‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 2 sur 143 · GEOGRAPHIE DE PARIS · texte numérisé non relu

GEOGRAPHIE DE PARIS

iWis *?st silué par iX" .W 15'' <lp liiUtudc .^i'pl*^jiinonaU% cl par lU" tiS 4T' *lv lûtigiiiide oc!cidi'»itn!r (méridien (1«? l'He-dc-Fcr). 11 s'éleiir! sur les deux rives de Ifi Seine, qui le divi*i' en lit II ï parlies iriégilejs, milre le^ îles, el occupe le fond <riin Inpge linsîiiii qui es! rir-» cousent prti* une siiilc de colliues peu élevées. En Avnirl de cefî collines esl ^on mur d'aciroi, percé de cinqiinnle-liuit por(t*s; en arriére est f^ciii uiiir d'euCÉ^inle forliliëe.

La pridie septculrionnle, et k plus cûtjst^lerîilik" de Parsîi, foriue un deitii-eerclt' ilunl If (leuvo sentît le diamelrc : les Imnleurs qui renceigneul longeni il'iihord ht Murtte, s'nbnisiieMt entre Hnfinv et Brluutreiiil^ se reléveul dnns le plnfenii de Hellevîlle (157 rnélres iiu-<fe>*us de la mer), î»'efraeen( dnuî^ lu plniiie Siiiul-Deiiîs (57 métrer), s'escarpejil dniis In Imite isolée de Montmnrire (ITiH mètres'j, s 'a bain se ni de nmjvertu dmnî^lV'miueuee des Balignolles (C5niélres), et riiiis^^eiil pur les colon uï fie Chai Ilot el de Fassv*

La partie méridionale forme niisfi un demi-cerele dont la Seine serait le dinmèlre : elle esl lîornêc, à Test, par des terniius en pente douce qui rc relèvent A peine {(ans le petit plateau d'Urj', et sont interrompus par le cours de la Riè%re; nu sud, pnr le plaleaii d»* Saitile-Geneviève, élevé de 07 n»è*re<; ^ el qui a derrière lui le plateau de Motitroiifje; n roiiesl, par de faibles émincures qui iivoîsinent les linrrièrcs du Muine et de VaupiiN^rd, et fijir In pi mine de Circuelle.

La superiicie de Pariîs es! de rî4,â70,tHfî nietiis carrés. On ii calculé qu'elle élail, «ou*; Jules (.iésnr, de 44 arpents; sous Julien, de \\7^\ sotis IMiilîppc-Augfuste, dt' 759; <!Ous (lliarles Vl, de l^2Hi; cous Fraut:ius r"". de KiLi; sonsIlmrilV, de 1,fîr»l>; siuis Lauis \IV, de 5,i2H; sous Louis \V, i\e 5.*H!I ; sous Loui*^ \VÎ, île !>,H:iH; el «ujntjidbui, de HKilCiO, Le développement de sa eirconférenee esl de 2i,âH7 mètres, ou de plus de 7 lieues aiicieunes, [1 j a 7,H0H métrés de la biirrière de Lbaronue n eellr de Pnssy, et ri,rît>l> de la burriere des Marlyrs à celle de la Sauté.

Le niveau ilc la Seine, pn* au jéro du poiil <le la Ton ruelle, csl de 55 métrés nii-de<sus

Il LE DIABLE A PARIS.

de la mer; et rélcvalioii nioyoïnie du sol au-dessus de ce niveau de la Seine esl de ^ mèlres. Celle élévation esl duc, en grande partie, aux travaux humains, le terrain marécageux des bords du fleuve ayant été considérahlemenl exhaussé pour devenir habitable, et surtout pour rétablissement des ponts. On en trouve la preuve dans les anciennes chaussées que des fouilles ont fait découvrir à 5 ou 6 mètres du sol actuel, et dans la situation de certains édifices, comme Notre-Dame et Snint-Germain-rAuxcrrois, où Ton n'arrivait jadis que par de nombreux degrés, et qui se trouvent à peine aujourd'hui au niveau du sol. Cesi aussi à la main des hommes qu'est due la plus grande partie des inégalités du terrain, comme les boulevards formés des anciens remparts, les buttes Bonne-Nouvelle et Saint-Roch, formées de dépôts d*immondices, etc.

La température moyenne de Paris est de iO°: les plus grands froids qu'on y ait éprouvés sont de — 18°, et les plus grandes chaleurs de -|- 32°.

Celte ville était divisée, sous saint Louis, en quatre quartiers ; sous Charles VI, en huit ; sous Henri 111, en seize; sous Louis KIY, en vingt; en 1789, en soixante districts ; en 1791, en quarante-huit sections; elle est divisée, depuis 1796, en douze arrondissements, partagés chacun en quatre quartiers. Si cette division était basée sur les caractères du sol, la formation historique ou l'état politique de la ville, nous n'aurions qu'à la suivre pour décrire ce monde tant de fois déjà décrit, depuis Corrozet jusqu'à Dulaure, et dont la géographie esl toujours à refaire, tant il change fréquemment; mais cette division, qui semble avoir été enfantée par le hasard, manque complètement d'ordre et de régulai ité; et ses zigzags, aussi capricieux que bizarres, semblent avoir été inventés a plaisir pour augmenter le dédale des rues parisiennes. Nous chercherons donc dans l'histoire de la formation de la ville une voie de description plus facile et plus logique.

