LES TRAVAUX FORCÉS
AdmettoAS ceci, qui, selon c^us, est m» vérité remise à neuf :
A«5i0ine«
La plaparl; dea hommes ont toujours tm peu derespritqn'exige une situation difficile, quand ils n'ont pas toutrespni
de cette situation*
Quant aux ma? is qui sont au-dessous de leur position, il est impossible de s'en occuper : il n'y a pas de lutte» ils entrent dans la dasee nombreiise des 'Khignésm
Adolplie se dit donc : — Les femmes sent des enfants, présentez-leur un morceau de sucre, vous leur faîtes danser trèA-bse» toutes* les ceoèredanses que dansent les ei^aat» geuraueds; mais il faut toujours avoir une dragée, laleur tenir haute, et que... le go6t des dragées ne leur passe pMit. Les Parisî^ines (Caroline est de Pans) sont exeessivemcnt vaine», elles sont goucmandesi... On- œ gouverne les iMmi» mes, on ne se fait des amis qa'en les prenant tous par leurs vices, en fiatlast leors passions : raa femme est à moi I
Quelques jours après^ p^dast lesquels Adolphe a redoublé d'attentiotos pour sa femme, il lui tient ce langage :
— Tiens, Caroline^ amnaciEi^iious. Il faut Men que tu mettes ta nouvdle robe (la pareille à celle de madame Deschars), et... ma foi^ noQS irons voir quelques, bêtises aux Variétés^
Ces sortes de propositiosip cendent toujoar» les fenmies légitimes de la ^sbefo humeur! Etâ'aKer! Adolfi^e a commandé pour ieu cbes Beirel, aa Rocher de CttQcalet, un jali petit dîner fin.
-* Puisque noua allons aux Variétés, dlnoovau eaharet, s'éerie Adolphe surles boulevards en ayant Fair de se livrer à un kiçroviaatioo généreuse.
Cafioline, beuneuse de cette apparence de bonne fcMrtnne,. s'engage: riors dans vm petit saloa <$ù elle trou»e.la n^yipa mise e& le petft service coquet offert par Borel aux gens assez riches pour payer le loca
destiné aux grands de la terre qui se font petits pour un moment.
Les femmes, dans un dîner prié, mangent peu, leur secret harnais les gêne, elles ont le corset de parade, elles sont en présence de femmes dont les yeux et la langue sont également redoutables. Elles aiment, non la bonne mais la jolie chère : sucer des écre^isses^ gober des cailles au gratin, tortiller Taile d'un coq de bruyère , et commencer par un morceau de poisson bien frais relevé par une de ces sauces qui font !a gloire de la cuisine française. La France règne par le goût en tout : le dessin, les modes, etc. La sauce est le triomphe du goût en cuisine. Donc, grisettes, bourgeoises et duchesses, sont enchantées d'un bon petit dîner arrosé de vins exquis, pris par petite quantité, terminé par des fruits comme il n'en vient qu'à Paris, surtout quand on va digérer ce petit dîner au spectacle, dans une bonne loge, en écoutant des bêtises, celles de la scène, et celles qui se disent à l'oreille pour expliquer celles de la scène. Seulement l'addition du restaurant est de cent francs, la loge en coûte trente, et les voitures, la toilette (gants frais, bouquet, etc.), autant. Cette galanterie monte à un total de cent soixante francs, quelque chose comme quatre mille francs par mois, si l'on va souvent à r Opéra-Comique, aux Italiens et au Grand-Opéra. Quatre mille francs par mois valent aujourd'hui deux millions de capital. Mais votre honneur conjugal vaut cela.
tES PARISIENNES A PARIS. 5?
Caroline dit à ses amies des choses qu'elle croit excessivement flatteuses, mais qui font faire la moue à un mari spirituel.
— Depuis quelque temps, Adolphe est charmant. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter tant de gracieusetés, mais il me comble. Il ajoute du prix à tout par ces délicatesses qui nous impressionnent tant , nous autres femmes... Après m'avoir menée lundi au Rocher de Cancale, il m'a soutenu que Véry faisait aussi bien la cuisine que Borel, et il a recommencé la partie dont je vous ai parlé, mais en m' offrant au dessert un coupon de loge à r Opéra. L'on donnait Guiuàumb Tell, qui, vous le savez, est ma passion.
