DE BALZAC
LAr&EIMMiE^DrE L'OJkVAi^ÊRE.
«tr-IMqî»iir^ la. geatSUe iefmiftre q«i puseï sv le grand chemin; qae ta es heureuse d'être jeune et belle, puisque ta jeunesse et ta heauté sont à- tôt! Moi, j'ai une xnaitresae impitoyable, la.suBàre... Eatendez-^oia.la machint, le bruit de la machine? »
— Complainie' des fiUuut de Maneheeten^
fie* puavres- genB^ui m'OKt élevée- ne peuvent plus? ganter une» apprentîeF. Les afihires vont mal, il faut Qu^îls nournssent leurs enfant» ; ite m'(mt mis un métier entm les maînB, comme itâftoenf, je suis d'âge à gagner ms vie. Altom ! je la gagnerai. I^e messager m'emmènera ce* soir, ii m^a promis une place dans sa carriole; c^eet.un si brarve hoBsmel.el ilm^a.vue si petite I
ÀHJotinPhQi je' ne' suis, qu'une enftnt, daaain je ^oni une ouwière. Il manque de bras à k' viUe^ la grande filatfure' a repris ses travaux^; comme je vais être heureuse à Parisl... N'est-ce pa» la cloche du village que j'en*eixds?d-où; vient qu'elle m'attriste le cœurt
Voici mes compagnes qui vont à la messe avec leurs belles robes du dimanche. On dansera ce soir sous les tilleuls, j'irai ce soir danser pour la dernière fois... Non, je resterai ici à prier Dieu pour qu'il n'abandonne pas Torpheline.
J'entends le bruit des roues, le messager fait claquer son fouet pour m'avertir. Comme j'ai î)rié longtemps ! Adieu I vous qui m'avez servi de père; Jacques et Jacqueline, un baiser à votre sœur ; et vous, ma mère, ne pleurez point, je vous donnerai de mes nouvelles, et puis nous nous reverrons. Ne craignez rien pour moi, je suis forte et courageuse : le ciel me protégera!
La carriole Ole, nous passons à côté des tilleuls, j'entends le bruit des violons ; nous voici près du moulin, le bruit de Feau me. fait pleurer. Nous allons bien doucement, messager. Boni voilà la jument grise qui prend son grand trot; le village est déjà loin, mon cœur est moins gros, mes paupières se ferment. Je me trouve devant notre église; monsieur le curé est sur son banc, il me fait signe d'approcher, et prononce quelques paroles en me menaçant du bout du doigt.
« Non, monsieur le curé, je vousle jure, Pierre...! Au même instant, je me réveille, c Où sommes-nous? — A Paris, mamzelle, répond le messager. — Nous sommes à Paris I »
La bonne femme à laquelle on m'avait recommandée m'altendaît à la barrière. Il faut que je me
présente tout de suite à la filature; demain peut-être il ne serait plus temps ; les bras, au lieu de manquer, seront trop nombreux. J'aperçois la noire fumée de la machine à vapeur ; me voici devant la porte d'entrée. Ce n'est plus la modeste filature de mon village: comme tout cela est grandi quel mouvement I quel tumulte I Voici les petits garçons et les petites filles qui accourent en files nombreuses ; ils ont l'air bien tristes, bien malheureux, bien souffrants ; leur pâleur me fait songer aux joues fraîches de mon petit frère Jacques et de ma petite sœur Jacqueline.
Le contre-maître est un gros brave homme qui m'a souri en me voyant. Ma protectrice m'a recommandée à lui; ce soir, elle viendra me prendre pour me conduire au logis; en me quittant, elle m'a dit qu'il fallait bien travailler si je voulais que dimanche elle me Ht voir toutes les belles choses de Paris. M'encourager au travail I je n'en a\ais pas besoin !
