ARRIVÉE DE LA MARIÉE
Les dames se lèvent; quelques-unes, sans égard pour la dignité du lieu, montent sur leurs chaises pour passer en reme le cortège qui se dirige vers la sacristie.)
MADAME GUDOT, SUT ufic chaise. — Jc ne vois pas a mariée.
MADEMOISELLE BRANGHU, SUT uns chaisc. — Là-bas, derrière un gros monsieur.
MADAME FARiN, SUT uïie chuise, — Elle est bien mise.
MADAME GUDOT. — VoUS trOUVCZ?
MADAME LABICHE, SUT Une chaise, — Euphémie, descends de ta chaise, tu vas tomber.
EUPHÉMiE, sur sa chaise. — Non, maman.
MADEMOISELLE BRANCHU, descendue de sa chaise. — Il y a beaucoup de monde.
MADAME CUDOT. — Beaucoup plus de curieux qu'autre chose.
MADAME PARiN. — Je n'ai pas vu le marié.
MADAME CUDOT. — C'cst quc VOUS n'avcz pas voulu le voir.
EUPHÉMiE. — Il m'a semblé tout petit*
MADEMOISELLE BRANCHU. — Un vrai nabot, 4rès-commun; il ne paye pas de mine.
MADAME PARIN. — C'cst saus doutc l'abbé Forgeot qui va les marier. •
MADAME LABICHE. — N'y a pas dc doute, comme ami de la maison.
MADEMOISELLE BRANCHU. — Ou Ic dit fort aimable.
MADAME CUDOT. — Vous uc lo conuaisscz pas, l'abbé Forgeot?
MADEMOISELLE BRAMCHU. — Si fait, je l'ai vu souvent chez mademoiselle Lerat.
MADAME CUDOT. — Cc sout SCS galcrics.
MADAME FARiN. — Eh bien I mesdames, vous me croirez si vous voulez, ça me fait quelque chose de voir marier une jeune personne qu'on connaît.
MADEMOISELLE BRANCHU. -^ Ça fait Cet cfTet-là à tout le monde.
MADADE CUDOT. — Surtout lorsqu'oH s'intéresse aux personnes.
MADAME FARIN. — Raugcons-nous, mesdames, les vijici qui sortent de la sacristie.
MÂDBIfOlSELLE MANGHU. — Je 116 V^ jm kl Bia-
manl
MADAME cuDOT. — Ça, je le emsy eSe a la %ure dans son mouchoir.
MADAME FARW. — Pauvre madame Dafour I Vous verrez, madame, quand vous en serez là pour votre demoiselle.
MADAME LABicmB.— Je VOUS jure qœ je me mets bien à sa place.
MADAME FARiN. — Qui dirait jamais à le voir, qu^ est si gai, Tabbé Porgeot?
* MADEMOISELLE BRAKCHu. — Damc 1 3 y a temps poor tout. J'étais sûre qtr'elle serait en robe jaune, madame Dufour.
MADAME FARIN. — Moi, je fa trouve Mcn mise, la mariée.
MADAME cuDOT. — Trop de choses I c'est un fotiîHîs à ny rien comprendre. A-t-Sdes gants, son msfiî
UNE INCONNUE. — Je crois bien, c^t cewmie m gendarme.
MADAME CUDOT.*— Jc disais eela pour rire. Regoa^ez donc, à les voir, si Fon ne diraif pas qu'ils sent à l'enterrement.
MADAME FARIN. — Damcl Témotion, c'est naturel. Je sais bien, quand je m'ai mariée, que j'étais pas plus gaie que Fordonnance.
MADAME CUDOT. — Moi aussî; c'est tout le monde.
l'inconnue. — C'est un grand jour, mesdames, que celui-ci I c'est une loterie*
MADAME LABICHE, — Eh Ueul Euj/ibémdj et ton livre d« messe?
EUPSÉMiE^ «^ Je Tai laissé à la maison,
MADAME LABICHE. — Tu es toujoufs la même.
MADAME cuDOT. — M'est-ce pas madame Lafolie qui arrive Là-bas avec ses falbalas !
MADAME LABICHE. — Faut-îl le demander?
MADAME CUDOT. — Il faut toujouFs qu'elle arrive après tout le monde. •
MADEMOISELLE BRANCHU.^^ DaDs la CTajate de passer inaperçue.
MADAME LABICHE. — Eupbémie, je vous en prie, restez à votre place... tenez-vous droite.
^MPHÉMiE. — Oui, maman.
MADAME FABiN. — Je trouvo que ïabhé Forgeot officie comme un ange.
MADAME CUDOT. — QucUe différence avec Tabbé IVIaugé !
MADAME UBIG9E. — Je trouvc à Tabbé Forgeot plus de distinction.
MADAME FABiN. -^ G'cst du jour à la nuit I
MADAME CUDOT. — Voycz M. DufouF, s'il rcsto un instant en place.
MADAME LABICHE. — Il faut bien qu'il fasse les bonjours à madame Làfolie.
MADEMOISELLE BBANCflu. -^ Elle scra saus doute du repas ?
MADAME CUDOT. — Et à la placc d'honneur encore. Je n'ai jamais aimé cette femme-là!
MADEMOISELLE BRANCHU. — Vous n'êtes pas la seule.
LA FORTE DAME DE LA MAIRIE, SUSpendtlB à UU des
barreaux de la chapelle. — C'est la femme qui s'est levée la première, c'est elle qui portera les culottes ; pas vrai, Sauvage?
MADAME LABICHE. — Qu'cst-CC qUC CCS pCtitS JCUDCS
gens qui tiennent le poêle ?
MADAME cuDOT. — Dc cc côté-ci, à droifc, c'est Te petit Lafolie. *
MADAME LABICHE. — Lc plUS jCUnC?
MADAME CUDOT. — Oui; l'aîné est en pension, où je crois qu'il ne fait pas grand'chose.
MADAME LABICHE. — Et à gaUChc ?
MADAME FARiN.— C^cst le fils Tabourcau, à gauche.
MADAME LABICHE. — Jc uc vois pas sa mère.
MADAME CUDOT. — En chapcau cerise, à côté de madame Dufour. Elle se gardera bien de la quitter, elle pourrait ne pas être du repas et son mari aussi.
MADAME LABICHE. — Ce sout dc drôlcs dc gens.
MADAME FARiN. — Jc uc sais pas si c'cst qu'ils sont drôles, mais c'est des bien bonnes gens, toujours.
MADAME LABICHE. — Nous u'avous pas l'intenlion de dire autre chose, madame.
MADAME FARIN. — Nou, mais voilà que depuis deux heures je vous entends que vous drapez tout le monde; on pourrait bien vous draper aussi, madame.
MADAME CUDOT. — Jc UC SQÎS pQS CC qUG VOUS VOUlCZ
dire, madame.
MADAME FARiN. — La différence c'est que je le sais, madame.
MADEMOISELLE BRANCHu. — Ah I mcsdames, ce n'est point ici...
MADAME FARIN. — Voilà dcux hcures que je bous * dans ma peau; c'est plus fort que moi.
MADAME LABICHE. — Si VOUS m'en croyez, madame, nous allons passer d'un autre côté.
MADEMOISELLE BRANCHU. — VolonticrS.
MADAME cuDOT. — Cc n'cst pas la peine, mesdames, la messe est finie.
MADAME LABICHE. — Jc vais faire mes compliments à ces dames.