— Vous êtes bien heureuse, répond madame Deschars sèchement et avec une évidente jalousie.
— Mais une femme qui remplit bien ses devoirs mérite, il me semble, ce bonheur...
Quand cette phrase atroce se promène sur les lèvres d'une fetome mariée, il est clair qu'elle fait son deiDoir, à la façon des écoliers, pour la récompense qu'elle attend . Au collège, on veut gagner des exemptions; en mariage, on espère un châle, un byou. Donc , plus d'amour l
— Moi, ma chère (madame Deschars est piquée), moi, je suis raisonnable. Deschars faisait de ces folieslà *. ..j'y ai mis bon ordre. Écoutez donC; ma petite :
1 Mensonge à triple péché mortel (mensonge, orgueil, envie) que se permettent les dévotes, car madame Deschars
nous avons deux enfants, et j'avoue que cent ou deux cents francs sont une considéFatien pour moi, mère de famille.
— Ëtil madame, dit madame de Fischtaminel,. il vaut mieux que nos mar is aillent en partie fine avec nous que...
— Deschars?... dit brusquement madame Deschars en se levant et saluant.
Le sieur Deschar s (homme annulé par sa femme) n* entend pas alors la fin de cette phrase par laquelle il apprendrait qu'on peut mang^ son bien avec des femmes excentriques.
Caroline , flattée dans toutes ses lutnitéfr, se rue alors dans toutes les douceurs de Torgueil et de la gourmandise, deux délid^ux péchés c^taux.* Adolphe regagne du terrain; mais, hélas! (cette réflexic»! vaut un sermon du Petit Carême) le péché, comme toute volupté, contient son aiguiUoou De même qu'un autocrate, le vice ne tient pas compte de mille délicieuses flatteries devant un seul pli de rose qui l'irrite. Avec lui, l'homme doit dJler crescendo!,., et tou-
jours.
Axiome.
Le Tice, le courtisan, le malhenr et Tamour ne connaissent que le
présent.
Au bout d'un temps difficile à d^étermîner, Caroline se regarde dans la glace, au dessert, et voit des» rubis
est une dévote atrabilaire, elle ne manque pas un office à Saint^BiOch^ depuis qu*elle a qu^avee lareine.
(Note de l'auteur .)
fleurissaût sur ses pommettes et sur les ailes 31 pures de son nez. Elle est de mauvaise humeur au spectacle, et vous ne savez pas pourquoi, vous, Adolphe, si fièrement posé dans votre cravate I vous qui tendez votre torse en homme satisfait.
Quelques jours après, la couturière arrive, elle essaye une robe, elle rassemble ses forces, elle ne parvient pas à l'agrafer... On appelle la femme de chambre. Après un tirage de la force de deux chevaux, un vrai treizième travail d'Hercule, il se déclare un hiatus de deux pouces. L'inexorable couturière ne peut cacher à Caroline que sa tailk a changé. Caroline, l'aérienne Caroline, menace d'être pareille à madame Deschars^ En termes vulgaires, elle épaissit.
On laisse Caroline attéiée.
— Comment, avoir, comme cette grosse madame Deschars, des cascades d^ chair à la Rubens? Et c'est vrai, dit-elle. . . Adolphe est un profond scélérat. Je k voisy il \eut faire de moi une mère Gigogne l et m'ôter mes moyens de séduction I
Caroline veut bien désormais aUer aux Italiens, eUe y accepte un tiers do loge y maia elle trouve très-dii" tingué de peu manç^, et refuse les parties fines de
son mari.
