‹ Le Diable a ParisChapitre 30 sur 123 · LEON GOZLAN · texte numérisé non relu

LEON GOZLAN

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FLAMMÈCHE ET BAPTISTE

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lammèche était un diable de bonne foi, et qui ne tenait pas d'ailleurs à s'en faire accroire à luimême ; — il avait donc bientôt reconnu que sa mission n'était point aussi facile à remplir qu'il se l'était imaginé. Le peu qu'il ; avait vu et entendu l'avait tout d'abord con- I vaincu que, pour avoir été le secrétaire intime de Satan, et le diable le mieux instruit des secrets de l'autre monde, il n'en était pas moins dans le nôtre fort neuf en toutes choses.

Aussi, après avoir considéré dans le premier moment Paris avec la curiosité banale d'un entomologiste examinant sous le verre de sa loupe une fourmilière quelconque, s'était-il bientôt senti intéressé par la singularité du spectacle qu'il avait sous les yeux. Dans ces mouvements, en apparence si désordonnés, il avait fini par distinguer une certaine symétrie; et dans ces bruits, d'abord si confus, des voix et des discours qui ne manquaient pas absolument de sens et d'harmonie. La scène n'avait pas grandi, mais les acteurs, mais la pièce, avaient pris des proportions raisonnables. Un mathématicien lui avait prouvé, par A -f- B, que l'infini étant partout et dans tout, dans l'unité comme dans le nombre, un est aussi parfait que cent mille, et que la terre, par conséquent, est, sinon aussi grosse, au moins aussi digne de l'attention de l'observateur que toute autre partie plus con-

Ti LE DIABLE A PARIS.

sidérable de l'univers, — ce qui revient à dire, avec raison peut-être, qu'un ciron vaut un éléphant : — et Flammèche avait trouvé sans réplique cette théorie ^ l'infini. Un métaphysicien lui avait démontré que les plus grandes choses sont contenues dans les plus petites, maxima in minimis ; et un gamin, à qui il avait fait une question probablement par trop naïve, lui avait demandé, avec beaucoup de sang-froid, — s'il revenait de son village.

Bref, Flammèche en était arrivé à s'avouer ingénument — ce qui était encore une naïveté — qu'il avait tout à apprendre avant de pouvoir rien critiquer.

Son parti avait été bientôt pris.

« J'apprendrai, se dit-il, fût-ce à mes dépens! »

Et Flammèche, qui ('tait intrépide, commença bravement, non par le plus difficile, mais à coup sûr par le plus dangereux, puisque tout d'abord, ainsi que nous l'avons dit, il était devenu amoureux.

L'Amour, chère madame, est un maître qui ne fait grâce à personne.

FLAMMÈCHE ET BAPTISTE

IXE CONSn.TATION.

La lecture du véridique et spirituel document qu'où vient de lire sous cette rubrique : «Ce que c'est qu'une Parisienne, » confondit tellement toutes les idées que Flammèche amoureux s'était faites des femmes en général, et de la Parisienne en particulier, et le jeta dans de telles perplexités, que voulant s'en tirer à tout prix,

« Baptiste, dit-il en s'adressant en dépit de cause à son valet de chambre, réponds-moi : que penses-tu des femmes?

— Mais, monsieur... dit Baptiste de l'air d'un homme pris au dépourvu.

— Dis toujours, reprit Flammèche; que penses-tu des femmes?

— Dame, monsieur, dit enfin Baptiste, — c'est selon. »

VA il fut impossible de tirer de la bouche du sage Baptiste un mot de plus.

« Au fait, pensa Flammèche, ce garçon a raison, et sa réponse en vaut une autre.

« Baptiste, je n'ai plus <\c cigares, » dit Flammèche.

7ii LE MAI!!,!: A PARIS.

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