I. — Rues de la Cliaussée-d'Antin et de CJichy
Nous avons parlé ailleurs (Uist. de Paris, p. xxx) de l'origine de cet ancien chemin des Percherons qui a porté tant de noms difTcreiits. Ajoutons qu'il avait pour hôte, en i7H5, Mirabeau, qui y mourut au n** 42. La rue prit alors le nom du grand orateur, et l'on y grava, sur une plaque de marbre noir, ces vers de Chénicr :
L'âme de Mirabeau s'exliala dans cvs lieux. Hommes libres, pleurez! tyrans, baissiz les yeux !
Quand la trahison de Mirabeau eut été dévoilée, la rue perdit son nom et prit celui du premier déparlement conquis par la république, le Mont-Blanc. En 1814, les émigrés crurent retrouver les jours de leur jeunesse en rendant au chemin des Percherons son ancien nom. Il faut louer 1850 de ne pas lui en avoir donné d'autre, car la rue qui est aujourd'hui presque exclusivement occupée par les hommes d'argent, les faiseurs d'affaires, les fabricants de feuilletons, n'a pus manqué d'hôtes et d'hôtesses illustres pour la baptiser. Ainsi Necker a habité la maison n^ 7, qui devint d'abord l'hôtel de madame Récamier, puis celui de madame Lehon et de l'ambassade de Belgique. Joséphine, avant son mariage avec Bonaparte, demeurait au n° 62, dans la maison habitée ensuite par le général Foy, et où ce grand orateur est mort en 1825. A la place de la cité d'Antin était l'hôtel de madame de Montesson, qui devint l'épouse d'un duc d'Orléans, hôtel qui appartint ensuite à Ouvrard, et où logeait, en 1810, l'ambassade d'Autriche : c'est là qu'eut lieu le fameux bal où péril la princesse Schwartzemberg. Enfin, la maison qui fait le coin de la rue Saint-Lazare était l'hôtel du cardinal F esc h.
De toutes les rues qui aboutissent rue de la Chaussée-d'Antin, nous ne remarquerons que la rue de Provence, qui a été construite en 1776 sur le grand égout formé par l'ancien ruisseau de Ménilmontant. Elle présente à peu près le même caractère, le même aspect que la rue de la Chaussée-d'Antin, et communique par la rue Lepelletier à l'Opéra.
L'Opéra, dont le premier privilège date de 1()69, a d'abord été placé dans un jeu de paume de la rue Mazarine. Il fut transporté par Luîîi, en 1673, au grand théâtre du Palais-Royal (près de la rue des Bons-Enfants), et il y resta jusqu'en 1781, où la salle fut incendiée; alors il se logea dans une salle provisoire, dite aujourd'hui de la Porte Saint-Martin ; il y resta jusqu'en 1794, où il passa rue Richelieu, et, après la mort du duc de Berry, il alla occuper la salle actuelle, qui n'est que provisoire. Ce provisoire dure depuis vingt-cinq ans : c'est une II. G
L LE DIABLE A PAUIS.
compensation pour les choses permanentes que nons avons déiruites dans ce même laps de temps.
Nous aTOM dit aiUeurs que la rue de CHchy s'appelait autrefois le Chemin-du-Coq, el Cirait ce nom d'un cbliteui situé rue Saint-Lnzare. Quelques petites maisons y furent bâties vers le milieu du siècle dernier par les grands seigneurs qui allaient faire débauche aux Porcheroiis : Tune d'elles appartenait au nwréchal de Richelieu, et a servi d'hôtel d'abord à madame Hamelin, ensuite à la duclics»e de Vieence; on vient d'ouvrir sur son emplacement la rue Moncey. Une autre, construite avec un lim rojal par le financier La Bouxière, est deveoue le jardin de Tivoli^ que les démolisseurs dévasICMt aujourd'hui. Vergniaud demeurait au n** ^ de la rue de Clichy, et c'est là qu'il fut arrêté. La casMse qui est à l'entrée décatie me servait de dépôt au régiment des gardes-françaises, qui avait ainsi pa«r voîiiiw le cabaret de Ramponeau et les autres guinguettes des Porclierons : c'est de là qiio ces MMats soHireiit le 15 juillet 1789, brisant les grilles, renversant devant eux les dragons de LambesK, et mar^ chèrent au pas de charge sur la place Louis XY, où ils se mirent à l'avant-garde du peuple contre les troupes royales.
