‹ Le Diable à ParisChapitre 16 sur 188 · LA FEMME ET LA MAITRESSE · texte numérisé non relu

LA FEMME ET LA MAITRESSE

Le grand Albert, dans son fameux Traité d'Histoire naturelle, a écrit un chapitre fort érudit et fort ingénieux oîi il déroule la vaste série des rires antipathiques; il les nomme tous, excepté deux qu'il a oubliés : la femme et la maîtresse. Autant vaudrait passer sous silence Adam et Eve en racontant l'histoire de la création du monde.

CE qu'est la maituesse aux yeux de la femme prise dans le sfns d'épouse. s

Fût-elle belle comme Ninon, elle est sans beauté, sans grâce, surtout sans pudeur.

Fût-elle spirituelle comme Aspasie et madame de Sévigné, elle n'a pas l'ombre d'intelligence; elle est sotte, ennuyeuse, stupide.

Eùt-elle la distinction d'une reine, elle est commune, vulgaire et grisette.

Ce jugement est injuste et faux, quoique la femme, dès qu'elle se croit trahie par son mari, fasse un retour sur elle-même pour savoir en quoi elle est inférieure à sa rivale. Jamais conseil de révision n'a soumis les conscrits à un examen aussi rigide. Il est rare que la femme ne Unisse pas par découvrir la cause physique ou morale de sa défaite, et plus rare encore qu'elle ne la jette un jour comme un reproche à la face de son mari.

Ce fut après s'être convaincue avec raison de s;» supériorité qu'une femme dit à la maîtresse de son mari, qui avait été autrefois son amie : « Ah! ma chère, si j'avais pu prévoir que mon mari aimât les dents gâtées! »

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