Mes compagnes rient et chantent; je ne sais pourquoi, mais leur joie m'attriste. Ces physionomies, tantôt pâles et blêmes, tantôt rouges et couperosées, ces yeux éteints ou effrontés, ces voix, ces gestes ont quelque chose qui m'effraye. Un moment la gaieté est devenue plus bruyante, on poussait de grands éclats de rire ; un enfant de dix ans, qui travaillait avec nous, venait d'achever une chanson sur un air extraordinaire. On m'a demandé pourquoi je ne riais pas conmie les autres.
« Je ne comprends rien à cette chanson, ai-je ré-
iU LC DIABL£ A ^ARfô.
poBdu; cea'estpas/aiafiiquenoiiscfaaiiiieiisâii village.
9 — Tu coinpnMiâcafi I to eânipaeodsas'l » s'est-on écDié de toutes |ftiste. kKaisifiine ten^fA, J-ai «Btendu une vok plus .d«Qce «lœ âm attires : ^c OSu comprendras I •»
Je regardai qui ise pariait ftîMi y\CiéisàLnka. voisifie âetnétier,'ceUe<quiittafBil]fiitàfl»oiiiGÔté. fille eemblàit plus ijeune qae laee IraitB ftàliisroe Tannonçaient ; ! ses yeux bleus Tsspîraîeixt .ia 'douoetir aioBi (]^e:SûD ^sourire. Je la oonaièétai tlea^n^fi avec attmitkM], sans qu'elle 'panàt.sfânidoutec.rSa ipeneée ^^^t Jcia des.lismoù iK)ttSiéèiof»,.60i] TÎaa^nnefitaitiBimobile, , soDfiovp&seul.auivaitlesimQavemeiils àe aoui^uviage.
Les travaux iflMiitrGeaser.; rèeuce^du «départ vient .âe£Oiiaer;!tQiïtileâ»i)Ddeia quilté râtelier. La vieille SéBBnem'a saBdnrteidaQsdardhainbretqu'^Ue a lauée pour nMn. Le eoaatre^naâtceie&t^QeaateatidejsQOQ habileté, je gagnerai ^ingtsatts par jottr.f C'est UBe<l)ODnc 'SBuvdie qu'elle (mfappsead ; .mm ,poui!Qidbai i&ut-il qu'elle lagàie;en!m'4UU)ûQ$affit4|u''<eHe «est^eMlgéede quitter i^ans .pôurtplufiieafs Jaurslffienne vieille, je raimais déjà. Alkos, Aûilà ma^pcemière Jauraée passée ; voie! :1e momeat ^e ^nrier Dieu. D'au m^ni qu'^n m'eadosmaut je s0iige.eaco]!se.à£e&m&ls'de:iQa voisine: a Tu eomprc^vas.^;»
¥is«à'^is de moi {habile une jeu^a^ /flauriate; j'ai aperçu «e.maiin son établLsemé de fieuts f araà lesquelles se jouaient les rayons du tsadeil. Jraif»s«<»mu desf dmevèeesi etsdfi6}periiwc]ies.
LES PARISIENNES A PARIS. Ifô
La primevère et la peryenche, L'une éouiit, Vatitre se penclie; Toutes deux. sont des fleurs d'avril.
Le bien-aimé quand viendra-t-il?
Ce refrain de nos campagnes me fait pleurer mal- ^ré^BMu; allons, du.CQurage,,underûier regard à ces fleurs. iCcUe.^i'les fait estiien heureuse I Elle est là, dan&saipetitecbamhrq, .travaillant .seule tout le jour, copiant les lis et les marguerites du bon Dieu, tandis quedBoi... Pourquoi .mes, parants ne ui'ontrils pas appris .ce raélier ? Hélas I je n'ai .pas- de parents, et .Qeuï^.qui m^ontéle-vée étaient trop. pauvres pour cela. On n'a pas besoin de. fleuriste au village.
