UN HOMME DE LETTHES A PARIS
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P^ria est, sans cûptiredit, ]» Y|Ue du monde où ^ trouve le plus grcmd nombre d'bomm^s de lettres. Cette abondance d'écrivain^ qu'où y remarque vient ganç doute de ceci : que, pour être homme de lçttre^ à Paris, il faut ayoir f^t un livrej; comme U faut, pour y ^tre peintre, avoir fait uue grande page. Or, un livre c'est une idée, ou quelque chose qui y ressemble, ou même quelque chose qui ne ressemble à rien, et dont le nom occupe h titre courant la partie supérieure d'un in-octavo de quatre cents pages. De ce qui est dessous. Dieu garde qui s'en soucie ! Daus un livrCi vous avez deux choses ; le titre, qui doit être bref, imposaut, pleiu de Je ne sais quel curieux mystère, comme rétiquette d'une boîte précieuse : de la raison^ du goût, de V esprit; et puis la matière, qui est tout ce qu'on veut, moyennant qu'elle ait les qualités essentielles de la matière, c'est-à-dire les dimeusjQBP de hfiuteur, de largeur et d'ép«§seur dont
se compose un paraliélipipède compacte de papier imprimé. Après cela, si vous y trouvez de Tesprit, du goût et de la raison, c'est tout gain ; nous n'en demandons pas tant : nous avons, grâce au ciel, un livre et un auteur de plus. Faut-il s'en plaindre ? Non ; mais il est sage pourtant de se méfier d'un pays où les grands écrivains se comptent par centaines, et d'une littérature où les livres célèbres sont si nombreux qu'on ne saurait les compter.
J'ai connu un homme d'un savoir immense, qui avait passé sa vie à recueillir, selon l'ordre où il les avait acquises, toutes notions scientifiques et ration* ' nelles de l'espèce; et, comme cet ordre se trouvait être naturellement celui d'une excellente éducation, où la pensée, parfaitement dirigée, procède, dans une progression continuelle, de ses premières perceptions aux résultats les plus excentriques de l'étude et de la réflexion, il avait fini par se faire pour son usage une encyclopédie bien supérieure à celle de M. d'Alembert, sur un plan bien préférable à celui du chancelier Bacon. Le jour de sa mort, qui arriva le 9 octobre 4808, s'avisant qu'il n'avait point donné de titre à son ouvrage, il se fit apporter le manuscrit sur son lit, parcourut d'un regard la première et la dernière page, et, d'une main encore ferme, écrivit les mots suivants au frontispice :
DES COCHONS d'iNDE.
Son oitmiscience ne le pousserait pas am'ourd'hui
à une place d'académicien libre dans la section de zoologie.
Les anciens prosateurs ne savaient ce que c'était qu'un Hûre. Pytbagore, Démoerite, Socrate, Ëpicure, n'en ont pas fait un seul. C'est tout au plus si nous oserions donner ce nom maintenant aux dialogues de Platon, aux aphorismeé d'Hippocrate et aux fnotoUm de Flutarque. Athénée, ffîen, Stobée, Valère- Maxime, Aulu-Gelle, Macrobe^ Montaigne, Lamotte le Vayer, Diderot, ont nettement tranché la question. Ils n'ont laissé que des pages avec lesquelles il y a des livres à faire pour mille générations de pédants.
Il faut tout dire. Nous avons bien encore quelques grands écrivains qui n'ont pas fait de litres; mais ceux-là étant tombés dans l'excès contraire à celui que je reprends, et n'ayant jamais écrit une ligne de leur vie, ce que j'ai avancé, que pour être homme de lettres à Paris il faut avoir écrit un litre^ reste vrai ; à moins qu'on ne veuille transformer ainsi la proposition : « Pour être homme de lettres à Paris, il faut n'avoir jamais rien écrit. •
Pour moi, si une méchante habitude, ou le besoin de me distrahre des angoisses de la maladie, tant que je ne serai pas parvenu à dire avec Possidonius que la douleur n'existe pas, me réduisaient encore à écrire, ce ne serait pas pour entreprendre un livre. J'abandonnerais tout au plus aux dernières pages de mes tablettes décousues quelques souvenirs, quelques
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mprewops, quelques révériez m^ §uite, §p attendant que la mort vienne souiSer en riant ^ur çe§
feuilles 8ibyllini«, çt le» reudrç av^c moi aux 4lé-
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