ÏNTÉRIEUR DE LA MAIRIE
çuFOUR. «^0 grands dieux, que de moiidel e'e^tà n'y pas tenir I Une étuve ! (A son 'ooisin.) Pardon^ np^onsieur, oserais-je vousdçoiftiid^F,,.
LE VOISIN. — Faites, monsieur, faites*
miFOUR. — Yo»â n'auriez pas, pajr basard, «peiçu deux dames?
i^B voïsm^ ir- Non, moQâiieup.
9.UF0I7R. -rr- Pardon, je voulais dive un mariage qui vient d'arriver?
LE VOISIN. — Non, monsieur.
DUPOUR.-— Mille pardons, monsieur. (A lui-mtme.) Où diable peuvent-elles être? Et dire que j'ai laissé mes lunettes et mon mouchoir à la maison !. .. Madame Dufour?... es-tu là?... Plaît-il?... Je n'entends pas,
DEUXIÈME VOISIN. — Avez-vous bientôt Uni dé vous agiter comme un poisson?
DUFODR. — Plaît-il, monsieur?
DEUXIÈME VOISIN. — Jo VOUS demande si c*est que vous avez bientôt flni de m'abîmer les pieds?
DUFOUR. — Mille pardons, monsieur, je n'ai jamais eu l'intention de vous être désagréable en rien; je cherchais à découvrir ma femme, je n'ai jamais eu d^aufre pensée que celte-là.
DEUXIÈME VOISIN. — Ce u'cst pas une raison pour piler les pieds au monde.
PREMIER VOISIN. — Mals il me semble que monsieur vous ayant présenté ses excuses...
DEUXIÈME vofôiN. — Qu'cst-cc que c'est? Est-ce qu'on vous parle, à vous?
LA COMPAGNE DU DEUXIÈME VOISIN. VoyODS, To-
dore, est-ce que tu ne vas pas finir ?
TODORE. — J' veux savoir de quoi qui se môle, ce mensieur j; avec son jabot.
LA coM>PAGNE. — Jo te dis do laisser le monde tranquille.
TODORE. — Est-eeque je Tai jamais troublé en rien, le monde? je me plains qu'on m'abîme les pieds, j'aime pas ça, chacun son idée.
UNE FORTE DAME. — Si ies maires ne se faisaient pas toujours attendre, il n'y aurait jamais de dispute comme on en voit.
UN BAVARD. — Sans compter qu'on. les paye assez cher, les maires.
LA FORTE DAME. — C'est commc la semaine dernière, à la mairie du douzième; pas vrai Sauvage? Quelle heure encore qu'il était quand il est arrivé ?
LE BAVARD. — Et OU sc plaint aprè S, quand on vient h faire des révolutions.
PREMIER GARDE NATIONAL. — Ou lui dirait bien deux mots, à la mariée.
DEUXIÈME GARDE NATIONAL. — PoHsSOn !
DUFOUR. Je n'aurais jamais cru qu'il y eût autant de monde.
LA FORTE DAME. — C'est à causc quc c'est aujourd'hui samedi, voyez-vous...
DUFOUR. — C'est possible.
LA FORTE DAME. — Nous avous, voycz-vous, quantité de personnes qui sont bien aises d'avoir leur dimanche à eux pour se reposer.
DUFOUR. — J'ai une peur atroce de coucher ici.
LA FORTE DAME. — J'aimc Ics mariagcs par goût, mais j'avoue que je finirais par m'en dégoûter s'il fallait toujours attendre comme on attend depuis quet' temps. N'y a pas de bon sens , non plus , de faire attendre les gens des éternités pareilles.
DUFOUR. — Madame marie sa demoiselle?
LA FORTE DAME. — Pour cu madcr, faudrait en
PARIS ET LES PARISlEiNS. 209
avoir; je n'en ai plus, Dieu merci ! Ma dernière, y a quatre ans qu'elle Test, et bien, j'ose m'en flatter; pas vrai, Sauvage?
SAUVAGE. — Plus malheureux qu'elle, ne Test guère.
DDFOUR. — Je crois que ma fille ne le sera pas non plus, si elle veut être raisonnable.
LA FORTE DAME. — Dame, écoutez donc, on ne met pas les enfants au monde pour qu'ils soient ijialheureux. Quel état qu'elle est vot' demoiselle? sans être trop curieuse. Est-elle de boutique?
DUFOUR. — Non, pas elle, mais mon gendre. Quand je dis mon gendre, il ne l'est pas encore.
LE PREMIER VOISIN. — Ça uc pcut pas tarder.
DUFOUR. — Je l'espère. Mon gendre, puisque gendre il y a, est pharmacien.
LA FORTE DAME. — Jolic partie, d'autant qu'ils ne font plus tout ce qu'ils faisaient autrefois, les apothicaires.
DUFOUR. — C'est, comme vous dites fort bien, une fort jolie partie, surtout pour une demoiselle. Son père était pharmacien, à mon gendre, son grand-père l'était aussi; il l'a perdu, il y a de ça deux ans; il lu aurait laissé, par parenthèse, un joli avoir, s'il ne s'était pas remarié.
LA FORTE DAME. — Ah ! damc, nous avons des personnes qui ne peuvent pas vivre sans femmes.
DUFOUR. — Il a épousé sa cuisinière.
LA FORTE DAME. — Justo cômmc uotrc propiétaire; pas vrai, Sauvage?
PREMIER VOISIN. — Mais Je crois voir s'opérer uq mouvemeiit à la porte ?
DUFOUR. — Effectivement.
VOIX DANS u Foui4E.-*-^Ne pottUkez donc pas! Pourquoi qn'o» me pousse ?
DUFOUR. — Madame Dufourl... madame Bufourl... où es-tu? (Cris de femmes et (f enfants^ la foule se préeip\te dans la salle des mariages.)