li'aîréu/matia.quQj'ai.sentl.en venant ici était bien .doiix:à reapirer, et oelui de.l!atelier est bieniourd. Ma voisine n'a point ^neor^-paru; je,ne<la connais pas, maiS'eUemeimrnigue.JLes autres ont Tair si froides, si inidifféffiûtesI.Bôadant .que .mon métier tourne, qui emi :ee que l'on fait à. la .maison? firuneau est aux dmmps, Matburine fil^,. Jaqçpieline s^'est emparée de mon ]t)uôt.:<eMe 6&t assez , grande ^pour .gagner de l!argent; Jacques est .à réoale-.ou.ser.t.la mosse à monsieur le curé. rBrave bamme! il ne. m'a grondée qu'une âeuleiois âaBS-sa >iie,.le jour où il crut que Pierre m'avait pris un baiser; et moi je soutenais que non. Ohl c'est un mensonge. guîilAm'aurait bienpardoBSié.iPierrediefm'aîvaitnil.pas/jproinis de m'épouser quand il serait riche î
il6 LE DIABLE A PÂRi:.
La primeyère et la pervenche, L'une sourit, l'autre se penche ; Toutes deux sont des fleurs d'avril.
Le bien-aimé quand viendra-t-il?
« Que nous chante-t-elLe avec ses pervenches, la villageoise?
— Ohé 1 la villageoise, répète un peu cette chanson.
— La villageoise, donne-moi Tadresse de celui qui t'a appris cet air : je veux qu'on le chante à mon enterrement. »
Tout le monde se moque de moi ; on m'entoure , on rit, les petites filles elles-mêmes et les petits garçons; et moi d'être confuse et de rougir. Tu ne sortiras plus de mes lèvres, douce chanson !
Sans le contre-maître. Je ne sais pas comment cette scène aurait fini ; heureusement il est arrivé pour prendre ma défense; chacun a repris sa place, on m'a laissée tranquille et on ne m'a rien dit tout le reste de la journée. Seulement une ouvrière qui quittait la filature en même temps que moi a dit en me montrant à sa compagne : « C'est à elle qu'il eo veut maintenant. » De qui voulait-elle parler 7
Le contre-maître est un bon cœur, je l'avais bien jugé. Ce soir, pendant que je soupais tristement toute seule, j'ai entendu qu'on frappait à ma porte.
« Qui est là ?
— Ouvrez ; c'est moi. »
J'ai reconnu la voix du contremaître, et je l'ai fait entrer.
— « Mon enfant, m'a-t-il dit, celle à qui vos parents vous ont recommandée m*a prié de la remplacer près de vous. J'ai accepté volontiers, parce que vous me paraissez sage...
— Je tâcherai de l'être toujours.
— Et puis vous êtes si jolie! » Et son regard se Gxa sur moi.
Je baissai les yeux sans répondre.
• Ce logement, ajouta4-il, ne vous convient pas; BOUS en trouverons un autre; si le travail vous fatigue, prenez du repos...
— Oh I non, je veux travailler pour gagner ma vie I
— Vous n'en aurez pas besoin, si vous voulez. » Il me regarda de nouveau avec une vivacité qui fit
naître en moi un trouble dont je ne pus me rendre compte, mais dont il s'aperçut , car il reprit d'un ton plus cahne :
— Vousavez raison, mon enfant, mais il ne faut pas vous tuer. Vous avez en moi un ami qui vous empochera de faire cette sottise, et qui veillera sur vous. Je vous quitte parce que je vois que vous êtes fatiguée, maib je reviendrai vous voir. »
Et il me laissa surprise autant qu'émue de cette visite.
C'est aujourd'hui le troisième jour de mon arrivée à Paris. Ce matin, la fenêtre de ma voisine était fermée; je n'ai pu voir ses fleurs. Le soleil est caché, un brouillard humide descend le long du toit. J'étais seule hier, maintenant j'ai rencontré un homme qui prend
118 LE BIÀBLE À PAIftfg.
intérêt à moi, et pom^tadt je me sens ^lœ irists-que de coutume. Peut^êt»e^IetiwvaîlohiiflBcraL*t41ilcHJ6 ces mauvais pressenUsieflito.
