‹ Le Diable a ParisChapitre 25 sur 123 · EN · texte numérisé non relu

EN

D'une femme liêiinéle à une femme honnête.

« Chère Anaïs,

« Mon ours est parti, nous pouvons donc nous amuser à ciel ouvert. Dieu soit loué! je suis libre. Pour comble de bonheur, mes deux gendarmes de tilles sont rentrées en pension ce matin. Sais-tu que ce n'est pas toujours gai d'avoir à côté de soi, partout où l'on va, deux grands actes de naissance qui font dire : « Oui, la maman doit avoir de trente à trentecinq ans. — Je vous dis, moi, ajoute quelque âme charitable, qu'elle en a trente-sept. Calculez! elle s'est mariée à vingt-quatre ans... » Pour couper court à tous ces assassinais, j'ai cloîtré ces deux demoiselles* C'est encore un an de gagné.

" Le premier usage que j>' veux foire de ma liberté,

c'est de lire Ce

roman dont on parle tatït depuis six mois. A force de me dire : « Je vous defends de le lire, il esl siti| >i<I<^ il esl immoral, » mon mari a excité en moi une envie extraordinaire de le connaître. C'est l'histoire, dit-on, d'une jeune femme enlevée el conduite à une petite maison de campagne au milieu de la nuit; on dil que c'est intéressant, passionné, quelquefois indécent... on m'a assure qu'il y avait beaucoup de points. Je suis folle des livres où l'on trouve beaucoup de points. Je rêve, je m'émeus, je m'exalte, quand j'en vois... Mais je vais enfin le lire, ce fameux roman. Je te dirai s'il y a beaucoup de points.

« C'est ii présent, ou jamais, que nous pourrons aller voir jouer les drames des boulevards, autre antipathie de mon ours.

Prends une loge pour demain, je t'en supplie. Voyons ensemble les Bohémiens de Pari*. J'ai lu dans mon journal le compte rendu de ce draine. Il parait, ma chère, qu'il est rempli de voleurs, de forçats, de gens qui en l'ont disparaître d'autres par des trappes. Tâche d'avoir une loge d'avant-scène.

er Tu me demandais l'autre jour, dans un accès de mauvaise humeur, en quoi je fais consister le bonheur sur la terre. Je t'ai comprise, chère Anaïs : le bonheur bien souvent est moins de posséder ce qu'on n'a pas, que de cesser d'avoir ce qu'on possède. Le bonheur, pour toi, serait peut-être, ô misère! d'être veuve. Je ne dis pas que lu souhaites la mort de ton mari ; ce n'est pas plus ton vœu que le mien, quoique nos positions se ressemblent beaucoup; mais nous devinons, toi et moi, le bonheur d'être libres avec l'expérience que nous avons acquise. Mien! comme on doit respirer a pleine poitrine en sortant des prisons de la communauté conjugale pour entrer dans le paradis <\u veuvage! Veuve! veuve! mais on va où l'on veut, mais on voit qui l'on veut, mais on sort quand on veut, mais

entre si l'on veut! N'est-ce pas, chère Allais, que telle est pour

une femme la position sociale qu'elle peut appeler à bon droit le bonheur?

Patience, bonne amie; en attendant, prenons tout le plaisir que nous permet tenl de prendre l'absence de mon mari, un excellent homme au

fond, ri dont je n'ai pas à me plaindre, et la maladie du lien, qui esl

CE ou: C'EST QU'UNE PARISIENNE. 61

bien long, je trouve, dans sa maladie. Dis-lui mille choses aimables de ma pari.

« Adieu! vite ce roman et cette loge de spectacle.

« Ta fidèle,

o Julie Vol.

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