‹ Le diable à Paris: les Parisiennes à ParisChapitre 18 sur 35 · LE5 COMÉDIES QU'ON PEUT VOIR GRATIS A PARIS · texte numérisé non relu

LE5 COMÉDIES QU'ON PEUT VOIR GRATIS A PARIS

Jusqu'à présent, les peintres de mœurs ont mis en scène beaucoup d'usuriers : mais on a oublié Tusurière' des femmes dans l'embarras, la madame La Ressource d'aujourd'hui, personn"age excessivement

* curieux, appelée décemment marchande à la toilette. Avez-vous quelquefois, en flânant, remarqué dans une de ces boutiques dont la négligence fait tache au milieu des éblouissants magasins modernes, boutiques à devanture peinte en 4 820, et qu'une faillite a laissée au propriétaire de la maison dans un état dou-

' teuxîla couleur a disparu sous une double couche imprimée par l'usage et grassement épaissie parla poussière ; les vitres sont sales, le bec-de-cane tourne de lui-môme, comme dans tous les endroits d'où l'on sort encore plus promptement qu'on n'y rentre. Là, trône une femme entre les nlus belles parures arrivées

à cette phase horrible où les robes ne sont plus des robes et ne sont pas encore des haillons. Le cadre est en harmonie avec la figure que cette femme se compose, car ces boutiques sont une des plus sinistres particularités de Paris. On y voit des défroques que la mort y a jetées de sa main décharnée, et Ton entend alors le râle d'une phtbisie sous un châle, comnie on y devine l'agonie de la misère sous une robe brodée d'or. Les atroces débats entre le luxe et la faim sont écrits là sur de légères dentelles. On y trouve la physionomie d'une reine sous un turban à plumes, dont la pose rappelle et rétablit presque la figure absente. C'est le hideux dans le joli 1 Le fouet de Juvénal, agité parles mains officielles du commissaire-priseur, y a éparpillé les manchons pelés^ les fourrures flétries de quelques grandes dames aux abois. C'est un fumier de fleurs où, çà et là, brillent des roses coupées d'hier, portées un jour, et sur lequel est toujours accroupie une affreuse vieille, la cousine germaine de l'usure, l'occasion de malheur, une harpie retirée, chauve, édentée, et prête à vendre le contenu, tant elle a l'habitude de colporter ou d'acheter le contenant, la robe sans la |emme ou la femme sans la robe. La marchande est là comme Fargousin dans le bagne, comme un vautour au bec rougi sur des cadavres, au sein de son élément; plus horrible que ces sauvages horreurs qui font frémir les passants, étonnés quelquefois de rencontrer un de leurs plus jeunes et frais souvenirs pendus dans le sale

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vitrage derrière léqucigrinmeeiiHe èeces maroliandfcs' a la toilette, qui ont fdt autant de métiers ihconnusr qtf il y en a de wnnnB.

€e fot une de ces-gémofoiésdé nos fête5 que j'indiquais à' un de mes amis .

— Que ditéfrvous de'CccWVèst-cepas laffemBlIè^ d^ la mortT lui di9-je à POreilIè en liii montrant au comptoif une terriHe' compagnonne.'

Mou» entrons.

U3T. — - Madame; comBfen cette gûipfure T

miB. —Pour vous, monsieur, ce ne sera que-cent ccus.

BUô- remarque» uaeiîaBrfefcr partîculiërB aux artls^ teB> et ajoute* dHin air pénétré:— Cela vient de la pnnoesse de Lana^aUe;

iioF. —Gomment; si-près dû difttteau?'

EixE. —Monsieur^ ils n'y croient pas.

BOï.— JSIadftme, nouy ne^renonspaspour acKeter.. .

HLL». — Je le vois Wen, monsieur.

lœx. — Nous avons piùsieurscfioses à vendi^e , je demeure rue dé RMioireui 4M 2; au sixième. Si vous voulfeE y passer d'Ici à' une Heure, vous pourriez faire unmarelié...

EiiLB> en reffardànt fiàsementmon cumarade. — Monsieurdésirepeut'-étrequelques^ aunes de mousseline bica portées?...

MOT, — Nw, il s'iïgi!? dè'savoîrà quoi s'en tenir surunerofee de mariage, et Fàn a* confiance en vos talents.'

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heures après^maèameNourriBSon (elle Rappelait ainsi) vint en robe de damas à fleurs provenant de rideamoQ décroohés êu.qnekpie boudoir saisi, ayant un de ces châles de cachemira passés, usés-, invendables^ qaiiiaisseirt lëuD'vie^audo^de ces-A^mnirs. £8ie portait une colterette en ôentelie magnifique, mais éraîilée, et un affireHx chapeau; m»s, peur dernkr tpaii' de pbysionomîei^. die était chaussée en soulieia<}epeau d'Irlaade, an* le boitlr desquels sa chair faisait Teffet d'un bourrelet de soie noire à jour:

Nous étions sérieox comme d«ux auteurs dont la coilaboratioB n'oMi^n^pâ» totUlesuccèêqu^ellemérite,

—•Madame, lui dis-je eu lui montrant une* paire de pantoufles de femme, voiol. qai vient de Timpératriée Joséphine.