La place de ma voisine est encore viâe. ^Isa^puniTrc femme serait-elle -niaMe? ïe demande ponrqBoi-elIe ne vient pas % Faté^r^ 'si^on n'a pas de sas -«ouvelles. Celle à qui je m'adresse me répood dfim air distrait et étonné :
K Dequoi ^'a4*elte>S'0ceuperl si Maine n'est pas là, ' c'est qu'elle Tait le noce 1 '»
Je n'ose en demander davantage, oa seimoqu^aît • de moi parce que je lie comprends pas.
Wafe d-où vient ce bruitqui s^élève au fond fle l-atelîer? Lesenfants montent sur leur escabeaurponrnnîcux voir; les ouvrières quittent en fouleieups métiets; on se pousse, on se heurte, comme pour jouir |^as tôt d'un spectacle. Bientôt la masse reflue de mon côté, llneespèce de cortège fi'eèt formé autour d'uncffemme, on Tentoure en pmissant-deB cds et des éclafesde rire ; elle promène autour d'elle un regard qui ne vait'^Bfi, un sourire sans vie; 'Ses jambes peuvent à peine la soutenir; elle s'écrie d'une voix ihaletante : a Mon métier I je veux travaifiepl» Elle essaye 'de marther, mais ses forces la trahissent ; elle tombe sans mouvement sur le sol.
J'ai reconnu ima* voisine.
Au lieu de la secourir, l'atelier .redouble àe cris «t (le rires; les huées recommencent de plus belle.
« Comment a*tHîlIeçu wtrottverle cbemkwieil'alc-
LES. PARISÏENÎCES Jl PARIS. ,419
lier , rmegBe, la fainéante ? FaàE^nous :im >peu la
xnorale, Harie ; âenK iour& de noee , rien que ça 1 »
L'infortunée, eependant, vesbaît touîoQvs étendue,
pei^senne ne songeait kia relever. leimlav&nce; je
soiilève sa tèle appesantie. 6es yeux se ronvr^nt peu
'À peu, elle semble me recosn^Utre, elle ^ dresse len-
temeiit sur ses pteds, je Fentrakie enia soutenant vers
«m banc, ileepois entendre jinseHierdaient sortir de
^eajboudie.
Tendanttout le TBSte de Ja journée, Mariea faitles fii&is des raillent et tdes eonversations de nos icompagnes. SlUe y Testait insaasible. Ramassant, péniblement toutes ses. forces, elle efaen3hBit.à.MrejQM)U¥Dir 'fion métier avec nneactixâté iéhrile. i« J^iuirai;£akn demain^ disait-elle tout bas; j'mirai £om .: tourne y métier de malheur, touMe. »
^Marie'm^a suivie en quittant iratelier. « Tu es bonne, m*a-t-elle dit, il faut que je te parle. 9e «veux ^te 'raeont^mes maUicurs ; ig&t ii& secont les tiens si tu as du eemr. Tuin^y échapperas $)a£,.ni;tes iaafanls nen^pteSf'Si lu asdes^enâtiits. ilûittmetoi, 'j'ai ^éje<Hïe,»belle, naïve : jegaitleiHî ique icjams iBointenant, et'jeh'aiipas trente ans 1
1^ Qaand mon'pcve 6tQnqaJmàDesn0ururiiat,xj'étais •en apprentissage. ^PersoQneae iponvani pius, payer mon entretien, <hi meiiitàe gagner snavie. J'entrai dans nette MMFiqoeimaudite.. J'étais jolie, Je contremadtre une ttegarda «xinnae son bien; promesses, menaefes, ilemplo^toutipoui^inefiédfiîre. Je résistai.
i20 LE DIABLE Â PARIS.
car j'aimais quelqu'un, un enfant du peuple comme moi, un pauvre soldat en Afrique. Quand j'appris cette nouvelle, le contre-maitre redoubla d'instances ; mais je voulais rester vertueuse, et je quittai Tatelier.
