‹ Le Diable a ParisChapitre 2 sur 123 · HISTOIRE DE PARIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS

l y a bientôt deux mille ans que l'Athènes de la civilisalion moderne n'étail qu'un misérable amas de Inities de paille enfermé dans une petite île « qui avait, dit Sauvai, la forme d'un navire enfoncé dans la vase et échoué au fil de l'eau. » La Seine lui servait de défense, et elle était unie à ses deux rives par quelques troncs d'arbres formant deux ponts grossiers. Les Gaulois nommaient celle chétive bourgade Loutotihezi, c'est-à-dire habitation au milieu des eaux. C'était le chef-lieu du petil canton des Parisiens, peuple de bateliers et de pêcheurs qui a donné à la ville le vaisseau de ses armoiries, el dont les goùls aquatiques se sont, comme chacun sait, si fidèlement conservés, à travers toutes les révolutions, chez ses descendants.

Il fallut que César vinl faire la conquête de la Gaule, pour que l'existence de la pauvre I. nlvcr. pour que le nom des Parisiens fussenl révèles au monde. Singulière fortune historique! l'acte de naissance de la cité, qui semble avoir l'initiative des grands mouvements de l'humanité, nous esi fourni par le génie qui ferme les temps anciens el ouvre les temps modernes. Alors ces bords de la Seine, OÙ s'entassent aujourd'hui lanl de palais, où fronde lanl de bruit, OÙ fourmille une population si ardenle, étaient couverts de longs marécages, de Irisles bruyères, d'épaisses forêts qui allaient couronner les bailleurs voisines; immense solitude coupée à peine par quelques cultures, habitée .i peine par quelques milliers de sauvages.

Ces sauvages surent pourtant défendre héroïquement leur pairie contre l'invasion romaine. Dans la grande insurrection dont Vercingétorix lui le chef, les Parisiens prirent les armes, ei

un lieutenant de César fui envové | • les soumettre. A son approche, ils brûlèrent leur ville

el ses pouls, et, aides de leurs voisins, si retranchèrent dans les marais fangeux qui' formait la Bièvre. Hais les Romains tournèrent le camp parisien en passant la S.iiu- de van I Cnaillol : el alors s'engagea dans la plaine de Grenelle un c bal où les Gaulois furent vain-

„ I l DIABI I \ PARIS

cu«, ,., dans lequel les soldais de I ulèce périrent presque s. El voilà la première bataille

livrée devant Paris I «>n sail quelle a clé la dcrnièrcl... Entre ces deux défaites, que de for-

;,,.,.,. ml c ts la puissante Roi il l'humble Lutèce! Dans la première, un

Romain conqui railla Gaule pour s'en l'aire un marchepied au suprême pouvoir, a l'empire

,l„ mo„de; dans la deuxième, le César de l'histoire lerne perdait, avec la Gaule .1 qui il

,,,„ (|0IH1é In grandeur romaine, avec l'Italie, conquise à son tour par la Gaule, la fortune nfi le Paris proclamé dans son berceau roideR i!

p, nda„| ,|„,,i,v , enls ans, on n'entend plus parler de la petite Lutèce jusqu'à Julien l'Apos ,ronné du quatrième siècle, qui habita duranl deux hivers un palais dont on ignore le fondateur, et dont quelques ruines cxislenl encore, les Thermes de laruedela Harpe. Il x avail rassemble quelques savants ; l'un d'eux, Oribase-, 3 rédigea, dit-on, un abrégé de Gallien; el roilà le premier ouvrage publié dans une ville qui enfante maintenant chaque joui ,li, à douze chefs-d'œuvre. Julien aimail la ville des Parisiens, qu'il appelle sa chère I. ulèce. Il vanleson climat, ses eaux, même ses vignobles; car il parail certain que les coteaux de Su- ,, 5nes claienl déjà eu mesure d'abreuver nos aïeux. Il vante, par-dessus toul , les Parisiens el !..„,.. mœurs austères, n Ils n'adorenl Vénus, dit-il, que comme présidanl au mariage; ils n'useul des dons de Bacclms que pour avoir de nombreux enfants; ils fuienl le* dan-,- las- ,„,,. l'obscénité el l'impudence des théâtres, etc.» Si Julien revenait, il trouverait sans doute que 1 1 gravité des Parisiens, en passant par la filière de quinze siècles, s'est quelque peu modiii ;e,

A cette époque, I ulèi e s'était embellie. Ses deux ponts avaienl été rétablis el fortifiés ; il ] avait un Champ-de-Mars et des arènes sur la montagne Sainte-Geneviève; outre le palais des

Thermes, qui couvrait probablement, avec ses jardins, une grande partie des quartiers Sainl

el Saint-Germain, quelques villas romaines avaient été bâties sur la rive droite, el l'on a trouvé des ruines de tombeaux en fouillant les terrains du Palais-Royal el de la rue \ menue. Depuis ces tombes primordiales, que de couches successives de sépulcres u'a-l-il pas fallu entasser pour former l< sol actuel de Paris?

I ulèce fui mise par Clovis, qui \ lixa sa résidence. La plupart de ses successeurs l'i

mitèrent, el séjournèrent dans un édifice <|i cupail la partie occidentale de la Cité, el qu'on

ippelail le Palais. Mon elle pril de l'importance , lui enceinte d'une muraille, el commença 1 jeter quelques maisons, surtout des édifices religieux, dans les champs voisins. Telles furonl Sainte— Geneviève el l'abbaye Sainl Germain des Prés, Bur la rive gauche; l'église Sainl Germain I iuxerrois 1 1 l abbaye Saint-Martin des Champs, sur la rive droite. Saint Denis avait, vers le troisième siècle, apporté le christianisme dans Paris. I n enfant de cette \ille, saint

M I, né, dit-on, rue de la Calandre, avait tinué son oeuvre, el précipité le dragon de

l'idolâtrie dans la Si inc. Enfin une li 1 ndi pli ini de grftce et de poésie avait place In reine

future delà civilisation sous la protecl d' pauvre bergère, sainte Geneviève, qui l'avail

des armes d Vtliln. Quel numenl rappelle aujourd'hui ces trois patrons de la grande

HISTOIRE DE PARIS. m

ville'.' Nos pères leur en avaient élevé en lous lieux; 5 n'avons plus que le Punlhéou, mon

lagne de pierres vide el muette, avec laquelle il semble que les taux dieux soient revenus,

Paris ne s'agrandit pas sous Charlemagne et ses suo esseurs. Ces rois, de race germanique, n'j résidèrent point, el ne la traversèrenl que rarement : aussi son histoire, a cette époque, estelle entièrement nulle. LU écrivain la nomme la plus petite des cités de la Gaule ; el , en effel .

elle était encore réduite à son ile , quand les lion - du Nord vinrent piller ses abbayes, ni

Miller ses murailles, enfin l'assiéger. Le roi Charles le Gros, au lieu de combattre pour la délivrer, acheta la retraite des pirates. Cette lâcheté le fit tomber du trône, et remplacer par le fondateur d'une dynastie nouvelle, le comte Eudes, sous lequel Paris ne revit plus les hommes du Nord. Nous les avons revus, nous, après dix siècles d'intervalle, el (rainant derrière eu] loule l'Europe en armes! Que d'événements entre ces deux invasions, entre SS.'i el INI i ; entre le comte Eudes , défendant la grosse tour de hois du Palais, el le maréchal Moncey, couvrant la barrière de Clichy ; entre la déposition de Charles le Gros, le dernier descendant de Charlemagne qui ait porté la couronne impériale, et l'abdication de Napoléon, le seul monarque français qui, depuis Charles le Gros, ail porte celle même couronne !

