CHAPITRE IX
RITE ET FAUBOrBG SAINT-HONORE.
Celte rue longue, sinueuse, profonde, a toujours été, à cause de son voisinage des halles, Tune des plus riches, des plus populeuses, des plus marchandes de la capitale. Elle s^st allongée f uccessiyemeot, parallèlement à la Seine, et a eu trois portes : la première près de rOratoire, la deuxième près de la rue du Rempart, la troisième près de la rue Royale. Elle doit son nom à Tégiise Saint-flonoré, qui était située sur remplacement des passages Montesqaiea et qaî a été détruite en 1792 : là était enterré Dubois. C'est dans cette rue et les rues Toisines qv^étaient jadis ces solides et riches maisons de commerce de draperie, de mercerie, de bonneterie, d'orfèvrerie, d'où sont sorties la haute bourgeoisie et la grande magistrature de la capitale. Il y a loin des obscures et profondes boutiques où se faisaient lentement, oio* destement, honnéteroeat les fortunes de nos pères, aux baxars immenses, aux éblouissants palais, aux sakmt élégants où se débitent aujourd'hui, avec des airs de grand seigneur, le drap d'Elbeuf et le fil d'Ecosse, mais aurai la marchandise était bonne, la mesure juste, la pratique satisfaite, et le tribunal de commerce chômait hi moitié de l'année.
Les souvenirs historiques que rappelle cette rue sont nombreux. Saint-Mégrin, comme il sortait du Louvre, y fiit assassiné, au coin de la rue de l'Oratoire, par les bravi du duc de Gtiise, <t parce que le bruit couroit, dit TEstoile, que ce mignon étoit l'amant de sa femme. » La rue Saint-Honoré fut le princijial thé&tre des barricades de 1648. Une émeute terrible y éclata, en 17^, à l'occasion du système de Law : trois hommes du peuple y furent tués et portés par la foule jusque dans les appartements du régent. C'est dans la rue Saint-Honoré qu'était le club des Jacobins : il occupait la bibliothèque du couvent des Dominicains ou Jacobins, fondé en 1611, et dont l'église renfermait les tombeaux de Créquy et de Mignard. Robespierre demeurait au n<> 582 de cette rue, dans une maison qui fut détruite pour ouvrir la rue Dupbot. C'est dans la rue Saint-Honoré que se livra le principal combat du 13 vendémiaire. La bataille de 1850 a laissé des traces sur ses maisons, principalement au coin de la rue de Rohan.
Les monuments qu'elle renferme sont : 1° le temple protestant ^ autrefois église de VOratoire, b&tie en 1621 par le cardinal de RéruUe, sur l'emplacement de Thôtcl Dubouchago, qui avait appartenu au duc de Joyeuse et à Gabrielle d'Estrées. La congrégation de l'Oratoire, adversaire de la compagnie de Jésus, a rendu les plus grands services à la religion et aux lettres : de son sein sont sortis une foule d'hommes éminents, Malebranche, Massillon, Mascaron, etc. Les bâtiments de cette institution regrettal>lc renferment aujourd'hui les bureaux de la caisse d^amortissement et de la caisse des dépAts et consignations. — ^ Le Pa-
tait-Boyai^ flont ncuiv uuhiî! |virlt'. — ~»" L't'ijtisc Sniitf-liorh, UnuU'v en ÎTiTS, n'unlifi^V
on Kùï3 ci f|tji ne fui uclievi-c r^uVii 173(1: c'est là qu'uni èiù enlfrrés Miuiperlwis, Lendlrr^ Cuffi^illc, etc. — I' L* église de i\iswmptiQn^ nujounJ'liiii ferm(}e,
Purini Icf nies ifui clfimuclipnt diin» la nie Sainl^Hrimire, nou5 roriinnjtifnis :
l" Iliii* (h ifi lunneilerie. Ce iiV'tait au diuiïM^nic Nièein qu'itii i luMiiiti lialiik' p/ir <lfs Juif» (4 r»ù »Vtal)lh'i'iit, r|ii.irkil Ids halles furent roiij>truitoj%, ilf^^ marchaïulsifL' Tiitaillp^. On In nom* -fnait aussi h me des Grands-Ptiierf^ Sur la maisou u** Ti, so lit cHU' in^rriphon : t'Vaf ffait^ cette utaistm qu^ext n^^ fn lOâO, Jean-lîapUste Poqueliti de Molière^
â" Hue d<î i'Jrfcr*f-Set\ ElJp tloil S(m nom^ cummc» la plupart îles annenne* ruca, h une rnseipnc, Lîi fimlaine (|iii i^itiste au fuiu de In t\w Saitit-llouort^ a été IkiIic sou* Frani;ois !<•'', Pri'S irell«? l'îislail autrofoi^ InVroix ûu Trahùit\ au Ton t^tLcutiii* ïi»s coudamnés de lajuLrî— dictinn lic Srtiiil-riPrnHiiu-l'Au\ei'rois. Cv lieu .nie lellièàtrc de nombreuses L-meutej. Le promiiT jour des Ixirricade^ de l(){8, il y eut là un furiru\ romlm( entre icn bourgeois et Irn ch«»%au-lë(;er« i)u niûrèrïuil de la Meiliernye, H donl celui-ci ue se lira ijur par l'nssiîilanfe d»i cartliriJil lie Helt. Le lendemain, fpiand k^ parleiiu>nl revint du Palaift-HoTal qù ri n'avait pu t)bk'nir la iiberte de Bruusscl, il fui arrt le a la barrit adc de la L^rùii du Tniboir, par une iroupe rurîcusê ifue coiiiiiiaudail un marrliamî île fer nommé KufîiicneL c* lu garçon rAliiE. *eur, rai'onlc le canltual ili* HeU, mcdaiit la luilltdmrde dfiu^ le \cnlrc du premier président, lui dfl : Tourne, IrniUv, et si tu ue \vu\ elrc ma.sîiarré tm et les liens, laniène-noui* lirou<»»cl ou le Maiarin en ula^^e. n Malliieu Mf»k' ndlia le^ niagif^lralB qui s'enluyaîenl, ri*lounm nu l^nliil^'lioyal el obtînt la liberk< île lîrouïiseL
3^ Uue d'Ori<*{in]tr Leite rue liro^op nom de Ibôtt-l de Bobt^mo, liabité par le duc irOr— I4î«n5 frère de Cliarle* \ f, et qui éittït situé ïur remplacement de la llalle-«u-Blé. [Histoire de Paris ^ page x.)
