‹ Le diable à Paris: les Parisiennes à ParisChapitre 22 sur 35 · ESPAGNOL PEU CÉLÈBRE · texte numérisé non relu

ESPAGNOL PEU CÉLÈBRE

« J'ai connu, dit cet auteur peu célèbre, un jeune » seigneur portugais quffut assez heureux pour épou- 9 ser la jeune maîtresse qu'il adorait et'pour la voir » mourir dés qu'elJe fut sa femme, d

LA HAnREaSE'DB CmO» A PAftISi

Plaris, qui passe pour la ville sceptique par excellence, est pourtant celle où se trouvent, avec tontts les conditions du dévouement le plus éthéré, les maîtresses de cœur. La province les rêve; P^ris les tient en réserve pour ces milliers de jeunes gens qui y accourent avec des trésors d'espérance, et qui tf y rencontrent que des abîmes de déception. On les voit arriver avec une fougueuse sufBsance, et frapper aux portes de la gloire et de la fortune. Ces portes sont dures à s'ouvrir! Des années s'écoulent, les ailes de l'illusion se fatiguent, l'espérance tombe épuisée sur le seuil. Que deviennent alors ces pauvres exilés? Beaucoup s'éteignent dans les brumes du suicide : il y a tant d'eau et tant de ponts à Paris ! Quelques-uns retournent à pied dans leurs villages, mais le plus grand nombre découvre à la fin une main protectrice sur laquelle il n'avait pas compté. Ce n'est pas celle de l'homme riche ou puissant auprès duquel une lettre

in LE DIABLE A PARIS.

de recommandation ou de mystification avait introduit à leur arrivée ces pauvres dupes.

Sur le carré de sa mansarde, le Jeune provincal a vu voler un jour les plis d'une jupe blanche, glisser une jambe nue. Le lendemain il a aperçu le corsage, le surlendemain il a entendu chanter. Le chant, la jupe, le corsage , annoncent la jeune fille aimante et gaie, pauvre et laborieuse, blanchisseuse ou fleuriste. Le hasard, ce brave garçon de hasard, fait qu'un beau soir on se prête de Teau, un autre beau soir de la lumière, un autre soir infiniment plus beau la romance en vogue. Bientôt on ne se prête plus rien, on se donne tout : on n'a plus qu'un loyer à payer, quand on le paye. Enfînrartistea trouvé sa muse, celle qui le soutient, l'encourage, l'inspire, écoute ses vers, admire ses tableaux, copie ses romans ou ses drames. Quelle bonne créature, que la maîtresse parisienne, lorsqu'elle s'éprend d'un fol et joyeux amour pour celui qui n'a rien! Gai, elle rit avec lui; découragé, elle rit pour lui; malade, elle souffre avec lui; applaudi, elle s'exalte plus que lui; riche... elle a cessé d'être avec lui. Hélas I oui, c'est triste à écrire, mais c'est vrai. Presque tous ces grands talents, toutes ces illustres renommées, qui deviennent l'orgueil de la science médicale, du barreau, de la littérature et des arts, seraient morts de froid et de' faim sans la grisette parisienne, sans la maîtresse de cœur, qu'ils laissent mourir dans un grenier, à l'hôpital ou dans la rue. A maîtresses de cœur, maîtres en ingratitude.

Après cette maîtresse, celles qui vont passer sous nos yeux sont sans contredit d'un ordre plus brillant; mais impriment-elles un souvenir aussi doux, aussi tendre, au fond du cœur? Je vous en fais juge, mon lecteur.

LES MAITRESSES d'aRGEI«T.

Sous ce titre s'ouvre devant nous une vaste galerie de portraits, car il y a :

V LsL maîtresse qui vous aime autant pour vous que pour votre argent ;

2* Celle qui vous aime plus pour votre argent que pour vous ;

3" Celle qui ne vous aime que pour votre argent ;

*• Celle qui vous aime plus pour vous que pour votre argent, et cependant qui aime l'argent.

Étudions d'abord :

lA MAfTRESSE QUI VOUS AIME AUTANT POUR VOUS QUE POUR

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