‹ Le diable à Paris: les Parisiennes à ParisChapitre 26 sur 35 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

Attgustine, cuisinière.

Son Maître^ âgé de quarante aiiiS^ ^1 homme.

La scène se passe à Paris , rue Saint-Honoré. — Le ihéÂtre une chambre à coucher en désordre.

LE MAÎTRE, coucké, so7inant et appelant — Augujstine I (AuffuHine ne répond pas.)

iE MàÎTRE , 9&nnant et appekmt phis fort. — Augustiset Augusline! (Augnstmecontinae àne pas

répondre.)

LE MAiTR«, ctm&tkt h cordon de la sonnette. — Augusline I Augustine I Augustine !

AUGOSTiNE. — Voilà! mVlàl Quel afiPreux sabbat vous Mles^r Que v^ul6»-vous ?

LE MAÎTRE. — Mcs joumaux I

AUGUSTINE, étonnée. — Je les lisais.

LE MAÎTRE. — IF me semble qne voik pourriez me les dofflier d'aberd.

AUGUSTINE, avec dédain. — Obi mxm Dieu! les v^M, vos jouî'naax. Ils ne sont pas déjà si intéressants. Dep«âs trois jours mous sommes sans feuille-

tOBS...

LB M^toB. — Mon café, Augustine.

AU6USTIHE* — Il n'est pas fait. Voilà tout - LE MAÎTR».— A éix heures?

AUGUSTINE. — Vous owbMez que nous sommes en hiver et qu'il n'est jamais jour.

LE MAÎTRE. — U fs^t pourtant que je sorte.

AUGUSTINE. — Si VOUS preniez votre café à votre second déjeuner?

LE MAÎTBE. — Je HO déjcuncrai pas ici.

AUGUSTINE. — Deux soucis de moins pour moi, en ce cas. — Et où allez-vous déjeuner ?

LE MAÎTRE. — Chez un ami.

AUGUSTINE, — ...e.

LE MAÎTRE. — Chcz un ami, vous dîs-je.

AUGUSTIHB, appuyant mr la ixyyelîe. — ...e«

LE maItrb. «- ... e I e 1 e ! e I... Voyons que Je m'habille. '

àUGnsTiNB, f^asseyant dans un fauteuil. — Ne vous fâchez pas.

LE MAÎTRE. — Mes bottes I

AUGUSTiNE, croisant les jambes. — - Vos bottes ne sont pas prêtes.

LE MAÎTRE. — Etpourquoi?

AUGUSTiNE, fièrement. ^ Je vous ai dit que je ne voulais plus les vernir. Cette besogne-là n'est pas d'une femme.

LE MAÎTRE. — * Yous n'avoz i^us voulu flrotter mon appartement parce que ce n'était pas, disiez-vous, la besogne d'une femme ; vous n'avez plus voulu ensuite battre mes habits, parce que ce n'était pas, avezvous dit encore, la besogne d'une femme; vous n'avez plus voulu faire mes commissions, toujours parce que ce n'était pas la besogne d'une femme; a^jourd'huî, vous refusez de vernir mes bottes, parce que ce n'est pas la besogne d'une femme. Mais quelle est donc, je vous prie, la besogne d'une domestique?

AUGÙSTiNE, décroisant les jambes. — Gomme cela vous coûte peu à direl votre domestique III Eh bien! votre domestique vous demande son congé.

LE MAÎTRE, tris^agité. — Soit I Je suis las de ce despotisme!

ACGUSTiNE, quittant le /au^euî^;-^ Despo..,quoi?

LE MAÎTRE, jetant son bonnet de nuit. — ... tisoie

àUGusTiNE. — Vous 06 savez qu'humilier les gens 1 Voilà vos clefs. Voilà celle du caveau; veîUez-y : vos portiers sont des ivrognes.

LE MAÎTRE. — Tu no HIC Tavais jamais dit.

AUGUSTiNE. — Voilà la clef de votre argenterie. Veillez-y aussi. La maison n'est pas sûre. On y entre comme dans une halle.

- LE M âItre. — C'est vrai.

AUGUSTiNE. — Voilà la clef de vos vins fins et de vos liqueurs. Ne les laissez pas traîner. Les bonnes aiment le parfait amour.

