SOMMAIRE
L*été de la SaintrMartin conjugal. — De qnelgaes péchés capitaux. — De quelques péchés mignons. — La clef du caractère de toutes les femmes. — Un mari à la conquête de sa femme. — Les travaux forcés. — Les risettes jaunes. — Nosographie de la villa. — La misère dans la misère. — Le dix-huit brumaire des ménages. — L*art d'être victime. — La campagne de France. — Le sob de corbillard. — Commentaire où Ton explique la félichitta du finale de tous les opéras, même de celai du mariage.
l'été de LA SAINT -MARTIN CONJUGAL.
Arrivé à une certaine hauteur dans la latitude ou la longitude de Tocéan conjugal, il se déclare un petit mal chronique, intermittent , assez semblable à des rages de dent...
Vous m'arrêtez, je le vois, pour médire : — Comment relève-t-on la hauteur dans cette mer? Quand
un mari peut-il se savoir à ce point nautique; et peuton éviter les écueils ?
On se trouve là, comprenez-vous, aussi bien après dix. mois de mariage qu'après dix ans : c'est selon la marche du vaisseau, selon sa voilure, selon la mousson, la force des courants, et surtout la composition de l'équipage. Eh bien I il y a cet avantage que les maris n'ont qu'une manière de prendre le point y tandis que les marins en ont mille de trouver le leur.
Exemples : Caroline, votre ex-biche, votre ex-trésor, devenue tout bonnement votre femme, s'appuie beaucoup trop sur votre bras en se promenant sur le boulevard, ou trouve beaucoup plus distingué de ne plus vous donner le bras;
Ou elle voit des homnies plus ou moins jeunes, plus ou moins bien mis, quand autrefois elle ne voyait personne, même quand le boulevard était noir de chapeaux et battu par plus de bottes que de bottines;
Ou, quand vous rentrez, elle dit : « Ce n'est rien, c'est monsieur I » au lieu de : « Ah! c'est Adolphe! » qu'elle disait avec un geste, un regard, un accent qui faisaient penser à ceux qui l'admiraient ; Enfin, en voilà une heureuse I
Cette exclamation d'une femme implique deux temps : celui pendant lequel elle est sincère, celui pendant lequel elle est hypocrite avec : « Ah I c'est Adolphe I » Quand elle dit : « Ce n'est rien , c'est
monsieur I » elle ne didgne plui» jouer la eoeoédift;
Ou , si vous revenez un peu tard (oaze heures^ nunuit) , elle... ronfle 1 odieux ioâioel....
Ou elle met ses bas devant vous... (C«cî n'arrive qu'une seule foia daae kt vie eon^ate d'une hiy ; le lendemain^ eHe pa4rt pour le oooti&a^t avec m eaptain quekonque, et ne peme plusi à meitua m bas.) ;
Ou. . . Maïs restoa&€a là •
Ceci s'adresse à des marins ou maris familiarisés,
avec LA GONNAISSàNCfi INIS V£IIPft.
Eh bien ! sou8 cette ligne voiaîne d'un signe tropi^ cal sur le nom duquel le bai» goût interdit de faife une. plaisanlerte vulgaire el iiMligna àe^ ce spkitQd ouvrage, il se déclare une hombfee' petite mieèreiiigénleueenient appelée I& taon conjugal, de tous les oeuftins, mottatiquesi, taracaaes, pacea et scorpidas, tel plus impatientant^ «a ee qu'aucune moustiqaaice n'a pu être inventée pour s'en peésetver. Le taon ne pique pas sur-le-champ, il commence à tintinnuler à vos oeeiiksi^ et 'Bomwesav&iepae môorB e$ que c'est. Mx)tà, à prepiâs de riea, de l'air le. plud naturel du monde, Caroline dit : -^^MadsuBie Deschars avait une bien befie robe hier ....—Elle ada goût, r^woid Adolphe.— C'est son mari qui la lui adeonée^, répUrpie Carolme. — Ahl — Oui, une robe de quatre cents francs 1 Elle a tout ee qui st fait de plus beau en reiQurs... — Quatre cmi& francs I s'écrie Adolphe «i prenas^ la pose de l'apMre Thomaa. -^Mais il y a
âeox lés de nedmage et uaeonnige. .. — ^IB fitit &iea les eboses, nwBnienr I>68elitr9l repMDA Ad^l» en se réf ogifiat âana: I« plaisanieete. — Touo* les hemnes u'oat pas de oes^ a4teotioBi-là^. difi C«rdliae' sèebement. — Q^lea attenticm»?.». — lilai^*, Adolphe... penser am lé» de rechange et à un cotsege pour faire enenre servir la robe qaand eUene sera plus de miae; décolletée.
Adolphe se dit en lui-niêBie : -^ Caroline veut une robe.
