CHAPITRE VII
LES GLYCURIES
CONDITIONS DES GLYCURIES
On admet généralement depuis Cl. Bernard que le sucre ne passe dans l’urine que lorsque sa proportion dans le sang s’élève à 3 p. 1 .000.
J 'ai déjà fait remarquerque cette assertion n’est pas exacte, el on verra dans un instant que l'homme normal, avec moins d’un millième de sucre dans le sang, est glycurique. Cette glycurie augmente par l'ingestion de sucre sans que l’hyperglycémie atteigne, à beaucoup près, 3 grammes. En clinique, il est très fréquent d observer une glycosurie avec une hyperglycémie de 2* grammes seulement, et ’méme moins. 11 n’y a d ailleurs pas corrélation entre l’hyperglycémie el la glycosurie.
Chez plusieurs chiens ayant subi l’ablation du pancréas j’ai surveillé très attentivement l’apparition de la glycosurie, et chez 11 d’entre eux j’ai pu faire une saignée moins d’une demiheure après. Voici les chiffres que j'ai constatés1 :
Sucre pour 1.000 grammes rie sang, en grammes.
Nombre de chiens.
Moins 0e.
rhez 4
I. Lkpine. Glycosurie chez le chien dépancréaté dans ses rapports avec la glycémie. (C. R. de l'Acad. des Sciences, 1895, 7 oct.).
LKS GLYGURIIvS
Si 1 on tient compte du fait que la saignée n’a été pratiquée que près d’une demi-heure après que la glycosurie a été décelée, et que, dans cet espace de temps, l’hyperglycémie, dont la marche progressive est en général très rapide, a nécessairement augmenté, on conclura que chez la moitié au moins des chiens ayant subi l’ablation du pancréas, le taux du sucre dans le sang, lors du début de la glycosurie, n’est pas supérieur à 2 grammes.
D’autre part, vers la trentième heure après l’ablation du pancréas, chez les chiens ù l’inanition, la proportion du sucre dans l’urine est en général tombée à un chiffre très bas, et cependant, ù ce moment, l’hyperglycémie est très forte. 11 n’est pas rare de trouver dans le sang 4 grammes, et plus. Ce double exemple prouve d'une manière péremptoire que la glycosurie, dans une certaine mesure, est indépendante de l’hyperglycémie.
J’ai le premier, en 1893, attiré l’attention sur ce fait; mais, à ce moment, je me préoccupais surtout de la condition rénale. Il est en effet incontestable que dans certains états anatomiques ou fonctionnels le rein oppose un certain obstacle au passage du sucre ; j’ai cité le cas d’une femme diabétique et brightique dont l’hyperglycémie était considérable *, et l’on a depuis rapporté quelques observations analogues.
Maison comprend moins bien que le rein puisse devenir plus perméable au sucre qu’il ne l’est normalement", et il me paraît probable que dans le cas où, sans hyperglycémie, il existe une glycosurie, celle-ci a surtout pour cause un défaut de combinaison du sucre dans le plasma. Si une forte quantité de sucre
1. Lépine. Sur la nécessité d’admettre un élément rénal dans le diabète. (Semaine médicale, 1893, p. 383. et Revue de méd., 1896, 594).
2. On a supposé que cette condition pouvait être réalisée par l'augmentation de la tension artérielle. Mais on ignorait alors qu’une augmentation de la sécrétion interne des capsules produit, à la fois, une hypertension et une hyperglycémie. (Voir plus loin le paragraphe sur la glycosurie adrénalique.
GLYCURIE NORMALE
pénètre rapidement dans le sang-, ce sucre ne pourra immédiatement se combiner et sera éliminé comme substance étrangère. A côté de la condition rénale, il faut donc admettre une condition sanguine , c’est-à-dire un état dans lequel le sucre n’est pas suffisamment combiné. En réalité les glycosuries que reconnaissent celte cause ne sont pas rares et j’en citerai dans la suite de cet ouvrage d’assez nombreuses variétés.
Il ne faut d’ailleurs admettre la réalité d’une glycurie sans hyperglycémie qu’après un examen attentif du cas: une hyperglycémie est parfois fugace, et une saignée faite au moment où on recueille une urine qui a pu demeurer deux heures dans la vessie ne nous renseignera pas sur l’état du sang au moment où l’urine sucrée a été sécrétée par le rein. On verra plus loin que pour éviter cette cause d'erreur, j'ai multiplié les saignées et que j’ai pu ainsi acquérir la certitude que dans certaines conditions, par exemple après une injection d’extrait d’organes, il se produit une glycosurie sans qu’à aucun moment il ail existé une hyperglycémie.
1° GLYCURIE NORMALE
Il y a plus d’un demi siècle, un praticien français, Lespiau1 * 3, lit la remarque que l’urine d’un sujet sain pouvait parfois réduire la liqueur de Bareswill.
Brücke -, dix ans plus tard, affirma l’existence dans l’urine normale, non seulement d’une matière réductrice, mais du glycose. — Seegen *, Külz4 5, Johnson4, etc., l’ont contestée. — Elle a été, d’autre part, confirmée par Pavy', par Quin-
i. Lespiau. (C. II. de l'Acad. des Sciences , 1848).
•2. Bruecke. ( Wiener med. Wochnis., 1858).— Voir aussi Bencb Jones. [Chem. Societ Quaterly Journal, 1 802. X I V) . — Tochen. [Virch . A rchiv, X X Y .