LE CLIMAT DK PARIS; U
Lps premières hérésies datent de l'époque suivante, et elles se rattachent encore à une épidémie de rhumes de cerveau qui désola notre helle France à l'apparition des églises gothiques. Ces superbes édifices, représentant les forêts du Nord, dans la pensée des architectes, en conservèrent aussi l'humidité homicide. Les ravages du fléau pétrifié furent immenses. Une hérésie rhumatismale éclata de Sens à Auxerre. Un jeune clerc, nommé Sidonius, se mit en campagne; et, coiffé en sphinx, il prêcha contre les églises gothiques, et appela les néophytes à sa chapelle étroite et tiède, construite en bois de sapin. On assembla un concile à Lyon. Sidonius fut excommunié, rasé, et enfermé dans le couvent de Notre-Dame-du-Brou. L'étincelle devait produire plus lard l'incendie des guerres de religion. La Saint-Barthélemi, les dragonnades, les Cévennes, ont pour origine la victoire d'Aétius contre Clodion, et les rhumes de cerveau de Sidonius l'Auxerrois. Que nous sommes loin de Mézeray, d'Anquelil et de Bossuet!
La manie de guerroyer au delà des monts, comme dit Brantôme, cet écrivain toujours enrhumé, d'après sou propre aveu, doit encore être attribuée à la faute originelle commise par Pharamond sur son pavois. Les rois de France et la noblesse, privés de la pâte de Begnault, et gardant leurs têtes éternellement découvertes sous les lambris du Louvre humectés par la Seine voisine, renoncèrent aux guerres de Flandre et d'Allemagne, et adoptèrent la mode hygiénique de passer les monts, et de tuer beaucoup d'Italiens pour se délivrer des toux opiniâtres de l'hiver. Ce fut le célèbre médecin Ambroise Paie, l'inventeur des hermaphrodites, qui prescrivit ce régime aux princes et aux grands vassaux. Le connétable de Bourbon, eu février I.V21, prit un horrible catarrhe en se promenant avec la reine mère devant le bassin de Fontainebleau. Il pria François I" de lui accorder une petite guerre hygiénique an delà des monts. A cette heure, le roi, satisfait des lauriers de Cérisoles et de Marignan, qui l'avaient radicalement guéri d'un refroidissement du cerveau gagné dans un Te Deum à Notre-Dame, s'amusait a écrire sur des vitres des quatrains a su maltresse; il refusa donc la guerre au connétable: Celui-ci se révolta contre son maître, et se mit à i avager des villes puni- son compte Le connétable arriva, toujours avec son rhume de Fontainebleau jusqu'aux portes de Rome. Là, il dressa ses batteries, et acheva l'ouvrage d'Attila et de I héodoric. Il détruisit les thermes
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de ritus el d'Ahtonin, le Colisée, le portique d'Octavie et la tour de Cécilia
Melella. Il étail à la veille de sa guérison, lorsqu'une balle romaine lui coupa
le crâne en deux. On l'enterra guéri.
SousLouisXIiï, les la-
mentations furent grandes, parmi la noblesse, au Marais el à Fontainebleau. Les arceaux de la place Royale retentissaient d'une tempête de toux. Le roi lit un édit pour obliger les gentilshommes àlàisser croître à l'infini leur chevelure;
et il donna lui - même l'exemple en adoptant la mode inventée par Clodion. Ce palliatif tit quelque bien ; mais le roi et la noblesse ayant conquis un trésor inépuisable «le rhumatismes au siège de La Rochelle , en octobre et novembre lt>28, Riche-
lieu conseilla une petite guerre curàtive au delà des monts. Ce fut le duc de Savoie qui paya les frais du traitement. On ravagea tout chez lui, et on revint à Paris, en parfaite santé, aux premiers jours de printemps.
Les papes, qui ont toujours eu plus d'esprit que les rois, s'indignèrent enfin contre cette manie des princes et des nobles de France qui choisissaient ainsi, en hiver, l'Italie pour leur maison de saute. Ils se gardèrent bien d'exhaler hautement leur juste colère, mais ils eurent recours à des machinations sourdes en usage au Vatican. Par l'effet de ces trames italiennes, le cardinal Ma/.arini.
lit'' il Home, se créa lui de
France sous Louis XIV, el son premier soin fut d'éteindre la manie des guerres au delà des monts. Pour suppléera celte puissante guérison traditionnelle, Mazarini inventa les incommensurables perruques du grand siècle. Le règne de Clodion fut
I In se figure aisément l'hilarité intérieure du railleur el perfide Italien.
