PROLOGUE
beau matin fumant d'un air mélancolique une cigarette, sur cette partie du boulevard des Italiens qui est le premier lieu du monde, et qui s'étend
de la rue du Mont-Rlane à la rue Lepelletier.
Or, ce n'était pas sans raison que l'envoyé de Satan fumait et qu'il était mélancolique.
Non qu'il regrettât l'enfer et ce qu'il y avait laissé, car il s'était aperçu au premier coup d'œil que, — tout agréable qu'il eût trouvé jusqu'alors d'être un Diable de quelque valeur, d'avoir des cornes et d'être le favori de Satan. — un peu d'air et de liberté pouvaient remplacer bien des choses; aussi, les premiers jours de son arrivée les avait-il passés, dans toute l'ardeur d'un diplomate qui débute, à aller partout et à entasser notes sur notes, en niable qui sait à quoi il s'est engagé.
Nous dirons même que c'était avec une sorte de plaisir qu'il avait changé sa figure de l'autre monde contre un visage humain, et caché sous des bottes vernies — ses pieds fourchus.
Et personne assurément, si ce n'est peut-être Satan lui-même, n'aurait pu reconnaître sous sa nouvelle forme de dandy parisien le Diablotin donl nousavons dit quelques mots dans le couranl de ce récit.
->,; II. DIABLE A PAKIS.
Mais, ainsi que tous les esprits infernaux qui avanl lui étaient venus \ isitei notre globe, Flammèche, en s'afiublanl de nos mus ri de nos habits, n'avait pu se dispenser de prendre en même temps sa part de nos faiblesses. — Ce qui le prouve, c'est qu'à la première occasion, oubliant tout d'un coup ce qu'avait d'inconciliable avec la gravite de ses fonctions diplomatiques un tendre sentiment... il était devenu amoureux'
Il s'ensuivit que le jour où il lui fallut mettre la main à la plume pour envoyer son premier bulletin à Satan, après avoir en vain remué ses notes et ses souvenirs, il ne put rien tirer de son encrier — qu'un billet doux.
Le propre de l'amour étant d'être exclusif de tout ee qui n'est pas luimême, — dans ce Paris si divers il n'avait vu qu'une femme.
Une seconde tentative n'ayant eu pour résultat qu'un second billet doux,
« Pardieu! se dit Flammèche, ne puis-je donc à la fois satisfaire et mou maître et ma maîtresse? Ce que j'aurais à dire à Satan, un autre ne peut-il le dire à ma place? Ce qui manque à Paris, sont-ce les gens qui écrivent, qui racontent, qui devinent, qui critiquent, enfin? Ne puis-je demander a
chacun d'eux un de ces services qu'entre Diables et hommes de lettreson ne sauiait se refuser, c'est-à-dire un peu ou beaucoup d'aide, suivant que mon mal ira en croissant ou en diminuant'.' et la chose ainsi faite par eux comme par moi-même, et mieux que par moi-môme assurément, Satan aura-t-il le plus petit mol à dire'' Qu'y aura-t-il perdu'' Rien, et bien an contraire
fKULOGI E.
« Quant a moi, j'y aurai gagné d'être amouneux tout à mon aise tasse mon étoile, ajouta-t-il en soupirant, que... »
Mais il n'acheva pas sa pensée.
— et
Sciant donc mis en roule aussitôt, Flammèche rencontra partout l'accueil que devait nécessairement lui mériter sa qualité d'envoyé de l'enfer. Les uns trouvèrent piquant d'entrer ainsi, dès ce monde, en relation avec Satan lui-même; les autres y virent un côté utile, l'amitié d'un Diable pouvant tôt ou tard être mise à profit. Bref, chacun mit à sa disposition, ceux-ci leur plume, ceux-là leur crayon.
A quelques jours de là une grande réunion eut lieu, dans laquelle Flammèche exposa ce que Satan attendait de lui. Dix plans furent proposés, dont le moins lion était excellent ; mais par cela même le choix devenait difficile, et sur la proposition d'un des membres les plus respectés de l'assemblée, il fut décidé que, pour sortir d'embarras, on n'en suivrait aucun. Il se dit a cette occ.t-.ion les choses les plus ingénieuses et les plus sensées contre les méthodes et contre les classifications, qui alourdissent tout sans rien éclairer, contre la régie enfin, et contre la raison elle-même.