C'est à la Seine que Paris doit sa naissance ; c'est à la religion qu'il doit ses premiers agrandissements*. Longtemps sa vie et son activité restèrent concentrées sur le fleuve nourricier, qui seul rapprochait celte ville des contrées voisines; mais quand elle sortit des roseaux de la Cité, elle s'étendit d'abord sur les routes qui, rayonnant de la Cité ou de ses alentours, la menaient à des autels révérés : ces routes étaient sur la rive droite, celles de l'abbaye Saint- Antoinc-des-Champs, du manoir des Templiers, de l'abbaye de Saint -Denis, du prieuré Saint- Martin, de Montmartre, de l'église Saint-Honoré; sur la rive gauche, celles de l'abbaye Saint- Victor, de l'église Saint-Médard, des couvents des Chartreux et des Jacobins, de l'abbaye Sainl-Cermain-des-Prés, etc. Elles devinrent les artères par lesquelles la vie et la population de Paris, parlant de la Cité et de son voisinage, s'en allèrent successivement, et en s'épanouissant adroite et à gauche, jusqu'aux limites où nous les voyons arrêtées. Ces routes, ces rues artérielles, ces grandes voies de communication, ayant été l'origine des principaux quartiers et faubourgs de la ville, nous donneront, par leur description, la description de la ville entière. Ainsi, après avoir parlé de la Seine, de ses îles, de ses quais, de ses ponts, nous aborderons la géographie du Paris septentrional par la place de Grève, la rue et le faubourg Saint -Antoine; nous la continuerons par le Marais et la VieilIc-Hue-du-Tcniple, ensuite par les rue et faubourg du Temple, etc. De même nous aborderons la géographie du Paris méridional par la place Maubert et la rue Saint-Victor; nous la continuerons par le faubourg Saint-Marcel, ensuite par la rue Saint-Jac(|ues, etc. Les exceptions que nous ferons à ce mode général de description seront encore amenées par l'histoire de la formation des divers quartiers; en effet, les agrandissements modernes de la ville n'ont pas ou pour cause le zèle religieux, mais les nécessités du commerce, la volonté des princes, et plus encore les caprices de la mode; aussi, dans les quartiers nouveaux, les rues artérielles rayonnent, non jusqu'à la Cité ou à ses alentours, mais sur la rive droite jusqu'au Palais-Royal, sur la rive gauche jusqu'à l'église Saint- Germain-des-Prés; c'est pourquoi nous devrons prendre un mode exceptionnel de description pour les quartiers de la Bourse et de la Chaussée-d'Antin, pour les quartiers Saint-Germain et des Invalides, etc.

I Voir, pour lei agrandi «^cmcnl» de P.iri«, \v% df^in^ de V fliêtoire de Parit Aah* le f' Toliimc.

pluj» pelîlc largeur e&i celle du pelil bnis. vers îe poiil Saint-Michel^ où elle a 10 ntètre». ^n vilesse moyenne e»l de S4 centimêires par secomle. Ndtis muiis dêjri tlil *](ie ^îi liaulcur nudessus ilu uivtau de lu mer élail de 5ri milrps: dans les ifiiHidïilîinis elle dép.isse telle bauleur de 0 li 8 niètpes*

Elle ret;oît à Paris la Bièvre^ qui naît dans le \alloii de Bnuiieri^ ù ^i kiloitkires de Versailles, entre dans la ^îlle entre les barrières de l^ourtiiie et de (îroulebarbe^ Iraverse par jdusieurs bras, ([u'i ne Hmî que des ruisi^eau^ tofects, les raulmurgs SHinl-^Mareel et Sainl-Viclur, et Unit sur le quai de rtit'qïitaU La larj^eiir de celte rivière ue dépasse pas 5 rnèlres.

La Seine recevait aytrcfuis à Paris un deuiîrme aHIuent : «'élail le ruisseau de MMitmonfaiit, qui IrEi versait tes faubonrp septcntriouani de Paris et albiit finir pré? de CbailloL Ce ruissejui e^l à sec, el son lit forme nn égont.

Un cours d\'an arliOciel, le canal Saint-Martin^ traverse les quartiers septeiitriûimnx de lu ville : c'esl la «leiiiième partie du canal de la Seine à la Seine ^ dont la première partie est le eanat Saint-Denis, et il a pour bul de remplacer la navigation de la Seine, si lente entre Saint 'Déni s et Paris. Nous en reparlemuiiî.

La Seine avait aalreruis dmi» son cours buit lies ou dots dont il ne reste que deux : c'elaienl le* îles aux Javtatix^ Noire~Dame, aux Vaches^ de la Cité^ aux Juifs ou à la Gotirdaitie^ aux Treilles ûu au Bureau^ du Ir/tiire, du Gros-Caillûumi Maytierdle. Courcrtes dans Tonpine de prairies, bordées de nK^eatix et de saules-^ inondées ilans les {grandes eaux, elles ont été successivement couv cries dliabîtations, réunie^i au nvage, ou jointes entre elles, l/îlc aux Javiaua^ ou île Louviers^ apn's avoir été longtemps cuyverle de pAkira^^es, après avoir servi de dépôt de fuins, de luiles, de bois, vient d'être réunie à la rive ilroîte du fleuve, el elle for-

^ Vuir Ia ««ne ilti iJeftjtn« — la Sf*H* et hv qnaià — p-i^at Î3^ et %St An 1^^ vntmue. 1 Vtikt g,^aM^ 1j itM-iic do \a Sitine, te diaitiiii Jti 44 |:i«^c ttxii du 1'^*' itolunte.

