PROLOGUE. ir
chose a son prix connu et fait d'avance, tout s'acquiert, tout se paie, le présent est d'argent et l'avenir est d'or.
— Très-bien, dit Satan d'une voix enjouée ; si tu veux jamais un emploi dans l'enfer, fais-le-moi savoir; les places que tu as perdues là-haut, tu les retrouveras ici.' »
Et s'adressant alors à un troisième, « Et toi, que me diras-tu?
— Rien assurément de ce que vous ont dit ces deux messieurs, répondit celui-ci en se dandinant. Ce qu'on fait là-haut? Mais qu'y peut-on faire, sinon boire, man- ^3fez^*r ger, dîner, souper, fumer et dormir ; aller au bois, au / | club ou ailleurs, acheter des chevaux et en revendre ; parier, jouer et être amoureux tant qu'on a de l'argent ; se ruiner enfin corps et biens, puis prendre alors congé de ses créanciers, en laissant pour tout héritage aux héritiers qu'on a, quand on en a, le souvenir d'une vie si belle et si utile?
— A la bonne heure, dit Satan, voilà un garçon intéressant ! Comment vous nomme-t-on, mon petit ami? Étiez-vous duc ou pair, ou seulement fils de bourgeois parvenu ?
— Monsieur, dit l'ombre, j'étais riche, et mon blason était un écu.
— Pourquoi cet air égaré? dit encore Satan à un quatrième.
— En jour, dit celui-ci, je laissai là mes livres, mes chers livres! — On se battait dans les rues; la mémoire du passé, les leçons de l'histoire, et je ne sais quelle funeste envie de bien faire, me poussèrent au milieu des combattants! — Vive la liberté ! m'écriai-je. — C'était un crime; on m'emprisonna : je perdis la raison, — et me voici.
— Ah! oui, dit Flammèche, la liberté nu la mort. Tu as eu la mort; de quoi te plains-tu ?
— Allons donc, dit un estafier de l'enfer, on ne meurt plus en prison; qui te croira '.'
Ton sang n'a pas coulé, et tu demandes de la pitié, dit une troisième
voix ; la mort t'a laissé ta folie.
— Que ne faisais-tu comme ce beau filsî s'écria Satan avec humeur, on t'aurait laissé faire. »
« Décidément, dit le roi des enfers découragé, les morts n'ont plus ni esprit ni gaieté ; encore quelques-uns comme ceux-là, et nous regretterons notre ennui ! » Et déjà, mettant la main dans sa poche, il faisait mine d'y chercher son discours, quand la vue d'une ombre qu'il n'avait point encore aperçue vint fort à propos lui rendre quelque espoir.
«Eh ! l'ami, dit-il à un petit vieillard qui était affublé d'une longue robe it d'une toque, et dont le regard curieux se promenait sur l'assemblée, que regardez-vous donc comme cela?
— Je regarde tout, dit le personnage à qui s'adressait l'interpellation de Satan, et n'ai point eu d'autre envie, en venant ici, que celle de pouvoir enfin tout regarder.
— Réponds-nous d'abord, lui dit Satan, tu regarderas après. Que faisaistu sur la terre?
— J'avais l'honneur d'y professer la philosophie, répondit l'ombre.
— Bah ! dit Satan, toi philosophe !
— Mon Dieu, oui ! » répliqua l'ombre avec embarras.
l'ombre d'un professeur de philosophie.
liais voyant que Satan semblait disposé à la laisser parler,
i Telle que vous voyez, dit-elle, j'ai passé mes nuits et mes jours ii