» Alors j'essayai de tout pour gagner ma vie : je savais un peu coudre, je me mis à faire des chemises, à ourler des torchons ou des draps, à attacher des pattes de bretelles. J'étais habile, je me couchais lard et je me levais de bonne heure, et, comme je ne pouvais faire plus de deux chemises , . plus de deux paires et demie de draps , je ne gagnais que quinze à dix-huit sous par jour, et encore fallait-il retrancher de cette somme l'argent nécessaire pour acheter de la chandelle, du fil et du coton. Souvent l'ouvrage manquait, et, quand j'allais en chercher, on me répondait que les prisons et les couvents travaillant à meilleur compte, ou leur avait donné tout ce qu'il y avait à faire.
h Je ne pouvais me mettre au- service, personne n'était là pour dire d'où je venais et pour répondre de moi. Un jour vint où , sans pain, sans espérance, je me trouvai seule avec le désespoir. J'écoutai ses conseils sinistres : j'allumai un réchaud de charbon, et je m'endormis avec l'espoir de ne plus me réveiller. Pourquoi le ciel n'a-t-il pas voulu qu'il en fût ainsi ? •
» Le contre- maître ne m'avait point perdue de vue: il guettait sa proie, et il comptait sur la misère; il m'épiait et je n'en savais rien, il apprit, je ne sais comment, ma funeste résolution; et, le lendemain,
LES PARISIENiNES A PARIS. i24
au lieu de me trouver dans les bras de Dieu, je me réveillai dans une autre chambre que la mienne ; un médecin était à mon chevet. Le premier mot que j'entendis fut celui-ci : « Sauvée ! »
» J'étais perdue, au contraire. Ce que la séduction n'avait pu m' arracher, je le donnai à la pitié ; je crus être aimée et j'aimai. Trois mois après, une autre victime m'avait remplaéée. Usée par un premier effort, je ne trouvai même plus de force dans le désespoir sur lequel je comptais comme sur un ami fidèle. Je m'estimai trop heureuse de trouver une place danft celte fabrique, où je viens tous les jours gagner un pain arrosé de larmes. J'ai pris peu à peu les habitudes de celles qui vivent avec moi. Ce que tu ne comprends pas encore, moi je le comprends ; honteuse, flétrie, je me console du malheur par un vice. Tu as vu aujourd'hui à quel prix je parviens à oublier.
» Prends garde, jeune fille, prends garde; les mêmes dangers te menacent. Il te trouve jolie : regarde ce que je suis devenue, et apprends à résister. »
Marie me quitta, et moi j'essuyai les larmes qui coulaient de mes yeux.
J'ai rencontré, devant la loge du portier, la fleuriste ; elle racontait qu'elle venait de recevoir une riche commande. Elle a pris sa lumière en chantant, et s'est mise à monter les escaliers d'une façon leste et joyeuse. Tout de suite elle va se mettre au travail.
« C'est une brave fille, m'a dit la portière pendant que je la suivais des yeux, toujours à l'ouvrage, et ne
'«enlant-qne le dkaanctie aiiec. son afflouseju^, qui doit l'époaser lonqu^ :a!iiiOBt, tous Jes douK., Féunî les éconraïies nécesaanes poiur.^fBiielitfefenaai^Bage. »
Et moi aussi j'avais un.aiooiirçiixnui'nieicûadiûsaît'le dîottDche jaieiUirdûa flcHfU'3'tdiajtô lesibois.
La primevère et la pervefnche, L'une soTurit,Tatrtreset>eni^*; Tentes detix^BOAt des flems d'BVïil.
iLe.bieniainié'gaaiul YiettârartiiL?
Voilà que je chante au lieu de faire ma'pi'ière. Comme je suis triste, ce soir I les paroles 6e Marie ont jeté comme un poids sur mon cœur. 'Non, non, son sort ne sera pas le mien. Je reverrai Pierre , et mon village, etle vieux curé, et ceux qui m'ont élevée. J'irai encore danser sous les tilleuls; je me promènerai dans les prés tapissés des violettes du printemps ; j'entendrai le bruit des cloches et le. tic-tac du moulin; je quitterai Paris, la fabrique, le contremaître. Je puis être encore heureuse, n'est-ce pas, mon Dieu?
