plupart des symptômes disparaissent, les forces reviennent, enfin le sucre diminue dans de notables proportions pour cent, 36 p. 0/0 (obs. II), — 57 (obs. V), — 80 (obs. VI), — 88 (obs. IV). Chez la première malade, il a disparu un an après la cure de Royat. Le sujet de l'observation m, qui tient pour ainsi dire la moyenne, avec une diminution de 66 pour cent, a fait, à deux reprises différentes, deux cures successives à Vichy et à Royat : on y voit le sucre diminuer notablement après Vichy, pour continuer à diminuer à Royat. Le dosage de l'albumine indique tantôt une diminution, tantôt une augmentation.

Si le régime et l'hygiène aident, à Royat comme ailleurs, l'action des eaux, celles-ci agissent sûrement par ellesmêmes, soit en boisson, soit en bains. Elles empruntent leur action aux bicarbonates, variant de 3 gr. 45 à i gr. 67 ; et elles peuvent, prises en quantité suffisante, arriver à fournir de ces sels autant que la dose habituelle prise à Vichy, soit'4 gr. 75 Elles l'empruntent aussi à la lithine, au chlorure de sodium, auquel Durand-Fardel et Danjoy attribuent des succès, ainsi qu'à l'arsenic, qui, d'après Saikavky, diminue la sécrétion du foie, et au fer, médicament réparateur. Cette composition fait retrouver dans les eaux de Royat les éléments du traitement de Martineau. On pourrait en dire autant de bien d'autres stations ; mais, comme le D'^ Danjoy l'a fait en s'élevant contre une pareille assimilation, on peut répondre qu'il n'y a pas de parité entre une drogue et une eau minérale. Ce traitement de Martineau ayant été l'objet d'une communication de son auteur et d'une discussion sérieuse devant la Société d'hydrologie, nous allons l'examiner tout à l'heure.

Revenant à Royat, nous dirons que, dans les observations du D" Chauvet, les bains à eau courante, à 34° ou 35° C, et

même à 290 (César), les grandes douches chaudes, la gymnastique et le massage ont ajouté leurs effets, selon les cas, à la boisson minérale. Si l'on y voit rarement le sucre disparaître tout à fait, on peut du moins compter que Tamélioration se maintient à un certain degré entre deux cures.

Royat, a écrit le D'' E. Monin, constitue, pour les arthritiques lymphatiques pu anémiés, une station thermale de premier ordre, qui améliore puissamment l'état général. Elle est indiquée, préférablement aux bicarbonatées fortes, chez les malades affaiblis et anémiques, qui supportent mal les alcalins à haute dose.

D'accord avec ce sentiment, le D'' Dreyfus-Brisac pense aussi que Royat peut revendiquer les diabétiques arthritiques assez anémiéspour qu'onhésiteàlesenvoyerà Yichy; il sera utile surtout aux vieillards et aux neurasthéniques. Chez les femmes à l'âge critique, à manifestations morbides polymorphes, il rendra des services tant par son action sur les mutations nutritives que par ses propriétés reconstituantes incontestables.

D'après le D^A. Robin, Royat convient aux diabétiques âgés, à nutrition restreinte, sans azoturie.

Eau lithinée arsenicale, artificielle, de Martineau.

Au cours des pages précédentes, nous avons fait allusion, à plusieurs reprises, au traitement du diabète par la méthode de Martineau. Cette méthode ayant été communiquée par son auteur à la Société d'hydrologie, dans un mémoire spécial rédigé à son intention, au cours de la discussion du traitement du diabète par les eaux minérales, — ce mémoire ayant été lui-même longuement discuté devant la Société, à l'ordre du jour de laquelle le diabète avait été porté, — nous croyons devoir résumer ici à la fois le travail de Martineau et la discussion qui l'a suivi.

En 1873, sur les données du D' Rouget, professeur au

Muséum, Martineau eut l'occasion de prescrire à un diabétique de Teau litiiinée arsenicale préparée ainsi: dans le globe supérieur d'un appareil à eau de Seltz, contenant un litre environ, on met 0 gr. 20 de carbonate de lithine, et une cuillerée d'une solution d'arséniate de soude, — à Ogr. 20 pour 500 gr. d'eau distillée, — ce qui correspondrait à six milligrammes d'arséniate.

Cette eau est bue aux repas, mêlée au vin, ou dans l'intervalle. Le régime n'est pas modifié, et ne comporte qu'une certaine réserve sur le sucre, les féculents et les fruits.

Lorsque le diabète est traité isolément, soit par la lithine, soit par l'arsenic, les résultats du traitement ne sont plus les mêmes.

Sur 70 cas où l'eau lithinée arsenicale a été appliquée, 67 fois le D'^ Martineau a obtenu une guérison rapide, sur des malades arthritiques ; trois fois il a échoué, sur des herpétiques.

Cinq observations bien circonstanciées, dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer, donnent un exemple de ces heureux résultats : nous énumérerons simplement ceux-ci :

Le premier sujet, 60 ans, diabétique depuis cinq ou six ans, excrète 212 gr. de sucre et 93 gr. 60 d'urée en vingtquatre heures. Après trois semaines du traitement, il rend 40 gr. 50 de sucre et 42 gr. d'urée ; — après cinq à six semaines, 16 gr. 50 de sucre et 26 gr. d'urée ; — après dix semaines, pas de sucre, et 27 gr. d'urée. Depuis, l'analyse n'a plus jamais révélé de sucre dans ses urines.

Le deuxième sujet, 45 ans, diabétique depuis dix ans, rendait 360 grammes de sucre par jour. Trois mois après le début du traitement lithine arsenical, le sucre avait disparu, et le malade était guéri d'ulcérations et d'anthrax ayant nécessité l'intervention chirurgicale.

Le troisième cas est celui d'un malade qui avait subi sans succès, pendant plusieurs années, un traitement à Vichy. Il avait 43 gr. de sucre par vingt-quatre heures. Après trois mois de traitement, il est complètement guéri. A ce sujet,

Martineau dit avoir connu trois diabétiques q;ui sont morts de gangrène, trois à six semaines après un traitement intempestif à Vichy.