LE DIAHLE A PAUIS.

meru jirmîiaiiitîtutnit un iioiuenu *jiiai'lier. 1-*** ilis Noire-Daiiu' el mn Vuclies mû éié tvujiit's ptuir iVumiT Tilt' Saiiil-Lutiist, f/ilu iiii\ Juifs e>t (jimeuse ptntr avilir iic le iIujAIit lîu sii|ï» plîfc (lu f^riiiul iiiiijlrê ik's k'ifi|»!t«'rs : file ùttiit siluée à l'ouesl 4e la Cité, eiilre lu Jjirdiji du Palais cl le c|iiiii «le^: Atiguslliis, el avait pour voisine, au iionl d'elle^ lllt- au\ Treillos, (les lîeiJî îlis furenl conciHlécf par Henri IV îï AeliilU de Hurlajf,qur les réuiiil à laCilcet riifnnna Id jjUcc naii|iliijN*, ninsi t|nr ré|nM"on du Tctiil-Nenr, uù sVJève la slalue de ilvtm ÏV. Llle iltj Louvre (rètail (ju'un b.mi.' <îe ^ahle ijut ji (lis|«arn, l/ile du Gru^i'Caillri'U a éle ivunie jV la ri>e jjjMitliir du lletivr. Il iiti rt'sie duiir plus (jne lile Saîiil-L<un< et lu (Ài{\

1** Ile Saint-Loi 1:5. — Lrs îlts Nolre-Hiime el au\ Vatlics, qui onirorrnë nie Suinl-Louis, u'élaienl sépûrée* que prtr un petit iMual et appurlrnaicnl h revenue de Paris, l^ne gramle fèlc V fui donnée, eu 1315, par Pliilippe h llel : un y préelni une croisaiïe, et I*' roi, avec se* lils, y prit la eroii. Eu Wy{4, Clirislophe .M.irie, architecte, sVngngea à iTunir les ileij\ ile?, a k'S environner de quais, à y coustruire des> riniison>, à faire un puni de routiuuuiraliou avei! ia ville. Il fallnl nue Ireulaiue iriiiiiitv* pour t ouvrir ce nouveau quartier île ]ieau\ liôieU, lie rues liieii alipiées, où alla m loger pritiiipaleniinl la ningi:»! rature. Parmi ce» (jotel;^ on eeniarquiil les hoti-L Bretou^illlcr;* el Lainlierl. Ce dernier est Mtué au u" ^ de la nie SiLinl- Louis; hAli par rareliileiic Levan pour le président Lambert de Tliorî^iiy, il a a[q>artenii

mti^^. :

au fernner géuérni Dupi», au umiijui.<^ du CbsUelel, etc., et réceoinient a éié anhelé p.ii l.« princesse Ciartorinska. La galerie a été [teûite par Lesueur ^ qui v a repré>i^nté les Ira- \mi\ d'ilerenle,

L'ile 8Eitnl-Louts ne présente aiirun iiutre éditii e public (pie isa petite é«;lise,, qui n'a ri^'O île reinaripjable : c\'9l un quarher qui par son cabiu\ les nneurs paisible» de se.$ liabitanU^ Tabiencede grands êlaldis^enients de commerce, a une plnsiononùeevceptiopnelle, et semble une petilc ville dv provime. Elle est unie à la rive droite par les ponts Mane el Lonis-Pbilippe, et par la [uisserflle de lï.xuiiette; à la rive ganclie jmr le pool de la Touruelle et |>ttr la p-i^^serelle de (Vunslantine ; à la Lilé par les* pouts de la Cïlé et Loui^Pliilippe.

S" Ilk ue la (iiTt. — délie île, véiiéniMc berceau deParis, pre^enlnit encore, il j a nntins d'un siècle, !*iispecl peu séduisant qu'elle avait au inoven âge : à rcilérieur, privée de quais^ stjuif dans $& jiarlie occidentale qui nVn avail que depuis une centaine d*années, avant se* njaisouii liantes, fétides, obscures, pressées sur les bords de la Seine, bonlée d'eaux sales, d*berl>es ile«:«itjtanteâ, de hbincliisseries, de giienilIrN lïusjseinlues de toutes pnris, elle offrait à rînlérieur un atnas inevlricilile de ruelles bideuses, de masures noires^ de bouges inferl;*, ruelie aboiiiinable ou nos pères se smU eulaî^^e? ptndiitt des sicrïes, el dans bupielle ou ne tompbiit pas moins de (pmranle->i\ rue^, de douie égliiiLS, de lîeni couvents, outre Tilùtel-Dieu, les Knfanls-Tr«uvé«, le Palais «vec ses dépendances, rorcbevêcbé, le cloîlre Noire-Dame et bi cathédiale, Aujoonriiui mi a fai( pémfrer du jour et de Tuir ihnfi ce triste quarliei, où de (el*

GÉOGRAPIIlli: DE PARIS. .v

dcblaiemciils oui clé cflcctucs, qu'il n'y reslera bienlôt plus que qualrc à ciuq rues avec Noire- Dame, rUùlcl-Dicu et le Palais de-Justice. Quelques mots sur ces rues et ces monuments suffiront pour achever la description de la Cité.