Aujourd'hui la rue de Clicliy n'a rien de rcmar(|ual)le que la prison pour dettes >. La barrière qui la termine devint célèbre en 1814 par le dévouement de la garde nationale, commandée par le maréchal Moncey. Elle conduit à une ville ou village qui, par les manières affectées de ses habitants et l'élégance un peu mensongère de ses maisons, prétend être le continuation ou le faubourg de la Chaussée d'Antin : ce sont les Balignolles, qui n'avaient que trois à quatre maisons en 1814, el qui comptent aujourd'hui vingt mille habitants.
Près de la barrière de Clichy est le cimetière Montmartre ou du Nordy qui, malgré sou voisîuage des quartiers riches, no contient qu'un petit nombre do tombes illustres.
It. — Ruo Salnt-Lazart.
(Tétaît autrefois la grande ruo des Percherons. Il y a dix ans à peine que le dernier accacta de la dernière guinguette des Percherons a disjMiru ; il était un coin de la rue de Clidif , près du cabaret de KamiMneau. Maintenant la rue Saiut-Laxare est la grande artère qui donne la vie aux quartiers nouveaux, Witis depuis cinquante ans, entre les boulevards et le mur d'enceinte, (i'est à l'empire qu^elle doit le cominencemeut de son illustration : là étaient lea hôtels du duc de Uaguse, du général Ornano, de Ney, de Sébastian!, de madame \isconti, etc. Aujourd'hui, le débarcadère des chemins de fer de Houen, de Saint- Germain, de Versailles lui a donné une nouvelle importance qui ne peut que s^ticcroitre dans l'avenir. Dea nombreuses rues qui débuiicheut dans la rue Sainl-Lazure, qui ont toutes la même physionomie, la méine absence de souvenirs historiques, nous ne remarquerons que la rue LafjfUÊe^ qui commence sur le boulevard des llaUeus.
Cette rue fut ouverte en 1770 sur des lerrnins vagues, et retint le nom d^Artois : elle n^al— lait alors que jusqu'à la rue de Pro\ence. Elle prit pendant la révolution le nom de Cémtli : c'était celui d'un ancien jésuite dont les ouvrages avaient subi les censures du parlemonl, et qui fonda en 1781) nu journal révolutionnaire où écrivirent Mirabeau et Talleyrand : Céruttt demeurait dans cette rue, et, après avoir siégé ù l'assemblée léj^islative, il y mourut. La me Cérutti devint sous le Directoire et TEmpire nue rue à la mode, parce qu'elle conduisait au magnifique hôtel Thelussou, situé rue de Provence. Cet hôtel, ouvrage de Ledoux qui le construisit pour niodanie Thelusson, veuve d'un banquier qui avait eu Necker pour commis, était une sorte de temple élevé sur des rochers, auquel ou parvenait par un beau jardin et une grande arcade servant de porte. Il appartint, sous l'empire, à Murât. On le détruisit, sous la Kesluurulion, pour prolonger la rue, qui avait repris son nom d'Artois, et ouvrir
I Voir l« de:tkiii àe U pri»on pour dtf«<«, \i*ti« 505 du "f viMiime.
GÉOGRAPHIE DE PARIS. li
1« Yue de la façade éliquc de Téglise Notre-Dame-de-Lorelte. Après 1830, la rue a pris le nom de Laffitte^ de Thôtel de Tilluslrc financier qui y est situé. On sait que c'est dans cet hôtel que se réunirent les députés ou bruit de la fusillade de juillet, et que là fut décidée la révolution qui la transporta couronne de la branche aînée à la branche cadette de Rourbon. Une autre illustration financière de cette rue, mais dans un genre différent, est M. de Rothschild, ce roi des rois, dont nous nous garderons bien de dire un mot, pressé que nous sommes d^arrivcr à Notre-Dame- de-Lorette.
Cette église est un édifice digne on tout du siècle incrédule et sensuel qui Ta construit, où le plus insigne mauTais go6t est répandu dans Pensemble comme dans les détails, où Ton trouve des tableaux de saintes qui ont des poses de prostituées, où Ton a entassé des meubles de café, des séductions de spectacle, des coquetteries de mauvais lieui ; cVst une sorte de succursale de TOpéra, dont elle est la paroisse ; un boudoir digne du quartier, et qui a eu rhonneur de donner son nom aux grisettes du voisinage.