LA FEMME ET LÀ MAITRESSE
Le grand Albert, dans son fameux Traité d'Histoire naturelle^ a écrit un chapitre fort érudit et fort ingénieux où il déroule la vaste série des êtres antipathiques; il les nomme tous, excepté deux qu'il a oubliés : la femme et la maîtresse. x\utant vaudrait passer sous silence Adam et Eve, en racontant l'histoire de la création du monde.
ce qu est la maitresse aux yeux de la femme frise da.ns lk sens
d'êpolsr.
Fût-elle belle comme Ninon, elle est sans beauté, sans grâce, surtout sans pudeur.
Fût-elle spirituelle comme Aspasie et madame de Sévigné, elle n'a pas l'ombre d'intelligence ; elle est sotte, ennuyeuse, stupide.
Eût-elle la distinction d'ime reine, elle est commune, vulgaire et grisette.
Ce jugement est injuste et faux, quoique la femme, dès qu'elle se croit trahie par son mari, fasse un retour sur elle-nu^me, pour savoir en quoi elle est inférieure à sa rivale. Jamais C4)nseil de révision n'a soumis les
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conscrits à un examen aussi rigide. Il est rare que la femme ne finisse pas par découvrir la cause physique ou morale de sa défaite, et plus rare encore qu'elle ne la jette un jour comme un reproche à la face de son mari.
Ce fut après s'être convaincue avec raison de sa supériorité, qu'une femme dit à la maîtresse de son mari, qui avait été autrefois son amie : « Ah ! ma chère, si j'avais pu prévoir que mon mari aîmât les dents gfttcesl »
CB QU'sSr LA F£MMB AUX YEtX DE LA MAITRESSE.
La maltresse parisienne a une peur instinctive de la femme de son amant. Elle s'attend toujours à la voir tomber sur elle. Cette terreur est la cause d'un dédain sans exemple. La maîtresse se dépeint la femme sous le jour le plus désavantageux et le plus ridicule. D'^abord elle la voit trèsvieille, fôt-elle plus jeune qu'elle, ce qui arrive fréxiuemment; laide, cela va sans dire; mal mise, portant le cabas, un parapluie rouge et un tartan; tenant le milieu, comme distinction, entre la sage-femme et la marchande de cigares de contrebande.
OPINION SUR LA MAITRESSE ET LA FEMME MARIÉE, ÉMISE PAR UN DE MRS AMIS gi'l N^A PAS ÉTÉ MARifi ET QUI N*A JAMAIS EU DE MAITRBSSB.
« Je pense de la femme mariée, opposée à la maîtresse, qu'elle représente le côté grave, noble et utile de la vie, le cùté architectural, si Ton peut s'exprimer ainsi, celui sans leqm^t i\ n'y aurait pour Thomme ni repos, ni abri, ni dignité. Elle est encore le beau fruit qui renferme tous les pépins de la famille et de la société. Otez l'épouse, vous êtes bien près de supprimer la mère, non pas celle qui est imiquement chargée de produire des enfants, mais celle qui a mission de les aimer tendrement, de les élever, d'en faire des hommes et des citoyens. Ainsi la femme, selon le mariage, n'est pas moins que la société même, puisqu'elle est ce qui en constitue la force, la grandeur, la durée et la perpétuité.
«Voici maintcnjmt ce que j[e pense de la maîtresse. ElUî est le côté jeune
LES MAITRESSES A PARIS. i09
et riant de la vie, elle en est le mois de mai, Fesprit, la verte poésie, Fimagination. Retranchez la maîtresse, vous retranchez nécessairement tout ce que rimagination, la poésie et l'esprit enfantent de gracieux et de beau dans la sphère de l'idéal, c'est-à-dire les arts. Aussi se démontre-t-on facilement que les plus splendides oeuvres (prenez au hasard) de la peinture, de la statuaire et de la poésie ont été inspirées par ces femmes indépendantes que nous appelons aujourd'hui maîtresses. Ne citez pas, il faudrait tout citer, enfermer le monde des arts tout entier entre des guillemets. Erudition fecile, érudition blessante pour la femme du mariage. Mais pourquoi la blesserait-on? Elle est la raison, la maltresse n'est que l'esprit; elle est l'ordre, la maîtresse n'est que l'enthousiasme; elle est le bon sens, la maltresse n'est que le délire ; elle est la terre, la maîtresse n'est que le ciel ; non pas, expliquons-nous vite, celui où l'on va pour ses bonnes œuvres, mais celui où l'on voudrait aller pour ne faire aucune sorte d'œuvre, môme une bonne. »
RÊFLEXlOTf 1NG£I<IIEUSB Qtl RESSORT BtB MON SUJET : 1IA.UIBLRELSBMBNT ELLE n'est pas de MOI, MAIS D*UN AUTEUR ESPAGNOL PEU CÊLÀBRE.
