‹ Le diable à Paris: Paris et les ParisiensChapitre 28 sur 44 · L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE

MADAME BONNET* <<<^Boiûour, mcsdamcs; comment vous portez-vous?

MADEMOISELLE BBANCHu.-^Mais, oommc VOUS voycz.

MADAME BONNET. «^ Veucz douc par ici.

MADEMOISELLE BRANCHU. •— Il y a lougtcmps quc voua êtes arrivée?

MADAME BONNET. *^ Nous arrivous 'y on disait pour midi^

MAiUMii fARiN^ ^ Vous savez, OU n'est jamais très* exact.

2iâ LE DIABLE A PARIS.

MADEMOISELLE BRÂNGHU. — VoUà uii mariage qui m'a bien étonnée, d'autant que la jeune personne pouvait encore attendre.

MADAME BONNET. — Mals je ne vois pas pourquoi. Quel âge lui donnez-TOus donc ?

MADAME FARiN. — Mais de dix-neuf à vingt 3M%

MADAME BONNET. — Sans Compter les mois de nourrice.

MADEMOISELLE BRANGHU. — Jc TaUfaiS CrUC plUS

jeune.

MADAME GUDOT. — Écoutcz, c'cst bien facile à compter, elle est de Tâge à Cudot.

MADAME BONNET. — C'cst vfai, ils sont approchaut du môme âge, votre aîné et elle.

MADAME CUDOT. — J'étais gfossc dc Cudot quand elle a eu sa demoiselle, madame Dufour; Cudot a eu vingt-six ans le dix-sept août dernier, ainsi comptez.

MADEMOISELLE BRANGHU. — Jc nc Taurais pas crue si avancée. On disait hier, dans une maison oii je suis allée, que c'était un mariage d'inclination.

MADAME BONNET. — Pas du tout, il y a huit jours que le père et la mère n'en savaient encore rien.

MADAME FARIN. — Jc nc dis pas, mais la dcmoiselle...

MADAME GUDOT. — Pas davantage ; vous savez qu'elle n'a jamais eu de volonté à elle, la pauvre enfant: c'est une excellente personne, que j'aime de tout mon cœur; mais, quant à la malice, elle tient de 6a mère : la pauvre femme n'a jamais péché par là»

MADAME FARIN. — Ahl OUi-dà ?

MADAME cuDOT. -7 Voilà Comment les choses se sont passées : la JQune personne était donc à la campagne chez sa tante, une sœur à son père.

MADEMOISELLE BRANCHU. — Mademoiselle Jolivet.

MADAME CUDOT. — Elle n'était pas descendue de voiture, que son père lui dit : Tu sais que tu vas te marier, ça te fait-il plaisir? Elle a répondu : Oui, papa. On s'est mis à table, et tout a été dit.

MADAME BONNET. — Je u'cu rcvicus pas encore.

MADAME CUDOT. — Qu'cst-cc qui uous arrivc là-bas?

MADEMOISELLE BRANCHU. — Ccst madame Labiche avec sa demoiselle.

MADAME FARIN. — C'cst là mademoiselle Labiche qu'on dit si jolie?

MADAME CUDOT. — Jc ue suls pas de cet avis-là ; voyez comme elle est fagotée... Bonjour, madame!

MADAME LABICHE. — Comment vous portez-vous ?

EtM. Cuddt?

MADAME CUDOT. — Mais, commc vous voyez. Et vous, madame, quand nous faites- vous aller à la noce?

MADAME LABICHE. —Nous u'eu sommcs pas encore là. Euphémie, tu ne dis rien à madame I

MADAME CUDOT. — Commc cUc cst grande ! et dire que je l'ai vue si petite ! Vous vous rappelez la rue Paradis ?

MADAME LABICHE, — Jc u'aurai jamais uu logement comme celui-là.

MADAME CUDOT. — Vous conuaissez le futur ?

MADAME LABICHE. — Et VOUS ?