La quatrième observation est celle d'un malade de 62 ans, diabétique depuis plusieurs années, rendant en vingt-quatre heures !234 gr. 60 de sucre. Sous l'action de Peau lithinée arsenicale artificielle, en deux mois, le sucre tombe successivement à 95 gr. 39, puis 7 gr. 93 par jour, — puis 0 gr. 27, puis zéro. Parallèlement, Furée monte de 25 gr. 62 en vingt-quatre heures, à 33 gr. 80, pour revenir ensuite à un chiffre normal correspondant au volume de Turine diminué aussi normalement.

Dans le cinquième cas enfin, il s'agit d'une dame asthmatique et migraineuse qui voit ses accidents cesser quand le diabète apparaît, cinq ans auparavant. Le traitement lithiné arsenical, bien que prolongé pendant plusieurs mois, reste sans effet sur la glycosurie, qui va de 204 à 238 grammes de sucre par jour, et néanmoins l'état général s'améliore.

En communiquant ces faits, le regretté D"" Martineau voulut simplement signaler une médication du diabète qui lui donnait de bons résultats, surtout chez les sujets ayant manifestement un terrain arthritique. Il n'eut rien de précis et de net à dire sur le mode d'action de cette médication, qui peut s'expliquer par bien des hypothèses. Il ne s'était décidé à la faire connaître qu'après avoir recueilli bon nombre de faits établissant sa valeur réelle. Ses trois insuccès prouvent qu'elle n'a pas la même action sur les diabétiques à tempérament dit herpétique. Martineau n'a vu se déclarer que quelques diarrhées sous la dose d'un centigramme d'arséniate de soude par jour; sinon, son traitement a été bien supporté, et les guérisons, dont plusieurs connues de certains de ses collègues de la Société d'hydrologie, sont déjà anciennes et définitives.

Des résultats aussi surprenants ne pouvaient manquer d'être discutés. Aussi le D"" Bouloumié, frappé de la supério-

rite des effets du traitement arsenical lithiné sur ceux du traitement hydrominéral, vint il présenter ses objections. Il semblait croire à une série heureuse, sur laquelle il ne fallait plus guère compter, et dont les résultats ne devaient pas, à ses yeux, porter atteinte aux cures d'eaux minérales qui, avec l'hygiène, restent les grands moyens à employer chez les diabétiques. Avec une logique un peu narquoise, il tire de la statistique du D"" Martineau cette conclusion que, l'eau lithinée arsenicale guérissant tous les diabètes arthritiques, il n'y aura plus à mériter d'être employées, parmi les eaux naturelles, que celles qui exercent une action favorable contre l'herpétisme, comme, par exemple, Cauteretset Saint- Sauveur, en raison de l'état névropathique des herpétiques.

La statistique de Martineau n'est pas d'accord avec celles des auteurs, qui trouvent bien plus rarement l'arthritisme associé au diabète. M. Martineau aurait pu rencontrer des diabètes incurables du pancréas, ou liés à la cirrhose hépatique, etc. Sa statistique, exceptionnellement heureuse, ne permet pas de conclure à la guérison de 95 pour cent des diabétiques en général.

Le diabète n'étant pas univoque, son traitement ne saurait l'être, et M. Bouloumié se refuse à accepter un médicament quelconque comme spécifique du diabète. Le choix de la lithine et de l'arsenic comme principes agissants lui paraît trop exclusif, et il aimerait encore mieux attribuer la guérison à l'arsenic qu'au chlorure de lithium. Il n'admet pas l'identité d'action de toutes les eaux minérales renfermant ces principes, qui, somme toute, existent en très petite proportion dans toutes les eaux prônées contre le diabète, alcalines, bicarbonatées calciques, chlorurées, sulfureuses, etc.. La supériorité incontestée des eaux bicarbonatées sodiques, dont la richesse en lithine est inversement proportionnelle à leur minéralisation, est un argument contre cette théorie.

Tout en comprenant la surprise de son confrère,

le D"^ Martineau a maintenu ses faits qui sont des faits, dont il ne préjuge pas l'explication. Dans sa formule, il augmente d'ailleurs la dose de lithine suivant les cas, en ne dépassant guère 25 à 30 centigrammes, parce qu'il a vu survenir quelquefois de la pesanteur stomacale, dupyrosis, de la diarrhée. Il pose la question de la lithine et de l'arsenic, et même des sels de soude, en faisant remarquer que dans les eaux de Vichy, Royat, Bourbonne, la Bourboule, la lithine se rencontre en quantité inverse des sels d'arsenic et de soude.

Au cours de cette discussion instructive, le D"" Heulz a envoyé à la Société d'hydrologie un travail de candidature relatif au traitement du diabète à la Bourboule, que nous regrettons de n'avoir pas vu publié ni même analysé dans les Annales de la Société.

Mais la discussion ne finit pas là. Revenant plus tard sur le mode d'action, dans le traitement du diabète, de l'eau lithinée arsenicale de Martineau, le D"" Bouloumié ne peut admettre que l'on dise : « peu importe la théorie, pourvu que le remède guérisse. » Il trouve insuffisante la contre-indication du tempérament herpétique, attendu qu'il y a à considérer autre chose chez le diabétique auquel doit être prescrit un traitement. Il rappelle les paroles de Claude Bernard : « on ne peut donner de théorie complète du diabète » ; et celles de Jaccoud : « aucune théorie n'est applicable à la totalité des faits », et il ajoute avec raison : « il n'y a pas, il ne saurait y avoir un spécifique du diabète. »