Avec les rois de la troisième race commence l'extension de Paris sur les deux rives de la Seine, sa grandeur politique, son action civilisatrice. De capitale du duché des Capétiens, elle devient capitale du royaume, et profite de sa position géographique pour centraliser autour d'elle loules les parties de la France. Son influence n'est pas d'abord politique. Heureuse d'être ville rovale, et affranchie de la turbulente vie des communes, ornée des plus beaux privilèges, vivant paisible à l'ombre du sceplre de ses maîtres, elle se contente d'avoir sur les provinces l'influence des idées, du savoir, de l'intelligence. Ainsi, au onzième siècle, commence la renommée de ses écoles, foyer de lumières où le monde venait déjà s'éclairer, centre des mouvements populaires, source intarissable de grandes pensées el de joyeux propos, d'actions généreuses el de tumultueux plaisirs. Paris s'appelle déjà /« ville des lettre* : on vient de loule la France pour entendre ses théologiens et ses docteurs; dix mille écoliers s'enlassenl dans les bouges obscurs de l'Université naissante , passent les nuils sur la paille des écoles de la place Haubert, se pressent dans les clos de la montagne Sainte-Geneviève, seuls suffisant à les contenir, pour écouler Pierre Lombard, Guillaume de Champeaux, et surtout Aliailard. Paris est aussi déjà la ville des plaisirs: « 0 cité séduisante et corruptrice! dit un auteur de ce temps, que de pièges tu tends à la jeunesse, que de péchés lu lui fais commettre! » El pourtant c'était le Paris de Louis VI, comprenant, outre la Cité, vingt ou

trente ruelles fétides, boueuses, obscures, .tiii|iirl on venait de donner pour la première fois uni- enceinte! Mais que de passions el de rires dans ces maisons liantes, sombres, humides, à solives appareilles, a pignons surplombants '. Une de joyeux rendez-vous el de douces causeries a l.i porte Baudet, sous Vourmeciau Sainl-Gervais, au puits d'amour de la rue de laTruanderie! Que de sage e dans l'humble édifice voisin de l'église Saint-Mcrry, d'où l'abbé Sugn, « ce Salomon chrétien, r<- pin- de fi pairie, arme à la lois du glaive spirituel ci du glaive temporel, »i gouvernait le rovnumc! Que de poésie et d'ivresse dans la chetive maison de la

n LE DIABLE A PARIS.

rue du Chantre où Héloïse el Abailard, a les livres ouverts devant eux, parlaient plus d'amour

,,i„. de pbil phic, cl oubliaient les sentences pour un baiser '■ « Que île science dans celte ab-

i iayi S lint-Viclor, bâtie par Guillaume de Champeanx, donl les voûtes retentirent de la parole

d'Abailard, cet homme dont la vie publiqi I les malheurs prives remplissent toute l'époque!

Que de douces aventures, de naïfs ébats, d'amoureuses chansons (les chansons d'Abailard, qui a rendirent mon nom, dit Héloïse, célèbre par toute la France!») dans ces clos cultivés, ces caurtilles, où les vignobles ont succédé aux marécages; ou bien dans ces bourgs oui poussent autour îles abbayes, à l'ombre de leurs clochers protecteurs, dans les champeaux Saint-Honoré, le Beau-Bourg, les courtilles du Temple, le bourg Saint-Marcel, le clos du Chardonnet, le bourg Saint-Germain des Prés , etc. Hélas! que sont devenus ces champs de verdure et i • - frais ombrages '.' I>es loi -eu de maisons les ont remplacés : les existences j sont peut-être moins grossières, * sont-elles plus heureuses? (lue sont devenus le palais du régent i\i\ douzième siècle, la maison du chanoine Fulbert, l'abbaye de Guillaume de Champeaux1? L'abbaye qui mirait -mi clocher si délicat dans les eaux de la Bicvre, d'où sont sorti- tant de savants, qui a été la sépulture des évêques de Paris; l'abbaye Saint-Victor, avec son église délicieuse, ses beaux cloîtres, ses grands jardins, a été démolie, et, à -a place... ô progrès! est l'entrepôt des vins' La science de la vie est-elle mieux connue de nous que des doctes moines dont la poussière est ignoblement mêlée aux boissons donl s'abreuve la capitale? — La maison d'Héloïse a

i disparu : il ne reste d'elle qu'une tradition

exploitée par quelque bourgeois du quartier, lequel a l'ail inscrire sur priélé us ileuv ver-, éclos -ans doute dans quelque cerveau de l'Institut

Héloïse, Abailard, habitèrent ces lieux, Des sincères amants modèle précieux

Laquelle de nos Saphos modernes nous rendra le génie, l'immense savoir, el surtout le i leur dévoue, sublime, héroïque, de l'aliliesse du l'a railel ? La société moderne, avei ses passions cupides el ses aine- desséchées, poorcail-elle enfanter histoire aussi louchante que

celle des amant- du douzième sièele, la seule de nos annales domestiques qui soit encore toute liai, lie ila n- les souvenirs populaire- î — Quant à la demeure du ministre de Louis VII, on sait seulement qu'elle était au même lieu que nus discordes civile- ont récemment rendu célèbre : la maison de Suger et le combat de lxr>i sont les seuls souvenirs historiques que rappelle le cloîtri Sainl-Merry, tant le hasard -'est inquiété de mettre cote à côte, pour l'édification de 1 1 postérité, la mémoire du grand homme d'Etat du moyen âge, el celle de ses derniers el plus digni successeurs.