— Mon, ami, dit-elle, une femme coKfflie fi faut ne saurait aller là souvent.., Qn entre une foi», par plaisanterie, dans ces boutiques; mais &'y montrer habituellement... fi doncl
Borel et Véry, ces illustKationsda fourneau^ per-
56 LE DiADLE A PARIS.
(lent chaque jour mille francs de recette à ne pas avoir une entrée spéciale pour les voitures. Si une voiture pouvait se pisser sous une porte cochère, et sortir par une autre en jetant une femme au péristyle d'un escalier éi^ant, combien de clientes leur amèneraient de bons, gros> riches clients I...
Axiome.
Là eoqwlterie tœ U gonnnandise.
Caroline en a bien assez du thé&tre, et le diable seul peut savoir la cause de ce dégoût. Excusez Adolphe : un mari n'est pas le diable.
Un bon tiers des Parisiennes s'omuie au spectacle, à part quelques escapades, comme : aller rîre et mordre au fruit d'une indécence, — aller respirer le poivre long d'un gros mélodrame, — s'eitasier à des décorations, etc. Beaucoup d'entre elles ont les oreilles rassasiées de musique, et ne vont aux Italiens quepour les chanteurs, ou, si vous voulez, pour remarquer des différences dans l'exécution. Voici ce qui soutient les théâtres : les femmes y sont un spectacle avant et après la pièce. La vanité seule paye, du prix exorbitant de quarante francs, trois heures d'un plaisir contestable, pris en mauvais air et à grands frais, sans compter les rhumes attrapés en sortant. Mais se montrer, se faire voir, recueillir les regards de cinq
cents hommes! quelle franche lippéel dirait
Rabelais.
Pour cette précieuse récolte, engrangée par Ta-
mour-propre, il faut être remarquée. Or, une femme et son mari sont peu regardés. Caroline a le chagrin de voir la salle toujours préoccupée des femmes qui ne sont pas avec leurs maris , des femmes excentriques. Or, le faible loyer qu'elle touche de ses efforts, de ses toilettes et de ses poses, ne compensant guère à ses yeux la fatigue, la dépense et Tennui, bientôt il en est du spectacle comme de la bonne chère : la bonne cuisine la faisait engraisser, le théâtre la fait jaunir. Ici Adolphe (ou tout homme à la place d'Adolphe) ressemble à ce paysan du Languedoc qui souffrait horriblement d'un agacin (en français, cor; mais le mot de la langue d'Oc n'est-il pas plus joli?). Ce paysan enfonçait son pied de deux pouces dans des cailloux les plus aigus du chemin , en disant à son agacin : — Troun de Dieu! de Bagasse! si tu mé fais souffrir, je té lé rends bien I
— En vérité, dit Adolphe, profondément désappointé le jour où il reçoit de sa femme un refus non motivé , je voudrais bien savoir ce qui peut vous plaire?...
Caroline regarde son mari du haut de sa grandeur, et lui dit, après un temps digne d'une actrice : — Je ne suis ni une oie de Strasbourg, ni une girafe.
— On peut , en effet , mieux employer quatre mille francs par mois, répond Adolphe.
— Que veux-tu dire ?
— Avec le quart de cette somme, offert à d'estima- .bles forçats, à de jeunes libérés, à d'honnêtes crimi-
ncls, on devient un personnage, un petit Maiiteat> Bleu I reprit Adolphe, et une jeune femme est alors fièredeson mari.
Cette phrase est le cercueil de l'amour ! aussi Caroline la prend-elle en très-mauvaise part. Il s'ensuit une explication. Ceci rentre dans les mille facéties du chapitre suivant, dont le titre doit faire sourire ks «mants aussi bien que les ^poux. S'il y a des rayons jaunes, pourquoi n'y aurait-il pas des joies de cette couleur excessivement conjugale?
DES raSETTES JAUNES.
Arrivé dans ces eaux, vous jouissez alors de ces petites scènes qui, dans Le grand opéra du mariage, représentent les intermèdes, et dont voici le type.
Vous êtes un soir seuls, après dîner, et vous vous êtes déjà tant de fois trouvés seuls, que vous éprouvez le besoin de vous dire de petits mots piquants, comme ceci, donné pour exemple:
— Prends garde à toi, Caroline, dit Adolphe, qui a sur le cœur tant d'efforts inutiles, il me semble que ton nez a l'impertinence de rougir à domicile tout aussi bien qu'au restaurant.