Nous ne suivrons pas le D'' Bouloumié dans l'exposé savant qu'il donne des théories, des interprétations et des particularités relatives à la glycosurie, au diabète, et des meilleurs traitements à leur opposer. Et nous en arrivons à cette assertion qui nous intéresse davantage au point de vue de ce travail : « alcalins et arsenicaux sont, il est vrai, de bons médicaments antidiabétiques; mais ils ont chacun leurs indications spéciales, qui ne se présenteront pas

toujours, loin de là, chez le même individu, et surtout aux mêmes périodes de la maladie : Tazoturie et l'état des voies digestives, si importants à surveiller, peuvent très bien réclamer Femploi des uns à Texclusion des autres. Tandis que l'état des voies digestives peut indiquer l'emploi des alcalins et contre-indiquer l'arsenic, l'excès de déperdition organique fera repousser, à une période avancée de la maladie, l'emploi longtemps prolongé des alcalins et réclamera celui de l'arsenic. »

Quant aux résultats annoncés par Marlineau, le D' Bouloumié se demande s'ils n'auront pas épuisé la série heureuse, et il cite quatre observations des D" A. Robin, Jean et Weill, où l'eau lithinée arsenicale a complètement échoué, tandis que d'autres médications ontréussi, et une cinquième du D'' Bovet, où Faction de cette eau sur la glycosurie a été pour ainsi dire insignifiante. Aux yeux du D' Bouloumié, le traitement de Martineaupeut trouver ses indications pour continuer à domicile l'action d'une cure thermale faite aux sources mêmes et d une médication anliglycosurique active qui ne saurait être longtemps soutenue.

Presque toutes les eaux minérales peuvent revendiquer des droits au traitement des diabétiques, car il y a dans les effets d'une cure thermale appliquée au diabète deux ordres de faits à considérer : l'action générale, pour ainsi dire banale, et l'action spéciale. La première est loin d'être indifférente ; elle suffit quelquefois à rendre actifs et efficaces des médicaments restés jusque-là sans effet. Pour développer la deuxième, il faudrait passer en revue toutes les indications et contre-indications des diverses eaux, depuis les plus minéralisées jusqu'aux indifférentes.

La théorie ne suffisant pas à fixer les indications des eaux minérales , et les malades atteints de glycosurie simple, ou de vrai diabète, ne se rendant que par exception ailleurs qu'à Yichy, Vais ou Carlsbad, les résultats cliniques à faire valoir en faveur de telle ou telle station sont peu nombreux et ne permettent pas encore de se prononcer

d'une minière absolue. Lecorché a cependant essayé de le faire.

Rappelons en passant que les considérations qui précàdent datent de 1883. Aujourd'hui elles ne seraient plus tout à fait aussi vra les .

En réponse à la communication fort longue de M. Bouloumié, le D"" Martineau déclara qu'il n'avait pas voulu créer une doctrine sur le diabète, ni une panacée. Ses observations ont trait à des diabètes vrais, dont quelquesuns suivis depuis douze ans. Depuis sa communication, il a vu encore quinze diabétiques améliorés ; mais deux mois ne lui suffisent pas dans une maladie semblable pour affirmer qu'elle est guérie. En la faisant, il n'a eu pour but que de rendre service à des confrères, et particulièrement à ceux des stations thermales.

M. Constantin Paul a confirmé les résultats de la cure de Martineau sur des malades jeunes, de trente à quarante ans, arthritiques et congestifs ; mais non chez des sujets plus âgés.

M. le Di" Japhet en a obtenu aussi de bons effets. Chez les phosphituriques, de l'aveu même de M. Martineau , les résultats sont plus lents et moins certains .

On peut donc voir que l'eau lithinée arsenicale a une réelle valeur dans la cure du diabète. Eile est d'ailleurs recommandée par le D' Dujardin-Baumetz dans ses leçons cliniques de thérapeutique, faites à l'hôpital Cochin, avec cette seule différence qu'il remplace la solution d'arséniate de soude par quelques gouttes de liqueur de Fowler. Nous en conclurons que lithine et arsenic doivent certainement contribuer pour une part à l'action antidiabétique de certaines eaux minérales.

Eaux chlorurées sodiques.

Des eaux d'Auvergne, arsenicales et chlorurées, nous n'avons qu'un pas à faire pour arriver aux eaux simplement chlorurées, que nous allons envisager maintenant.

Balaruc.

Une des premières observations de diabète soigné par les eaux minérales, qui fut communiquée à la Société d'hydrologie, en 1834, presque à ses débuts, avait trait à des eaux de ce genre, aux eaux de Balaruc. Nous en trouvons le détail, avec celui de quelques autres cas simplement signalés dans les Annales de la Société, rapporté assez longuement par M. Durand- Fardel, dans ses Lettres médicales sur Vichy.

Le D"" Le Bret a observé, dans la station saline de l'Hérault, un malade présentant les symptômes caractéristiques d'un diabète à forme nerveuse. Sous l'influence de onze bains, de doses modérément purgatives d'eau de Balaruc, et d'un régime approprié, mais imparfaitement suivi, l'état général s'est promptement relevé ; la vue et les forces musculaires ont recouvré leurs conditions normales, tandis que les proportions de sucre devenaient de moins en moins appréciables,

Bourbon-V Archambault.

Une autre observation à ' l'actif d'eaux similaires fut communiquée par le D' Begnault, de Bourbon- l'Arcliambault.Il s'agissaitd'une jeune fille de quatorze ans, forte, mais non réglée, qui à la suite d'un bal où, ayant très chaud, elle avait bu de l'eau glacée, fut prise de diabète. Le régime prescrit par Bouchardal et quelques bains de mer l'améliorèrent. L'eau thermale de Bourbon-l'Archambault fit disparaître toute trace de sucre, en dix jours. A la suite d'une vive impression ressentie quelques mois après, le sucre reparut ; mais le régime et quelques toniques rétablirent la santé d'une façon définitive.

Bains de mer.

