‹ Le Diable a ParisChapitre 80 sur 123 · LE CLIMAT DE PARIS · texte numérisé non relu

LE CLIMAT DE PARIS

J'ai vainement cherché dans les histoires de France une seule réflexion sur l'influence que le climat de Paris a fait subir à la coiffure des mis, aux mœurs, à la littérature et même à la religion. Cette influence a été prodigieuse, paradoxe à part; elle méritait un chapitre dans Hézeray ou An— quetil, deux historiens détestables. On aurait lu ce chapitre, au moins :

Lorsque Pharamond eut commis l'énorme faute de se faire élire sur un pavois, dans les marécages de Lutèce, au i9e degré de latitude nord, il ne tarda pas à s'en repentir : l'humidité de son palais royal, et les plages de son petit royaume lui procurèrent de nombreuses maladies, dont Mézeray ne parle \ pas, et qui le conduisirent au tombeau ^ F après un modeste règne de huit ans. On est saisi d'un véritable sentiment d'historique pitié, en songeant que le fondateur de notre monarchie parisienne n'a fait que passer à travers les marécages de son royaume, et que son corps vigoureux s'est subitement éteint de consomption entre le double rhumatisme des pieds et du cerveau.

Son successeur comprit mieux que personne cette immense faute. Clodion avait entendu les longues doléances rhumatismales du fondateur de notre monarchie, et pour prolonger son règne au delà de huit ans, il inventa la race des rois chevelus, et donna l'exemple à ses successeurs de ce préservatif capital.

Rien n'égalait, dans les crinières tauves, l'ampleur opulente de la chevelure dé Clodion; et pourtant il ne se crut pas

suffisan ni garanti contre le < limai de

Lutèce, el il jeta un regard de convoitise \<t- la tiède Italie, oii les rois avaient In faculté de se coiffer impu-

némenl ;i la Titus. La monarchie française, à peine fondée, était (lune sur le poinl de s'écrouler, à cause îles rhumes do cerveau. Clodion abandonna Lutèce el déclara la guerre aux Romains. Aétius commandai! les tôles chauves de l'Italie, Clodion 1rs trios chevelues du départemenl de la Seine. On se battit avec acharnement, ('.ludion, vaincu, prit la fuile, et en traversant, échevelé, les plaines de l'Artois, il n'échappa que par un miracle au destin d'Absalon. Toutefois, il ne voulu! pas rentrer à Lutèce, et il fixa sa résidence royale à Amiens, ce qui lui permit de vivre vingt ans. Sous la race des rois chevelus, on infligeait aux coupables la plus terrible

des punitions, la mor!

lente, causée par une série non interrompue de rhumes de cerveau : on leur rasail la tête, Childéric II commit cet acte de cruauté envers le

maire du liai. in, Kbl'Oïm.

On ne décapitait pas ; ce supplice était trop doux pour des crimes de lèse-majesté : on laissait la tête sur le corps, on ne coupait que les cheveux. C'en était fait du criminel.

Les rois fainéants craignaient de s'exposer à l'air, même sous le dôme épais de leur chevelure. Ils gardaient la chambre pendant dix mois, et ne sortaient en litière a bœufs qu'au solstice d'été. Nous aurions eu soixantesix rois de ce genre, si le quatrième fainéant n'eût ete mis au tombeau par une maladie de langueur. Le cinquième se disposait à vivre paresseusement comme son père, lorsqu'il recul de son médecin l'risca l'ordre de changer de régime, ei de déclarer la guerre aux Allemands

| i S'échauffer le cerveau. A Cette époque de candeur patriarcale, des qu'un nu dépérissait d'ennui et de froid, nu lui conseillait une guerre contre les Allemands. La campagne durait quelques années; on tuait beaucoup d'Allemands; et le roi. guéri, venait se faire inhumer à Saint-Germain-des-Prés.

Page 1