— Tu n'es pas dans tes jours d'amabilité!.,.
RÈGLE GÉNÉRALE ! Aucuu hommc n'a pu découvrir le moyen de donner un conseil d'ami à aucune femme, pas même à la denne.
— Que veux-tu, ma chère, peut-être es-tu trop serrée dans ton corset^ et Ton se donne ainsi des maladies...
Aussitôt qu'un homme a dit cette phrase à n'importe quelle femme, cette femme (elle sait que les buses sont souples) saisit son fousc par le bout qui regarde en contre-bas et le soulève, en disant comme Caroline:
— Vois, jamais je ne me serre.
— Ce sera donc l'estomac. .
— Qu'est-ce que l'estomac a de commun avec le nez?
— L'estomac est un centre qui communique avec tous nos organes.
— Le nez est donc un organe?
— Oui.
— Ton organe te sert bien mal en ce moment... (Elle lève les yeux et hausse les épaules.) Voyons, que t'ai -je fait, Adolphe?
— Mais rien; je plaisante, et j'ai le malheur de ne pas te plaire, répond Adolphe en souriant.
— Mon malheur, à moi, c'est d'être ta femme. Oh I que ne suis-je celle d'un autre !
— Nous sommes d'accord I
— ï Si, me nommant autrement, j'avais la naïveté de me dire, comme les coquettes qui veulent savoir où elles en sont avec un homme : « Mon nez est d'un rouge inquiétant I » en me regardant à la glace avec des minauderies de singe, tu me répondrais : « Oh !
madame, voua vous calomniez! D'abord, cela ne se Yoit pas ; puis c'est en harmonie avec la couleur de votre teint... Nous sommes d'ailleurs tous ainsi après diner ! d Et tu partirais de là pour me faire des compliments... Est»ce que je te dis, moi! que tu engraisses, que tu prends des couleurs de maçon, et que j'aime les hommes pôles et maigres ?, . .
On dit à Londres : Ne touchez pas à la hache ! En France, il faut dire : Ne touchez pas au nez de la femme...
— E 1 1 out cela pour un peu trop de cinabre naturel ! s'écrie Adolphe. Prends-t'en au bon Dieu, qui se môle d'étendre de la couleur plus dans un endroit que dans un autre, non à moi... qui t'aîme... qui te veux parfaite et qui te crie : Gare!
— Tu m'aimes trop, alors, car depuis quelque temps tu t'étudies à me dire des choses désagréables, tu cherches à me dénigrer sous prétexte de me perfectionner... J'ai été trouvée parfaite, il y a cinq a s. ..
— Moi, je te trouve mieux que parfaite, tu es char mante I...
. — Avec trop de cinabre ?
Adolphe, qui voit sur la figure de sa femme un air hyperboréen, s'approche, se met sur une chaise à côté d'elle. Caroline, ne pouvant pas décemment s'en aller, donne un coup de côté sur sa robe comme pour opérer une séparation. Ce mouvement-là, certaines femmes l'accomplissent avec une impertinence
provoquante ; mais il a deux significations : c'est, en tenne de whist, ou une invite au roi^ ou une renonce. En ce moment, Caroline renonce.
— Qu'as-tu? dit Adolphe.
— Voulez-vous un verre d'eau et du sucre? demande Caroline en s'occupant de votre hygiène et prenant (en charge) son rôle de servante.
— Pourquoi ?
— Mais vous n'avez pas la digestion aimable, vous . devez souffrir beaucoup. Peut-être faut -il mettr«
une goutte d'eau-de-vie dans le verre d'eau sucrée I Le docteur a parlé de cela comme d'un remède excellent...
— Comme tu t'occupes de mon estomac I
— C'est un centre, il communique à tous les organes, il agira sur le cœur et de là, peut-être, sur la langue.
Adolphe se lève et se promène sans rien dire, mais il pense à tout l'esprit que sa femme acquiert, il la voit grandissant chaque jour en force, en acrimonie ; elle devient d'une intelligence dans le taquinage et d'une puissance militaire dans la dispute qui lui rappellent Charles XII et les Russes.