Le pauvre hemot U,l...i
Quelque teoq)ft afirès^ men^ear Ikescharsa ceneu- \^ la chambre de sa femme.
Puis monsieui Desobars » fait remonter à la nou» velle mode ke-diamaota de sa^fennue.
Monsieur Deschars ne sort jamais sans sa femme^ ou ne laisse m femme alter nûiiè part sans lui donner le bras.
Si vous apportes qim que ce soit à Caroline^ ce n'est jamais aussi bien qœ ee cp^a fak monsieur Deftcbars.
Si von& vous permeltez le mokidk*e geste) la mœndre parole un pea trop ^s; si vous parlex \m peu batil, VOUS' fflitendez cette phrase sibyllante et vipérine : — Ce n'est pas mensieur Deschars qui se cenduirait aiifêiJ Prends donc monsieur Diescfaars peur HMKièle.
£Qiki, monsieur Descbars^apporaH dans votre ménage ù tout momeot, et à propos de tout.
Ce mot :*-Vois donc un peu si monsieur Descfaars se permet jamais... est une épée de Damoclès, ou, ce qui est pis, une épingle, et votre amour-propre est la pelote où votre femme la fourre continuellement, la retire et la refourre, sous une foule de prétextes inattendus et variés, en se servant d'ailleurs des termes d'amitié les plus cftiins ou avec des façons assez gentilles.
Alphonse, taonné jusqu'à se voir tatoué de piqûres, finit par faire ce qui se fait en bonne police, en gouvernement, en stratégie. {Voyez l'ouvrage de Vauban sur l'attaque et la défense des places fortes.) Il avise madame de Fischtaminel, femme encore jeune, élégante , un peu coquette,, et il la pose comme un moxa sur l'épiderme excessivement chatouilleux de Caroline.
vous qui vous écriez souvent : — Je ne sais ce qu'a ma femme 1... vous baiserez cette page de philosophie transcendante, car vous allez y trouver la clef du caractère de toutes les femmes!.,. Mais les connaître aussi bien que je les connais, ce ne sera pas les connaître beaucoup, elles ne se connaissent pas elles-mêmes I Enfin, Dieu, vous le savez, s'est trompé sur le compte de la seule qu'il ait eue à gouverner et qu'il avait pris soin de faire.
Caroline \eut bien piquer Adolphe à toute heure, mais cette faculté de lâcher de temps en temps une guêpe au conjoint (terme judiciaire) est un droit exclusivement réservé à l'épouse. Adolphe devient un
monstre s'il détache sur sa femme une seule mouche. De Caroline c'est charmantes plaisanteries, un badinage pour égayer la vie à deux, et dicté surtout par les intentions les plus pures ; tandis que d'Adolphe c'est une cruauté pour Caroline, une méconnaissance du cœur de sa femme, et un plan arrêté de lui causer du chagrin.
Ceci n'est rien.
— Vous aimez donc bien madame de Fischtamînel? demande Caroline. Qu'a-t-elle donc dans l'esprit ou dans les manières de si séduisant, cette... araignée-là ?
— Mais, Caroline...
— Oh I ne prenez pas la peine de nier ce goût bizarre, dit-elle en arrêtant une négation sur les lèvres d'Adolphe, il y a longtemps que je m'aperçois que vous me préférez cet... échalas (madame de Fischtaminel est maigre). Eh bieni allez... vous aurez bien tôt reconnu la différence.
Comprenez-vous? Vous ne pouvez pas soupçonner Caroline d'avoir le moindre goût pour monsieur Des • chars, tandis que vous aimez madame de Fischtaminel I Et alors Caroline redevient spirituelle, vous avez deux taons au heu d'un.
Le lendemain, elle vous demande en prenant un petit air bon enfant ;— Où en êtes-vous avec madame de Fischtaminelî...
Quand vous sortez, elle vous dit : — Va, mon ami, va prendre les eauxl Car, dans leur colère contre une
rivale^ toutes lea femmes, raôme tes dachesses, emploient Fiaveetive et s'avanœoitjiisque dans les tropes de la Halle : dles font alors aime» de tmit.
Vouloir ccHwamcre Casroline d'erreur et lui prouver que madame de FiscbtaBBncA ne vous est de rien, vous coûterait trop char. CasI une sottise qu'uo' homme d'esprit ne commet pas dans son ménage : il y perd son pouvoir et il s*y ébrèche.
Ohl AdolpkOy ta es atrivé mattteiu^asemeiit à cette saison si ingénieusement nommée l^Ét^ de l» SainUMartm du mariage. Hélas 1 il faut^ chose (^ licieusel reconquérir ta femme, ta Caroline, la f8» prendre par la taille et devenir lemeiikur des maris entachant de deviner ce qui Im pkit, a&a de feireà son plaisir au lieu de faire à ta volontél Toute la qisestion est là désormais.