OPINION DÉFINITIVE DE BAPTISTE SIR LES FEMMES
f îaptisl» . (|iii était sc.rli un instant pour aller chercher des cigares, venait de rentrer.
« Que diable! lui dit encore Flammèche, qui avait fini par trouver que la réponse de son valet de chambre laissait quelque chose à désirer, que diablel Baptiste, tu as dû être joli garçon; il n'est pas possible que tu
n'aies rien de mieux à répondre à nia question que les deux mots que tu viens d'articuler tout à l'heure. »
El comme Baptiste, pour ne pas répondre c'est selon, ne répondait rien du tout,
« Mais enfin, lui dit Flammèche, tu as été amoureux !
— J'ai été si jeune!... dit Baptiste.
— Kh quoi! dit Flammèche, te repentirais-tu d'avoir aimé? » Baptiste hésita un instant.
« Il y a femme et femme, dit-il enfin.
— Comme il y a fagot et fagot, » dit en riant Flammèche, que le laconisme de Baptiste mit en bonne humeur.
Baptiste, qui avait respectueusement baissé les yeux pendant que son maître l'interrogeait, et qui les avait même fermés tout à fait, sans doute pour se mieux recueillir quand il avait eu à lui répondre, Baptiste l'entendant lire cl ne comprenant rien ii cette subite gaieté, se hasarda alors à le-
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ver la tèle pour en savoir le motif. Mais les regards de Baptiste ne rencontrèrent que le fauteuil vide de Flammèche.
Quant à Flammèche lui-même, il avait disparu !
Un autre que Baptiste eut été intrigué de cette incroyable disparition ; car la porte n'avait point été ouverte, les fenêtres n'avaient point cessé d'être fermées, et l'appartement que Flammèche occupait dans l'hôtel des Princes, où il était descendu, avait toujours passé pour être parfaitement clos; un autre aurait cherché sous les tables, sous le lit, derrière les rideaux, partout enfin, si peu probable qu'il put être qu'un ambassadeur s'y fût caché dans le seul but de causer une surprise à son valet de chambre. Mais Baptiste ,était un serviteur trop discret pour s'inquiéter jamais de ce que pouvait faire son maître, et pour scruter ses actions. Il se contenta de replacer le fauteuil dans un des coins du salon, de fermer le secrétaire, de ranger les papiers — et de descendre à l'office.
Le lendemain Flammèche n'avait point reparu.
Un autre que Baptiste se serait dit peut-être : « Où dune monsieur a-t-il passé! ornais Baptiste, qui était Allemand et même Prussien, ni' se dit rien du tout et se borna à l'attendre.
Personne, on le voit, n'était moins bavard que Baptiste, puisque, contre l'ordinaire des gens qui parlenl peu, il ne causait même pas quand il était tout seul.
Vers dix heures du malin, un domestique monta une lettre à Baptiste. Cette lettre était de Flammèche.
Lettre de Flammèche à Baptiste.
« Mon lidii garçon, lui disait Flammèche, je reviendrai quand je pourrai.
« En attendant mon retour, qui peut être prompt et qui peut ne pas l'être, et tant que durera mon absence, tu seras mon chargé d'affaires, — c'est- « à-dire que tu auras soin d'ouvrir une fois par semaine, tous les lundis, « mon secrétaire; que tu prendras, les yeux fermés, dans le tiroir du mi- « lieu, un des manuscrits qui s'y trouveront, et qu'après en avoir l'ait un o paquet proprement cacheté, tu auras à l'envoyer [parla poste i au Diable, « mon maître, en y joignant les lettres à son adresse qu'il m'arrivera « peut-être de te faire passer pour lui.
« Te voici par conséquent, mon cher Baptiste, ambassadeur par intérim; « c'est la moindre des choses, comme tu vois; ne t'effraye donc pas, mais « sois exact, tu as affaire à un maître qui ne sait pas attendri1.
« iV. li . — Parmi les manuscrits qui s'offriront à ta vue , ne va pas « l'aviser de choisir; prends au hasard '. — II n'y a de juste, il n'y a d'im- « partial — que le hasard !
« Flammèche.
Post-Scriptum. — Quand tu auras besoin d'argent, tu en trouveras
< dans ta poche. »
Beaucoup de gens h la place de Baptiste, et je n'entends pas parler seulement des valets de chambre, auraient dit sans plus tarder: « J'ai besoin d'argent ■■ Hais le calme de cet honnête serviteur ne se démenti! poinl
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clans cette circonstance, et, quoiqu'il no servît Flammèche que depuis quelques jours, il ne songea même pas à vérifier cette dernière parole de son maître.
Après avoir lu sa lettre avec une grande attention, il la replia silencieusement, et tout fut dit.
Mais si Baptiste avait peu de conversation, c'était en revanche un garçon ponctuel et régulier; aussi ne manqua-t-il pas une seule fois d'exécuter dans tous ses points la manœuvre prescrite, et de tirer, — sans choisir — et au jour dit, du tiroir mystérieux, un manuscrit quelconque.
Grâce à ce tiroir, toujours bien rempli, grâce au zèle de Baptiste, la curiosité de Satan ne chôma donc pas un seul instant. Ce grand monarque se prit bientôt d'une si grande passion pour ces messages qui lui venaient de la terre, que le jour de leur arrivée était pour lui un jour de fête.
Ces jours-là, il rassemblait sa cour. Les vignettes passaient d'abord de mains en mains, après quoi un diable — le moins enroué sans doute — faisait à haute voix la lecture de ce qui venait d'arriver.
Quant à Flammèche, que faisait-il ? qu'était-il devenu? Si quelqu'un le sait, ce n'est pas nous; mais nous le saurons plus tard peut-être, et quand nous le saurons, — notre devoir sera de le dire.
P.-J STAHL
le monde Elégant. — les bals.
iv CONTREDANSE — Il * A 1 > I v TU l \ TFMPS — I \ i- 1 » l h \.