LE MAÎTRE. — Uu calcmbour.

AUGusTiNE. ^- Je ne sais pas ce que vous voulez dire, monsieur.

LE MAÎTRE. — Qucl tou suporhc !

AUGUSTiNE. — Ah ! j'oubliais de vous rendre cette croix d'or que vous m'avez donnée la dernière fois que je vous ai soigné de votre gros rhume.

LE MAÎTRE. — Gardc-la, Augustine.

AUGusTiNE. — Je ne veux rien de vous.

(En cherchant la croix d*or pendue à son cou au bout d'un cordon de soie » Augusiine dérange sa collerette^ son fichUy elle sHmpatiente,)

LE MAÎTRE. — Voyons... Augustinc; pas d'enfantillage... Je prendrai un homme de peine pour vernir mes bottes, tu as raison.

AUGUSTINE. — Laissez-moi m'en.aller.

LE MAÎTRE. — Nc suis-jc pas uu bon maître?

AUGUSTINE. — Qu'est-ce que cela me fait?

202 LE DIABLE À PADIS.

LE MAÎTRE, soiennellemenL — ^AugusUne, j'élève les gages à cinq cents francs.

AUGUSTiNE, pr^s de la porU, — Cr(^ez-vo«s que ce soit rintérèt qpu me guide?

L£ MAÎTRE. — Ne paflonsplus de cda.

AUGUSTiNE. — Vous alkz vous habiller?

LE MAÎTRE. — Oui, mon enfcuat.

AUGOSTINE. — Vous déjcunerezici?

LE MAÎTRE. — Je tcTai dit, on m'attend,..

AUGI3STINE, moms loin de ia porte.^^On attendra. Vous aviez promis de me faire voir le ârame qu'on joue à la Porte-Saint-Martin. On te joue ce soir.

LE MAÎTRE. — £h bien i tu iras ce soir à la Forte- Saint-Martin. Es-tu contente?

ADGUSTINE. — Oui

LE MAÎTRE. — A préscut, éc0ute-moL

AUGUSTiNE. — Dites

LE MAÎTRE. — Jc t'ai douné un domeslÊq^ue pour cirer Tappartement , un domestique pour bs^e mes habits, un domestique pour faire mes commissions, un domestique pour vernir mes bottes. Laissem'en prendre un à mon tour pour qu'il fasse mon lit. Voilà dix ans que je dors dans un lit qui n'est pas fait.

AOGDSTOiE, boudanL — Il paraît que mes précédentes avaient donc aussi de l'autorité chez vous. Je m'en doutais.

LES PARISIENNES A PAÎIIS. 203

De la cuisine suivez-moi au théâtre, et nous ièrcms connaissance avec

LES MAITRESSES DE THEATRE. v

Fuyez les courtisanes et les femmes de théâtre, disent encore les \ieux parents de province en donnant leurs bénédictions aux jeunes flls de famille qui viennent à Paris.

Chers vieux parents, il n'y a plus de courtisanes à Paris, et les femmes de théâtre ne sont pas ce que vous pensez. Les unes, parmi ces dernières, sont d'honnêtes mères de famille qui élèvent plus ou moins mal leurs enfants; les antres, en très-petit nombre, sont les plus énigmatiques créatures de k terre, ou de Tenfer, si vous Taimez mieux.

De six heures à minuit, elles appartiemient au directeur, au régisseur, au coiffeur, à Thabilleuse et au public. Après minuit, açrès s'être débarbouillées, par conséquent faites comme un pastel estompé, elles rentrent chez elles pâles, brisées, haletantes. Ëltes soupent. Affreux régime I Testemac bourré de viandes froides, elles se couchent et dormait mal jusqu'à huit heures du matin. A peine les yeux- ouverts, elles se mettent à répéter leur rôle dans la pièce à l'étude; puis elles prennent précipitanunent une tasse de café à la crème et s'en vont dare-dare au théâtre, où la répétition les retient jusqu'à quatre ou cinq heures. De cinq à six il faut qu'elles dînent. C'est le seul instant qui leur est kûssé poar songer à ce qui constitue

Ja \ie de tout le inonde^ au ménage, à la famille, aux créanciers. Cherchez maintenant le temps qu'elles ont à prodiguer au plaisir, au Champagne frappé et à l'amour.

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