Dans cette même lettre où il cite les deux cas précédents, Durand-Fardel dit encore que les bains de mer, type assurément des eaux chlorurées sodiques, ont été employés maintes fois avec profit dans le traitement du diabète. Il y a des individus qui en sont aussi vivement influencés que par une eau minérale quelconque. Bouchardat y avait souvent recours, comme nous l'avons vu dans l'observation ci-dessus. Le D"" Gaudet, qui avait une grande expérience des bains de mer, et avait obtenu par eux des modiflcations favorables dans les degrés moyens du diabète, les considérait, dans des cas de ce genre, comme un auxiliaire excellent à la reconstitution de l'état général, quand celle-ci est possible. Mais ils aggravent la maladie dans ses degrés extrêmes. Les bains de mer, d'après ces deux savants médecins, ne doivent être employés que chez les diabétiques capables de réagir, soit par leurs propres forces naturelles, soit aidés par des conditions spéciales. D'après le D'^ E. Monin, qui traduit en cela l'opinion générale, les bains de mer et Fatmosphère maritime sont très utiles aux diabétiques affaiblis, lorsque la réaction est restée bonne et qu il n'y a, chez eux , aucune tendance prononcée aux complications nerveuses et éréthiques. Il faut surtout choisir des stations méridionales, afin de surajouter le bénéfice du climat aux autres moyens curatifs, avant que le malade soit trop affaibli et cachectisé. Cependant, le Dr Dreyfus-Brisac croit le séjour des montagnes préférable aux bords de la mer pour les diabétiques qui sont dans un état de neurasthénie habituel.

A ces derniers un traitement métallothérapique, complémentaire pour ainsi dire du traitement hygiénique et médicamenteux, pourrait, si nous en croyions le Dr Moricourt, le successeur du D'"Burq, être des plus profitables. Au Congrès d'hydrologie de Biarritz, après avoir rappelé

l'imporlance des métaux dans les eaux minérales, et que notamment, dans la cure des diabétiques, la connaissance du métal auquel ceux-ci sont sensibles peut fournir des indications précieuses au médecin ; après avoir signalé les services que lui avait rendus Tadjonction de Teau cuivreuse de Saint-Chrislau au traitement de diabétiques sensibles au cuivre, et donné à entendre qu'il pourrait en être de même à Gauterets pour les malades sensibles au zinc, aux Eaux-Bonnes pour ceux sensibles à l'étain, attendu que M. F. Garrigou a retrouvé ces métaux respectivement dans chacune de ces eaux, le D" Moricourt déclare que, étant aujourd'hui prouvé que l'eau de mer renferme de l'argent, et peut par suite être assimilée à une eau minérale contenant de l'argent, c'est à ces qualités que doit être attribuée l'action des bains de mer favorables aux diabétiques. Aussi le métallothérapeule a-t-il pris l'habitude d'examiner la sensibilité de ses malades à Targent avant de leur conseiller les bains de mer, qu'il ne prescrit pas si les effets de l'argent sont nuls. Parmi les stations de bains de mer méridionales à choisir pour les diabétiques, nous signalerons particulièrement Biarritz, sur le golfe de Gascogne, dont l'heureuse influence a été démontrée par le D^Elevy, dans sonlivresur cette station hivernale etmaritime. « De même que les eaux minérales, dit ce médecin instruit, l'air marin contribue, par sonozone, à la diminution du sucre dans les urines. Nous connaissons ici des diabétiques vivant depuis de longues années dans un état satisfaisant. Ajoutons qu'ils se trouvent aussi très bien des bains de mer, en été. Durand- Fardel, l'éminent président du Congrès de Biarritz, recommande aussi l'air marin dans le diabète. Un distingué pharmacien de Bayonne, M. Campan , a constaté par des analyses répétées, la diminution rapide du sucre et de l'acide urique dans les urines des diabétiques et des goutteux, sous la seuleinfluence du séjour sur la côte de Biarritz. » Mais revenons aux eaux salées terrestres.

Bourbonne-les- Bains.

A Bourbonne-les Bains, le D^Bougard, après avoir signalé la proportion élevée de lithine dans les sources chlorurées delà station, dont la teneur varie entre 0 gr. 08 à 0 gr. 088 de chlorure de lithium par litre, avait mis tout d'abord les résultats obtenus dans le diabète par sa médication ther maie, àTaclif du chlorure de sodium (5 grammes par litre). Plus tard, il fît entrer en ligne de compte le bromure de potassium. Il met enjeu maintenantun troisième facteur, le chlorure de lithium.Les diabétiques sont rares à Bourbonne et n'y viennent guère que pour soigner leurs douleurs. Mais sous l'influence de la cure complète, bains, douches , boisson surtout, il a vu Turination devenir moins fréquente, la soif moins vive, et la proportion de sucre aller en diminuant, et même une fois disparaître tout à fait, pendant que les forces revenaient et que se produisait Famélioration de l'état général. C'est à l'ensemble des principes minéralisateurs, parmi lesquels le chlorure de lithium et l'arsenic, qu'il attribue ces bons résultats.

La question a été reprise, en avril 1889, par le D Haber t, qui adressa à la Société d'hydrologie de Paris un travail de candidature sur le traitement du diabète par les eaux de Bourbonne ; malheureusement nous ne connaissons de ce travail que ce qu'en a dit le rapporteur de la Société, à savoir que le Dr Habert a vu le sucre diminuer du quart et même de la moitié par le fait de la cure thermale. Cette diminution se produit auprès d'un grand nombre de sources et peut être due au changement de régime et d'habitudes. Elle ne saurait prouver, à elle seule, selon le D'^ Caulet, une action spéciale antidiabétique des eaux de Bourbonne.

Bourbon-Lancy.

A Bourbon-Lancy, qui est une chlorurée sodique faible, à applications semblables à celles de Bourbonne et de Bour-

bon-rArchambault, le D"" H. de Bosia a eu l'occasion d'étudier le diabète gras, ou mieux arthritique, comme il le dit, et de voir que tous ses glycosuriques avaient, avec leurs diabètes, des localisations évidentes d'arthritisme ou d'herpétisme, les deux ne faisant qu'un à ses yeux, comme le veut le professeur Lancereaux. Après quelques considérations sur la palhogénie du diabète, l'auteur déclare que, à côté des stations de Vichy et de la Bourboule, il croit pouvoir placer les thermes de Bourbon Lancy ; les résultats pratiques qu'il a observés semblent lui donner raison, de sorte qu'après la cure du diabète gras par les alcalins et les arsenicaux, il faut recourir à la cure par les chlorurées sodiques.

