‹ Le Diable à ParisChapitre 17 sur 188 · CL QU'EST LA FEMME AUX YEUX DE LA MAITRESSE · texte numérisé non relu

CL QU'EST LA FEMME AUX YEUX DE LA MAITRESSE

La maîtresse parisienne a une peur instinctive de la femme de son amant. Elle s'attend toujours à la voir tomber sur elle. Cette terreur est la cause d'un dédain sans exemple. La maîtresse se dépeint la femme sous le jour le plus désavantageux et le plus ridicule. D'abord elle la voit très-vieille, fût-elle plus jeune qu'elle, ce qui arrive fréquemment; laide, cela va sans dire; mal mise, portant le cabas, un parapluie rouge et un tartan, fût-elle une (k> reines de la mode dans le haut monde parisien.

OPINION SUR LA MAITRESSE ET LA FEMME MARIÉE, EMISE l'Ali US I).1: MES AMIS QUI S* A PAS ÉTÉ MARIÉ ET QUI n'a JAMAIS EU DE MAITRESSE.

<( Je pense que la femme mariée, opposée à la maîtresse, représente le côté grave, noble e( utile de la vie, le colé architectural, si

Ton peut s'exprimer ainsi, eelui sans lequel il n'y aurait pour l'homme ni repus, ni abri, ni dignité. Elle esl encore le beau fruit qui renferme

tous les pépins de la famille et de la société. Otez réponse, vous êtes bien près de supprimer la mère, non pas celle qui est uniquement chargée de produire des entants, mais celle qui a mission de les aimer tendrement, de les élever, d'en taire des hommes et des citoyens. Ainsi la femme, selon le mariage, n'est pas moins que la société même, puisqu'elle est ce qui en constitue la force, la grandeur, la durée et la perpétuité.

a Voici maintenant ce que je pense de la maîtresse. Elle est le côté jeune et riant de la vie. elle en est le mois de mai, l'esprit, la verte poésie, l'imagination. Retranchez la maîtresse, vous retranchez nécessairement tout ce que l'imagination, la poésie et l'esprit enfantent de gracieux et de beau dans la sphère de l'idéal, c'est-à-dire les arts. Aussi se démonlre-t-on facilement que les plus splendides œuvres (prenez au hasard) de la peinture, de la statuaire et de la poésie ont été inspirées par ces femmes indépendantes que nous appelons aujourd'hui maîtresses. Ne citez pas. il faudrait tout citer, enfermer le monde des arts tout entier entre des guillemets. Erudition facile, érudition blessante pour la femme du mariage. Mais pourquoi la blesserait-on? Elle est la raison, la maîtresse n'est que l'esprit ; elle est l'ordre, la maîtresse n'est que l'enthousiasme; elle est le bon sens, la maîtresse n'est que le délire; elle esl la terre, la maîtresse n'est que le ciel ; non pas, expliquons-nous vite, celui où l'on va pour ses bonnes œuvres, mais celui où l'on voudrait aller pour ne faire aucune sorte d'oeuvre, même une bonne. »

RÉFLEXION INGÉNIEUSE OUI RESSORT DE MON SUJET; MALHEUREUSEMENT EIJ.E N'EST PAS DE MOI, MAIS D'UN AUTEUR ESPAGNOL PEU CÉLÈBRE.

« J'ai connu, dit cet auteur peu célèbre, un jeune seigneur portugais a qui fut assez heureux pour épouser la jeune maîtresse qu'il adorait et « pour la voir mourir (\v> qu'elle fut sa femme. »

LES MAITRESSES A. l'Ail I. S.

i.ES MAITKESSES DE COEUR A PARIS.

Paris, qui passe pour la ville sceptique par excellence, est pourtant celle où se trouvent, avec toutes les conditions du dévouement le plus éthéré, les maîtresses de cœur. La province les rêve; Paris les lient en réserve pour ces milliers de jeunes gens qui accourent avec des trésors d'espérance et qui n'y rencontrent que des abîmes de déception. On les voit arriver avec une fougueuse suffisance et frapper aux portes de la gloire et de la fortune. Ces portes sont dures à s'ouvrir! Des années s'écoulent, les ailes de l'illusion se fatiguent, l'espérance tombe épuisée sur le seuil. Que deviennent alors ces pauvres exilés? Beaucoup s'éteignent dans les brumes du suicide : il y a tant d'eau et tant de ponts à Paris! Quelques-uns retournent à pied dans leurs villages, mais le plus grand nombre découvre à la fin une main protectrice sur laquelle il n'avait pas compté. Ce n'est pas celle de l'homme riche ou puissant auprès duquel une lettre de recommandation ou de mystification avait introduit à leur arrivée ces pauvres dupes.

Sur le carré de sa mansarde, le jeune provincial a vu voler un jour les plis d'une jupe blanche, glisser une jambe nue. Le lendemain, il ^aperçu le corsage; le surlendemain, il a entendu chanter. Le chant, la jupe, le le corsage, annoncent la jeune tille aimante et gaie, pauvre et laborieuse, blanchisseuse ou fleuriste. Le hasard, ce brave garçon de hasard, fait qu'un beau soir on se prête de l'eau ; un autre beau soir, de la lumière; un autre soir infiniment plus beau, la romance en vogue. Bientôt on ne se prête plus rien, on se donne tout : on n'a plus qu'un loyer à payer, quand on le paye. Enfin l'artiste a trouvé sa muse, celle qui le soutient, l'encourage, l'inspire, écoute ses vers, admire ses tableaux, copie ses romans ou ses drames. Quelle bonne créature que la maîtresse parisienne lorsqu'elle s'éprend d'un fol et joyeux amour pour celui qui n'a rien! Gai, elle rit avec lui; découragé, elle rit pour lui; malade, elle souffre avec lui ; applaudi, elle s'exalte plus que lui; riche... elle a cessé d'être avec lui. Hélas! oui, c'est triste à écrire, mais c'est vrai. Presque tous ces grands talents, toutes ces illustres renommées qui deviennent l'orgueil de la science médicale, du barreau, de la littérature et des arts, seraient morts de froid et de faim sans la grisette parisienne, sans la maîtresse de cœur, qu'ils laissent mourir dans un grenier, à l'hôpital ou dans la rue. A maîtresse de cœur, maîtres en ingratitude.

26 ll: tiroir du diable.

Après cette maîtresse, colles qui vont passer sous nos yeux sont sans contredît d'un ordre plus brillant; niais impriment-elles un souvenir ;m>si doux, aussi tendre au fond du cœur? Je vous en fais juge, mon lecteur.

l.ES MAITRESSES n' ARGENT.

Sous ce titre s'ouvre devant nous une vaste galerie de portraits, car il y a :

}" La maîtresse qui vous aime autant pour vous que pour votre argent;

2 Celle qui vous aime plus pour votre argent que pour vous;

3° Celle qui ne vous aime que pour votre argent;

!\° Celle qui vous aime plus pour vous que pour votre argent, et cependant qui aime l'argent.

Etudions d'abord :

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