AIT RE EXEMPLE DU STYLE D'UNE PARISIENNE EN
STYLE DE LA PARISIEXIVE DES RUES DE 1IELDEB, PIKON, LEPELLETIER, HOUSSAIE, JODEERT.
De la maîtresse île M. le comte Je lu Mi . à la maîtresse de M. h marquis
de D...
« Chère adorée,
« Tu veux savoir ce que je fais au fond de mon appartement et sur la chaise longue où le docteur m'oblige à rester couchée sous peine de voir ma postérité anéantie dans la personne de M. Louis ou de mademoiselle Marie qui est à naître. Je pense à trois choses qui n'existent pas au moment où je t'écris. Naturellement à mon cher comte, qui est en Italie, à son fils ou à sa fille, qui n'a encore vu ni le jour ni la nuit, et à toi, qui dors d'un profond sommeil à la suite du dernier bal. Jules d'ailleurs m'a laissé en partant beaucoup d'affaires à mettre en ordre, et je suis obligée d'écrire à son avocat, à son notaire pour la succession de son oncle, à plusieurs députés dont les visites me pèsent plus pourtant (pie la correspondance que j'ai avec, eux. Quelles étranges gens, ma bonne amie! parce que le comte leur ami me donne deux mille francs par mois, ils s'imaginent que je dois les prendre sur le marché.
« Il faut voir avec quel aplomb ils parlent d'eux-mêmes, avec quelle assurance ils risquent leurs galanteries, avec quelle infaillibilité ils se proposent... Est-ce que vous méprenez pour madame votre épouse? ai-je dit à l'un d'eux qui se croyait tout permis, parce que je l'avais autorisé à me baiser le bout du pied toutes les fois qu'il n'aurai) pas parlé à la chambre des députés.
« Crois-tu que la fameuse loi passera celle Fois-ei '.' Marianne a parié avec moi un dîner Moi, je dis qu'elle ne passera pas; elle prétend le contraire. T<in a\is. bonne amie ? Là, peux- tu croire que des gens qui ne sont pas tout à fait marchands d'habits, marchands de verre cassé, consentent à celte au—
guste niaiserie? Je me figure moi demandant à mon cher comte, outre les deux mille francs par mois de liste civile qu'il me donne, dix sous de dotation pour les allumettes chimiques que je consomme.
« Tu as promis de venir me voir sous le costume de bohémienne de Paris (pie tu t'es fait faire exprès pour le dernier grand bal de l'Opéra. Viens donc, je te montrerai en échange la layette de mon futur arlequin on de ma pierrette future. Du reste, ton marquis a dû te dire qu'il m'avait trouvée l'autre jour occupée à marquer des brassières.
» Ne sois pas jalouse, mais il est charmant, ton marquis. Vois-tu, bonne amie, il faut toujours en revenir à ces gens-là en fait de distinction, comme il faut toujours en revenir à nous en fait d'amour. Ils coûtent cher à attirer, et nous coûtons cher à retenir.
« Comme ils sont amusants ! comme ils sont simples! comme ils ont de l'esprit, du goût, sans effort, sans tomber dans le fossé de la bouffonnerie, sans rouler dans celui du prétentieux!
«As-tu porté quelque chose à la caisse d'épargne le mois dernier? Voyons, ne nie mens pas. Tu n'as rien porté. C'est mal. Je vais mettre opposition tMitre les mains de ton marquis pour deux cents francs, afin que le mois prochain je n'aie pas le même reproche à l'adresser. Vois-tu, bonne, moi je mettrai le inaire de mon arrondissement à la caisse d'épargne. Tu sais (pie les fonds ont monté avant-hier. Je gagne six mille francs, six amours de mille francs que je placerai sur la tète de celui dont je n'ai peut-être pas encore fait la tète. Place, ma chère, place; nous grossissons; et grossir c'est vieillir, a dit le spirituel Hequet.
h Connais— ta les derniers vers de Théophile Gautier sur l'oreille de Forster? l'rocure-toi-les ; ils sont divins. Quel charmant poète!... Que ne peut-on vivre pendant trois mois en concubinage avec l'esprit des gens qu'on aime! Quelle Aspasie je ferais !
\iln il. le tiers de mon ànic! je ne puis plus dire la moitié. Vu tiers est
à celui qui est en Italie, un second tiers est à celui ou à celle que j'ai sous la main, l'antre tiers est à toi. Rien pour moi, puisque je vis par vous trois.
« Ta Bérénice. »