L4 FÉE BLEUE
Un Jour ia fée bleue deseendit s&r la terre dans l'intention courtoise de distribuer à toutes ses ûtles, les habitantes des divers pays, les trésors de faveurs qu'elle portait avec elle.
Son nain amarante sonna du cor, et aussitôt une Jeune femme de chaque nation se présenta au pied du trône de la fée bleue. Toutes ces unités unirent, on rimagine, par former une foule assez considérable. Ceci se passait longtemps avant la Révolution de juillet iS30.
La bonne fée bleue dit à toutes ses amies : « Je ('.ésire qu'aucune de vous n*ait à se plaindre du don que je vais lui faire. Il n^est pas en mon pouvoir de vous doraicr à chacune la même chose; mais une telle uniformité dans mes largesses n'en 6terait-elle pas tout le mérite? Comme le temps est précieux aux fées, elles parlent peu. La fée bleue borna là son dis-* cours,. et commença la distribution de ses présents. Personne n'en parut fâché.
Elle donna à la Jeune femme qui représentait toutes les Castilles des cheveux si noirs et si longs, qu'elle pouvait s'en faire une mantille.
A l'Italienne, elle donna des yeux vifs et ardents comme une éruption du Vésuve au milieu de la nuit.
A la Turque, un embonpoint rond comme la lune et doux comme la.pUime de l'eider.
A TAnglaîse, une auréole boréale pour se teindre les joues, les lèvres et les épaules.
A une Allemande, des dents comme elle en a^ait elle-môme, et, ce qui ae vaut pas mieux que de ])elles dents, mais qui a son prix, un cœur sensible et profondément dîs|M)8é à aimer.
A une Russe, la distinction d'une reine.
Puis, passant aux détails, elle mit la gaieté sur les lèvres d'une Napolitaine, l'esprit dans la tête d'une Irlandaise, le bon sens dans le cœur d'une Flamande, et, quand il ne lui resta plus rien à donner, 'elle se leva pour reprendre son vol.
« Et moi? lui dit la Parisienne en la retenant par les bords flottants de sa tunique bleue.
— Je vous avais oubliée ?
— Entièrement oubliée, madame.
— Vous étiez trop près de moi, et je lie vous ai pas vue. Mais que puis-je maintenant? Le sac aux largesses est épuisé. »
La fée réfléchit un instant, puis, rappelant d'un signe toutes ses charmantes obligées, elle leur dit : « Vous êtes bonnes, puisque vous êtes belles. Il vous appartient de réparer un tort très-grave de ma part : dans ma distribution j'ai oublié votre sœur de Paris. Que chacune de vous, Je l'en prie, détache une partie un présent que je lui ai fait, et en gratifie notre Parisienne . Vous perdrez peu et vous réparerez beaucoup . «
Comment refuser à ime fée^ soctout à la fée bleue?
Avec la grâce qu'ont toujours les gens heureux, ces dames s'approchèrent tour à tour de la Parisienne, et lui jetèrent en passant, Tune un peu de ses beaux cheveux noirs, l'autre un peu du rose de son teint, celle-ci quelques rayons de sa gaieté, celle-là ce qu'elle put de sa sensibilité ; et il se fit ainsi que la Parisienne, d'abord fort pauvre, fort obscure, trèseffacée, se trouva en un instant, par cet acte de partage, beaucoup plus riche et beaucoup mieu]( dotée qu'aucune de ses compagnes.
La fée bleue était déjà remontée au ciel en souriant.
Ceci prouve... Je n'ai rien à prouver.