" Paris est un théâtre dont la toile est incessamment levée, dit l'illustre
écrivain qui avait conclu contre les méthodes, et il y a autant de manières de
considérer les innombrables comédies qui s'y jouent qu'il y a de places dans
.'M immense enceinte. Que chacun de non-- le voie donc comme il pourra.
celui-ci du parterre, celui-là des loges, ici autre de l'amphithéâtre : il faudra bien que la vérité se trouve au milieu de ces jugements divers. It'ailleurs, souvent un beau désordre...
— Est un effet de l'art! cria rassemblée tout entière; ceci est connu, foin des méthodes ! — »
On poînl fui dès lors résolu, c'est que, comme garantie d'impartialité, du prendrait pour devise ce mot d'un ancien :
» Tu parleras pour ; — tu parleras contre ; — tu parleras sur. »
Il fut décide aussi, sur l'avis de Flammèche, que, — pour satisfaire aux idées d'ordre qu'il connaissait à Satan, — des notes scientifiques et autres seraient jointes au dernier article avec une table raisonnée des matières, de façon a satisfaire les esprits sérieux de l'enfer, au cas où il pourrait se trouver des esprits sérieux en enfer.
S'eianl alors approché d'un meuble de l'orme assez bizarre, monsieur l'ambassadeur pressa un ressort qui lit ouvrir un tiroir entièrement noir, sur lequel' on vit flamboyer tout d'un coup écrits en lettres de l'eu ces mots : Tinoni du diable.
« Chers messieurs, dit l'envoyé de Satan, tout ce que vous destinerez a mon maître, mettez-le sous enveloppe avec ces mots en suscription : Tiroir ila Diable, et ne vous inquiétez pas du reste. Vos manuscrits viendront d'eux-mêmes et sans le secours de personne à leur destination. »
Flammèche, resté seul, se trouva soulagé d'un si grand poids, qu'il prit l.i pb d'une main presque légère pour écrire a Satan :
tStre,
(7Pff« ai'i&iit) /<//'/ e/e /a/ /<e A deé Aotnt/ieé . cej) /tuameeé éonf aeé aeanù, e/, a cale de outré A>////iej, ctj aeanlj eum-memeà ne Jo/if atcc deé /a/// mcet).
tStue, Qoanj cjl le /tl/ej Ocfuc /letcit'/i de t'cl/'e cocewu/ie , e/ fe je/tit Ote/ilol e/i. tneéure cl envoyer aicccqStvemenl ci uCol/<e Sibérie jli cc/t ro/////le /<e/tda Adcle tic ccj m elfe c/itjcj t/aicj e/ de cej mule c/ioàej l/idleà donf je ccm/ieoe l etnct'c/'j /taifjtcri , — lotclej cnoéeé co/ili<c ceaaueUeé t<ol/<e enntu /te jaui'cccl letu/; — jattJ cnâue/- ce 1711e i'oicj attne& la/il, — du u/un/ej ci leulo le*) /tciaeé /
Oe ne ded iie/i de /{/tu eeiuoutil Yuu , necicj , /e/<e/iez/ta/ie/ice , loti/ cjf e/i Oc/i l/'cct/c, c//e/iccc.) lira/uellre ci L'Col/'c ^41' c/tule c/tic clann Aett elle jerci .)aûi//i/fe.
l'uis ayant cacheté sa lettre, il la jeta en l'air en lui disant :
« Va au Diable ! »
Et elle y alla.
« Ma foi '. bien pauvre qui né saurait promettre, » dit Flammèche en riant.
Et là-dessus il se coucha.
Le lendemain, l'envoyé de Satan se leva trais et dispos.
« Baptiste, dit-il à son valet de chambre, — qui s'appelait Baptiste, selon la coutume «les valets de chambre, — ouvre le tiroir que tu sais et apportemoi ce que tu y trouveras. »
Paris est la ville du inonde où l'on dort le inoins, c'est pourquoi tout s'y l'ail vite. Le tiroir était déjà plein — tant la nuit avait été féconde.
Le premier manuscrit qui tomba sous la main de Flammèche portait ce litre :
coup d'oeil général sir paris.
A la bonne heure, ilit-il : mon maître, qui aime l'ordre, sera servi a ! souhait. Avant de voir les détails, n'est-il pas juste de