4' Hue dé lu BtbttQihéqut. C'est raucienne rue du Champ-Fleur j^^ n fameuse dans |a moyen ùge p^r ses lillcs de joit? el qui avait été ouverte uir un cliamp dépendant du Louvrt». Elle a pris fton nom actuel vu 18U1, quand on projrJa de pl.icer au Louvre la liibbolïjêqiif* nationale.
5" Une Saint-Thomas-du-Loutre, Celte rue, qui date du treizième iiècïe,tire son nom d'une if^gltse dédiée À saiul Tbomas de Cautorbéry el qui fui fondée par RoWrl de Ureut, fdi de Louis V!; cetfe église, rcconMruiic eu 17^3 sous le nom de Saint-Loub, fut conjnrn'p ait
GI^OGRAPHIE DE PAKIS. un
culte prolestanl pendant la révolution, et est anjourdliui détruite. EUe était voisine des hôpital, collège et église Saint-Nicolas^ fondés par le même Robert de Dreux et qui furent supprimés en 1740. C'était dans cette rue que se trouvait V hôtel Rambouillet ^ qui porta successivement les noms d'O, de Noirmoutiers et de Pisani, et qui prit celui de RamhoniUet lorsque Charles d'Angennes, marquis de Ramhouillcl, épousa mademoiselle de Vivonne, fille du marquis de Pisani, et vint s'y établir. On sait quelle brillante société Tesprit et les grâces de la marquise de Rambouillet attirèrent dans son hôlcl et quelle influence cette société a eue sur les lettres françaises et la civihsation du dix- septième siècle. L'hôtel Rambouillet passa au duc de Montausier par son mariage avec la célèbre Julie d'Angcnnes, puis aux ducs d'Uzès. En 1784 il fut détruit, et Ton construisit sur son emplacement une salle de danse, dileWauxboll d'hiver, qui devint en 1792 la salle du Vaudeville^ aujourd'hui détruite.
Près de l'hôtel Rambouillet était l'hôtel de Longueville^ bâti par le marquis de la Vieuville et qui fut occupé successivement par les ducs de Chevreuse, d'Epernon et de Longueville. Il devint ensuite l'hôtel des Écuries de la cour, puis le bureau de la Ferme des Tabacs. On y ouvrit, sous le Directoire, des salles de jeu et un bal de prostituées : il est aujourd'hui détruit.
5<> Rue Saini^F lurent in. C'est une rue peu ancienne et où néanmoins se sont accomplis de grands événements. On l'appela d'abord le cul~de-sac de VOrangerie^ et de chétives maisons y abritaient les orangers des Tuileries. Une partie appartenait, en 1730, à Louis XV; une autre partie à Samuel Bernard, ce financier à qui Louis XIV fit la cour pour lui emprunter quelques millions, dont la famille s'est alliée aux Brissac, aux Biron, aux Mole, qui laissa à sa mort une fortune de 40 millions. Le cul-de-sac devint une rue, en 1757, a la formation de la place Louis XV, et il prit le nom du comte de Saint-Florentin (Phélipeaux, duc de la Vrillière), ministre de la maison du roi, qui y fit construire un vaste hôtel où il donna des fêtes dignes de sa frivolité. Cet hôtel appartint ensuite au duc de Flnfontado, grand d'Espagne; il devint propriété nationale et fut acquis par Tancien évoque d'Autun, TaUeyrond-Périgord. C'est li que cet homme, à qui Ton a attribué plus d'esprit, d'importance et de rouerie qu'il n'en a eu réellement, a fait la Restauration de 1814; c'est là qu*il est mort. L'hôtel Saint- Florentin appartient aujourd'hui à un autre Samuel Bernard, M. de Rothschild.
Le faubourg Saint-Himoré, appelé d*ftbord Chaussée du HouU^ ne s'est convert de maisons que dans le dii-huitième siècle. Aujourd'hnî/ c'est le quartîmr do monde riche, de la noblesse nouvelle, des étrangers opulents. On y remarque les hôtels Duiis, Beauvau, Borghèse, Pontalba, le palais de l'ambassade d'Angleterre, celui de l'Elysée-Bourbon, la petite église Saint-Philippe, l'hospice Beaujon, etc. L'hôtel habité par Lafayette est au n° 6 de la rue d'Anjou ; c'est là qu'il est mort.