‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 41 sur 143 · HISTOIRE DE DEUX HOMMES RICHES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE DEUX HOMMES RICHES

« connu ; s'il serait sot de ma part de vous méconnaître parce que je suis *< devenu si nche^ il ne serait guère mieux de la vôtre de me négliger à « l'avenir pour cette même raison, ce serait gâter mon bonheur^ et vous ne « le voudrez pas.

« Je vous attends donc demain à déjeuner chez moi.

« Votre ami. »

« C'est un vilain animal que l'homme. — Je me sentis un peu envieux , et je cherchai dans la lettre de mon vieil ami quelque phrase mal sonnante, — quelque signe de vanité qui me permît de me fâcher. — Je ne trouvai rien, et je me suis mis en route ce matin.

« Mon ami demeure dans un petit bourg sale et mal bâti. Sa maison, que Ton ne tarda pas à m'enseigner, est petite, blanche, avec des volets verts. On y entre par une porte étroite qui fut loin de me faire l'impression que me causait la grille de son ancien jardin des Tuileries. — J'eus, dès Tabord, le pressentiment que mon ami s'était ruiné en croyant faire fortune.

K 11 me reçut on ne peut mieux ; — mais tout ce que je vis, joint à sa bonne réception, ne tarda pas à changer en un sentiment de pitié l'envie avec laquelle je m'étais mis en route.

« Je n'oublierai jamais la fierté avec laquelle il me fit faire le tour d'un jardin qui tiendrait à l'aise dans un de ses carrés de fleurs des Tuileries. Quelques baguettes par-ci par-là, quelques manches à balai qu'il appelle des arbres, auraient bien besoin d'un peu d'ombre loin d'en avoir à donner. — Au milieu du jardin, un grand tonneau enfoui en terre s'appelle le bassin. Il était à moitié rempli d'une eau verte et croupie, parce qu'on n'en apporte que tous les deux jours, et le tonneau fuit un peu.

« Jamais vous n'imagineriez quelle joie il ressent d'avoir changé contre cette futaille les grands bassins de marbre des Tuileries; sans compter que ladite futaille lui donne toutes sortes de soucis quand le soleil la dessèche et en disjoint les cercles, tandis que l'on curait ou réparait autrefois ses bassins de marbre blanc sans qu'il eût à s'en préoccuper le moins du monde. II. 4

2iî LE TIUOIR DU DIABLK.

*' Quelle secrète joie y a-t-il donc dans la jyropriété?

<c Pour mon ami, avoir ce jardin avec ses manches à balai, c'est ne plus avoir les grands marronniers des Tuileries. Posséder ce carré entouré de murs blancs jusqu*à aveugler, c'est cire exilé de tout le reste de la terre, de tous les beaux pays, de tous les beaux paysages.

« Dans la maison, il m'a montré trois ou quatre mauvaises croûtes dont il a décoré son salon. — Il lui fallait hériter et devenir riche pour être condamné à ne plus voir que ces affreux badigeonnages : quand il était pauvre, il regardait les plus belles peintures de tous les pays et de tous les maîtres, entassées dans nos musées.

« Je suis revenu triste, et j'ai voulu revoirson ancien jardin, celui qu'il est heureux d'avoir quitté. — Il m'a pris de suite une grande frayeur : c'est de devenir riche aussi par hasard, à mon tour, — c'est de devenir propriétaire , c'est de perdre mon beau jardin du Luxembourg, — c'est d'être forcé de vivre dans quelque carré entouré de murs, — et, qui pis est, d'en être heureux, d'en être fier.

(( J'ai passé en revue tous mes parents, et surtout ceux qui sont riches, et, entre ceux-là, ceux dont je dois hériter.

t( Il n'y en a qu'un qui m'inquiète : il est parti pour l'Amérique il y a vingt ans, et, depuis on n'en a plus entendu parler. Si j'entendais sonner chez moi, je frémirais d'apprendre qu'il est mort millionnaire et que je suis son héritier. J'ai vu une lettre que nous reçûmes deux mois après son départ, il y a vingt ans bientôt; cette lettre nous disait : « Que plusi.Mirs « navires avaient péri, corps et biens dans un coup de vent. — Le navire " qui portait mon oncle était du nombre, mais comme on n'a pas revu u la chaloupe, on pensait qu'une partie de l'équipage avait au moins tenté « de se sauver. »

" Pourvu que mon oncle ne se soit pas sauvé ! »

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Et toi qui a en la sunpliciU de mnm qd liOQveniemeiitL. qod. il ne se pardonneFa jamais les Joumies de Juillet I

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M. Braillard persiste la mioDiie

Par Gavarki.

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