Il fallait bien rendre à madame Nourrisson te^moiî» naift de soipriaeessetie Lamfaalle;

— ^a?... fit-elle; c'est fait de cette année: voyez cette marque en dessous.

— TSe devinez^ous pas qtgre ce&' pantoufles sont' une préface, répondis-je, quoiqu'elles soient ordînaî^ rcDient une ccndbsion de* roman ? Mbn ami que voici, daM un imnwnse intérêt^ de' fiunîBe, voudrait savoir si une jeune personne, d'une bonne, d'une riche oiaison, et qu'il désire épouser, a fait une faute.

— Combien monsieur donnera-t-îirdemanda-t-elle earegoniont mon conqvUee;

— Cent francs.

— Merci, dit-elle en grimaçant un refiis à déses-

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pérer un macaque, plus que ça de gages pour nos petites infamies?

— Que voulez-vous donc, ma petite madame Nourrisson 7 lui demandai-je.

— D'abord, mes chers messieurs, depuis que je travaille, je n'ai jamais vu personne, ni homme ni femme> marchandant le bonheur. £t puis, tenez, vous êtes deux farceurs', reprit-elle avec un sourire sur ses lèvres froides et avec un regard glacé par une défiance de chatte.

La familiarité la plus déshonorante est le premier impôt que ces sortes de femmes piéièvent sur les passions effrénées ou les misères qui se confient à elles. Elles ne s'élèvent jamais à la hauteur du client, elles le font asseoir côte à côte auprès d'elles sur leur tas de boue.

— S'il ne s'agit pas de votre bonheur, il est question de votre fortune, reprit-elle ; et, à la hauteur où vous êtes logés, l'on marchande encore moins une dot. Voyons, dit-elle en prenant un air doucereux, de quoi s'agit-il?

— De la maison Névion, répondit mon ami, bien aise de savoir à quoi s'en tenir sur une personne qui l'intéressait .

— Ohl pour ça, reprit-elle, un louis, c'est assez...

— Etcomment?

— J'ai tous les bijoux de la mère ; et, de trois mois en trois mois, elle est dans ses petits souliers, allez ! elle est bien embarrassée de me trouver les intérêts

de ce que je lui ai prêté. Vous voulez vous marier par là, jobard?... dit-elle; donnez -moi quarante francs, et je jaserai pour plus de cent écus.

Mon peintre fit voir une pièce de quarante francs, et nous sûmes des détails effrayants sur la misère secrète de quelques femmes dites cmnme il faut. La revendeuses, mise en gaieté par notre conversation, se dessina. Sans trahir aucun nom, aucun secret, elle nous fit frissonner en nous démontrant qu'il se rencontrait peu de bonheurs, à Paris, qui ne fussent assis sur la base vacillante de Temprunt. Elle possédait dans ses tiroirs des grand'mères, des enfants, des défunts maris, des petites -filles mortes et entourées d'or et de brillants. Elle apprenait d'effrayantes histoires en faisant causer ses pratiques les unes sur les autres, en leur arrachant leurs secrets dans les moments de passion, de brouilles, de colères, et dans les préparations anodines que veut un emprunt pour se conclure.

— Comment avez-vous été, dis-je, amenée à faire ce commerce î

— Pour mon fils, dit-elle avec naïveté.

Presque toujours, les revendeuses à la toilette justifient leur commerce par des raisons pleines de beaux motifs. Madame Nourrisson se posa comme ayant perdu plusieurs prétendus, trois filles qui avalent très-mal tourné, toutes ses illusions enfin. Elle nous montra, comme une de ses plus belles

valeurs, des reconnaissances du mont-de-piété pour

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prouver combiea sm!GOBHnecce;coinpoitait demaa* vaisea cfaaiices. EUe aotâomiapeur gônée. au /Sfesnle prochain. On la volait betuàcoupf. disaîè-eUe.

Nous nous regwl&aies en. entaadfiatioejnotiuu peu trop'\ift

— Tenez , luea. enfants^ je via voua montrer comment lion noua refmtl II rie s^ja^k paa de moi, mais de: m& voidae: d'en^ faoe, madame ]Vlahucbet,.Ia coDdonniène: pour femmes;, l'ftvaîapnèté. de Targua à une comtesse,, une fenne qm a: tri^ de passions eu> égard. à ses raveousj Ça vousf ai de: beaux mteublea, un.magniaquean[MtrtemeiitI ça reçoit, ça fait, comme nous diaons, un esbrm^^iivt diable. Elle doitdinie trois cents francs à sa:cordonniène,. et ça* donnait un. dîner, une seirée, pta^pkiataéd qu'avant*hfer. La^coiidonnière, qui apprendiCelaparlaicuiaîiiière, vient me \oir ; nous nous^ monlons; lai tète,, elid: veut faire uu; esolandre, moi je M dis : «—Ma petitamèm- Màbuchet, à quoi cela sert-il ? à se faire haïr. Il vaut mieuxL obteoiiT âea^ gages;; A réUeuièf.T^tleme eP demie! Et l'on épargne sa bile... Elle veut y atter^ me demande de la: soolieaic,. rtom ytailoofi.