\ mesure que le royaume s'étend el s'arrondit, la capitale s'accroît et s'embellit. Sous Philippe-Auguste, Pan- commence a se paver, à se creuser d'égoûts, a se couvrir de balles. Deux hôpitaux, trois collèges, onze églises sont fondés , el , parmi ces dernières, on remarque I abbaye Saint-Antoine des Champs, qui donna naissance a un bourg célèbre dan- nos annales révolutionnaires. Le roi agrandil le château du Louvre, commencé par ses prédécesseurs, au moyen d'un terrain ulule aux religieux de Saint-Denis de la Chartre lesquels demeuraient

dan- la Cité, près du pool Notre-Dame : il l'achète pour une rente annuelle de trente sous,

rente qui élail 'c payée en 1789, tant l'ancien régi me était candide en alla ire- ! el il 5 fait

bâtir la grosse lour, qui devint le symbole de la suzeraineté royale et la prison des va— aux rebelles. I évt que M turii e de Sully (ail construire, à la place d'une vieille église qui dal les

lils de (.lovi-, la mande Notre-Di , qui ne fut achevée qu'au boni de deux siècles : monu-

'■ gâté pat les restaurateurs de tous les Igcs, el surtout par celle orgueilleuse inlclligenei

HISTOIRE l>K PARIS. v

de Pari gothique, qui a transformé l'œuvre 'naïve cl.- nm aieux en un mythe hiéroglyphique.

Le cimetière des Innocents est enveloppé de longues galeries appelées charniers : les riches y choisirent leur sépulture, îles marchands s'y établirent, les oisifs vinrent s'y promener, et le séjour du la mort devint un lieu de luxe, de plaisirs, de rendez-vous. Le moyen âge, avec sa foi ardente, ne craignait pas la mort, et aimait à jouer avec elle; aussi, sur les murs des charniers, avait-il peint la Danse macabre, allégorie philosophique où Ton voyait la Mort mener la danse en conduisant au tombeau « personnes de tous estais, » mêlées el confondues. Celle allégorie y fut même plusieurs fois représentée sur des tréteaux par des acteursqui attiraient la foule, tant la scène était appropriée au sujet ! La Mort mena la danse au cimetière des Innocents pendant plus de six siècles, et elle y entassa les cadavres de vingt à trente générations. Aussi, en 1783, quand l'administration municipale voulut détruire celle immense nécropole, devenue un foyer d'infection, elle en lit extraire douze cent mille squelettes, qui défilèrent devant leurs descendants pour aller former, avec leurs ossements, les murs des catacombes. C'était la dernière représentalion de la Danse macabre'

Paris prit tant d'accroissement sous Philippe-Auguste, qu'il fallut lui construire uni' nontelle enceinte , laquelle fut fortifiée. Celte enceinte formait sur la rive droite un demi-cercle

qui commençait par la Tour qui fait le coin (près du pont des Arts) , el finissait par la Tour Barbel près du port Saint-Paul), en ayant pour points principaux : porte Saint-Honoré (rue Suint-Honoré, près de l'Oratoire); porte CoquiUière (à l'entrée de la rue Coquillière) ; porte Montmartre (numéros 13 el 7>-l de la rue Montmartre) ; porte Saint-Denis (rue Saint-Denis, pris de l'impasse des Peintres) ; perle Saint-Martin (rue Saint-Martin, près de la rue Grenier-Sainl-Lazare) ; porte de Braque (rue de Braque, près de la rue du Chaume) ; porte Barbette (Vieille rue du Temple, près de la rue Barbette); porte Baudet (place Baudoyer). L'enceinte formait aussi, sur la rive gauche, un demi-cercle qui commençait par la tour de Veste près de l'Institut) el finissait par la Tournelle (quai do la Tournelle, près de la rue des Fossés-Saint-Bernai'd), en ayant peur |."inis principaux : porte Bussy (rue Saint-André-des- Arcs, près de la rue Contrescarpe) ; porte îles Cordeliers (rue de l'Ecole-de-Médecine ; porte Gibartou d'Enfer (place Saint-Michel) ; porte Saint-Jacques (près de la rue Saint-Hyai indu- ; porte Bordel (rues Bordel cl de Fourcj ; porte Saint— Victor (rues Saint-Victor el des 1 ossés-Sainl-A iclor)

lie> nombreux édifices qui étaient en dehors de cette enceinte, nous en remarquerons na

seul, parce qu'il marque la distance morale qui existe entre l'enceinte de Philippe-Auguste et l'enceinte de Louis-Philippe : c'est Saint-Lazare, hôpital destiné au soulagement des le-

preux. 1 ne coutume . pleine d'enseigne nis chrétiens , voulait que les rois, avant leur entrée

solennelle dan* la capitale, lissent séjour dans cet asile des plus dégoûtantes infirmités, pour \ ,,„,. |,. serment de Bdélilédes bourgeois : et une autre coutume, non moins sublime, \nulail que les dépouilles mortelles des r.ii- et des reines, avant d'être portées à Saint-Denis, ? Fussent déposées pour] recevoir l'eau bénite des pauvres habitants du lieu. On sait ce qu'est devenu Saint-Lazare, dont saiul Vincent de l'nul fut n 1 >l ><: , d'où André Chénier sortit pour aller à

I',., h, ,1.111,1 : i prison pour les filles de mauvaise vie! El pourtant, entre le Saint-Lazare

du douzième siècle el le Saint-Lazare de nos jours, il j a, dit-on, toute la distance qui sépare la barbarie il. la civilisation.

I iuis IX, Paris se complaît dans ses nouvelles murailles, el ne cherche pas à les franchir* mais il continue a se couvrir de Fondations pieu -es, -avanies ou du ri l ailles : ,les églises, des collèges, des hôpitaux, c'était tout ce qu'on savait faire en ces lemps de ténèbres. Dans notre siè< le de lumières, avec un nuire social où l'on ne tend a rien moins qu'à la perfection de l'espèce humaine, nous bâtissons uniquement des prisons el des casernes. Que reste-t-il de tous ces édiGces >\r- modestes »» ons du moyen âge '.' Nous sommes si prompts à transformer en poussière les chefs-d'œuvre des arts, que la plupart n'existent plus. El qu'a t-on mis à leur place .' Le couvenl des Vugustins, qui servit pendant des sièclesaux assemblées du clergé, du parlement, de l'ordre du Saint-Esprit, c'esl aujourd'hui... le marché à la volaille! Le couvenl de l'Ave-Maria... c'esl une caséine ! Le couvenl des jacobins de la rue Saint-Jacques...

c'esl une prison! Le cornent des curdolior: les salles de dissection de l'école de médecine!