Lettre de Rose à Mc^kwnine^.
^tt PanîBy'iâudt 4i&.fémer !lB44.
«'Ma'bonneinèTe,
» Vous vous iporlez .bien» depuis ^e je ^ne vous ai » vue, etBimiieau (ie.iihême,.et les enlants. aussi. J'ai » fal tout ce,queAr,ûus.jDa'ayiez recommandé. Je tra-
LES iPtAMSIENNES A «PARIS. 423
» ytàSB iisaidciinoiit, jesuiS'Sage et je.prie Dieu; hmûs V jeseffuis rest^ dfi^aatege à (Pads. Je souffre, je »;ne6ui6^as heureu8e;.|e ae puis pas.taut ^iouedire vfjdans uae ilettie; jsoaisj^ai .peur de sie {petite en ^ vivant ici. Je ferai tout eeipie nqub voudrez au vil- 9 lage;Je traYdlterailû :terre , s'il le faut, phitM que » de continuer à /demeurer Joûi de vous. Si voussa-
• vkz, je suis bien malheureuse, allez! Dites au mes- ;»jfiager de Asnirjme, prendre, il m'AmmèDera dans «a
• carjHOle, etbiestût je pourrai VMis embraseeir.
9 Votre dévouée fille,
» Rose.»»
Mon ;G€Bur est .parti avec, cette lettre; )e me sens
gaie en allant à FateUer. En me voyant à la fenêtre
âe ma maasarde, la fleunste-m'afiouii : Janaais.ses
flBurs ne.m-OQt paru ^lus. jolies et plus fraîches que
iCe matin. C'est d'un. heureux présage.
Le contre-maître m*a arrêtée un moment au pasfsage.pour Kie ^ananderoâmment/je me iroiavais à Paris.
« Très-bien! lui«ai!^ fr4p>ondaâ\jec;unei£aiiehise r^ira^fineonragé.
— En ce cas, vous one pcumettaez «de ;rcii^placer votre protectriioe , et tde vous lue promener dimanebe dansiParë !
— Certainement ! » Et je Tai laissé enjchafité..
iBimzmdbejjesexaiisuriaiioiite defiMKowUagej-et le
messager, assis sur le devant de sa carriole, fera claquer son fouet en me disant les nouveHes du pays.
Mon premier soin, en me réveillant, a été de faire un petit paquet de toutes mes hardes ; je veux que le messager me trouve prête quand il viendra me chercher. Puis je suis partie pour remplir ma journée ; mais la filature était fermée, les ouvriers stationnaient en foule devant la porte. On murmurait les mots de crise commerciale, de cessation de travaux. Une résignation stupide, mêlée à une consternation profonde, régnait sur tous les visages. Trois cents malheureux étaient là, sur le pavé, sans savoir où gagner le pain du jour.
Marie s'était assise par terre, cachant son front entre ses mains. Je m'approchai, elle releva la tête.
« Tu le vois, me dit-elle tristement, nous sommes sans ouvrage. Je suis habituée à ce malheur; mais toi, que vas-tu devenir ? Tu commenceras aujourd'hui ta lutte contre la misère; pauvre enfant, que je te plains I
— Rassurez-vous, lui répondis-je, je retourne dimciache au village. Mais vous? »
Elle se mit à sourire amèrement.