En même temps qu'il fait boire quatre verres d'eau de la Reine, le D"" de Bosia administre à ses diabétiques, selon la méthode mixte de Fernel, deuxgrammes de bicarbonate de soude par jour. A ce traitement intense, il ajoute des bains romains avec sudation plus ou moins prolongée, des douches dont la température et la durée varient selon l'état général des malades. C"est là une pratique très rationnelle. Cinq glycosuriques, manifestement arthritiques, ont été soumis à ce mode de traitement; aucun d'eux, au jour où l'auteur écrivait, n'avait vu réapparaître du sucre dans ses urines qu'à la dose maxima de cinq grammes, et pourtant la première cure datait de trois ans, en juillet 1887. Ces cinq observations sont à peu près semblables, et malgré que le D'" de Bosia n'en publie qu'une, nous ne la reproduirons pas. Comme le nombre de ses observations est minime, il sera très modeste, dit-il, dans ses conclusions que voici : « les eaux chlorurées sodiques des thermes de Bourbon-Lancy ne sont nullement dangereuses dans la cure du diabète arthritique : non seulement leur action pendant la cure est aussi manifeste qu'à Vichy et à la Bourboule, mais la durée de l'action curative, pendant laquelle les malades sont à l'abri de toute rechute, parait être beaucoup plus considérable, propriétés spéciales que nous croyons

pouvoir attribuer aux vertus curatives que nos eaux possèdent contre les diverses localisations de l'arthrilisme et contre cette variété de diabète qui en fait partie. »

Nous ne goûtons guère l'adjonction du bicarbonate de soude au traitement antidiabétique de Bourbon ; on n'a plus dès lors le droit de le préférer à Vichy.

Salins-les-Bains.

Les eaux chlorurées, bromo-sodiques fortes de Salins du Jura, ont été étudiées par le D'F. Guyenot au point de vue de leur composition, dans laquelle il tient grand compte de la grande quantité de bromures alcalins, et aussi au point de vue de leur action multiple, qui, à ses yeux, fait comprendre les succès obtenus par son emploi dans le diabète sucré. Il explique ces succès par l'influence des bromures sur le cerveau, et par leur action chimique due tant au brome qu'à la potasse ou à la soudede ces eaux. Ils lui ont paru être plus durables que ceux procurés par Vichy.

Brides-Salins.

En 1883, le D' C. Laissus, dans une note substantielle publiée dans le Journal de médecine de Paris, avait nettement déclaré que, pour le traitement des diabètes albumineux et sucré, les eaux de Brides sont fréquemment indiquées, surtout lorsque l'anémie accompagne l'altération nutritive et qu'il y a besoin d'une médication tonique : on les associe aux chlorurées de Salins.

Trois ans plus tard, en 1888, le D"" Delastre présentait à la Société d'hydrologie de Paris une étude sur les eaux alcalines, sulfatées calciques, sodiques magnésiennes, ferrugineuses de Brides, combinées aux eaux chlorurées sodiques fortes de Salins-Moutiers, dans la cure du diabète sucré.

Après de courtes et bonnes considérations sur la nature et la pathogénie de ce mal, qu'il considère comme un

trouble plus ou moins profond de la nutrition générale, l'auteur déclare que Brides-Salins, par sa position au cœur des montagnes dont l'air pur permet aux malades une oxygénation parfaite, par ses eaux dont la caractéristique est d'agir d'une façon exceptionnelle sur la nutrition générale, et qui ont une action élective sur la glande hépatique dont la cellule produit le glycose, par sa source chlorurée sodique forte et arsenicale qui est toujours utilisée dans la cure du diabète, Brides-Salins remplit toutes les indications que réclament les diabétiques.

Chaque année, bon nombre de ceux-ci s'en retournent avec une amélioration profonde de leur état . Pendant que le sucre diminue dans de grandes proportions, s'il ne disparaît pas complètement, l'urée revient à son chiffre normal et les différents symptômes de la maladie s'amendent ou s'en vont. Les forces et la puissance virile ne tardent pas à reparaître, tandis que se dissipent les troubles digestifs, les maux de tête, le prurit, et la soif ardente qui tourmente tant les diabétiques .

Cinq observations très bien prises, complètes et concluantes, établissent ces propositions. Comme pour toutes celles dont nous avons parlé dans ce travail, force nous est de ne pas même les résumer.

Les effets de la cure de Brides-Salins s'en déduisent naturellement; après les avoir détaillés, le D>- Delastre conclut que ces eaux rendent dans le diabète d'importants services, à l'égal de Vichy ou de Carlsbad. On peut donc y adresser les diabétiques affaiblis, minés depuis longtemps, cachectiques, azoturiques, obèses, qui ont une tare du côté de la nutrition, et ceux enfin dont les reins fonctionnent mal.

Le D"" Delastre a soigné à Brides-Salins un malade glycosurique lors de sa première saison, et albuminurique l'année suivante... A rencontre de ce qui arrive généralement à Royat, d'après le D"" Fredet, il a vu l'albumine disparaître chez son malade, à la suite de la cure thermale et d'un régime sévère approprié.

Vallée de Brides.

Le Dr Philbert, qui soigne depuis de longues années, à Brides-Salins, des obèses ou autres atteints de diabète sucré, a confirmé les conclusions de son confrère. Nous avons placé celte étude à ce chapitre, parce que nous attribuons la plus grande part de ces résultats à l'eau chlorurée forte de Salins qui vient renforcer, en vue de la cure du diabète, Faction reconstituante hématopoiétique de l'eau de Brides. Cette dernière action a été mise en relief par le D"" Delastre d'une façon assez spéciale, car il s'est occupé aussi du diabète phosphatique dans son travail.

