‹ Le diabète sucréChapitre 9 sur 654 · PÉRIODE (JUSQU’EN · texte numérisé non relu

PÉRIODE (JUSQU’EN

On a dù remarquer, dès la plus haute antiquité, que certains malades rendaient une quantité d’urine extraordinaire ; mais il faut arriver à Celse pour trouver la mention de celte anomalie. Persuadé qu elle était due à ce que les boissons traversaient le corps, sans y séjourner, comme à l’état normal, Arétéc la désigna par le mot (liahcte (owt^alvoj). 11 nota, chez certains sujets atteints de celte maladie, une soif inextinguible et la diminution des forces

Galien admet que le diabète résulte d'une faiblesse des reins, qui auraient perdu « la faculté de retenir les boissons, «le môme que dans la lientérie, l'intestin ne garde pas les aliments ». Aétius d Amide, Alexandre de Tralles, Paul d’Egine, llhazès et Avicenne acceptèrent cette doctrine.

Paul d’Lgine l’exprime d’une manière très claire : « Quum polio, protinus qualis a&sumpta est, transmitlilur , diabete appellalur. »

Cinq siècles plus tard, l'idée galénique subsiste intacte : Trincavella, de Venise (f 1508), donne comme preuve que l’urine est bien constituée par la boisson inaltérée, le fait que burine d’un malade avait le môme goût que ses tisanes1. Amatus Lusitanus définit le diabète : « Transitus urinæ continuus, aut verius

f. Trincayella. Opéra Omnia. Lugduni, 1580-1592.

Lépine.

potionis non mulotæ. » Zacutus Lusitanus dit presque dans les mômes termes : « Velox exitus potus non mutât i per urinam. » .Toutefois, pour cet auteur, les reins ne seraient pas seuls malades : l'estomac, siège de la soif, partagerait avec eux le défaut de ne pas retenir les liquides.

Paracelse, esprit génial, émet upc idée nouvelle : le sang renfermerait un sel qui, éliminé par les reins, amènerait la polyurie; et cette conception ne paraît pas de sa part purement hypothétique : dans une mesure d’urine il aurait trouvé quatre onces de sel! En conséquence, dit-il, le traitement ne doit pas être dirigé contre l’état du rein. .Mais la voix de Paracelse resta sans écho. Kernel, F. Plater, etc., professent la doctrine de Galien. Quant à Deleboë (-J- 1(172;, l’illustre fondateur de l’école chimiatrique, il admet, naturellement, que le vice du diabète est dans le sang et non dans le rein.

Un de ses contemporains, Thomas Willis (f 1678), insista plus que ses prédécesseurs sur la saveur sucrée de l'urine des diabétiques1 2, qui, dit-il, est comme imprégnée de miel ou de sucre. Mais Dolaeus, plus de dix ans après la publication du médecin anglais, reste tidèle à la tradition galénique. Il considère l'urine des diabétiques comme « potus, parum vel nihil, immutatus ».

Pour Sydenham, qui ne se piquait pas de suivre les traditions médicales, le diabète résulte d’une digestion imparfaite. Morton range le diabète dans le groupe des phtisies.

Boerhaavc est éclectique : « Diabètes urinæ chylosæ vel lacleæ frequens et copiosa trajectio ; causa ejus censetur nimia laxilas fibrorum in arleriolis urinosis, concurrens simul cum humoribus valde dilutis quæ utraque ab aquoris 3. »

Mead (f 1754) n’admet pas que le diabète dépende des reins : « Non hic est renum morbus, ut vulgo medici slatuunt , sed hcpalis , eliama vitiata bilis miscela oriundus . » A l’autopsie des diabétiques il prétend avoir toujours trouvé dans le foie une matière stéatomateuse.

1. Des médecins hindous avaient antérieurement — peut-être avant Trincavella, — noté la saveur sucrée de certaines urines; mais cette remarque n’a été connue des médecins européens qu’au xix° siècle.

2. H. Mouton. Opéra medica. Amsterdam, 1696. Dans cet ouvrage Morton signale l’hérédité du diabète.

3. II. Boehhaaye. Instilutiones mediex. Lugduni Batavorum, 1708.

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