CONCLUSION. S
à rheiire qu'il est, en prison, et que ses amis, au nombre desquels on nous permettra de nous compter, après avoir fait de vains efforts pour Fen tirer, ont bien peur d'être contraints— de Fy laisser mourir...
Que le modèle des serviteurs, que le fidèle Baptiste n'a pas cessé d'attendre son maître, qu'il Fattend encore, et qu'il l'attendra probablement toujours...
Et que, pour ce qui est de Flammèche, puisque nous avons commis une première indiscrétion en vous disant qu'il était amoureux, nous croyons pouvoir en commettre une seconde en vous confiant qu'ainsi qu'il arrive en ces sortes de rencontres, son amour, qui avait eu un commencement, eut une fin, et s'évanouit un jour pour faire place à un autre ; que cet autre fit bientôt place à un troisième, qui ne dura pas plus que ses aînés ; de sorte que le pauvre Flammèche, auquel le plus épais des bandeaux, celui de l'amour, avait d'abord caché Fenfer, se l'etrouva un beau jour, meurtri et désabusé, sur le pavé de cette ville sans entrailles qu'on appelle Paris.
Qu'yfil-il?
Hais qui pourrait le dire?
I^s uns prétendent que, rendu au mal par le malheur, il se jeta au milieu de notre monde parisien en diable désespéré, portant partout le deuil et les larmes. A les en croire, on Faurait vu successivement avocat, député, médecin, juge, électeur, ministre et même jourpaliste! Il aurait exercé toutes les fonctions, retourné mille fois son habit, allant du riche au pauvre, du peuple chez le roi ; pesant toutes les consciences, essayant de tous les vices, s' attaquant à toutes les vertus; cherchant partout le mal, et le trouvant, hélas! partout. On vient de nous dire à Foreille qu'il est Fftme de la Bourse, qu'on Fa vu tout récemment attisant le scandale, remuant l'or et le papier, agitant les fortunes, soufflant dans tous les cœurs cette impure passion des richesses, qu'on a si imprudemment exaltée de nos jours, et préparant, avec un sang-froid implacable, cette grande crise que chacun redoute et que personne ne conjure.
De ce voyage dans Paris il aurait composé un mémoire secret à l'usage du roi, son maître; mémoire si horrible, que Satan lui-même l'aurait lu avec épouvante et gardé pour lui tout seul, se réservant sans doute de le
jeter, dans un jour de colère , sur notre globe, comme une autre botte
de Pandore, pour en faire jaillir des maux inconnus.
D'autres, et nous souhaitons que ceux-là aient raison , car nous avons un faible pour Flammèche, — d'autres, au contraire, assurent que, tirant le bien du mal lui-même, Tambassadeur du diable aurait eu le bon esprit de renoncer en même temps aux hommes, aux femmes et même à Tenfer ; que, soumis dès lors à toutes les conditions de Thumanité, mais aussi exempt de Fenfer, il se serait retiré dans une solitude profonde, attendant la mort, — selon le précepte du sage, sans la craindre ni la désirer, — et accomplissant ainsi cette prophétie banale : a Le diable se fit ermite. )»
F.-J. STAHIk