D'après le D' E. Monin, les eaux chlorurées et bromurées sodiques, et en particulier les fortes de Salins -les-Bains (Jura), Salins-Moutiers (Savoie), Salies-de-Béarn, Niederbronn, Kissingen, la Mouillère de Besançon, ont une action tonique et sédative excellente dans certaines formes de diabète dyscrasique arrivé à son maximum, mais où l'organisme, vigoureux, offre encore une certaine force de résistance.

Le D"" Dreyfus-Brisac ne paraît pas aussi confiant dans la valeur de ces eaux -, c'est à peine s'il les signale comme pouvant, à l'égaldes eaux ferrugineuses, mais plus rarement, arriver à diminuer la glycosurie, et atténuer les divers phénomènes morbides qui en dépendent. Nous sommes heureux de faire appel en faveur de ces eaux, pour clore ce qui les concerne, à l'opinion d'un maître qui contrebalance la réserve de l'auteur de la Thérapeutique du diabète sucré.

Dans ses savantes et instructives recherches chimicomédicales sur la balnéation chlorurée sodique à Salies-de- Béarn et ses effets sur la nutrition, recherches dont il a fait connaître les résultats plus spécialement à la Société d'hydrologie, M. le professeur Albert Robin a donné quelques précieuses indications nouvelles sur le profit qu'on pouvait tirer de ces eaux, ou de leurs similaires ; et il a soulevé précisément la question de l'emploi de la balnéation salée dans le traitement du diabète. Plusieurs médecins distingués, a-t-il dit, ont obtenu une diminution du sucre

144 ÉTUDE SUR LE ÏRAlTEMEiNT

à la suite de cette médication chez les diabétiques, et ils ne seraient pas éloignés de généraliser les résultats qu'ils ont constatés dans quelques cas particuliers. Or, il en est du diabète comme de l'anémie : la balnéation chlorurée sodique conviendra peut-être à certains diabétiques, mais elle me paraît contre-indiquée chez le plus grand nombre. Ainsi à ceux chez lesquels la désassimilation et l'oxydation azotée sont exagérées, la balnéation chlorurée sodique, dont les effets sur la nutrition agissent dans le même sens, est contre-indiquée ; au début et dans la période d'activité du diabète, il n'y a pas à compter sur l'influence favorable de cette médication.

Au contraire, chez le diabétique dont la nutrition fléchit, quand l'urée diminue, que le coefficient d'oxydation s'abaisse, il y a lieu de relever la vitalité de l'organisme, de restaurer le système nerveux. Alors tout est changé. La balnéation chlorurée sodique peut devenir un excellent moyen de relever la nutrition déchue, de débarrasser l'organisme des produits de désassimilation toxiques et peu solubles qui créent un danger nouveau de rétablir les fonctions nerveuses...

Gubler avait pressenti cette distinction ; car il avait rhabilude d'envoyer aux eaux chlorurées sodiques les diabétiques de cette dernière catégorie, et le D"" A. Robin se souvient d'un de ses malades qui dut à la balnéation chlorurée sodique une véritable résurrection.

Nous ajouterons, pour notre part, que nous croirions volontiers à l'utilité d'une saison de bains chlorurés sodiques, à Salies, à Briscous-Biarritz, à Dax, à Salins, ou ailleurs, pour préparer convenablement un diabétique, dont l'état est grave, à faire une saison profitable auprès des eaux alcalines.

Le D"' Garrigou professe qu'une saison aux eaux chlorurées fortes, dans les affections entraînant un épuisement, une consomption, doit servir de préparation à la médication sédative ou à la médication sulfurée, pour

obtenir de celles-ci toute leur utilité et tous leurs avantages. Par analogie, ne peut-on pas admettre qu'une semblable pratique, appliquée aux cures d'eaux alcalines en vue du diabète, aurait sa raison et son utilité ?

Celte association de la cure chlorurée sodique à la cure sulfureuse va nous fournir le trait d'union pour passer à l'étude de la dernière classe d'eaux minérales qu'il nous reste à envisager, celle des eaux sulfurées. Et comme il «xiste, parmi celles-ci, des sources qui sont à la fois sulfureuses et chlorurées sodiques, c'est par elles que nous allons commencer. A ce titre, nous parlerons d'abord d' Uriage.

Uriage.

Situées dans l'Isère, ancien Dauphiné, les sources de ce nom sont, les unes crénatées ferrugineuses et arsenicales, pouvant, à ce titre, être utilisées chez certains diabétiques, — les autres chlorurées, sulfurées et sulfatées, avec dix grammes de minéralisation totale, dans laquelle les chlorures, et surtout le chlorure de sodium, figurent pour plus de moitié, pour 6 gr. 50 environ. Toutes ces sources sont froides : les dernières seules vont nous occuper.

Elles ont été bien étudiées par le D"' F. Berlioz qui, entre autres travaux, en a communiqué un à l'Académie de médecine, en avril 1884, dans lequel il cherche à établir les indications thérapeutiques de ces eaux, en se fondant sur leur action physiologique chez l'homme sain. Pour lui, les diathèses ont leur raison d'être dans un vice de nutrition. Les eaux d'Uriage ayant pour éléments principaux le chlorure de sodium et l'acide sulfhydrique, deux excitants de la nutrition, on peut supposer a priori que ces eaux exerceront sur cette fonction une action favorable. S'étant soumis lui-même, en bonne santé, à des expériences avec ces eaux, tout étant bien dirigé, calculé et pesé, ayant fait une expérience semblable sur un arthritique, il est arrivé à ces résultats, que l'eau d'Uriage élève le chiffre de l'urée, tout

en ayant une action diurétique peu marquée, et à cette conclusioQ que cette eau est indiquée dans toutes les maladies par ralentissement de la nutrition, parmi lesquelles il fait figurer le diabète. Mais nous ignorons si la clinique a fourni des faits, et surtout s'il en a été publié pour prouver une action curative.