L'hôpital des Filles-Dieu... un passage '■ Le collège de C.lunv ... d'abord un atelier de peintre, puis un magasin de papier, puis rien ' Le couvenl des Chartreux, orné de tant de richesses, nu Lesueur peignit ses chefs-d'œuvre... c'est l'avenue du Luxembourg, où MM. les pairs peuvent, en se promenant, visiter la place où le héros d'Elchingen est tombé -ou- des halles fra» ! I.a Siirlionue. ce temple de la théologie, d'où partirent tant de décisions terribles aux papes et au\ rois, nu Richelieu voulul cire enterre... c'est (aucuns disent qu'elle doit envier le sorl du couvent des Aujrustius'i... c'esl la fabrique aux bacheliers, le chef-lieu universitaire de l'académie de Paris ! Heureusement, de- toutes ce* créations si regrettables, il en reste une que la bande des démolisseurs n'a pas atteinte, c'est ce chef-d'œuvre d'Eudes de Monlreuil , qui fui improvisé en huit années, el auquel nuire siècle opposera peut-être Notre-Dame de I. nielle : c'est la Sainte—Chapelle, ce lupin d'architecture si fin, si riche, si gracieux 1 Qu'il reste i

jamais oublié de* arcl loques el des reslauraleurs, comme le logis île la reine Blanche, dont

les précieux débris existent encore sur le* bords de la Bièvre, près de- Gobelinsl

S, mi* ce règne, la royauté commence a appuyer son sceptre sur la robuste main du peuple de l'an*. Le roi el -a more étaient en guerre avec le* barons, qui leur fermaient le chemin et li c ,i pila le. Il* appelèrent a leur défense les habitants <■ de la ville avec laquelle, dit Pasquier,

les roi* île France ont perpétuelle m uni leur fortune. » Les Parisiens sortirent en armes,

délivrèrent le monarque, el le ramenèrent en triomphe dans leur- mur-. Cela se passait en l"2*27 : *i\ siècles après, le* Parisiens sortaient encore en armes de leur ville, mais celait pour en chasser les dernier* descendants de sainl Louis I

En reconnaissance du dévouement de sa capitale, Louis IX se lit inscrin dans In confrérie

des I geois ; il prit le litre île bourgeois de Paris : il appela le- l> 'geois a -eu conseil ; il

leur fil signer ses ordonnances; il le* établil en corpsde métiers; d régla leurs institutions

municipales, el leur donna, avci un prévôl el de* échevins, un Parloir aux bourgeois , qui

litué près du Grand-Chatclet. A tous c es bienfaits, il ajouta une' garde de police Celte

garde pour une ville qui comptait cinquante mille unes, était forte de soixante hommes : il

'•ni de le ; 1 1 1 v cinquante mille soldats de toutes .unie* qui, aujourd'hui, surveillent nu

défendent le ni cent mille habitants de l'an* ; mai*, au temps de salut Louis, la police

" ai ni i p. i que des malfaiteurs, tandis que dp nos j * elle i tant de soui i* d'autre

genre, ms pli r le m. >n de la Ii

HISTOIRE DE PARIS. vu

Son- les successeurs de Lonis l\, le progrès continue, el se manifeste principalement par des Fondations de collèges. On eu compte quatre sous Philippe III. six mois Philippe IV, el parmi eux le collège de Navarre, où esl aujourd'hui l'école polytechnique; cinq sous les fils de Philippe IV, quatorze sous Philippe VI, etc. Mais avec ses écoles, qui couvrent la moitié de son enceinte, avec son parlement, >j ti i enfante la confrérie ou le royaume des clercs de la Basoche, avec sa bourgeoisie, ipii assiste aux états-généraux, Paris commence à s'inquiéter du gouvernement : il mène au gibet de Monlfaucon les ministres Labrosse et Marigny ; il s'assemble aux piliers des balles pour voler la loi salique; enfin, las des tyrannies financières de Philippe le Bel, il fait sa première émeute. Le roi, chassé du palais, poussé de rue en rue avec ses archers, se réfugie dans la forteresse du Temple, située alors hors de la ville. Il y esl assiégé, en sort victorieux, el fait pendre vingt-huit bourgeois aux quatre principales portes. Cinq siècles après, un antre Capétien, chassé aussi de son palais par la fureur populaire, entrait dans l.i sombre tour du Temple, mais c'était en prisonnier'; el il n'en sortit que pour être mené à l'échafaud par les pelils-fds de ces bourgeois que Philippe IV avail attachés à la potence.

Après celle sédition. Paris resta pendant quelque temps soumis et paisible. Mais quand il vil la dynastie des Valois exposer le salut du royaume dans les honteuses journées de Crécy el de Poitiers, il se sentit appelé à suppléer an gouvernement, à se charger des fonctions de la rovauté el de la noblesse, à prendre en main les deslinées de la France. Son génie révolutionnaire allait pour la première fois se manifester.

La ville commença par se tranformer en une vaste forteresse, aussi apte à se défendre contre les mauvais desseins des ennemis de la bourgeoisie que contre les attaques des étrangers. Pour cela, on scella à l'entrée de chaque rue une grosse chaîne de 1er, qui, tous les soirs, et, au moindre signal de danger, était tendue et fermait chacun des trois cents défilés étroits el tortueux dont se composait la ville. A l'approche de l'ennemi, on renforçait cette chaîne avec des poutres, des pierres, des tonneaux, et la barricade devenait imprenable, surtout poulies barons, avec leurs grands chevaux et leurs lourdes armures. De plus, on reconstruisit la muraille extérieure, en l'appuyant de fortes tours, et on la garnit de sept cent cinquante guérites el même de canons. Enfin l'enceinte septentrionale fut agrandie : elle partit alors de la

lourde BiUy (près de l'Arsenal . et alla jusqu'à la tour lin Bois (près du I. ouvre , en passant a peu près par la Italie actuelle Ai- boulevard* , jusqu'à la porte Saint-Denis, et de là en suivant l'emplacement ile< ruci Bourbon-Villeneuve, Neuve-Saint-Euslache , Fossés-Montmartre, du Rempart, Saint-Nicaise , etc. Tout cela fut l'ait en un an, coûta sepl cent quia-

n„ il DIABLE A PARIS.

rante-deoi mille francs de noire monnaie, e( fut l'œuvre d'Etienne Marcel, prévdl des marchands, noble caractère, vaste intelligence, grande renommée populaire, dont les historiens

courtisans onl jeté la mémoire au* gé lies.

