‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 73 sur 143 · CE QUE C'EST QUE L'AMOUR · texte numérisé non relu

CE QUE C'EST QUE L'AMOUR

Kï SI L'ON SAIMl!:.

(Le 16 février de l^année 1845, vers deux heures de la jouruée, un homme jeune encore, bien vêtu et de bonne mine, dit-on, passait sur le pont Neuf au moment où la foule assemblée regardait avec épouvante les efforts désespérés que faisaient, pour résister à la mort, deux pauvres diables dont le bateau avait chaviré. Jugeant, sans doute, qu'il n'y avait pas de temps à perdre, le jeune homme sauta tout habillé par-dessus le pont, ramena sur la rive un des deux hommes qui étaient en péril, et, sans prendre le temps de respirer, se remit à Teau pour achever sa lâche.

Déjà il avait saisi avec une adresse merveilleuse celui des deux hommes qui lui restait à sauver, et qui, à bout de résistance, ne luttait plus contre les flots; et déjà, aux acclamations de la multitude rassurée par son premier succès, il le poussait vers une barque de sauvetage qui arrivait enfin à leur secours, lorsque le malheureux qu'il arrachait à une mort certaine, s'étant, dans une dernière et subite convulsion de l'agonie, accroché à lui de façon à paralyser ses mouvements, l'cnt raina sous les flots, où ils disparurent tous les deux.

Les deux cadavres furent retrouvés quelques heures après. L'un, celui du batelier, fut

rendu à sa famille. L'autre, celui du jeune homme, fut déposé à la Morgue, où il resla exposé pendant les délais d'usage sans que personne vint le réclamer.

Les recherches auxquelles se livre toujours là police eu pareil cas furent infructueuses, et on ne trouva dans les vêlements de Tinfortuné jeune homme qu'un petit portefeuille de chagrin ndr dont on ne put tirer aucun indice. Ditns une des poches de ce portefeuille se trouvait une lettre ou plutdt un billet sans adresse et sané signature, qui ne contenait que ces mots, écrits évidemment de là main d'une femme : a Demaiu, a deux heures. » Ce billet était daté du 15 février, et, selon toute probabilité^ c'est en allant à ce rendezvous que le courageux inconnu avait trouvé la mort.

Dans l'autre poche de ce portefeuille, se trouvaient quelques pé^ei manuscrites , et ce sont ces pages que nous donnous aujourd'hui à nos lecteurs.)

CK QiJK t'EST (jUE L AMOlft ; KT SI l'oN 8 AIME.

Cette question ne paraîtra impertinente qu'aux gens qui n'ont jamais aimé, ou qui ne se sont jamais inquiétés de savoir ce (|ii'aimer voulait dire.

Hais celui qui a aimé , cl4ui qui aime dans ce que ce mot emporte avec lui de douttïs et de clartés, de grandeurs rêvées et de misères subios; celui qui a s^nti, ne fût-ce que pendant une heure, battre son cœur tout entier, celui chiin qui a eu le bonheur et le malheur d'aimer, suivant qu'il nous a été donné d'aimer ici-bas, celui-là, sans pouvoir la résoudre, pourra du moins la comprendre.

Ce que c'est que l'amour?

C'est une question qu'il faudrait faire à Dieu lui-nléme, parce que Diea Seul pourrait y répondre.

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