‹ Le diable à Paris: Paris et les ParisiensChapitre 41 sur 44 · LES ENFANTS AUX TUILERIES · texte numérisé non relu

LES ENFANTS AUX TUILERIES

Les mères modernes ont fort abusé du mot de la mère des Gracques, qui dit en montrant ses enfants : Voilà mes bijoux et mes ornements.

En effet, beaucoup de jeunes- mères se servent de leurs enfants de façon à ce que ces pauvres petits éttes leur aillent bien à elles-mêmes et rehaussent leurs avantages, sans s'inquiéter, du reste, de leur santé qu'elles compromettent, de leur esprit qu'elles poussent, et de leur vanité qu'elles excitent.

Le prétexte que l'on prend pour envoyer ou conduire aux Tuileries tant de petites filles, qui y sautent à la corde et y jouent au cerceau, costumées les unes en Suissesses, les autres en Andalouses, — est de leur faire prendre un exercice utile à leur santé et favorable au développement de leurs forces.

Mais la véritable raison est de se montrer mère d'enfants richement ou dif moins élégamment habillés.

S'il en était autrement, on ne mettrait pas de corset à des petites filles de six ans, — on ne les chausserait pas avec des souliers trop étroits.

On ne leur mettrait pas de belles robes» qu'il ne faut pas chiffonner.

Regardez un peu toutes ces enfants : il n'y en a pas une qui saute poll^ sauter; toutes regardent en dessous si on les voit, si le cercle qui les entoure est suffisamment nombreux ; — quelques-unes rie commencent à montrer leurs talents que lorsqu'elles voient du beau monde dans l'assistance.

Et comme elles recueillent d'une oi^ille avide les complittients et les éloges qu^on fait de leur figure ou de leur toilette à la tnèi*e ou à la bonne f comme elles prennent déjà des airs inélancoliquès ! comme elles se rapetissent la bouche ! comme elles se tiennent roides! comme elles fbnt des mlrifedl '^^-ijtie d'affectation, de mensonge, -de vanité ! .

Un petit garçon est un petit garçon. Si vous lui mettez de beaux habits, il les déchirera, U les sâlirfl, il faut qu'il coui'è, qu'il SÔUtfej (ju'il s'amuse.

Une petite fille n'est qu'une féilime plus petite ; — elle ne se Q'£ltisfbrme^â pàë ; elle grandira, et voilà tout. Une petite fille dé six ans ëét prête à tout.

Rien. li'est si dailgét'ëux et si ridicule que de les accoutumer ainsi à Chercher leà l'ëgàrdg, à fiiirë de l'eflfet, à vlvfe sur un théâtre.

Ce né sont plus des enftmts qui s'amusent, ce sont des danseuses qui sollicitent des applaudissements.

Plus lard on continue cette éducation théâtrale, — le piano les accoutume à chanter en public comme elles y sautaient à la corde ; — puis, quand elles sont entrées dans les devoirs sérieux du mariage, elles ne peuvent vivre sans spectateurs, sans succès, sans applaudissements!

Le silence et l'ombre les ennuient, elles veulent paraître, elles veulent jouer un rôle, — elles veulent rencontrer les regards, faire parler d'elles, — elles le veulent à tout prix.

Il faut dire cependant que le plus grand nombre recule encore devant le moyen extrême de donner de ràrsenie à leurs maijis «^ pour forcer un peu la pâreMe de Fattention publique.

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