— MaRlâfise n'y. est^pas; .

— Gonnii. — N«ufr rattendronai dit la mère Mahuohet,,dussé-je:re^eR là jiisqu/à minuit.. Etneus nous casqpiona dans lia&intiQmlHre ei^ noua causons. Ahl voilà lea portes quin'ont, qui. viennent, despe^ tits pas, des petites voix:. Moi, cela me fjEûsait de la peineé,Le.monde: arrivait poucdliier. Youst juge2:de

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la tournure que jça fnrenait. Là comtesse envoie ea femme de chambre pour anndoner la Mabacl^.

a Vous serez payée demain 1 » Eoûa, toutes les colles!... Rien nepmod. La comtesse, m^e comme un (Mmasche, «vriiœ dans la salie à inenfer; ma Mahuebet, quii'sntend, ou^reila porte €t se présente. Dam! en-^oij^ant une table, élmcelante d'orgcntefîe <l8s réchauds, les dmadcliers, toiit brillait comme un écrln), elle part comme du sûidavatre et lanee sa fusée : -^ Quand 'on ^dépense llai^eut des autres, on devrait être sobre, me pasidonaer à «Huer. dÊtve comtesse et ^devolf eent éciisÀ^une malheureuse cordonnière qui: a ^pt enfants!... Vous pommez de- .^iiier tout ce^qu'elle débagoule, îc*te femme qu'a peu d'éducation. Sur un mot dlexeusefpai^de fonds I) de b.eomte6se, ma'HahiicliQt s/éorie : — Ih! madame, YOilà de rargenteide ! engagez vos Goorrerts-et paiyezjfioif —^ Prenez-les vous-oBaôrne, dit la comtesse en sxanffîfisant «six fiouiverts ^et les lui 'fouvrazit dans ja jBsaiii. Nou&dégBîngôleos eoaameiun sueeèsl... ¥fmk: daESiIa;rue, les Garnies «sent venues à la Afahuobeit, elle a rappoiié^lBBtJGOHvests^'Carielleia 'dU'<roeur,»on faisant des eKCuses.* .AhîiAsmsA en (maJUeobort !.. .

«* Elle !est . restée À déoQu»eft'?»kii 'dts^je .

-*- Àh! mon cher moB8ffîur,idit madame -Nounrls- &)R, éclairée parice^calembour, vous êtes br artœte, vous faites des pèces de théâtee, ^ous demeurez vue duHelder, et vousièt^ cesté ovee^madame.iAntoiHB, vous a'vez ides ttiss cpie je confiais.^ ëLlions, ywas

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voulez avoir quelque rareté dans le grand genre. On ne me dérange pas pour rien.

— Je vous jure, ma chère madame Nourrisson, que nous voulions uniquement avoir le plaisir de faire votre connaissance, et que nous souhaitons des renseignements sur vos antécédents, savoir par quelle pente vous avez glissé dans votre métier.

— J'étais femme de confiance chez un maréchal de France, le prince d'Ysemberg, dit-elle en prenant une pose de Dorine. Un matin, il vient une des comtesses les plus huppées de la cour impériale, elle veut parler au maréchal, et secrètement. Moi, je me mets aussitôt en mesure d'écouter. Ma femme fond en larmes, elle confie à ce benêt de maréchal (le prince d'Ysemberg, ce Condé de la République, un benêt!) que son mari, qui servait en Espagne, Ta laissée sans un billet de mille francs, que si elle n'en a pas un ou deux à Tinstant, ses enfants sont sans pain : elle n'a pas à manger demain. Mon maréchal, assez donnant dans ce temps-là, tire deux billets de mille francs de son secrétaire. Je regarde cette belle comtesse dans l'escalier sans qu'elle puisse me voir; elle riait d'un contentement si peu maternel, que je me glisse jusque sous le péristyle, et je lui entends dire tout bas à son chasseur : — « Chez Leroy I » J'y cours. Ma mère de famille entre chez ce fameux marchand, rue Richelieu, vous savez... Elle se commande et paye une robe de quinze cents francs : en soldait alors une robe en la commandant. Le surlen-

demain, elle pouvait paraître à un bal d'ambassadeur, harnachée comme une femme doit Tôtre pour plaire à la fois à tout le monde et à quelqu'un. De ce jourlà, je me suis dit : « J'ai un état! Qiiand je ne serai plus jeune, je prêterai sur leurs nippes aux grandes dames, car la passion ne calcule pas et paye aveuglement. » Si c'est des sujets de vaudeville que vous cherchez, je vous en vendrai...

Elle partit après nous avoir montré les cinq dents jaunes qui lui restent, en nous saluant et en essayant de sourire.

Nous nous regardâmes, épouvantés l'un comme Tautre de cette tirade, où chacune des phases de la vie antérieure de madame Nourrisson avait laissé sa tache,

DE EALZAC.

It/IADEWIOrSELL'E MIMI PINSON.

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