‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 36 sur 143 · COUP D'CEIL SUR PARIS A PROPOS DE L'ENFER · texte numérisé non relu

COUP D'CEIL SUR PARIS A PROPOS DE L'ENFER

Un second, qui avait fait de rapides progrès dans la lecture, avisant sur les murs de Paris une grande quantité d'affiches de couleurs variées, avait remarqué sur un certain nombre de ces affiches ces mots écrits en gros caractère : «chibn pbkdu; récompense honnête^ etc« » et avait proposé au capitaine de faire placarder sur tous les murs de Paris de petites affiches du même genre, sur lesquelles on donnerait le signalement de Flammèche^ en promet- s^ tant également une récompense honnête à celui ^^^^§ qui... '

Mais le capitaine favait judicieusement interrompu en lui faisant observer que s'il paraissait reçu qu'on réclamât ainsi un chien pebdu^ il ne voyait pas qu'on eût jamais songé à faire l'application de ce moyen à la perte d'une créature d'un autre ordre.

Bref, ils étaient à bout d'expédiei^ts quand le hasard, qu'ils avaient oublié, vint un beau matin à leur aide^ en leur mettant fort à propos sous la main un abonné du Diable à Paris qui les mena tout droit rue Richelieu , à l'Hôtel des Princes.

CI QUI SE PASSA A l'hÔTHL DKS PllNCKS.

Baptiste étant devenu^ par suite des incidents peu compliqués d^ailleurs que nous avons racontés au début de ce livre et grâce à la disparitioii tout à fait inattendue de Flammèdie , un des plus utiles personnages de cette histoire , le lecteur bienveillant nous pardonnerait sans doute de consacrer ici quelques lignes à cet honnête serviteur : — ne fût-ce que pour lui rendre cette justice que , depuis qu'il cumulait les triples et délicates fonctions de secrétaire d'ambassade, de rédacteur en chef et de valet de chambre, il avait^ par une ponctualité qui ne se trouva pas une seule fois en défaut^

justifié l'absolue confiance de son maître. Mais Baptiste joignant à toutes ses autres qualités celle d'être extrêmement modeste, nous nous bornerons à dire, pour ne point le blesser dans ce bon sentiment, qu'au moment même où le capitaine sonna à la porte ^ ce modèle des serviteurs venait, le plumeau à la main, d'épousseter les meubles du cabinet de son maître avec un soin égal à celui qu'il y aurait mis si Flammèche l'eût quitté le matin pour y revenir le soir même.

Le capitaine , qui avait la main hardie , ayant sonné avec quelque vivacité^ ridée vint un instant à Baptiste que c'était peut-être son maître qui, sorti depuis un an, se décidait enfîn à rentrer; — mais tout en allant ouvrir, il fit réflexion que , quand on part comme Flammèche était parti » c'est qu'on peut revenir sans s'arrêter ainsi aux cérémonies de la porte ; aussi n'éprouva-t-il aucune déconvenue quand , au lieu de voir son maître, il se vit face à face avec le capitaine, qui était suivi de tout son monde.

« M. Flammèche est-il chez lui? » demanda le capitaine d'une voix qu'il s'efl'orçait de rendre agréable.

On sait que Baptiste était fort bref en ses discours : « Non, répondit-il au capitaine.

— Et depuis quand est-il sorti? dit le capitaine.

— Depuis un an, dit Baptiste.

— Diable ! reprit le nouvel envoyé de Satan ; et savez- vous quand il rentrera?

— Je n'en sais rien, répliqua Baptiste.

— De par l'enfer, s'écria le capitaine oubliant tout à coup que son rôle pouvait être de cacher son jeu... w

Baptiste, voyant que le capitaine s'échauflait, lui ferma la porte au nez.

Sur quoi, abjurant toute réserve , le capitaine, après avoir crié et tempêté de façon à ameuter contre lui tous les garçons de Thôtel , se mit intré-

Page 1