1° La rue (TArcole est composée des anciennes rues du Chevet-Saint-Landry et de Saint- Pierre-aux-Bœufs, — La première était ainsi nommée parce que le fond ou chevet de Féglise Saint-Landry se trouvait dans cette rue; cette église, dont la fondation se perd dans la nuit des temps, prit son nom des reliques de Saint-Landry, cvêquc de Paris, qui y furent transportées de Téglise Sainl-Germain-PAuxerrois pendant le siège de Paris par les Normands. On y remarquait le tombeau de Pierre Broussel, Fun de ces nombreux pères du peuple dont la paternité a coûté si cher à leurs enfants, et le magnifique monument sculpté par Girardon pour la sépulture de sa femme. L'église Saint-Landry a été démolie pendant la révc»lulion. On a trouvé dans ses fondations des ruines antiques et un amas d'ossements humains qui donnent lieu de croire qu'une bataille a été livrée dans cet endroit; on y a trouvé aussi les restes d'une muraille de six pieds d'épaisseur qui appartenait a la ville. — La rue Saint-Pierre-aux-Bœufs doit son nom à une église aussi ancienne que Saint-Landry, dont l'origine et le surnom ont longtemps exercé les érudits : il est probable que c'était tout simplement la paroisse des bouchers de la Cité. Cette église a été démolie; mais son élégant portail a été racheté par l'administration municipale el transporté à l'église Saint-Se vérin.

2® La rue de la Cité est composée des anciennes rues de la Lanterne y de la Juiverie et du Marché- Patu, — Au coin de la rue de la Lanterne et du pont Notre-Dame était l'église Saint-Denis -de^ta- Chartre, ainsi appelée d'une chartre ou prison qui en était voisine, et où, suivant la tradition, saint Denis avait été enfermé. Les maisons environnantes, appelées le Bas de Saint-DeniSy étaient un lieu d'asile pour les ouvriers, qui pouvaient y travailler sans maîtrise. « Il ne faut pas, dit Charles Nodier, que la postérité, trompée par notre dictionnaire, fasse confusion sur Tacception du nom de Saint-Denis de la Chartre, Cette église, bàlie probablement au commencement du onzième siècle, rebâtie au quatorzième et démolie en 1810, n'a rien de commun avec la Charte qui fut bâtie en 181 >i, rebâtie en 1850, et qui pourrait bien ne pas fournir cinq cents ans de durée sans réparations. On ne construit plus si solidement. » — La rue de la Juiverie tirait son nom des Juifs qui y étaient parqués au douzième siècle; ils y avaient des écoles et une synagogue qui fut remplacée par l'église de la Madeleine. Celle église était le siège de la grande confrérie des bourgeois de Paris, qui a subsisté jusqu'en 1789, et en face d'elle était le cabaret de la Pomme-de-Pin dont nous avons parlé ailleurs (Hist, de PariSy p. xvi). — Lo rue du Marché-Palu devait son nom h un marché qiri y existait depuis le temps des Romains, et qui était situé dans un terrain marécageux.

3» La rue de la Barillerie a pris son nom des barils qu'on y fabriquait dans le temps où Paris était environné de vignobles très-renommés. C'est peut-être la plus ancienne voie de la ville : elle a vu passer César et ses légions ; car, dans l'origine, la Cité n'était traversée que par une voie tortueuse qui joignait le pont au Change au Petit-Pont, en suivant l'emplacement des rues de la Barillerie, de la Calandre et du Marché-Palu. L'alignement et les constructions actuelles de celle rue avec la place demi-circulaire qui est devant le Palais, daleni de 1787. La portion voisine du pont au Change s'est aussi appelée rue Snint-Barlhélemy, parce que là était une église de ce nom qui datait du cinquième siècle et qui fut reconstruite par Hugues Capel. Ou la rebâtissait sur un nouveau plan quand la révolution arriva ; elle fut \eiidue, et avec ses fondations et matériaux ou construisit le théâtre de la Cité et deux passages obscurs. Au

llitsîlre lit* lii Cilé succéJa lu salle des Veittt^ns, \mh le liai î^'iiobk i|iiî e\l>1c inirorc souts le mmi iIl* Prado*

A'* Lv'n ttulros ryctî imporlaiilis cIl' k Cité soûl : la nn' dtr Conslanfim\ ïmmve l'tTcnimeiil nvc'C l'iiucientic rue <le la \ieille*I)rîipt'i"ie ; la rue île ia Calandre^ ci'Uhrç par la iinissaneede SaiHl-MnrcH, etc. Enire les rue» de la Calanilre, Je !.i Barillerie, tic la Vieille-Draperie ri aux EèvfS, élail nu* refois un pjUé île cmistruclirm^ qu'on appelait Ceinhtre de Sahtt^Ehi ri OM cH évoque avuil fondé un niouaslere tle fi imiies. Ce iiunmslrre ilevinl ensuite un cuuvenl 4e Ikrnnhitfïi, el l'église sert aujuunriini de ilipùt a la euinplidiililé jiéu/'rale du nnaurue.