Caroline, en ce moment, se livre à une mimique inquiétante, elle a l'air de se trouver mal.
— Souffrez -vous? dit Adolphe pris, par où les femmes nous prennent toujours, par la générosité.
— Ça fait mal au cœur après le diner, de voir un homme allant et venant comme un balancier de pen-
dule. Maïs, tous voilà bien, il &ut toujours que toqs vous agiti^. ^ Étes-vcHifi drôles !« .• Les hommes sont plus ou moins iéus^.
Adolphe s'assied au coin de bi 'Chemioée opposé à celui que sa femme oocupe, et il y reste pensif: le mariage lui apparaît atec ses steppes meublés d'orties.
— Eh bien! tu boudes?... dit Caroline après un dani-quart d'iieure donné à l'observation de ia figure maritale.
— Non, j'étudie^ répond Adoif^e.
— Oh t quel cariaelère infernal tu asL.. dit-eUe en haussant les épaules. Est-ce à cause de ce que je t'ai dit sur ton ventre, sarla taille et sur ta digestion?... Tu ne vois^onc pas que je voulais te rendre ia monnaie de ton cinabre? Tu prouves que ks hommes sont aussi coquets que les femmns... (Adolphe reste froid.) SaiS'tu quecela me semble très-gentil à vous de prendre nos qualités... (Profond i^lence.) On plai« santé et tu te fâches... (Elle regîmie Adolphe). Car tu es fâché,. .Je nemiis pas comme toi,moi : je ne peux pas sui^orta* l'idée de t'avoir fait uapeu de peine 1 Et c'est pourtant une idée qu'un homme n'aurait jamais eue, que d'attribuer tc^ impertinence à quelque embarras dans ta digestion. Ce n'est plus trum Dodofe! c'est son veiïtre ^i s'est tzouvé assez grand pour parler.,. Je ne te «avafe pas ventra«ïi«e, voiià loïrt...
Caroline regarde Adolphe en souriant, Ado^lie se tiei^ comme gommé«
LES PARISIE-NNES A PARIS. 63
— 'Koft, ii ne rira pas... Et vous appelez cela, dans vokrajajr^n, avoir du caractère.. • Ohrl comme nous sommes bien meilleures I
Elle vient s'asseoir sur les genoux d'Adolphe, qui ne peut s'empêcher de sourire. Ce sourire, extrait à l'aide de la machine à vapeur, elle le guettait pour s en faire une arme.
— Allons, mon bon hOGBiBie, avoue tes torts! ditelle, alors. Pourquoi bouder? le t'aiBae, moi, comm^ tuesl Je* te vois tout aussi mince cj^e quajid jet'ai épousé... plus mince même.
— Caroline^ quand on en arrive à so tromper sur ces petites chose^là... quand on se fait des conces^ sious et qu'on ne re^te pas fâché,. tcoii rouge... sais-tu ce qui en est?.*.
— Eh bien! dit Caroline, inquiète de la pose dmr matique que prend Adolphe.
— On s'aime moins.
— Ohl gros mjonstre, je te comprends : tu restes fùché pour me faire^arolre quetu m'aûnes.
Hélas! avouons-le: Adolphe dijLla. vérité delà seuie manière de la dire, en riant.
— Pourquoi j»'as4u fait de la peiûfi? dit-elle. Ai-je un tort? ne vaut-iL pas mieux me l'expliquer gentiment plutôt que de me dir^gr(^sièi:ement(elle enfle sa voix), : Votre nez rougit I Non! ce n'est pas bien! Pour te plaire, jje vais employer une expression de ta belle Fischtaminel : Ce n'esépasid'u/n gentleman,
Adolphe se met à rire et paye kfi frais du raccom*
modement; mais, au lieu d'y découvrir ce qui peut plaire à Caroline et le moyen de se l'attacher, il reconnaît par où Caroline l'attache à elle.
NOSOGIUIFBIS DE Là VALÂ.