MADAME cuDOT. — Je Tai vQ Kautre jour pour la première fois.

MADAME LABICHE. — Eh bîeU?

MADAME CUDOT. — Que voulez-vous que Je vous dise? c'est de ces figures dont on ne dit rien. Avezvouâ vu M. Duplan, à la maison ? •

MADAKiE FARiN. *- Le mari de mamzelle Parfeaud f

MADAME CUDOT. — C'cst uue flgure dans ce genre-là.

MADAME LABICHE. — Je ne lui en fais pas mon compliment.

MADEMOISELLE BRANCHu. — J'ai trouvé, ct je ne suis pas la seule qui ai fait cette remarque, que M. et madame Dufour se sont bien pressés d'établir leur demoiselle.

MADAME CUDOT. — Jc uc VOIS pas Cela.

MADAME LABICHE. — Comment? une fille unique qui, dit-on, a de fort belles espérances!

MADEMOISELLE BRANCHU. — Jc U'CU Saîs rtett, jfi n*al

pas compté avec eux, mais Je ne les crois pas aussi à leur aise qu'on veut bien le dire... Vous savez qU*on fait de ces choses-là... Après ça, M. .Dufour, depuis le temps qu'il est aux Finances.

MADAME LABICHE. — Vous avcz raisôtt, môls c'est une maison où l'on a toujours reçu beaucoup. Jesaîs bien que dans le temps on a dit que madame Dufoiir avait son père, qui n'a pas été sans lui laisser quelque chose; mais ils étaient, dit-on, beaucoup d'enfknls^ et, à en croire les on dit^ Us ont été fort heureui de

trouver ce parlî-là pour leur demoiselle : la preuve c'est qu'ils ne l'ont pas laissée languir.

ïÈOPBÉMiE. — Maman, voilà les dames THéritier !

MADAME FARiN. — Comme elle est changée, madame rHéritier I aurait-elle été malade ?

MADAME LABICHE. — Yous la connalsscz, madame l'Héritier?

MADEMOISELLE finANCHu. — C'cst uue cxcellentc femme, à qui je rends toute la justice qui lui est due ; nous avons cessé de nous voir, je ne sais trop pourquoi ; je suis sûre qu'elle serait aussi embarrassée que moi de le dire.

MADAME FARIN. — C'cst commc moi.

Madame labiche. — Vous êtes du repas?

MADEMOISELLE BRANCHU. — Jc n'ai pas cct honneur.

MADAME LABICHE. — Commcnt?

MADEMOISELLE BRANCHU. -^ Je n'dî pas même reçu de billet de faille part.

MADAME LABICHE. — Voilà qui m'étonue.

MADEMOISELLE BRANCHU. — NoUS UC UOUS VOyOnS

plus depuis des siècles avec madame Dufour.

MADAME LABICHE. — Vraiment! Vous aussi, madame?

MADEMOISELLE BRANCHU. — Sans trop savoîr pourquoi.

MADAME LABICHE. — Maîs cu voilà la première nouvelle.

MADEMOISELLE BRANCHU. — VoUS CU êtCS?

Il AD AME LABICHE. — Il était bleu dlf&cile qu^on fit

2i6 LE DIABLE A PARIS.

autrement, mon mari étant le témoin de la jeune personne; sans cela je crois bien...

MADEMOISELLE BRANGHU. — Qu'll en eût été de vous comme de tout le monde. C'est une maison comme on en voit beaucoup, à la piste des nouvelles connaissances.

MADAME LABICHE. — Jc ne suis pas comme cela.

MADEMOISELLE BRANGHU. — Nimoi, Dicu merci I

MADAME LABICHE. — Cependant j'aurais été désolée de ne pas venir à la messe.

MADEMOISELLE BRANGHU. — C'cst commc moi , et c/est cependant une duperie d'aimer les gens qui ne vous le rendent pas.

MADAME LABICHE. — Quc vouIcz-vous, onncsc refait pas. Les voici.

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