VI. — L* rue Royale et la Madeleine
i>a rue Royale a été ouverte, en 1757, sur l'emplacement des anciens remparts et de Tancienne porte Saint-Honoré ; et comme elle a été construite en même temps que la place Louis XY, elle participe à son ordonnance. Elle aboutit au boulevard de la Madeleine^ qui a la même physionomie que le boulevard des Capucines, et à l'extrémité duquel se trouve l'église de même nom *.
Cette église fut projetée en même temps que In place Louis \V, mais ne fut commencée qu'en 176i, sur un plan gigantesque du à Constant d'ivry. La révolution arriva quand les colonnes étaient à peine sorties de terre, et elles restèrent dans cet état jusqu'en 1806, où Napoléon ordonna de faire de l'église projetée un temple de la (iloire, dédié aux soldats de la grande armée; monument aussi froid qu'inutile, où, à certains jours, on aurait récréé nos braves avec le chant d'un hymne et la lecture d'un discours. Les constructions recommencèrent, d'après les plans de Vigneron ; mais les colonnes étaient seules élevées quand la Restauration arriva, et rendit le monument au culte catholique. Cependant les travaux marchèrent lentement; 1830 survint, et In Madeleine fut menacée d'une métamorphose nouvelle; mais plus heureuse que Sainle-Gencviève, elle en fut quille pour la peur de redevenir le temple d'une idéalité, et fut achevée comme église. La .Madeleine est un monument dont le premier aspect impose et séduit, mais qui n'est approprié ni à noire culle, ni à nos mœurs, ni à notre siècle : c'est toujours le Panthéon avec l'étemel fronton triangulaire, la masse carrée, la quadruple colonnade; mais tout cela demande, pour être beau, un air limpide, un ciel bleu, un soleil éclatant, du jour à pleins flots. Quant à l'intérieur, c'est une décoration d'opéra attrayante, mais nullement chrétienne ; la religion de nos pères est mal à l'aise au milieu de ces dorures, de ces velours, de ces peintures, qui font un si étrange contraste avec ses graves mys— tères et ses austères splendeurs, et elle céderait tous les colifichets païens dont l'art moderne aime à l'étouffer pour un pauvre clocher de village que nos Eudes de Montreuil n'ont pas songé à lui donner.
1 Voir le doiin de la rue de la Paix^ page 95 du V volume, t Voir le deMÎn de (« Madeleine, paite ^0 dn 2' tnliimc.
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