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lorsqu'il vit pour la première fois son idée se développer, avec une ampleur extravagante, sur les cerveaux du roi et des courtisans. Un livre à peu près inconnu, comme tous les livres de bon sens, m'affirme que la chambre de Mazarini, à Vincennes, retentissait nuit et jour d'un éclat de rire puissant et ultramontain, et que les gens de cour ne savaient à quoi attribuer cette explosion de gaieté solitaire, entretenue à huis clos par le cardinal. Certes, nous la comprenons aisément aujourd'hui cette joyeuse humeur, et il faut convenir qu'elle est dans l'esprit du caractère italien. Les perruques supprimèrent les rhumes de soixante-cinq rois, et les guerres d'Italie permirent à Louis XIV de passer le Rhin et d'assiéger Nainur sans la moindre toux.
Sous Louis XV, le cardinal de Fleury usa de sa puissante influence pour éloigner le roi des guerres ultramontaines. On s'était un peu relâché des coiffures hygiéniques du grand siècle, et la noblesse avait été obligée de se guérir en masse, en tuant onze mille pauvre Italiens aux batailles de Parme et de Guastalla, batailles taxées d'inutiles par d'aveugles historiens. Le pape til de sévères remontrances au cardinal de Fleury, et le menaça de lui enlever son chapeau s'il n'inventait pas quelque nouvelle coiffure, puisque l'ancienne déplaisait au roi et à la cour. Fleury, poussé à bout, voulut renchérir sur Mazarini : il inventa la poudre. Un matin, il parut devant Louis XV avec des cheveux pétris dans un ciment d'amidon. Le cardinal avait un extérieur grave, et bien qu'il commit quelques triches en jouant au piquet, on le regardait généralement comme un homme vertueux. Sa nouvelle coiffure fut jugée connue une inspiration du ciel; et Louis XV, qui déjà s'ennuyait beaucoup à Versailles, voulut bien reconnaître les hauts services à lui rendus par le cardinal, en taisant bâtir le
royal édifice de sa chevelure avec du
Cimenl d'amidon. La contagion gagna
tontes les têtes, car le roi était adoré.
Les daines, eiinuvccs aussi de sexoir
• lassi r en brunes el blondes, adoptèrent avec enthousiasme une mode qui
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les faisait toutes blanches, el 1rs dispensait d'avoir des cheveux. L'Italie
rentra dans un doux repos, et le pape promit au cardinal de le canoniser
au bout de cent ans.
La mode des coiffures romaines devait nécessairement rentrer en France avec la République; mais l'armée garda la pondre et les cadenettes, ce qui
i s avait déjà donne 1rs victoires de Jemmapes, de Valmy et de Fleuras.
Les soldats d' Aréole, deLodi, de Marengo, des Pyramides, d'Héliopolis, auraient (>u aisément raser leurs tètes et remporter les victoires de ces noms, sans cadenettes et sans poudre blanche ; mais ils avaient à cœur de conserver cette mode de leur jeune âge, malgré ses désagréments dans les pays chauds. 1, "amidon des cadenettes se tondait au simoun de Thelies. de Ptolémaïs et duThabor; maison se poudrait encore au bivouac du lendemain, en présence de ces graves sphinx éternellement blanchis, sur leurs longues bandelettes, parla poudre du désert. Au camp de Boulogne, Junot s'insurgea le premier contre la coiffure du cardinal Fleury, et un décret impérial ne tarda pas a la modifier. En Russie, on la regretta beaucoup. M. de Narbonne, sous les sapins de la Bérésina, se poudrait encore, malgré le décret impérial et les cosaques de Tchitchakoff; aussi on l'a vu rentrer à Paris, malgré son grand âge, en parfaite saute. Aujourd'hui, avec notre confortable de rues et de maisons, notre Paris perfectionne, notre pâte Uegnaull. nos passages couverts, nos vingt théâtres, nos bals, nos amusements infinis, on peut se coiffer à sa guise, el laisser vivre les Italiens au delà des monts ;
m. ns n oublions point qu'il a Fallu attendre quatorze siècles pour obtenir ce
beau résultat.
La faute originelle de Pharamond a exerce aussi une singulière influence sur notre littérature. Vucun Kollin, aucun Le Balteux, aucun Domairon,