‹ Le diable à Paris: les Parisiennes à ParisChapitre 9 sur 35 · DISONS MAINTENANT SI LA PARISIENNE EST LONGTEMPS BELLE · texte numérisé non relu

DISONS MAINTENANT SI LA PARISIENNE EST LONGTEMPS BELLE

Si la définition que nous avons donnée de la beauté de la Parisienne n'est pas erronée, si la fiction de la fée bleue cache un sens vrai, cette beauté, assez semblable à une riche mosaïque , ne saurait périr d'un seul coup. La beauté trop unie de l'Espagnole, la beauté trop absolue de l'Italienne , n'ont pas , par exemple , de fin ménagée , d'extinction douce , d'agonie paisible. Ce genre de beauté s'écroule tout à coup comme un monument. Une maladie emporte la superbe, la belle femme, et laisse une sorcière ; et cette horrible catastrophe arrive toujours de bonne heure dans les pays chauds. La Parisienne triomphe

iocIéCniment de la maladie, de l'âge, de toutes lesiafirmltés possibles, et la mort ne la prend guère qu'à Tétai d'ouvreuse de loges. Perd-elle son gracieux embonpoint, il lui reste ses cheveux; perd-elle ses cheveux, elle se rabat sur ses dents; perd-elle ses dents, il lui reste ses yeux, longtemps fins et moqueurs, miroirs conservateurs de tout ce qu'ils ont vu; l'éclad de ses yeux s'évanouit-il, il lui reste son sourire qut garde tant de choses dans ses plis ; enfin, a-t-elle tout perdu, il lui reste encore son esprit; elle s'y plonge tout entière, et la voilà rajeunie.

l'esprit d'une parisienne et son IM3fORTALlTÉ.

Je ne veux pas dire à quel âge une Parisienne est vieille ; une vérité est déjà une chose si triste qu'il faut se garder de la rendre ofiensante; mais dès qu'une Parisienne a l'indulgence de se croire vieille, elle, conquiert à l'instant même une jeunesse qui ne passe plus. Quel inépuisable trésor que sa mémoire! quel livre que ses souvenirs l quelle profondeur dans ses conseils I quelle fermeté! quelle durée dans ses affections ! quel guide dans la vie !

Tout homme d'État, tout philosophe, tout artiste, tout poète, tout homme eiifîji qui n'a pas passé quelques années dans l'intimité des vieilles femmes parisiennes, a manqué son éducation du monde. Sa vie entière se ressentira de ce tort, on pourrait dire de ce malheur.

Consulte! les mémoires des hommes illustres des temps passes ; interrogez les souvenirs de ceux qui occupent aujourd'hui le premier rang dans l'opinion publique: tous, s'ils sont sincères, vous diront qu'ils doivent en grande partie à la société ces vieilles femmes parisiennes d'avoir pu faire quelque chose de grand dans leur vie, et particulièrement d'avoir pu éviter d'énormes fautes et d'énormes sottises.

Le secret de leur immense supériorité s'explique : en arrivant à l'âge de la vieillesse, elles gardent la délicatesse de la femme, et acquièrent le bon sens de l'homme. Comme ce vin dont parle Homère, elles deviennent miel par la vertu des ans. Vivantes par la raison, elles sont mortes pour les passions. On ne les trompe pas. Comment les tromperait-on? Il n'y a plus rien à courtiser en elles.

Qî.:and on aura cessé d'élever des statues à tous ces

imbéciles couronnés, à la lèvre autrichienne et au nez espagnol, on songera peut-être à en dresser une, magnifique type de la raison, de la sagesse moderne, qui représentera une«vieille femme parisienne, soutenant d'une main un vieillard, tendant l'autre à un je: ne homme prêt à entrer dans la vie.

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