Grâce .1 l'attitude énergique de Paris, les états-généraux, que dirigeaient Marcel cl ses amis, lir.m la I." au gouvernement, el imposèrent au dauphin Charles , régenl du royaume pendant la captivité il» roi Jean, des conditions qui avaient pour but immédiat le renvoi de ministres impopulaires, mais qui, dans l'avenir, auraient changé la face de l'Etat. Toutes leurs résolutions étaient appuyées de la préseni e des bourgeois, qui, au signal du prévôt, suspendaienl les métiers, fermaienl les boutiques et prenaient les armes. On vil alors les princes s'abaisser devant le peuple , el mendier -a faveur par des discours à la multitude assemblée. I ut tllail haranguera la place de Grève, sur les degrés de la grande croix élevée au

bord de l'eau, ou bien sous les piliers des balles, ou bien au Pré-aux-Clercs : le roi de Navarre, Charles le Mauvais, lui répondait, el le populaire, qui s'amusail de ces joutes d'éloquence, huait ou applaudissait les comédiens qui devaient lui faire payer le spectacle. Paris eiail devenu une sorte de république, dont la municipalité gouvernait les états el la France.

Le parloir aux bourgeois avail été transféré dans i maison de la place de Grève, dite Maison

aux Piliers, dont la grande salle, ornée de belles peintures, fui, pendant deux siècles, le théâtre d'événements de ions genres. Les amis de la liberté s'étaienl donne pour insigne un chaperon mi-partie bleu et rouge, couleurs de la ville, qui restèrent dan- l'obscurité jusipi'en ITN'.l, avec une agrafe d'argent et la devise : .( bonne fin'

Le prévôt, lasse de l'opposition du Dauphin el de ses courtisans, lit a r les compagnies

bourgeoises, les conduisit au palais, entra dans la chambre du prince, el le somma une dernière fois " de mettre fin aux troubles el de donner défense au royaume, n Sur sou refus, deux de ses favoris furent massacres et leurs cadavres jetés dans la cour aux applaudissements de la foule. Le Dauphin tomba aux genoux de Marcel, lui demandant la vie. Le terrible tribun lui donna son chaperon pour sauvegarde, le traina à la fenêtre, et lui montrant les cadavres : " De par le peuple, dit-il, je vous requiers de ratifier la mort de ces traîtres, car c'esl par la volonté du peuple i|ue tout ceci s'esl fait. »

Le prince s'enfuit, rassembla une armée el vint assiéger Paris. Les autres villes étaient déjà jalouses de la puissance de la capitale: ii discorde se mil dans les états; le prévôt devint suspecl aui bourgeois, qui s'effrayaient de la ruine du pouvoir royal : il lut assassiné. Les royalistes se rendirent maîtres de la ville, massacrèrent les chefs du parti populaire el ouvrirent les portes au Dauphin. Le traité de Bretign] fui la suite de la restauration du pouvoir royal ; el le prince, des qu'il fui roi, lit élever un édifice triomphal à la place même où Marcel avait été lue : ce fui la Bastille-Saint -Antoine, premier monument de défiance de la royauté envers la capitale, prison d'Etal i[iii est restée pendant des siècles le symbole du despotisme, el qui lui détruite li jour où les couleurs de Paris redevinrent victorieuses de la lovante. Qui se souvint pourtant, au 14 juillet 1789, du grand magistral qui les avait le premier inaugurées? Pour leoii en bride les Parisien-, la Ita-lille-Sainl- Antoine ne suffisait pas : on en trouva une deuxième à l'autre extrémité de la ville, dan- le I ouvre, qui fui agrandi, fortifié, garni

de nouvelles tours. Avec ces deux forts détachés, comm i dirait aujourd'hui, lesquels me-

1 la partie turbulente de Paris el dominaient la rivière, la couronne était tranquille : dans le Louvre, elle se donna un asile où elle enferma son Irésor, se- archives, -a librairie, dors de oeuf cents volume-; non- allons voir comment . près de la Baslillc-Saint-Anloinc, • lli -e bâtit ni» habitation selon ses goùls.

I jour royal avait été profané i i i nsanglanté par l'invasion de la multitude ; Charles \ ne voulut pln< habiter le Palais, qui se Iroovail étouffé par la foule des mai s populaires, où

HISTOIRE DE PARIS. i\

la royauté était comme emprisonnée par ions ces |.i- in>u^ bourgeois qui regardaient dans >a demeure. Il se lit, liors îles quartiers populeux, dans le nouveau Paris, un séjour aussi vaste que sur el pittoresque : re fui \' hôtel Saint-Paul, assemblage de maisons, de c s,

de jardins, qui occupai! l'espace compris entre les nus Saint-Antoine, Saint— Paul, le quai des Céleslins el le fossé de la Bastille. On y comptait douze hôtels et autant de galeries, avec des préaux, des chapelles, une ménagerie, une fauconnerie, des forges d'artillerie, des écuries, celliers, colombiers, chantiers, etc. Ce n'était pas un palais, mais une sorte de grande ferme, comme le témoignent les noms des nies ouvertes sur son emplacement ( la Cerisaie, le Beautreillis, les Lions, etc.), comme le témoigne le treillage dont étaient garnies les fenêtres « pour empêcher les pigeons de faire leurs ordures dans les chambres. » La force de l'hôtel Saint-Paul etail dans la Bastille-Saint-Antoine, qui tenait une porte de la ville; sou luxe était dans le couvent des Célestius, dont l'église, ornée de tant de chefs-d'œuvre, devinl la sépulture de tant de grands personnages, et dont les débris servent aujourd'hui de caserne. Les pieds des chevaux de la garde municipale creusent le sol où reposaient la femme de Charles V, le duc Louis d'Orléans, Valenliiiede Milan, un n.i d'Arménie, le connétable de Montmorency, des Brissac, îles Chabot, des Tresmes, et les cours de Henri II, de Charles IX, de Catherine de Médicis, renfermés dans une urne qui était l'œuvre de Germain Pilou!

Paris avait pris goût au tumulte: elle avait mis la main au gouvernement; elle connaissait le chemin des demeures loyales: elle n'oublia rien de loul cela, el pendant un demisieele, on la vit se ruer dans les troubles civils, pour essayer de tirer le royaume des calamités ou le plongeaient ses maîtres. Tâche ingrate, pleine d'erreurs el de crimes, où elle ne trouva quede nouveaux malheurs! Que ne restait-elle patiente, obscure, résignée comme jadis, heureuse de sa Me paisible, de -es belles églises, de ses fêtes nanes, bercée au son de ses mille cloches, mirant ses isons pittoresques dans -nu fleuve nourricier? .Mais le démon des révolutions l'emporta, 1 1 dans quelle série de i alamités ni l'entraina-t-il pas, depuis, le jour où, saisissant les maillets de plomb déposés à l'Hôlel-de-Ville, elle s'en servil pour hier les collecteurs des impôts, et aux cris de liberté, chasser la cour de Charles \ I, jusqu'au jour où elle se lm,i elle-même aux troupes de Charles VII, en secouant le joug des Anglais! Que de souffrances entre ces deux journées! Au 1er mars 1383, Paris était plein d'orgueil el de richesse-, avec une population pressée, grouillante, tumultueuse : ci II j avait alors, dit F roistard, de riches el puissants hommes, arme- île pied en cap, la somme de trente mille, aussi bien appareillés de toutes pii ces comme nuls chevaliers pourraient être, el disaient quand ils se uombraient, qu'ils étaient bien gens à combattre d'eux-mêmes el sans aide les plu- grands seigneur- du monde, a Vu I" avril I !~>ii, Paris était ravagé parla famine el la peste, ruiné par li guerre, abandonné de ses notables habitants; sa population était réduite de moitié; les loup- couraient par ses rues désertes; il j avait lani de maisons délaissées qu'on les détruisait

x LE l'I Mil.l. \ PARIS.

pour en brûler le bois; on parlait de transporter ses droits de capitale à une ville delà Loire. Les événements se prcssenl entre ces déni dates : cherchons les lieux qui en furent principalement le théâtre.

