‹ Le Diable a ParisChapitre 17 sur 123 · COUP D'OEIL GÉNÉRAL SUR PARIS · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL GÉNÉRAL SUR PARIS

Tu m'as l'ait promettre, honnête Flammèche, de te dire aussi mon mot sur Paris; et, comme un diable candide et bénin que tn es, tu as insisté au point de rendre un refus impossible. Prends garde de te repentir de ta politesse; car, en vérité, tu ne pouvais t'adresser plus mal. Personne ne connaît Paris moins que moi. On ne connaît que ce qu'on aime, on ignore presque toujours ce qu'on hait ; et, je te l'avoue, je hais Paris au point de passer tout le temps que je suis forcé d'y demeurer à fermer mes yeux et mes oreilles, pour tâcher de ne pas voir et de ne pas entendre ce qui fait, au dire des riches et des étrangers, le charme et le prix de cette liante capitale. C'esl une aversion passée à l'état de inonomanie; si bien que j'ai oublié Paris, comme j'ai oublie mes existences antérieures, .le ne saurais

(loin te peindre que les misères du coin du feu, el valent-elles la peine d'être dites? Le seul moyen d'y échapper, c'est, diras-tu, de sortir de chez soi. Ou aller dans Paris, à moins qu'on n'y soil forcé? où trouver le ciel qu'on puisse regarder sans heurter les passants et sans se faire écraser par les voitures, pour peu qu'on n'ait pas la faculté de regardera la fois en l'air et devant soi? où respirer un air pur? où entendre des harmonies naturelles? où rencontrer des figures calmes et des allures vraies? Tout ce qui n'est pas maniéré par l'outrecuidance , ou stupide comme la préoccupation du gain, est triste connue l'ennui, ou affreux comme le malheur. Tout ce qui ne grimace pas pleure, et ce qui par hasard ne grimace ni ne pleure est tellement effacé OU hébété, que les paves usés par les pas de la multitude ont plus de physionomie que ces tristes faces humaines. Que se passe-t-il donc dans cette ville riche et puissante, pour que la jeunesse y soit flétrie, la vieillesse hideuse, et l'âge mûr égaré ou sombre? Regarde ces masures décrépites et puantes auprès de ces palais élevés d'hier. Regarde ce monde d'oisifs qui marche dans l'or, dans la soie, dans la fourrure et dans la broderie ; et, tout à côté, vois se traîner ces haillons vivants qu'on appelle la lie du peuple! Écoute courir ces légers et brillants équipages; entends ces eus rauques du travail et ces voix éteintes de la misère! ha plus nombreuse partie de la population condamnée au labeur excessif, à l'avilissement, à la souffrance, pour (pie certaines castes privilégiées aient une existence molle, gracieuse, poétique et pleine de fantaisies satisfaites! Oh ! pour voir ce spectacle avec indifférence, il faut avoir oublie qu'on est homme, et m plus sentir vibrer en soi ce courant électrique de douleur, d'indignation et de pitié qui fait tressaillir toute âme vraiment humaine, à la vue, à la seule pensée du dommage ou de l'injure ressentis au dernier, au moindre anneau de la chaîné.

.Maison donc, me diras-tu , espérer de fuir ce monstrueux contraste? Oh! .je sais bien qu'il est partout, el que d'ailleurs le devoir n'est pas de fuir la souffrance et d'apaiser son cœur dans le repos de l'égoïsme. S'il existait sur la terre un sanctuaire réservé, une société d'exception, où, dans quelque lie enchantée, on put aller s'asseoir au banque! de la fraternité, ce serait peut-être là qu'il faudrait faire un pèlerinage une ou deux lois dans

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