5* Notre-Dtime n vu sa pari des dehkienienls île la (ait:. Aulrelnisi elle uvait nurses liants, d'un t'Olê Iceloitre^ ile ranlre rarelii-ièclié» outre le? é^îliws de Saînt-Jean-le-llumL qm lui servait de haplîstère , de Saiid-Deuis-du-I'as, de Saint-Cljrist<*plie, de Hainte-Ceneviève-deï^- Ardenls. l>e cloître» eeint de murailles et leriuê de portes, reulermail les eenles èjascupales et l<^s niaiîït>us des i hanuines. [/arilievciliè éUik le vieu\ palain de Mauriee de Sully, ipii avait servi de eitiidelle un eariliiial de Uei/, tjtii lui r*Hou?ttruil in KiTO, où se réunit jieudaut f|nelnues jours Fa^seiulilée eoustituaule. A la place du cloître est une rue; à la place de l'arclievècliê, démoli dans uujiiur lie Tureur populaire, e*t une proaieuade; les petites éj^lists vuii^ales ont di-sparti ; et aujourdliui In vieille eatliedrale» dclwrrasR^e de ses eulours, **éiè\e taul isulée à lu

pointe de la VMl\ coinuie autrefoiti Tanlel de Jupiter élevé par les Nantes parisleuii du tenip» de Tibère, vi sur reiindacenieiit lîutjuel elle a cïv hMh, On ne sauniit aflirmer que ct's cbanj^emeiit^ n'ont pa^ ôte au niouunient ipielque clione de son i-aractére imposant l't »i'vère : les vieiHeK è^lisi^i ^(»(liirp]iC5, s'ucconiiniiidf'nt mal de ufts grandes rues, d<* not^ griiudes ptaies, de uulre ^randjour; et elle!; ne sont jamais plus majestueuses t|ue lorsqu'un le> \oit preî<i^éeSf serrées avec uinour |uir un Iroupeau d hund»le-> niiiisuns qui ^eniblcnt <;e l4>urrer sous leur« aîle-ï,

C" (/Héiel'Diru a été fondé, dil-on, par^^aint Landry, Imitième èvèque de Paris, vers le milieu dn Mqjlîeme siècle. Il prit un j^rand accroissenieut à partir de Plu]ippe-Au|inste et surtout par le5 soins de saint Louis, ^ue de unstrts, de d*>ulrurs, de dé."* espoirs, se sont terminés dansée dernitT anile d'iiiu' grande [va rt te de la juipiilation parisienne 1 (îiibert y est mort! Lonïbien iTantrcs e\islenceâ> nobles, poétiques, pleines d avenir, s*y sont éteinte», iji^norécs, Sfditaires, eu maudissant h \w cl la *oriété \ l/llôtel-Dien nVsl plui nwjuunriiui ce qn'd était en i773» î'clîVoyable cliarnier ou l'on entn*>ait jtist'jirà Imit inahuks dans nn ninne lit; mais que d^abus il rcuft'rnu^ tuçiuv, tpir (rarnéboratioiiH il (bjuaiiile a notre stirle de progrés ! — Sa dépense amiiicHe s'eléve à 70t>,tHH> Ir. ; um- partie de cette sutnine pro\ii nt de rimpi»! [uéle^e sur les spect-icles, impôt qui dale de Tepoque où la pbiîosopbie liuntanitaire, \eiiant a remplacer la clnirité évangélique, lespnmres couraient grand nscpie de mourir sans sciours. Le!» nrttï dont îei progrès soûl évidemment ari'èlés pnr cet Ijupot abusif, en réclament l'abolition au nom de

GKOGlUPlllË DE PÂIUS. vu

la charte, et Ton ne dojitc pas que les hautes puissances de la roulade et de la pirouette ne parviennent à Tobtenir. On pourvoira an déficit de la caisse des hôpitaux par une augmentation des octrois sur le pain, la viande, le sel et autres objets de luxe.

