CE QUE CEST QUE L'AMOUR
Ce que nous entendons, nous, par ce grand mot — Amour — c'est tout au plus si nous pourrions le dire.
Hais entre notre vérité huttiaine et la vérité pure, que d'abimes , sans doute !
Si je ne me trompe, Tamoui' n'est rien ou presque rien de ce que nous le faisons, de ce que nous pouvons le faire, nous autres pauvres créatures que la mort n'a pas encore instruites, be Tamour, nous n'avons que le désir, que l'envie, que le besoin, mais non le pouvoir assurément.
Si l'amotir était sur la terre, s'il était au milieu de nous, entre nbus, la terre et nous nous serions parfaits. C'est sur la terre même qUe le bien se trouverait sans le mal, le soleil sans ombre et sans taches, la vie sans la mort; Car, l'amour, c'est la perfection, et la perfection ne saurait avoir de terme.
Non, iious ne savons pas ce que c'est que l'amour, nous ne devons pas le savoir, nous ne le pouvons pas. Il est impossible que ce qui a un commencement et une fin, que ce qui naît et que ce qui meurt, sache ce que pourrait être l'amour, qui de son essence est étemel.
L'amour est au-dessus de Uos têtes, — comme les astres. Nous ne voyons de lui qu'un peu de sa lumière, mais nous n'imaginons ptts ce que peut être son foyer. Ce peu de chaleur qui nous vient d'en haut et qui suffit parfois à nous grandir, nains que nous sommes, ou à nous consumer, ce n'est encore qu'un souffle attiédi de l'amour divin.
L'amour? C'est à vous tous qui aimez à l'heure même où je parle, ou qui aimiez hier, que je le demande ; à vous, quelles que soient vos forces, quel que soit celui que vous aimez, qui que vous soyez vous-même, l'amour, le connaissez-vous? Est-ce là aimer? et si c'est là aimer, n'est-ce donc que cela ? Ce que vous donnez, est-ce tout ce qu'on peut vous demander? et ce qu'on vous rend, est-ce tout ce qu'il vous faut? Ce peu enfm, est-ce tout ?
Quoi ! vous souffrez, et vous répétez ce mot : J'aime. Quoi ! dans le ciel de votre amour un nuage a passé, el vous croyez aimer?
liG LE TIROIR DU DIABLE.
Où est l'amour il n'y a point de nuages, point de douleurs.
Quoi! la passion vous agite, votre sang bouillonne, votre tête s'égare, votre âme est troublée et vous dites : — C'est de l'amour?
L'amour est fort, l'amour est tout-puissant, et ce qui est tout-puissant est calme.
Vous n'aimez pas.
Vous êtes aveugle? vous n'aimez pas. Ce n'est que dans vos fables que l'amour a besoin d'un bandeau ; Tamour, c'est l'intelligence, et l'intelligence, c'est la vue.
Hais, que dis-je? Vous êtes jaloux; vous êtes furieux; le soupçon vous déchire, la défiance est en vous, et vous criez : — C'est de l'amour!
Non, ce n'est pas de l'amour. L'amour ne crie pas, l'amour se tait, son silence se comprend et s'entend, c'est un chant intérieur que rien n'interrompt et qui ne finit pas. L'amour, c'est la certitude, c'est la foi ; — et la jalousie, c'est l'incrédulité et la haine, une haine qui attend, la pire des haines; vous voyez bien que vous n'aimez pas. Il faut être aussi petit que Test un homme, pour qu'il nous soit pardonné d'avoir associé la haine à l'amour.
Descendons un peu.
Vous vous cachez? mais l'amour est brave, il est glorieux, et il n'est en un mot que là où est la liberté.
Vous fuyez, vous êtes coupable, quesais-je? criminel; mais là où il y a une faute il n'y a pas de véritable amour; Tamour ne peut être que l'innocence.
Descendons encore :
Vous vous quittez, vous vous dites au revoir; vous vivez et vous vous séparez. Non, vous n'aimez pas.
L'amour est une possession absolue, vous n'êtes pas possédé, vous ne possédez pas, vous n'êtes pas amoureux. Vous n'êtes tous qu'un troupeau