I r de Charles VI, chassée de la capitale, se vengea en allant attaquer les Flamands,

,,u; étaient les alliés des Parisiens dans la guerre entreprise « pour déconfire toute noblesse

et toute gentillesse : » elle les vainquit à Rosebecq, el revint sur Paris plei l'arrogance et

de colère. Les métiers el les halles, conseillés par les derniers amis de Marcel, voulaient que l,i ville fil résistance ; la baule bourgeoisie aima mieux se confier au jeune roi. Celui-ci entra

la laui . a la main, comme dans une ville c mise, lil abattre les portes, enlever les chaînes,

dés ii in. r les babitanls, arrêter les plus notables. On dressa des échafauds, on abolit les prict magistratures populaires, on rançonna tous les bourgeois. Les deux plus illustres . ni, ni Jean Desmarest, avocat général, el Nicolas Flamand, marchand drapier, courageux yens p lesquels, mm plu- que pour Etienne Marcel, l'édilité parisienne n'a pas

, h un souvenir. Il fallut, pour arrêter les supplii es, que la ville se rachetât à force d'argent el vint crier ' ai c nu roi dans i ette cour du Palais, encore teinte du sang île- favoris du régent Le connétable île Clisson, en mémoire de ce pardon, et avec le- dépouilles des Parisiens, se lit bâtir, ine du Chaume, un hôtel qu'il appela de la Miséricorde, hôtel qui devint célèbre .m seizième siècle, i omme séjour des dues de (luise, et qui, après avoir passé dans la maison

de Soubise, renfer nui dliui les archives de l'Etat, C'est en allant de l'hôtel Saint-Paul

a son hôtel de la Miséricorde que Clisson lut assassiné dans la rue Ciillure-.Saiule-t.allieniie. par le -in- de Craon.

Charles VI devint fou ; -es parents se disputèrent le pou voir; alors commencèrent le- guerres civiles entre les Bourguignons et les Armagnacs, c'est-à-dire entre le parti populaire et le parti île la noblesse, en ire Paris et les provinces. Les hôtels de- princes \ prirent une grande célébrité.

Depuis que Charles V en avait donné l'e\emple, le goût des bâtiments s'était répandu parmi I, - seigneurs, et de beaux hôtels avaient élé achetés ou construits par eux dans divers quartiers de li ville. I.e due d'Orléans habitait l'hôtel de Bohême, le due de Bourgogne l'hôtel d'Artois, le duc de Berrj l'hôtel de Nesle, la reine Isabelle l'hôtel Barbette, etc. L'hôtel de Bohême, qui tirait son nom de Jean de Luxembourg, mi de Bohême, lequel l'avait reçu eu

il le Philippe M. occupait tout l'espace compris entre les rue- de Grenelle, Coquillière,

d'Orléans et des Deux-Ecus; il louchait aux écuries du roi sises rue de Grenelle, a l'hôtel de

Flandre, sis rue Coquillière, près la porte de ce m au Séjour du roi, -i- rue du Séjour ou

du .leur, a l'église Sainl-Euslache, au four de la Couture, appartenant a l'évêque de l'an-, el -is me du Four. C'étail une magnifique résidence que le duc d'Orléans, ami i\r< arts, avait embellie, agrandie, enrichie de meubles précieux, de sculptures sur pierre et sur bois, de jardins et d'eaux jaillissantes. Plus lard il devint un couvent, puis l'hôtel de la Reine, ou séjourna Catherine de Médicis, qui y lit construire une belle colonne servant d'observatoire i si - astrologues, puis l'hôtel de Soissons, possédé par de- prime- de la maison de Bourbon. Sui -ou emplacement ont été construites la Halle aux blés et le- rue- voisines : la colonne de M. Ii i- existe encore.

L'hôtel d' \rtoi-, qui lirait sou nom de Robert d' irtois, lui, de -uni Louis, occupait IV--

l compris entre le- rues Pavée, du Petit-Lion, Saint-Denis, Mauconseil et Montorgueil,

dite alors Comlesse-d'Arlois. C'étail une sorte de forteresse, fermée par une muraille crénelée el garnie d.' tours, dont une subsiste encore dan- le jardin de la mais "> de la rue

Pavée; son voisinage des halles, el le rôle que jouait h- dm- de Bourgogne ci r chef du

parti populaire, rendaient cet édifice très-important. Il devint plu- lard l'hôtel d< Bour .i lui en putie acheté par I,- confrères delà Passion, qui en tirent leur -die ,|, le. Son- Moxarin, Dominique, Carlin et le- autres héros de la tarée Italie succédèrent auxilii- confrères; et la citadelle ou Jean Sans-Peur médita le meurtre de son cousin

i e m- . devint . i omme dit I lui Nodier, « la maison de- bords de la Seine on Ion

i n de un illeur cœur, depuis la fondation de Pan- jusqu'à l'an de .rue ou i viv.ui-.

tiijnurd'hui l'hôtel de H est devenu la lialli aux cuirs; el les notables du quai-

HISTOIRE b\L PARIS. xi

lier s'; rassemblent pour élire nos législateurs : il ne manque donc rien .1 son illustration.

L'hôtel de Nesle occupait, sur le bord de la Sein,', l'espai e compris entre la rue de Nevers,

le quai Conti et la rue Mazarine, appelée longtemps rue des Fossés-de-Nesle. Il touchait à la

muraille de la ville, aux portes île Bussv et de Nesle, et à la tour que l'imagination des dramaturges modernes a célébrée aux dépens de l'histoire, Il contenait de grandes richesses, des tableaux d'Italie, îles reliques, des ouvrages précieux d'orfèvrerie, et surtout une magnifique librairie. L'hôtel de Nesle devint, sons Henri II, l'hôtel de Nevers, puis l'hôtel Conti; après Uazarin, le collège des Quatre-Nalions fui construit sur son emplacement : aujourd'hui c'est l'Institut. Transformations pour transformations, j'aime mieux celles de l'hôtel d'Artois.

