‹ Le diable à Paris: Paris et les ParisiensChapitre 36 sur 44 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DEUX MESSIEURS, se promenant leur ehapeaa k la main.

FBBiimn MONsiÉua. *-^ C'est un pari que j'avais fait j ek des plus plaisants .

SECOND MONSIEUR. — Oui-dà I J'en ai beaueoup entendu parler.

PREMIER MONSIEUR. — Je ne Favais vue qu'une foia en ma vie y mais c'était assez pour moi.

SECOND MONsiKUR. — Et yous osàtes en faire la gageure sur ce simple souvenir?

PREMIER MONSIEUR.— Elle m'était demeurée là, voua dis-je , et rien de ce qui est entré là n'en sort,

SECOND MONSIEUR. — Vous êtcs uu terrible homme I Mais comment en fltes-vous la conquête 7

PREMIER MONSIEUR. -<- J'avaîs parié > comme voui savez, que je la posséderais soua trois mois,

SECOND MONSIEUR. — C'était beaucoup voua çngagei •

PREMIER MONSIEUR. *-* Àuduces fortuna..* J'avais lété poussé à bout : j'étais résolu à n'y rien épargner^

SECOND MONSIEUR. -<• Et c'est à Beme que voua la découvrîtes ?

PREMIER MONSIEUR. — Incontineut après le paH« je courus chez le père Sabran, rue de Ménara,*où: je ra\ais vue autrefois.

8EG0HD MONSIEUR. — BOU l

PREMIER MONSIEUR. — Il était parti pour Florence, et ne ïa\ ait point laissée derrière lui : il n'a> ait garde, car, si vous avez connu le père Sabran, vous dexez savoir que c était un gaillard qui s'y connaissait.

SECOND MONSIEUR. — Cortcs , ot c'cst à quoi il s'est ruiné.

PREMIER MONSIEUR. — J'amve à Florence; le père Sabran était mort.

S3d LE DIABLE A PARIS.

SECOND MONSIEUR. — Mort ?

PREMIER MONSIEUR. — Absolumeiit: — c'était un homme fatigué.

SECOND MONSIEUR. — SU était mort, vous en dûtes concevoir de Tcspoir, — expeeiata dies,..

PREMIER MONSIEUR. — Commc VOUS dltcs ; mais, après avoir, retourné Florence comme je vous retourne ce gant, j'appris qu'elle devait ôtre à Rome.

SECOND MONSIEUR. — Vous y aliàtcs ?

PREMIER MONSIEUR. — J'y courus à bride abattue, quadrupedante pulrem; mais, comme j'arrivais par une porte, elle sortait par l'autre, en trousse d'un académicien, Suisse de nation.

SECOND MONSIEUR. — Spcs delusa! fÀcheux contretemps !

PREMIER MONSIEUR. — Cc n'cst pas tout. Voilà ma femme qui me tombe sur le dos !

SECOND MONSIEUR. — A RomC ?

PREMIER MONSIEUR. — A RomC !

SECOND MONSIEUR. — Ah ! ah I ahl

PREMIER MONSIEUR. — L'iuquiétude, la jalousie peut être , l'avait lancée à ma poursuite.

SECOND MONSIEUR. — Gettus ivritabile. — Enfin?

PREMIER MONSIEUR. — Enfin , jc lui avouai tout : elle se fâcha modérément, et, bref, elle voulut m'açcompagner dans mes recherches. Je partis avec elle pour la Suisse.

SECOND MONSiEun. — Avcc votrc femme ? {Il rit.)

PREMIER MONSIEUR. — Avcc ma fcmmc , et c'est à

Berne enQn , mon cher monsieur, que je gagnai mon pari. Je Vy trouvai, — rem acu tetigi. Je la possède depuis ce temps-là, et je ne regrette ni l'argent ni l'ennui qu'elle m*a coûtés. — La \oici. (Il tire de sa poche une petite édition de Juvénal.)

SECOND MONSIEUR. — Ne me ferez-vous point voir la virgule, objet du pari ?

PREMIER MONSIEUR. — C'cst cclle que voici. Remarquez ; c'est une édition faite par les jésuites : il n'en reste plus que cet exemplaire. Voyez un peu le sens que donne à ce vers la virgule placée après le ^econd mot.

SECOND MONSIEUR. — (Après avoir lu.) Ho! ho I ho I Le latin dans les mots...

PREMIER MONSIEUR. — N'cst-cc pas ? Ma femme n'a jamais voulu comprendre. Je vais faire mon. cours. Bonsoir.

SECOND MONSIEUR. — Et mol ma classe : adieu. {Ils s'éloignent.)

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