« Moi, je demanderai l'aumône , et l'on me mettra en prison; au moins je trouverai de quoi vivre sans me souiller comme tant d'autres. En échappant à la misère, tu échappes aussi à la honte. Bénis deux fois le ciel 1 »
En ce moment; j'entendis une cloche. C'était la
messe qui sonnait à l'église voisine; j'y entrai, et, me mettant à genoux, je fis mentalement cette prière :
« Soyez clément, mon Dieu, pour la pauvre Marie et pour toutes celles qui ont péché comme elle. Sa faute fût peut-être devenue la mienne ; je vous remercie de m'avoir inspiré le désir de partir. Cette semaine comptera dans mon existence; je ne m'en souviendrai que pour vous tenir et pour vous prier sans cesse en faveur des infortunées qui n'ont pu se soustraire à la tentation. »
Le contre-maître m'attendait à la porte de la maison. Je ne sais si le souvenir de Marie en était cause, mais je trouvai sur sa physionomie un air de fausseté repoussante. Il me dit d'une voix caressante :
« Ne vous effrayez pas de la nouvelle que vous avez apprise ce matin , le chômage ne sera pas de longue durée; d'ailleurs, je pourvoirai à tous vos besoins, comme n'eût pas manqué de le faire celle qui est partie. Dans peu vous quitterez cette vilaine maison. £n attendant, prenez ceci jusqu'à dimanche. »
Je sentis sa main qui glissait de l'argent dans la mienne.
« Jamais I m'écriai-je, jamais I en repoussant son offre avec indignation.
— Ne vous fâchez pas, reprit-il, ce que j'en faisais, c'était pour votre bien. Je croyais être votre ami. Vous accepterez quand vous me connaîtrez mieux; je n'ai pas le temps de vous en dire davantage, il faut que je vous quitte. A dimanche. •
126 LE DIABLE k PARIS.
Il Youlut B'einpaier de^ma iniiio,«.
Ohl oui, je. la .quittai, oeUe vilaine .maison, mais
:iion pas pouriefluivre; je retrouverai ma chambrette
de la chaumière avec ses rideaux biaacs. Comme les
beures s'écoulent. tentfimûQil EaQo,<\aîci.lainuit. De-
jmain^ samedi, je recevsaila<r4pDn8ede<mamèEe. Le
;i9onrafiil.arjÎYe;,je'XOudBais qm ee iùtd^'à. demain.
4 MamztUe, une lettre I »
tiGe cri de.Ia4)0irtièBe me réveille en sursaut.Xe la prends, je la porte à meslàvros. Je la Us.tout Jiaut.
Répome de Uathurine à Ra&e.
« Ma chère enfant,
« Que de malheurs depuis que tu es ,partie.l JBra- » rneau B!est blessé en ^faisant du bois,à. la. forêt, iac- »» queline est «malade; il faut vivre et. payer le méde- I» citi,.etaous nlavons pour cela que la journée de j» Jacques, qui s'est engagé pour servir les maQons. *i» Il neius fierait in)possible de te recevoir. Monsieur ».le curé, qui nouSiaJu tadeltre, dit, que .toutes les » petites filles regrettent ainsi le village les premiers • jQUPS,=qu'il£aut que tu travailles, que tues grande, » et que , si tu es sage , Dieune t'abandonuera.pMnt. <o C'est.là ce qu'espère xelie .qui ise dira. tovtfouis
;• Ta^racyeidévooéè, Je retombe anéantie .Siu:.Bi(m lit. Ainsi xlonc plus
d'espoir : celte semaine sera donc pour moi la vie entière î Point d'asile contre la honte ! que vais-je devenir?
J'oubliais le réchaud de Marie !
Mourir si jeune, c'est affreux! Et, cependant, la mort vaut mieux que Ifexifitenee que j-âien perspective. Ohl oui, je mourrai I
J'ai passé toute la nuit en prières. Ce matin, le soleil Jevant m'a fait voir deux têtes deirièreie rideau delà fleuriste; c'est dimanche, elle part pour la campagne avec son amoureux ^ elle sera heureuse tout le jour, et elle rentrera sans remords.
Mais on frappe aussi à ma porte ; on vient me chercher. C'est lui I que le souvenir de Marie me protège! N'est-ce pas, mon Dieu, que vous me donaerez. le courage de ne pas oavrir.? . . .
TAXaBnULORD.