7° F^e Palais date probablement des Romains ; il fut habité par les ruis francs ; Robert le lit reconstruire ou agrandir; saint Louis y effectua des embellissements considérables, la Sainte- Chapelle, les salles qui portent son nom, la grandVhambre du Parlement, avec ses statues de tous les rois, sa magnifique charpente dorée, ses hauts et plantureux lambris. C'était alors un amas de tourelles, de constructions massives, de petites cours, de hautes murailles, au milieu desquelles la Sainte-Chapelle élevait sa flèche élégante ; il en reste les tours de la Conciergerie, qui baignaient à cette époque leur pied dans la Seine. Le jardin occupait le terrain où sont les cours Neuve et de Lamoignon, et toutes les maisons de brique (|ui les environnent; à Tendroit où est à présent la rue Harlay, il était séparé par un bras de la rivière des îles aux Juifs et aux Treilles dont nous avons parlé. Sous Philippe le Bel on fit au Palais de nouveaux ograndissements, et alors fut placée dans la grand'salle (aujourd'hui salle des Pas- Perdus) la fameuse table de marbre qui servait tour à tour de tribunal, de réfectoire, de théâtre, de pilori. Charles V et ses deux successeurs cessèrent d'habiter le Palais; mais le parlement, qui y siégeait depuis qu'il était permanent, continua d'y séjourner. Alors la Conciergerie, qui n'avait été jusqu'alors que la demeure des portiers du Palais, devint une prison qui fut bientôt ensanglantée par le massacre des Armagnacs, et qui dans les temps modernes a renfermé tant de grands criminels, tant d'illustres victimes, Ravaillac, Damiens, Louvel, Fieschi, Marie- Antoinette, Railly, Malesherbes, les Girondins, etc. Louis XI retourna au Palais; mais, sous ses successeurs, il cessa définitivement d'être la demeure royale, et ne fut plus que le séjour de la justice et d'une multitude de marchands qui vinrent s'établir a ses portes, dans ses galeries et ses escaliers. Louis XU fit construire Thôtel de la cour des Comptes, Henri 11 la tour de l'Horloge, dans laquelle était un tocsin qui sonna la Saint-Barthélémy. Sous Henri IV, on bâtit la rue Harlay avec l'hôtel du premier président, qui est aujourd'hui la préfecture de police, a En 16J8, le feu, dit Félibien, prit à la charpente de la grand'salle, et tout le lambris, qui étoit d'un bois sec et vernisse, s'embrasa en peu de temps. Les solives et les poutres qui soustenoient le comble tombèrent par grosses pièces sur les boutiques des marchands, sur les Imncs des procureurs et sur la chapelle, remphe alors de cierges et de torches, qui s'enflammèrent à l'instant et augmentèrent l'incendie. Les marchands accourus au bruit du feu ne purent presque rien sauver de leurs marchandises. L'embrasement augmentant par un vent du midy fut violent, consuma en moins d'une demi- heure les requestes de l'hostel, le greffe du trésor, la première chambre des enqu estes et le parquet des huissiers, etc. » La grand'salle fut reconstruite, en 1622, sur les dessins de Jacques Debrosses. Les cours Harlay et Lamoignon avec les galeries supérieures furent bâties en 1671, « pour dégager, dit l'ordonnance de Louis XIY, les avenues du Palais, qui est aujourd'hui le centre de la ville et le Heu du plus grand concours de ses habitants. » Alors furent achevés les quais des Orfèvres et de l'Horloge, les premiers qui aient été faits dans la Cité. La librairie avait ses principaux étalages dans les galeries du Palais : on sait quelle célébrité acquit la boutique de Barbin, surtout par les vers de Boileau, qui lui-même était familier avec les détours du Palais, car il naquit près de la Sainte-Chapelle, et il y fut enterré. Un nouvel incendie, en 1776, débarrassa l'entrée du Palais de ses portes sombres et hideuses, de la rue étroite par laquelle on y arrivait, des maisons fangeuses dont il était obstrué : alors fut construite, en même temps que les maisons actuelles de la rue de la Barillerie et de la petite place du Palais, la lourde et fastueuse façade que nous voyons aujourd'hui ^. U est question de lui ajouter de nouveaux bâtiments pour donner à cet assemblage informe mais respectable de constructions de tous les âges, cette froide et insignifiante unité qui semble le caractère dominant de notre époque; et déjà la Sainte-Chapelle est aux mains des restaurateurs. Avec cette unité, il ne sera plus possible de reconnaître le vieux monument si chéri de nos pères, témoin de tant d'événements, de tant de larmes, de

I Voir U rac*<le da Palai«-de-Jii>lire, pajce 282.

vifi LE DIABLE A PARIS.

tant tlo passions, qui a vu les dranios.'sanglants des Mérovingiens, 1^ siège de Paris par les Normands, le massacre des maréclmux sous Etienne Marcel, les saturnales de la Ligue et de la Fronde, les condamnations de Biron, de Marillac, de Fouquet, de Lally, les massacres juridiques de Fouquier-Tinville, temple de cette magistrature qui a donné à la France la lil)erté civile, qui a été le frein unique de tous les despostimes, qui a cassé les testaments de trois rois, abaissé la noblesse, contenu le clergé, et donl les traditions glorieuses semblent aujourcriiui et pour jamais perdues.

Dans cette restauration projetée du Palais, on doit comprendre dans son enceinte, qui sera prt*sque doublée, la Préfecture de police^ qui occupe Tancien liôtel des premiers présidents du parlement, et Ton bAtira sans doute un palais pour cette institution si impopulaire et si utile, sans laquelle les sociétés modernes ne sauraient subsister, qui a dans ses attributions presque tous les éléments moraux et matériels de notre civilisation, dont la mission s|>éciale est d'en surveiller les fanges, ministère universel qui ne compte pas moins de ^2 employés dans ses bureaux, de 382 commissaires, inspecteurs, contrôleurs de tout genre, de 543 agents de la police municipale, outre une armée de gardes municipaux, de sapeurs-pompiers, etc.

m. — Les Quait*.