L'hôiel Barbette occupait l'espace compris entre les rues Vieille-du-Temple, de la Perle, des T rois-Pavillons et des Francs-Bourgeois : il en reste encore une tourelle au coin de celle dernière rue. Sur son emplacement a été ouverte la rue Barbette, où fut bàli l'hôtel d'Estrées, lequel sert aujourd'hui de maison aux demoiselles de la Légion d'honneur. C'est de l'hôtel Barbette que sortait le duc d'Orléans, lorsqu'il fut assassine dans la Vieille-rue-du-Temple, par des gens cachés dans la maison de ('Image-Notre-Dame, maison qui subsistait encore en 1790, et dont remplacement est aujourd'hui occupé par la rue qui longe le marché des Blancs— Manteaux. Les assassins allèrent se réfugiera l'hôtel d'Artois; le cadavre fut porté à l'hôtel de liieux. situe en face de la maison de l'Image-Notre-Dame, et de là à l'église des Blancs-Manteaux. C'est là que le duc de Bourgogne vint jeter l'eau bénite sur le cercueil, en disant : « Jamais plus méchant et plus traître meurtre ne fut commis en ce royaume. » Hais à l'hôtel de Nesle, où se tint un conseil pour rechercher les coupables, le prévôt de Paris étant venu dire qu'il avait suivi la trace des assassins jusqu'à l'hôtel d'Artois, il jeta le masque, avoua le crime et s'enfuit en Flandre.

Les Parisiens se prononcèrent pour le meurtrier, qui uéloit moult aimé d'eux, comme étant courtois, traitable, humble et débonnaire; » ils le reçurent en triomphe quand il revint avec une armée devant laquelle s'enfuirent le roi et sa famille; ils l'applaudirent quand il lit prononcer, dans le cloître de l'hôtel Saint-Paul, par le cordelier Jean Petit, l'apologie de son crime. La guerre civile commença. Il se forma alors dans Paris, sous le patronage de Jean Sans-Peur, une faction qui avait pour chefs les Legoix, les Sainl-Yon, les Thibert, mailles des boucheries, familles puissantes qui dataient déjà de plusieurs siècles, dont les descendants se sont signalés dans les troubles de la Ligue et de la F" ronde, enfin qui ont encore aujourd'hui plusieurs rejetons parmi les boucliers de Paris '. Cette faction, qui était inspirée par les docteurs de II niversité, avait pour orateur un chirurgien, nommé Jean de Troyes, pour exécuteur un écorchenr nomme Caboche, et pour armée toute la population des métiers et des halles : elle s'empara du gouvernement, des finances, de la Bastille, du Louvre; elle rendit à Paris ses privilèges, ses cbaiues, ses armes ; elle envahit plusieurs fois l'hôtel Saint-Paul, forçant les princes à subir ses volontés, égorgeant ou emprisonnant leurs favoris, liais la haute bourgeoisie, qui se voyait exclue par elle des offices et du pouvoir, se lassa il : ses tyrannies, et, 1 royaul seulement travailler à la restauration de l'autorité royale, chercha à rappeler les Armagnacs. Après une lutte terrible, d'abord dans les assemblées des quartiers, ensuite dans le Parloir .iu\ Bourgeois et sur la place de Grève, les modérés remportèrent, chassèrent les bouc li. 1- ne. .1, m Saus-1'eur, et ouvrirent les portes a leurs ennemis. Il- s'en repentirent, car la

réacti le la noblesse contre le parti populaire fui si terrible, que non-seulement Paris fut de

nouveau privée de ses privilèges, de ses richesses, de ses plus notables citoyens, mais qu'elle craignit pour son Parlement, son I niversité, ses droits de capitale, son existence même. Après cinq ans de souffrances, au moment où les Armagnacs avaient formé le projet de décimer la population, le fils d nu quartenier, qui demeurait rue de la Clef, Perrinel-Leclerc, déroba les clefs de la porte Bussj a son père, et introduisit dans la ville un parti bourguignon. Tous les bourgeois coururent aux armes avec de - c ris de joie ; l'hôtel Saint-Paul fui envahi, le roi pris el

' s. i- 1 ■ ■ 1 11. i --.'. je doute |ic'ii » ut. en France, dci ramillei l'icc noblei ijue celle*

■ 1 herie de Parie, 'li M. Ticil Legoîs, ntarcliand I 'hc - >

Xll LE DIABLE A PARIS.

promené dans les rn 's | ■ approuver l'insnrreclion ; loua les Orléanais lùrenl arrêtés, mas-

mcré niasses dans les prisons. Leur chef, le connétable d'Armagnai . demeurait dans la

,.„, s„in| m , , , s de l'emplacement du Palais-Royal : il se sauva chea un pauvre maçon, v lui découvert, traîné à la Conciergerie avec le chancelier, des prélats, des dames, des seigneurs. Les bouchers reparurent, el pourdi Iruire le parti armagnac, ils entraînèrenl la populace au lirions et lui firent égorger tous les détenus. Le massacre dura deux jours : il eul Ken surl0U, ;| |a Conciei rie el au Chàlelel, édifices sinistres qui semblent avoir eu pendant des m-, l.s le privilège du sang, dont les voûtes ont retenti de tant de cris de douleur, qui ont vu se renouveler deux fois les massacres de 1 H8. On croyait venger les désastres d( Crécy, de Poitiers, d'Aziucourt, causés par la folie des seigneurs ; on croyait noyei dans le sang la noblesse féodale ; on croyait établir sur des fondements éternels les libertés populaires. Cruelles erreurs ! Ir ils fois Paris a donné le spectacle de ci lie horrible Iragédie contre la noblesse, el ,,U(.| ,.,, a été le succès! le massacre des Armagnacs a-t-il empêché le retour de Charles Ml? le massacre de la Saint-Barlhélemy a-t-il empêché l'avènement de Henri IV? les massacres de septembre ont-ils empêi bé la restauration de Louis M III?