En tout cas, on peut voir que ces eaux participent des indications des eaux chlorurées, à savoir qu'elles s'adressent aux diabétiques arthritiques, affaiblis, hypoazoturiqaes, à nutrition qui a fléchi. Nous montrerons plus loin quelle est l'action des eaux sulfureuses qui entre pour une part dans la leur.

Allevard.

Pour ne pas sortir du Dauphiné, nous rappellerons que la première observation de diabète communiquée, en 1854, à la Société d'hydrologie de Paris, comme ayant été soigné par les eaux minérales, était due au D'" Niepce, médecin inspecteur des eaux d'Allevard. M. Durand-Fardel en a donné le détail dans sa lettre Xle sur Vichy. 11 s'agissait d'un robuste montagnard de 36 ans, rhumatisant, et diabétique depuis cinq mois ; l'urine renfermait une quantité considérable de sucre. Le traitement se composa de bains quotidiens très prolongés, d'une à cinq heures de durée, de douches générales et d'eau sulfureuse en boisson. En plus de cette particularité de l'emploi de bains fort longs, genre Louëche, pouvons-nous dire, ce cas présenta cette autre assez intéressante, c'est qu'au bout de huit jours, il n'y avait aucun changement dans l'urine, ni dans les symptômes généraux; mais alors il survint une crise, du frisson, une fièvre intense, des sueurs très abondantes et une éruption d'urticaire. Aussitôt l'urine diminua de quantité, ainsi que la proportion de sucre qu'elle contenait. Ces accidents passés, le traitement fut repris, et au bout d'un mois il y avait une grande amélioration. Un an après, cet homme

revint à Allevard, bien portant, mais présentant encore un peu de sucre dans les urines ; depuis, il a paru au D'' Niepce avoir entièrement recouvré ses conditions normales.

Dans une seconde observation du même médecin, il s'agissait d'un homme de 56 ans, diabétique depuis dix-huit mois, et chez qui le traitement de Bouchardat n'avait amené qu'une amélioration passagère. Lorsqu'il arrivai Allevard, les symptômes du diabète étaient très prononcés, l'haleine fétide, la fièvre irrégulière ; il y avait de la toux et la respiration se faisait mal dans les poumons. Comme dans le cas précédent, il survint, au bout de huit jours, une fièvre intense et dabondantes sueurs accompagnées, cette fois, d'une éruption miliaire. Ce fat après cette crise seulement que la quantité de sucre et l'abondance des urines diminuèrent d'une façon sensible. Cette amélioration persista deux mois ; au bout de ce temps, les accidents pulmonaires s'exaspérèrent et le malade succomba.

Il s'agit ici sans doute d'une phtisie diabétique, déjà en cours quand le malade vint à Allevard, et que ces eaux no pouvaient pas guérir, comme elles avaient guéri le malade de la première observation, lequel n'était probablement qu'un glycosurique !

Toujours est-il, comme le dit M. Durand-Fardel,que c'est sous l'influence apparente de phénomènes critiques que les caractères chimiques du diabète se sont affaiblis. Nous en concluons aussi que la poussée thermale n'est pas un vain phénomène et qu'elle peut avoir son utilité : mais il n'en va pas toujours de mAme.

Après ces faits du D' Niepce, nous ne trouvons plus, dans les Annales hydrologiques ^ rien qui intéresse les eaux sulfureuses au point de vue du diabète. Ce n'est probablement pas que les occasions aient fait défaut, mais nous ne connaissons pas les publications isolées qui ont pu se produire à ce sujet.

Eaux sulfureuses.

Cauierels.

En 1881, le D'" deLarbès a fait paraître, à Paris, une brochure sur le Traitement du Diabète sucré par la source de Mauhotirat, à Cauterets. Dans les six observations qu'il donne, et qui pèchent un peu pour la clarté des dosages du sucre, on voit, dit l'auteur, qu'il ne s'agit pas de g]3^cosurie simple, et que tous ces cas doivent être acceptés comme des cas de diabète parfaitement caractérisé. L'eau de Mauhoural a été regardée depuis un temps immémorial comme favorisant les actes de la digestion ; elle a, de plus, des propriétés diurétiques et dépuratives bien définies, grâce à ses principes alcalins spéciaux qui sont, au premier titre, des silicates de soude, de chaux et de magnésie. Gigot Suard pensait qu'aucune autre eau minérale n'agit avec plus d'énergie sur l'excrétion rénale, et ne débarrasse mieux le sang des principes qui le vicient. Le sulfure de sodium doit aussi entrer en ligne pour expliquer ses effets.

JjC D"" de Larbès ne prétend pas ériger en guérisons radi cales les améliorations considérables observées par lui chez ses diabétiques. Il croit que la coexistence du diabète avec une alïection rhumatismale et catarrhale, comme c'était le caschez ses malades, indique mieux les sources de Cauterets, celle de Mauhourat en particulier, que les eaux alcalines pures. Il en cherche la raison précisément dans cet assemblage morbide ; et il pense que les eaux de Cauterets ont modifié avantageusement chez ses diabétiques quelques troubles fonctionnels du foie, grâce à leur alcalinité et aussi à leur sulfuration relativement minime, mais suffisante pour stimuler cet organe et rendre plus profonde l'absorption des alcalins spéciaux, agissant ainsi sur les éléments primordiaux de l'organisme ; tandis que l'effet des alcalinspurs

se borne, d'après Gubler, à favoriser la dissolution des hématies et à déterminer la dyscrasie albumineuse.