C'est une des grandes beautés de Paris, que cette double ligne de larges chaussées de pierre qui forment au fleuve deux barrières infraucliissables, et sur lesquelles se dressent deux rangées, tantôt de palais superbes, tantôt d'antiques maisons qui tirent de leur situation, de Tespace et du grand air un aspect monumental. Les (|uais datent à peine de deux siècles ; la plupart ont même été construits ou refaits depuis cinquante ans. Nos pères pardonnaient à la Seine ses caprices, ses colères , ses inondations, pourvu qu'ils pussent jouir sur ses bords de la fraîche verdure des roseaux et des saules; leurs bateaux si pleins, si nombreux, venaient aisément y aborder; leurs maisons, leurs mouhns y baignaient leurs pieds; leurs tanneries, leurs mégisseries, leurs blanchisseries y trempaient les mains à plaisir. La Seine était alors autrement importante, autrement chère aux Parisiens que de nos jours, quand la rille était ramassée sur ses bords et dans ses îles, quand chacun avait sa part de ses eaux et de ses bienfaits, quand elle était, faute de grands chemins, la route unique du commerce. Aussi ne voulait-on pas sVn éloigner, et, comme si l'espace manquait, on pressait les unes sur les autres les rues voisines de la rivière ; on élevait les maisons cpii les bordaient à des hauteurs prodigieuses ; on couvrait même les ponts de constructions, et c'étaient les habitations les plus chères, les plus élégantes, les plus fréquentées de la ville. Emprisonner dans des murailles le fleuve nourricier eût paru aussi étrange qu'inutile: aussi l'on se contenta pendant longtemps de- lui bAtir, dans les endroits où il prenait trop de liberté, quelques estacadcs en bois, quelques talus de terre et de maçonnerie. Mais quand la population eut augmenté, quand les industries (fui se servaient de la rivière eurent fait de ses bonis un cloaque de boues et d'ordures, quand les inondations eurent enlevé vingt fois, trente fois, les ponts et les maisons de ses rives, on commença à construire de véritables quais.

Sous Philippe le Bel, le terrain situé entre le couvent des Augustins et la rivière était en pente douce, planté de saules et souvent inondé, bien que dans l'été il fût un lieu de rendezvous et de plaisirs. Le roi ordonna de détruire les saules et de construire une grande levée, ce qui fut exécuté en 1313; et voilà le premier quai qui fût probablement construit dans Paris. Sous Charles V, on établit sur le port au sel un quai appelé d'abord de la Saulnerie^ et qui prit le nom de Mégisserie^ des métiers qui vinrent s'y établir ; là étaient le parloir aux bourgeois et le marché à la volaille, dans l'endroit appelé Vallée de Misère. On bâtit aussi, à cette époque, depuis la place de Grève jusqu'à l'hôtel Saint-Paul, une levée plantée d'arbres qu'on appela le quai des Ormes. Sous François l**", on répara les quais des Ormes et de la Saulnerie; on prolongea jusqu'à la rue de llurepoix celui des Augustins, qui fut liordé de beaux hôtels; on commença les quais de l'École et du Loutre; on fit des abreuvoirs et des rampes descendant des rues voisines, au-dessous des maisons qui bordaient la rivière. La

GÉOGRAPHIE DE PAIUS. ix

fondation du couvent des Mmimes de ChaiUot, sur remplacement d'un manoir cédé i>ar Anne de Bretagne, amena, sous Henri 11, la création du quai des BoM-Hommes, Les quais jouèrent un rôle sanglant pendant les guerres religieuses: c'est là que furent (rainées les victimes de la Saint- Barthélémy pour être jetées à la rivière. Voici ce qu'on lit, à ce sujet, dans les comptes de THôtel-de- Ville : « Des charrettes chargées de corps morts, damoisels, femmes, filles, hommes et enfants, furent menées et déchargées à la rivière. Les cadavres s'arrêtèrent partie à la petite île du Louvre, partie à celle Maqucrelle, ce qui mit dans la nécessité de les tirer de l'eau et de les enterrer, pour éviter l'infection. » On y lit encore : u Aux fossoyeurs des Saints-Innocents, 20 livres, à eux ordonnées par les prévôt des marchands et échevins, par leur mandement du 15 septembre 1572, pour avoir enterré, depuis huit jours, onze cents corps morts, es environs de Saint-Cloud, Auteuil et Chaillot. » Les quais et les ponts virent les barricades de 1588 et les processions de la Ligue; c'est par la Seine et les quais que Henri IV se rendit maître de Paris ; c'est par les quais et les ponts que commencèrent les barricades de 1648.