I me versé retomba sur Paris : une épidémie terrible enleva le quart de la population; Jean Sans-Peurfut assassiné ; son fils et la reine Isabelle traitèrent avec l'Anglaise! lui livrèrent la France. On \il alors Henri V entrer dans Paris; l'hôtel des Tournelles, sur remplacement duquel a été bàlie la place Royale, devint le séjour du duc de Bedford ; îles soldats anglais garnirent les portes, la Bastille, el ce Louvre où nous les avons revus! Jours d'humiliation et d'aveuglement '. La capitale resta seize ans au pouvoir îles étrangers! Il lui lai lui tout ce temps de souffrances pour la guérir de ses passions bourguignonnes, de sis ardeurs prématurées de liberté: les sophistes populaires, les pédants de l'Université, les doctrinaires de l'époque, ne lui disaient-ils pas que le joug étranger n'étail qu'une apparence, que l'union des deux couronnes ferait de l'Angleterre une province française, qu'un changement de dynastie rendrait à la ville sa prospérité, son commerce, sa puissance? Les Parisiens, qui sont » de muable conseil ei de légère créance i> ( on sail combien ils oui changé! ), se laissèrent prendre a ces déclamations : quand Jeanne d'Arc vinl assiéger leurs murailles, ils ne reconnurent pas en elle l'ange sauveur de la France, el croyant, comme le disaient les Bourguignons, que les Annaunies venaient pour détruire leur ville de fond en

comble, ils firent i vigoureuse défense, la bulle

Saint-Roch, formée anciennement par des dépôts d'immondices, étail alors couverte de moulins el de Cultures : la Pucelle ] vint I ir son camp, el lit

décider l'attaque de la porte Sainl-Honoré, située vers la rencontre des rues du Kemparl el Saint- Nicaise. Elle emporta le boulevard, el sondait le rossé de sa lance, lorsqu'elle eul les deux cuisses percées d'un trait d'arbalète : ses soldais l'enlevé— roui malgré elle, el l'assaut, qui avait duré quatre heures, fui abandonné.

M s ,1,. quatre siècles après cel événement, un autre patron de la France, un autre ennemi, une outre victime des Anglais combattit aussi les Parisiens dans les mêmes lieux : c'est dans celle partie de la rue Sainl-Honoré, près de l'église Sainl Roch, que Napoléon mitrailla

les bourg -, égarés celle fois par les royalistes el aines contre la Convention. Hélas! l'his-

1 le Paris est -i féconde en discordes civiles, toutes les passions qui oui divisé la I rance

oui pris -i souvent le~ rues de la capitale poui champ de bataille, qu'on n'\ peut faire un pas sans rencontrer quelque lieu où nos pères onl donne leur vie. Quelle place n'a eu sou combat, quelle rue sa barricade, quel pavé son cadavre! |t is de l'antique Lulècc, de quel sang généreux n'avez-vous pasélé perpétuellement abreuvées!

Six ans après l'apparilion de Jeanne d'Arc devant leurs murs, les Parisiens, réduits par

' i guerre, la lai el la peste aux dernièn itrémités de la misère, el voyant que le duc de

Bourgogne ►'était i icilii nvei Charles VII | r chasser les élrnnget b, nppeli renl eux-mêmes

HISTOIRE DE PARIS. \m

les royalistes dans leurs murs, lieux-ci, conduits par an marchand nommé Michel Lallier, entrèrent par la porte Saint-Jacques aux acclamations des bourgeois. « liumies gens, leur disait le connétable de Richemont en leur serrant la main, le roi vous remercie cent mille l'ois de ce que si doucement tous lui avez rendu la maîtresse cité de son royaume : tout est pardonné, i) Les Anglais, qui s'étaient réfugiés dans la Bastille, en sortirent m trois colonnes, et se dirigèrent sur les halles et les portes Saint-Martin et Saint-Denis: ils lurent repousses par les bourgeois, qui faisaient pleuvoir des pierres sur eux, et obligés de s'enfuir. Les cloches sonnaient; tout le monde s'embrassait ; il n'v eut ni violence ni pillage. La seule vengeance que firent les Armagnacs fut de renverser une statue qui avait été élevée par les Bourguignons à Perrinet-Leclerc auprès de sa maison : on lil de celte statue mutilée une borne qui existait encore dans le siècle dernier près de la rue de la Bouderie.

La ville, délivrée des Anglais, mais encore plus misérable et désolée, cacha ses ruines et ses baillons, et s'efforça de paraître belle et gorgiase pour recevoir Charles Ml. Ce roi, si égoïste, si insouciant, fut frappé de l'aspect effroyable que présentait la capitale, avec ses maisons demi-détruiles, ses rues empestées, ses habitants hâves et décharnés; les larmes lui en vinrent aux yeux ; mais il pensa eu lui-même qu'elle n'était plus à craindre, « et il la quitta, dit un bourgeois du temps, comme s'il fût venu seulement pour la voir. » Son exemple fut suivi par ses successeurs, qui ne séjournèrent que rarement à Paris, et préférèrent les paisibles villes des bords de la Loire, les riants châteaux de Chinon, de Plessis-lès-Tours, d'Amboise, de Chambord, à la tumultueuse cite dont les souvenirs bourguignons et l'esprit démocratique les importunaient. Aussi il fallut que Paris se rétablit loul seul de ses misères : mais l'industrieuse ville demande si peu de repos pour reprendre son lustre et sa vigueur, que sous le règne de Louis XI elle avait déjà cent cinquante mille habitants, et que ses alentours étaient aussi florissants qu'elle : « C'est la cité, dil Comines, que jamais je visse entourée de meilleurs pays et plantureux, et est chose presque incrédible que des biens qui \ arrivent. »

t.c lut ii ii bon temps pion- Paris que le règne du monarque qui lui si terrible aux grands

ci -i débonnaire aux y< iiis : elle redevint alors l'appui de la royauté, ci Louis en lil s c-

:i. ;a citadelle, son arsenal pour toutes ses entreprises contre la féodalité. " Ma lionne ville de Paris, disail-il, cl si je la perdais, loul sérail Gni pour moi. » Aussi quand, après la bataille de Montlhcry, il m relira dans sa capitale, il se uionlia aux bourgeois comme l'un d'eux, velu comme eus, parlant comme eux, et devint plus populaire qu'aucun de ses prédécesseurs, lise mil dan- I confrérii de- bourgeois, il augmenta leurs privilèges, il les appela a -ou conseil : il le- haranguai! aux halles, il allai! dîner chez eux , il riait, causai! avec eux el leur faisait " de salés contes. » Chacun lui louchai! dans la main, lui parlai! île ses affaires, le roulait] r parrain de -e- enfants. Compère lui disait-on, en le tirant par -no pourpoint;

ruHi)i<r<\ répondait-il au plus chélifdu populaire. Ces manières firent que les tentatives des seigneurs, pour réveiller le parti bourguignon, échouèrent, el que le roi put se tirer de leurs

, ifles, yennanl le traité de Conflans, où chacun d'eux emporta - 1 pièi è de la royauté. Les

lions eurent lieu à la Grange aux Merciers, el Louis en consacra le souvenir par une

croix qui était rue de Reuillj . près du hum- de l'abbaye Saint-Antoine : cette croix avaii pour inscriptiou :

I ' l\ M. ci CCI IV

ni ri m ICI le i.imiii des trahisons;

Page 1