Au Congrès de Biarritz, en 1886, le D"^ Duhourcau présenta un travail concernant /e^ eaux sulfureuses, et en particulier les eaux de Cauterets, dans le traitement des diabètes albumineux et sucré. Nous n'en retiendrons que la partie relative à notre sujet. Classant le diabète sucré dans les maladies diathésiques, par ralentissement ou lésions de la nutrition, l'auteur fait jouer aussi un rôle à Tarthritisme dans les observations qu'il présente pour prouver que les eaux sulfurées doivent compter parmi les ressources à opposer, non plus par hasard, mais d'une façon positive et certaine, au diabète sucré. Celui-ci se réduisant aune aberration de la nutrition, on comprendra, dit-il, que les eaux de Cauterets, essentiellement otniques et remontantes et aussi dépuralives, aient de bons effets sur ce mal. Des nombreuses sources de Cauterets, toutes sulfurées sodiques et thermales, il a surtout employé Mauhourat et les OEufs, dont la température native atteint 50" pour la première et 55<» pour la seconde de ces sources. Boisson, bains et douches ont fait les frais du traitement, et ont suffi, dans les quatre cas qu'il détaille, à abaisser considérablement, sinon à faire disparaître le sucre, tout en améliorant l'état général des malades. Il conclut que les eaux sulfureuses, surtoutles sulfurées faibles, silicatées sodiques et arsenicales comme sont les eaux de Mauhourat, du Petit-Saint-Sauveur, du Pré, du Bois, du Rocher et des OEufs, à Cauterets, ont une place honorable à prendre dans le traitement du diabète sucré.

A ce même Congrès d'hydrologie, le D^' Daudirac, à propos d'une communication duO^^Boucomont sur le traitement hydrominéral du diabète, que nous avons analysée plus haut, a avancé qu'on améliorait les diabétiques aux eaux des Pyrénées comme aux eaux d'Auvergne : l'air des montagnes, les excursions ont leur part d'influence, en activant le mouvement nutritif et faisant brûler le sucre. Il est

d'ailleurs admis aujourd'hui que les eaux sulfureuses produisent souvent des modifications heureuses dans le diabète.

A l'occasion de la lecture du travail de M. Duhourcau, le D'" Garrigou avait communiqué à plusieurs membres du Congrès, sur l'action des eaux sulfureuses des Pyrénées, des observations toutes personnelles. Ainsi qu'il le dit dans le tome IV de sa Revue d'hydrologie pyrénéenne, page 394, ses collègues du Congrèsont supposé, comme lui, que c'était l'alcalinité de l'eau, dominant dans beaucoup d'eaux sulfurées par suite de l'altération du sulfure, qui produisait les heureux résultats annoncés contre le diabète. Ya-t-il autre chose? — M. Garrigou se proposait de le chercher. Espérons que le professeur d'hydrologie de Toulouse se souviendra de ce qu'a donné à espérer le secrétaire général du Congrès de Biarritz.

En attendant, il nous a fait savoir, dans la note insérée à la page ci-dessus de sa Bévue d'hydrologie, quelques résultats de sa pratique médicale. « J'ai remarqué, écrit-il, que les eaux qui contiennent de la lithine, du cœsium et du rubidium en quantités appréciables, et parmi les eaux sulfurées celles qui, en même temps qu'elles tiennent ces métaux en solution, sont sensiblement dégénérées, produisent d'heureux effets dans le diabète. A Ax, la source bleue qui ne contient que de la soude, de la potasse et de la lithine, sans cœsium ni rubidium, m'a servi à calmer la soif de diabétiques rhumatisants et même à modifier sensiblement leur état. » Ces remarques du D' Garrigou sont une véritable application de la métallothérapie à l'étude des eaux sulfureuses des Pyrénées. Nous avons montré plus haut, à la fin de notre paragraphe sur Vichy, le rôle que métalloscopie et métallothérapie ont joué et peuvent avoir à jouer dans le traitement hydrologique du diabète. C'est ainsi qu'il faudra conseiller Saint-Christau aux malades sensibles au cuivre, Cauterets à ceux sensibles au zinc de préférence, et les Eaux-Bonnes à ceux sensibles à l'étain

Cauterets : Thermes des Œufs, et Casino,

Cauterets : Néothermes.

[Depuis l'année 189-4, où j'ai écrit ce travail en vue du concours fermé pour le prix Capuron, à l'Académie de médecine, c'est-à-dire sans me faire connaître comme son auteur, j'ai eu plusieurs autres occasions de soigner des diabétiques à Cauterets. J'ai toujours constaté chez eux une amélioration sensible.

Je résumerai ici trois de ces observations. Et d'abord celle d'un médecin, un des quatre sujets dont j'avais entretenu le Congrès de Biarritz, en 1886, qui revient régulièrement chaque année à Cauterets, pour y soigner une bronchite emphysémateuse et en même temps un léger diabète dont régulièrement nos eaux amènent, en quinze à vingt jours, une diminution des plus marquées. C'est ainsi que, en 1896, perdant, au début de sa cure, 7 gr. 27 de sucre par jour, le IJ"" M, n'en perdait plus que -4 gr. oO, quinze jours après. En 1897, au 16 juillet, trois jours après son arrivée, son urine des vingt-quatre heures renferme 13 gr. 73 de sucre et ;)3 gr. d'urée ; tandis que le 30 juillet, deux semaines plus tard, elle contient la même quantité normale d'urée, et seulement 3 gr. 33 de sucre, d'où une réduction de près des quatre cinquièmes de la glycosurie.

Chez un autre diabétique azoturique que je vis seulement pendant huit jours, je constatai, le 7 août 1897, pour un volume de 2230 ce. d'urine, une perte journalière de 60 gr. 73 d'urée et 7 gr. 03 de sucre. Le 14 août, le malade avait excrété 61 gr. 88 d'urée, et seulement 3 gr. 10 de glycose.

Mon cas le plus intéressant est celui d'un neurasthénique, rhumatisant, ankylosé d'un membre inférieur, affligé en plus d'un diabète sucré, que j'ai pu soigner pendant cinquante-cinq jours consécutifs, par la boisson de Mauhourat, des bains toni-sédatifsauPetit Saint-Sauveur ou au Rocher, alternant avec de simples douches tempérées au Rocher. Voici le tableau de la diminution progressive qu'a éprouvée la glycosurie pendant cette cure, qui fut séparée en deux périodes par une dizaine de jours de repos.

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