Est-ce un agrément de ne pas savoir ce qui plaît à sa femme, quand on est marié?... Certaines femmes (cela se rencontre encore en province) sont assez naïves pour dire assez promptement ce qu'elles veulent et ce qui leur plaît. M ais, à Paris, presque toutes les femmes éprouvent une certaine jouissance à voir un homme aui écoutes de leur cœur, de leurs caprices, de leurs désirs, trois expressions d'une même chose! et tournant, virant, allant, se démenant, se désespéant, comme un chien qui cherche un maître.
Elles nomment cela élre aimées, les malheureuses I... Et bon nombre se disent en elles-mêmes^ comme Caroline : — Comment s'en tirera-t-il?
Adolphe en est là. Dans ces circonstances, le digne et excellent Deschars, ce modèle du mari bourgeois, invite le ménage Adolphe et Caroline à inaugurer une charmante maison de campagne. C'est une occasion que les Deschars ont saisie par son feuillage, une folie d'homme de lettres, une délicieuse villa où l'artiste a enfoui cent mille francs et vendue à la criée, onze mille francs. Caroline a quelque jolie toilette à essayer, un chapeau à plume en saule pleureur. C'est ravissant à montrer en tilbury. On laisse le petit
Charles à sa grand'mère. On donne congé aux domestiques. On part avec le sourire d'un ciel bleu, lacté de nuages, uniquement pour en rehausser reflet. On respire le bon air, on le fend par le trot du gros cheval normand, sur qui le printemps agit. Enfin Ton arrive à Marnes, au-dessus de Ville-d'Avray, où les Deschars se pavanent dans une villa copiée sur une villa de Florence, et entourée de prairies suisses, sans tous les inconvénients des Alpes.
— Mon Dieu I quel délice qu'une semblable maison de campagne ! s'écrie Caroline en se promenant dans les bois admirables qui bordent Marnes et Villed'Avray. On est heureux par les yeux comme si l'on y avait un cœur!
Caroline, ne pouvant prendre qu'Adolphe, prend alors Adolphe, qui redevient son Adolphe. Et de courir comme une biche, et de redevenir la jolie, la Daîve^ petite, adorable pensionnaire qu'elle était I.... Ses nattes tombent 1 elle ôte son chapeau , le tient parles brides. La voilà rejeune, blanche et rose. Ses yeux sourient, sa bouche est une grenade douée de sensibilité, d'une sensibilité qui parait neuve.
— Ça te plairait donc bien, ma chérie, une campagne?... dit Adolphe en tenant CaroMne par la taille et la sentant qui s'appuie comme pour en montrer la flexibilité.
— Ohl tu serais assez gentil pour m'en acheter une?... Mais! pas de folie... Saisis une occasion comme celle des Deschars.
—* Te iteife, sadiasit bien ee qui peut te faire ptoiâry TOilà Tétude de ton Adolphe.
Ha smit màSy ito peuvent se. dire leurs petits mote d'anûAié^ défiler te chapelet de leurs migaatdîâes secrètes.
— Oaveat donc plaire à sa petâe Ey^le?.». M\ Carotine en mettant sa tête sur Tépaule d''Adol|)hfi^ <pù la baise au fh)nt ea poosant : ^^ Dieu merci, je la tiens I...
Oosd un mari et «w femme se HenBemt^ le' diable sanl sait oelui
çai Ueat rAotce,
Le jeune ménage est charmant^ et la grosse madame Deschars se permet une remarque assez décolletée pour eëe ai sévère, si prude, si déwte :
— La campagne a la j^opriéta <te rendre les maris très^aimablea^
Monsiear DescfaacSi indique un» oceasioa à saisir^ on veut vendre une maifiwi à VUk^'Avray, toujours paur rien. Or,, la maison dacan^gne est une maladie partieuttète à rfaabitaBtd» Faris. Cette maloéic a sa durée et sa gnérison. Addi^ est un mari^ 08 n'est paa uamédeeîn.U achète la cao^gne, et il s'y installe avec Caroline,. redt vernie sa Caroline, sa Carala, sa Mche blanche^ son groa trésor, sa petite fille, etc.
