OPINION DE QUELQUES MARIS SUR LEURS FEMMES PARISIENNES
Compagnes sanscu'iir, n'aimant (pie la frivolité et le plaisir; ravaudeuses de chiffons; n'ayant pas l'ombre du sens moral: infidèles sans passions, mères sans prudence.
OPINION IH GOUVERNEMENT SI n LES PARISIENNES.
Quand la loi du divorce l'ut agitée, ou remarqua avec un certain étonnement que la commune de Paris était celle qui offrait le moins grand nombre de pétitionnaires.
OriNION SUPÉRIEURE FT PREFERABLE A Toi IFS IFS OPINIONS, OU HISTOIRE DE LA PARISIENNE.
On suppose assez généralement qu'elle est née à Paris; c'est là une première erreur. Paris est d'abord la ville de tout le monde, et ensuite, quand il y a de la place, la ville des Parisiens, (le gracieux type de la civilisation, celte femme exquise entre toutes les femmes, celle dont on cite l'esprit à Saint-Pétersbourg il iloni on imite les manières à Kanton ; celle qui n'a pas un caprice qui ne devienne une loi dans tous les endroits de la terre où se trouve un salon, la Parisienne, enfm. prend nais-
sauce non à Paris, mais sur un des milliers de points de celle vaste contrée qu'on appelle, pour ne pas blesser la Belgique et le royaume de Saxe, le département de Seine-et-Oise. Naître à Manies, à Versailles, à Rambouillet, et même à Fontainebleau, ce n'est pas, à la rigueur, ne pas être de Paris, dans l'opinion de beaucoup de femmes , jalouses de se ranger sous la dénomination de Parisiennes. C'est là une vérité si peu contestable , contrairement à la plupart des vérités, qu'il n'existe pas une Parisienne qui n'ait un oncle, un grand-père, ou tout au moins un cousin germain, soit à Etampes, soit à Corbeil, soit dans l'une de ces innombrables communes semées autour de Paris. On doit peut-être attribuer à cette violation d'une exacte nationalité le goût déterminé de la Parisienne pour la campagne, surtout pendant l'été, quand la violette bleuit la bordure des jardins, et que la fraise court le long des coteaux de Marly et de Meudon. Dans son cœur, si peu primitif, il reste toujours un coin où lleurit l'idylle.
A peine née, on la roule dans du linge et on l'envoie, à la grâce de Dieu, aussi loin que possible, cbe/. une nourrice qui l'accroche à un clou pendant le jour, et l'étouffé sous des couvertures pendant la nuit, pour ne pas l'entendre crier, et on n'y pense plus. Un beau jour, au bout de dix- Imit mois, deux ans, le père dil : « Nous avons pointant une fille en nourrice ! — Cette chère enfant ! répond la maman, il serait bien temps de la retirer. J écrirai un de ces jours a la nourrice. »
Ku effet, la semaine suivante une paysanne rapporte dans ses bras,
ii, LE DIABLE A PARIS.
entre un gros bouquet de (leurs dès champs et mi fromage rond, une petite Bile sauvage qui appelle son véritable père vilain, ci qui détourne la tête quand sa maman veut l'embrasser. Telle csl l'entrée dans le inonde de cette merveille qu'on aurait tort, oii le voit, de croire bercée par 1rs Grâces, et éveillée au son des instruments. La nature fait presque tout pour la Parisienne; enfant, elle lui donne cet air pâle et rose, cèl air
de saute cl de distinction (pie n'ont pas les enfants étrangers, pas même les enfants anglais; jeune lille, elle lui souffle cet esprit précoce dont l'a pénétration et la gentillesse sont un sujet d'ébahissèment et souvent d'effroi pour les bons provinciaux. Elle est curieuse , fine, spirituelle, à huit ans, et sensée, si l'occasion l'exige, comme on ne l'est pas, et comme elle ne l'est plus elle-même à vingt ans. Il y a là un point de ressemblance à remarquer entre elle et la créole : on dirait que le soleil hâtif de la civilisation produit exactement les mêmes effets que le soleil trop fécond des colonies. Le fruit n'est jamais aussi doux que la fleur est belle chez la Parisienne comme «lie/, la créole. L'enfance et la vieillesse sont, je crois, les deux époques les plus caractéristiques de la vie d'une Parisienne. Elle a prodigieusement de l'esprit lorsque sa beauté n'est pas encore mûre; et quand tout son esprit lui revient avec la fermeté de l'expérience, la variété des épisodes qu'elle a parcourus, elle a perdu toute sa beauté. Cela équivaudrai) à dire que l'âge intermédiaire chez elle n'est pas relui où elle a
le plus d'esprit, si c'est celui où elle a le plus de grâce.
INF OBSERVATION QUI SE PLACE NATURELLEMENT ICI, ET QUI PROUVE INF. GRANDE DÉLICATESSE DE GOUT CHEZ LES PARISIENNES.
Depuis un temps immémorial, il est d'usage à Paris de donner aux jeunes filles les noms portés par les héroïnes des ouvrages qui ont la vogue. Ainsi lorsque Racine fit Esther, les dames de la cour s'empressèrent d'appeler de ce nom, fort peu chrétien pourtant, la plupart des filles dont elles lurent mères. De là cette prodigieuse quantité de marquises Esther de..., de comtesses Esther de..., de duchesses Esther de... qu'on rencontre dans les mémoires du temps. Rousseau popularisa, avec sa Nouvelle lléloïse, les noms de Julie et de Claire. Au dix-huitième siècle, une première fille s'appelait Julie , la seconde Claire. Baculard Arnauld eut la gloire de répandre, a la faveur de ses mauvais romans, qui jouirent d'une célébrité phénoménale, comme la plupart des mauvais romans, les noms de Batilde et d'Ursule. C'est ;i La Harpe qu'on doit toutes les Mélanie parisiennes. Madame Cottin mit les Mathilde à la mode, et M. de Chateaubriand eut le triste privilège de baptiser du nom d'Atala les filles de portiers.
Cette petite monographie des noms portés par les Parisiennes nous conduit à raconter une histoire qui s'y rattache, et qui la complétera. Je commence par prévenir qu'elle est fort courte.