‹ Le Diable a ParisChapitre 90 sur 123 · UNE MARCHANDE A LA TOILETTE · texte numérisé non relu

UNE MARCHANDE A LA TOILETTE

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Jusqu'à présent, les peintres de mœurs ont mis en scène beaucoup d'usuriers ; mais on a oublié l'usurière des femmes dans l'embarras, la madame La Ressource d'aujourd'hui, personnage excessivement curieux, appelée décemment marchande à la toilette .

Avez-vous quelquefois en flânant remarqué dans Paris une de ces boutiques dont la négligence fait tache au milieu des éblouissants magasins modernes, boutiques à devanture peinte en 1820 et qu'une faillite a laissée au propriétaire de la maison dans un état douteux ; la couleur a disparu sous une double couche imprimée par l'usage et grassement épaissie par la poussière; les vitres sont sales, le bec-de-cane tourne de lui-même, comme daus tous les endroits d'où l'on sort encore plus promptement qu'on n'y entre. Là, trône une femme entre les plus belles parures arrivées à cette phase horrible où les robes ne smit plus des robes et ne sont pas encore des haillons. Le cadre est en harmonie a\re la tigureque cette femme se compose, car ces boutiques sont une des plus sinistres particularités de Paris. On y voit des défroques que le Morl y a jetées de sa

main décharnée, el l'on entend alors le râle d'une phthisie sous un châle, comme on y devine l'agonie de la misère sons une robe brodée d'or. Les atroces débats entre le luxe el la faim sont écrils là sur de légères dentelles. On y trouve la physionomie d'une reine sons un turban à plumes donl la pose rappelle el rétabli! presque la figuré absente. C'est le hideux dans le joli! Le fouet de Juvénal, agité par les mains officielles du corn— missaire-priseur, y a éparpillé les manchons pelés, les fourrures flétries de quelques grandes dames aux abois. C'est un fumier de fleurs où, ça et là, brillent des roses coupées d'hier, polices un jour, ei sur lequel est toujours accroupie une affreuse vieille, la cousine germaine de l'usure, l'occasion du malheur, une harpie retirée, chauve, édentée, et prête à vendre le contenu, tant elle a l'habitude de colporter ou d'acheter le contenant, la robe sans la femme ou la femme sans la robe. La marchande est là comme l'argousin dans le bagne, comme un vautour au bec rougi sur des cadavres, an sein de son clément ; plus horrible que ces sauvages horreurs qui font frémir les passants, étonnés quelquefois de rencontrer un de leurs plus jeunes et frais souvenirs pendus dans le sale vitrage derrière lequel grimace une de ces marchandes à la toilette qui ont lait autant de métiers inconnus qu'il \ en a de connus.

Ce lui une de ces gémonies de nos fêtes que j'indiquais à un de mes amis.

— Que dites-vous de ceci, n'est-ce pas la femelle de la Mort .' lui di~ je a l'oreille en lui montrant au comptoir une terrible compagnonne.

Nous cuirons.

lui. — Madame, combien cette guipure?

elle. — Pour vous, monsieur, ce ne sera que cent écu's

Elle remarque une cabriole particulière aux artistes et ajoute d'un air p iielre : — Cela vient de la princesse de l.amlialle

moi. — Comment! si pics du Château?

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