Voici qpÊàs symptômes aburmants se déclarent avec une effirayante rapidité.
On paye une tasse de lait vingt-cinq centimes qu^
il est baptisé j ciaquante eeolimefi qjuaad il est atikydre, àis&ai lee ehimistes.
La viande est raeîns chèret k Paria qu'à Sèvres^ expérience faite des qualités.
Les fruits sont hors de prix. Une beUe poire coûte plus, prise à la eampague, que dans le jardin (anhydre 1) qUi fleurit à l'étalage de Chevet.
Avant de pouvoir récolter des fruits chez soi, où il n'y a qu-une prairie suisse de deux, centiares^ envicOBoée do quelques arbres v^ts^ qui ont Tair d'àtre empruntés à une décoration de vaudeville, les autorités les plus rurales, consultées^ déclarent qu'il faa.» dra dépenser beaucoup d'argent,, et — attendre cinq ttméesl...
Les légumes s'élancent de chez les maraîchers pour rebondir à la Halle. Madame Cieschars, qui jouit d'un jardinier-coneiarge, avoue que les légumes venus dfflM son terraîn,.sous ses b&eheS) à force: de terreau, lui coûtent deitx fois plus cher qpe cq«x achetés à Paris chez une: fruitière qui a boutique^, qui paye Itttente, et dont l'époux est électeur.
Malgré les efforts et les promesses du jardinierconcierge, les primeuss ont toujours» à Paris une atance d'un mois sur ceUes de la campagne.
De huit heures du soir à onze heures, les époux ne savent que faire, vu l' insipidité des voisins, leur petitesse, et les questions d'amour-pro^e soulever à propos de rien.
Monsieur fiescbwrs remarque, avec ht profouj^
science de calcul qui distingue un ancien notaire, que le prix de ses voyages à Paris, cumulé avec les intérêts du prix de la campagne, avec les impositions, les réparations, les gages du concierge et de sa femme, etc., équivaut à un loyer de mille écusl II ne sait pas comment lui, ancien notaire, s'est laissé prendre à cela!... Car il a, maintes fois, fait des baux de châteaux, avec parcs et dépendances, pour mille écus de loyer.
On convient à la ronde, dans les salons de madame Deschars, qu'une maison de campagne, loin d'être un plaisir, est une plaie vive...
— Je ne sais pas comment on ne vend que cinq centimes, à la Halle, un chou qui doit être arrosé tous les jours depuis sa naissance jusqu'au jour où on le coupe, dit Caroline.
— Mais, répond un petit épicier retiré, le moyen de se tirer de la campagne, c'est d'y rester, d'y demeurer, de se faire campagnard, et alors tout change...
Caroline, en revenant, dit à son pauvre Adolphe :
— Quelle idée as-tu donc eue là, d'avoir une maison de campagne ?... Ce qu'il y a de mieux en fait de campagne, est d'y aller chez les autres...
Adolphe se rappelle un proverbe anglais qui dit : « N'ayez jamais de journal, de maîtresse, ni de campagne ; il y a toujours des imbéciles qui se chargent d'en avoir pour vous...»
— Bah I répond Adolphe, que le taon conjugal a définitivement éclairé sur la logique des fenunes, tu
as raison; mais aussi que veux-tu7... l'enfant s'y porte à ravir.
Quoique Adolphe soit devenu prudent, cette réponse éveille les susceptibilités de Caroline. Une mère veut bien penser exclusivement à son enfant, mais elle ne veut pas se le voir préférer. Madame se tait, le lendemain elle s'ennuie à la mort. Adolphe étant parti pour ses affaires, elle l'attend depuis cinq heures jusqu'à sept, et va seule avec le petit Charles jusqu'à la voiture. Elle parle pendant trois quarts dlieure de ses inquiétudes. Elle a eu peur en allant de chez elle au bureau des voitures. Est-il convenable qu'une jeune femme soit là, seule! Elle ne supportera pas cette existence-là.
La vUla crée alors une phase assez singulière, et qui mérite un chapitre à part.