« J*ai connu, dit cet auteur peu célèbre, un jeune seigneur portugais « qui fut assez heureux pour épouser la jeune maîtresse qu'il adorait et « pour la voir mourir dès qu'elle fut sa femme. »
EES MAITRESSES DR COEtR A PARIS.
Paris, qui passe pour la ville sceptique par excellence, est pourtant celle où se trouvent, avec toutes les conditions du dévouement le phis éthéré, les maîtresses de coeur. La province les rêve ; Paris les tient en réserve pour ces milliers de jeunes gens qui y accourent avec des trésors d'espérance et qui n'y rencontrent que des abîmes de déception. On les voit arriver avec une fougueuse sufiisance, et frapper aux portes de la gloire et de la fortune. Ces portes sont dures à s'ouvrir ! Des années s'écoulent, les ailes de l'illusion se fatiguent, l'espérance tombe épuisée sur le seuil. Que deviennent alors
ces pauvres exilés? Beaucoup s'éteignent dans les brumes du suicide : il y a tant d'eau et tant de ponts à Paris ! Quelques-uns retournent à pied dans leurs villages, mais le plus grand nombre découvre à la fin une main protectrice sur laquelle il n'avait pas compté. Ce n'est pas celle de l'homme riche ou puissant auprès duquel une lettre de recommandation ou de mystification avait introduit à leur arrivée ces pauvres dupes.
Sur le carré de sa mansarde, le jeune provincial a vu voler un jour les plis d'une jupe blanche, glisser une jambe nue. Le lendemain il a aperçu le corsage, le surlendemain il a entendu chanter. Le chant, la jupe, le corsage annoncent la jeune fille aimante et gaie, pauvre et laborieuse, blanchisseuse ou fleuriste. Le hasard, ce brave garçon de hasard, fait qu'un beau soir on se prête de l'eau, un autre beau soir de la lumière, un autre soir infiniment plus beau la romance en vogue. Bientôt on ne se prête plus rien, on se donne tout : on n'a plus qu'un loyer à payer, quand on le paie. Enfin l'artiste a trouvé sa muse, celle qui le soutient, l'encourage, l'inspire, écoute ses vers, admire ses tableaux, copie ses romans ou ses drames. Quelle bonne créature que la maîtresse parisienne lorsqu'elle s'éprend d'un fol et joyeux amour pour celui qui n'a rien! Gai, elle rit avec lui ; découragé, elle rit pour lui ; malade, elle soufire avec lui ; applaudi, elle s'exalte
plus que lui ; riche elle a cessé d'être avec lui. Hélas I oui, c'est triste à
écrire, mais c'est vrai. Presque tous ces grands talents, toutes ces illustres renommées qui deviennent l'orgueil de la science médicale, du barreau, de la littérature et des arts, seraient morts de froid et de faim sans la grisette parisienne, sans la maîtresse de cœur, qu'ils laissent mourir dans un grenier, à l'hôpital ou dans la rue. A maîtresses de cœur, maîtres en ingratitude.
Après celte maîtresse, celles qui vont passer sous nos yeux sont sans contredit d'un ordre plus brillant ; mais impriment-elles un souvenir aussi doux, aussi tendre au fond du cœur? Je vous en fais juge, mon lecteur.
LES MAITRESSES d'aRUENT.
Sous ce titre s'ouvre devant nous une viiste galerie de portraits, car il y a :