Sous Henri IV, la construction des quais continua avec plus d'activité. Sully fit faire le quai de VÂrsenal^ le président Jeannin le quai des Morfondus ou de l'Horloge^ Achille de Harlay le quai des Orfèvres^ la reine Marguerite de Valois le quai Malaquest^ où elle s'était fait Mtir un superbe hôtel, et qui allait de l'hôtel de Nesle à la rue des Petits- Augustins. On acheva ou restaura, après la construction du Pont-Neuf, les quais de Nesle et des Augustins, de kl Mégisserie et de l'École. Sous Louis Xlll, on construisit les beaux quais de l'île Saint- Louis, les plus réguUers, les plus solides qu'on eut encore faits ; puis le marquis de Gesvres ayant obtenu la concession de terrains vagues et comblés d'immondices entre les ponts au Change et Notre-Dame, il y fit construire le quai qui porte son nom« et qui a été élargi au moyen d'une rue voisine. Mazarin fit faire le quai des Théatins (quai Voltaire), ainsi appelé d'un couvent, aujourd'hui détruit, qui a servi de théâtre et de café pendant la révolution; il fit élever aussi le quai des Qualre-Nations. devant le collège de ce nom, quai qui était fastueusement orné de balustrades et de sculptures. Sous Louis XIV, la ville ordonna aux teinturiers et tanneurs de la Grève d'aller s'établir au faubourg Saint-Marcel, et le quai Le Pelletier, qui doit son nom au prévôt des marchands, depuis ministre des finances, fut construit; on le ferma avec des grilles, ainsi que le quai de Gesvres, à cause des riches marchands qui s'y établirent. On commença aussi le quai des Tuileries, chemin fangeux par lequel Henri Hl s'était jadis enfui de Paris , et alors garni de cabarets de planches fréquentés par les gardesfrançaises ; le quai de la Conférence, qui commençait à la porte de même nom et bordait la promenade du Cours-la-Ueine ; le quai de la Grenouillère, ainsi appelé des marais qui l'obstruaient, ou des cabarets où le peuple aWùi grenouillter : c'est aujourd'hui le quai d^Orsay, qui n'a été achevé qu'un siècle après. Enfin l'on agrandit le quai de la Tournelle, ainsi appelé d'une tour de l'enceinte de Philippe- Auguste, où, depuis 1652, et à la demande de Vincent de Paul, on enfermait les condamnés aux galères; et l'on y construisit, à la gloire de Louis XIV, un arc de triomphe qu'on appela porte Saint-Bernard. Cette porte et la Tournelle furent détruites en 1787. Sous Louis XV et Louis XVI, on ne fit point de quais nouveaux, mais on continua les anciens : on les déblaya des maisons qui les obstruaient, et on les embellit de monuments, parmi lesquels nous remarquerons seulement l'hôtel des Monnaies, sur le quai de Nesle, depuis quai Couti.

Les quais étaient alors plus vivants, plus fréquentés, plus commerçants qu'ils ne le sont aujourd'hui, eu égard à la population. De nombreux ports étaient encombrés de marchandises : au port Saint-Paul était le marché aux fruits et aux poissons ; au quai des Ormes, le marché aux veaux; à la Grève, le foin, le blé, le charbon ; au port Saint-Nicolas, les bateaux venant du Havre, et qui apportaient les produits du Midi ; au port de la Tournelle, les arrivages du bois, du plâtre, de la tuile; au port Saint-Bernard, le marché aux vins, etc. Mais la partie de la Seine hi plus tumultueuse et la plus gaie était celle que bordaient les quais des Augustins et de Nesle, de la Mégisserie et de l'École, débouchés du Pont-Neuf: là abondaient les marchands de ferraille, de fleurs, d'oiseaux (ils ont à peine disparu depuis quinze ans), les ma-

rionnottcs et les bctes savantes, les bateleurs, les vendeurs d'images et de livres, surtout les racoleurs, qui faisaient ce trafic de chair humaine aujourd'hui exploité par les assurances militaires, innovation bien digne d'un régime de civilisation et de libeKé.

Les quais ont eu leur part des journées révolutionnaires. C'est sur le quai du Louvre que, le 10 août, se réunirent les bataillons des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel, après avoir dissipe les troupes que la cour leur avait opposées à la Grève et au Pont-Neuf; c'est parla qu'ils pénétrèrent dans le Carrousel. C'est par le Pont-Neuf, le quai Voltaire et le Pont-Royal que, le 1 3 ven démiaire, les bataillons royalistes du faubourg Saint-Germain s'avancèrent contre la Convention et qu'ils furent dispersés par le canon de Bonaparte. C'est par les quais que les combattants de 1830 ont enlevé l'Hôtel-de- Ville et le Louvre, et plus d'une maison porte encore les traces de la bataille. Les quais ont vu Louis XVI, après la prise de la Bastille, allant de Versailles à rHôlel-de-Ville , à travers deux haies de piques menaçantes , pour recevoir la cocarde tricolore ; ils ont vu les Parisiens marchant au 5 octobre sur Versailles, l'imposant cortège de la fête de la fédération, le départ des gardes nationales pour l'armée, les pompes hideuses du culte de la Raison, les grandes revues, les marches triomphales de l'Empire; ils ont vu les canons des Prussiens braqués sur les ponts pendant le pillage de nos musées; ils ont vu les fêtes de la Restauration, l'intronisation de Charies X, la marche de Louis-Philippe vers l'Hôtel-de-Ville, à travers les pavés de Juillet.

C'est depuis la Révolution, c'est surtout depuis l'Empire que les bords de la Seine ont pris une face toute nouvelle, que le fleuve a été enfermé complètement dans son magnifique lit de pierres, que les quais sont devenus une promenade continue de plusieurs lieues sur chaque rive : alors ont été construitsou achevés, dans la Cité, les qua\s Desaix, Napoléon^ Câlinai ; sur la rive droite, les quais Moriand, de la Conférence^ deBilly; sur la rive gauche , les quais d'AusterlUi, Saint'Bemard, MontébellOj d'Orsay^ des Invalides, etc. La Restauration et le gouvernement de 1830 ont continué ces travaux si nobles, si utiles, qui donnent à lacapitale un aspect unique parmi toutes les villes du monde, et Paris se vante à juste titre d'avoir, dans les quais de la Seine, un monument qui, par son caractère de solidité et de grandeur, peut rivaliser avec ceux des Romains.

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